‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 227 sur 325 · III. DEFENSE DE L'IIIST, DES VAR · texte numérisé non relu

III. DEFENSE DE L'IIIST, DES VAR

leurs époux, avaient raison d'y condescendre. C'est aussi par là qu'on doit coin lure que la jalousie ne régnait point en elles, non plus que a sensualité qui en est la source, mais le seul désir d'être mères, naturel dans son fond et raisonnable en ses manières, selon la disposition de ces temps-là; on voit paraître ce môme esprit dans les saints patriarches leurs époux; et ainsi, comme le remarquent saint Chrysostome et saint Augustin (2434), et connue l'apercevront facilement ceux qui regarderont de près toute leur conduite, ce n'était pas le désir de satisfaire les sens, mais l'amour de la fécondité qui présidait à ces chastes mariages, lesquels aussi étaient la figure de la sainte union de Jésus-Christ avec les âmes fidèles, qui s'unissaut avec lui portent des fruits éternels. Par une raison contraire, depuis que la synagogue eut enfanté Jésus-Christ, que les anciennes ligures furent accomplies et qu'on vit paraître le peuple qui ne devait plus se multiplier par la trace du sang, mais par l'effusion du Saint-Esprit, 4es choses devaient changer; rien n'empêchait plus que ,1e mariage ne fût rétabli, comme il l'a été en effet par Jésus-Christ, en sa première forme, et tel qu'il était en Adam et Eve, où deux seulement et non davantage devenaient une seule chair. Par une suite infaillible de cette institution, la stérilité n'était plus une honte, et la virginité était comblée de gloire, d'autant plus qu'en la personne de la sainte Vierge, elle avait fait une mère et une mère de Dieu. Il devait aussi paraître alors d'une manière éclatante, que toutes les âmes que le Saint-Esprit rendrait fécondes seraient unies en Jésus-Christ, et composeraient toutes ensemble une seule Eglise figurée dans le mariage chrétien, par la seule et- fidèle épouse d'un seul et fidèle époux. On a vu, depuis ce temps, et selon ces chastes lois du mariage réformé par Jésus-Christ, que partout où son Evangile fut reçu, les anciennes mœurs furent changées. Les Perses, qui l'ont embrassé, dit un Chrétien des premiers siècles, n'épousent plus leurs sœurs; les Parthes ont renoncé à la coutume d'avoir plusieurs femmes, comme les Egyptiens à celle d'adorer Apis et des animaux. Ainsi parlait Bardesaqe, ce savant astrologue, dans l'admirable discours qu'Eusèbe rapporte (2435), ainsi parlent les autres auteurs ecclésiastiques, d'un commun consentement, et le mariage, réduit à la parfaite société de deux cœurs unis, a été un des caractères du christianisme, ce qui a fait dire à saint Augustin (2436), que ce. n'était pas un crime d'avoir plusieurs femme? lorsque c'était la coutume. La disposition: des temps y convenait, la loi ne le défendait pas; mais maintenant c'est un crime parce que celte coutume est abolie. Les temps sont changés, les mœurs sont autres, et on ne peut plus se plaire dans la multitude des

(2i3ol Eus., Preep. etf.j V. vi; cap. 10. (2456) Cvnl. ï'nusl., lib. ixil, cap. 47.

femmes que par un excès de la convoitise.

On peul voir maintenant, non-seulement par l'autorité, mais encore par l'évidence de la doctrine céleste, combien est digne d'être détestée la consultation de Luther, qui, non contente de nous ramener à l'imperfection des anciens temps, nous met encore beaucoup au-dessous, puisque môme dans ces temps-là, où le mariage plus libre unissait plusieurs épouses à un seul époux par un même lien conjugal, on a vu que ce n'était pas la licence, mais la seule fécondité qui dominait, au lieu que, dans ce nouveau mariage autorisé par Luther et les aulres réformateurs, le landgrave, content de la lignée et dis princes que lui avait donnés sa première femme, ne recherchait, dans la seconde qu'on lui accordait, qu'un moyen d'assouvir l'ardeur que l'Evangile lui ordonnait de modérer.

La Réforme peu régulière, et on le peut dire sans hésiter, peu délicate sur cette matière, a introduit dans la chrétienté un tel abus. On l'a poussé plus loin qu'on ne pense. M. Jurieu, qui a établi ces honteuses nécessités que je ne veux pas répéter, pour apprendre aux Chrétiens à multiplier leurs femmes, les a soutenues par la discipline de tous les Etats réformés (2437). M. de Beauval et les autres s'y opposent en vain ; M. Jurieu lui déclare, « qu'il ne changera pas de sentiment pour ses méchantes plaisanteries, qu'au reste, ce n'est pas à lui à décider avec cet air de maître (2i38), » que lui et tous ses amis dont il vante les conseils sont des

tirants, et qu'enfin il n'appartient pas à »n jeune avocat qui ne sait ce qu'il dit, et qui parle de ce qu'il ne sait pas, d'opposer son sentiment à celui d'un théologien aussi grave que M. Jurieu. Puis, lui parlant au nom de la Réforme, ou de tout l'ordre des ministres: «Qu'il ne fasse point, » dit-il, «sifortle maître, nous n'en voulons point pour avocat; nous défendrons bien la pureté de nos mariages sans lui. » En cet endroit, M. de Beauval a raison de se souvenir de l'incomparable chapitre de l'Accomplissement des prophéties (2i39), ou dans la plus grande ferveur de ses dévotions, et même au milieu de ses lumières prophétiques, l'âme pénétrée de la plus vive douleur qu'on puisse imaginer sur les malheurs de la Réforme, M. Jurieu avoue qu'il ressent le plaisir de la vengeance, et paraît nager dans la joie en maltraitant un auteur qui l'avait piqué dans quelque endroit délicat. Mais M. de Beauval a beau relever le ridicule de son adversaire; dans ses prophéties, dans les miracles qu'il conte, et dans tous les autres excès de ses sentiments outrés, l'autorité de M. Jurieu prévaut : les synodes et les consistoires se taisent sur la doctrine que ce ministre leur attribue. C'est qu'il est vrai dans le fond que les Eglises protestantes se donnent des libertés excessives sur les mariages, et ceux qui se vantent de réformer l'Eglise catholique ont besoin d'apprendre d'elle en celle matière, comme dans les autres également importantes, la régularité et la pureté de la morale chrétienne.

(?.437) Leilrepust.

(215^) Avis de l'aul. des Lettres pastur. à .1/. de fleuuvut., p. 7.

(2439) liép. de l'util, de t llist. des Ouvrages des savants; Ace. des pruplt., pari, i, cit. dern.

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