‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 228 sur 325 · I.E CHRISTIANISME FLÉTRI ET LE SOCIN1AN1SME AUTORISE PAR CE MINISTRE · texte numérisé non relu

I.E CHRISTIANISME FLÉTRI ET LE SOCIN1AN1SME AUTORISE PAR CE MINISTRE

I. Caractères des hérésies et des docteurs qui les défendent, par saint Paul.

Mes chers frères,

Dieu qui permet les hérésies [I Cor. xi, 19', pour éprouver la foi de ses serviteurs,

permet aussi par la suite du même conseil, qu'il y ait des hommes hardis, artificieux, errants et jetant les autres dans l'erreur (11 Tim. ni, 13); qui sachent donner au mensonge de belles couleurs; que le peuple croie invincibles, parce qu'ils ne se rendent

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jamais à la vérité, infatigables à disputer el à écrire, et d'autant plus triomphants en apparence, qu'ils sont plus évidemment convaincus.

Mais il leur arrive comme aux criminels, que plus ils multiplient leurs discours dans une aveugle confiance d'éblouir leurs juges, plus ils se coupent et se contredisent; ainsi en est-il de ces docteurs de mensonge-, à qui saiul Paul a aussi donné ce caractère, qu't'fi se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement. {TU. m, M.)

C'est ce qui parait manifestement pour les continuelles variations des hérésies, qui ne cessent de se condamner elles-mêmes en innovant tous les jours, et en tombant d'absurdités en absurdités 5 en sorte qu'on voit bientôt, comme dit le même saint Paul, que 1 eux qui eu entreprennent la défense, nentendent, ni ce qu'ils disent eux-mêmes, ni les choses dont ils parlait avec assurance. (/ Fi»», m, 7.) lin effet, plus ils sont hardis à décider, plus ils montrent qu'ils n'entendent pas ce qu'ils disent. Ce qui se pousse à ià fin à de tels excès, que leur folie est connue à tous, selon la prédiction du même apôtre [Il Tint, m, 9) ; et c'est alors qu'on peut espérer avec lui, qu't'/s ne passeront pas plus tirant, et que l'excès de l'égarement sera la marque du terme où il devra prendre lin : Ils n'iront pas plus loin, dit ce grand a, être, ei ils cesseront détromper les peuples, parce que leur folie sera manifeste à toute la terre.

II. — Que ces caractères conviennent manifestement au ministre Juricu.

Ne vous fâchez pas, mes Frères, si j'entreprends de vous faire voir que ces carat tères marqués par saint Paul paraissent manifestement au milieu de vous. Le seul qui s'} fait entendre depuis tant d'années, et à qui, par un si grand silence, tous les autres semblent laisser la défense de votre cause, c'est le ministre Jurieu, qui, outre qu'il est revêtu de toutes les qualités qui donnent de l'autorité dans un parti, ministre, professeur en théologie, écrivain fameux parmi les siens, qui seul, par ses prétendues Lettres pastorales, exerce la fonction de pasleurdans un troupeau dispersé, ajoute à tous ces titres celui de prophète par la témérité de ses prédictions, mais en môme temps il n'avance que des erreurs manifestes, il favorise les sociniens.il autorise le fanatisme, il n'inspire que la révolte, sous prétexte de flatter la liberté; sa politique met la confusion dans tous les Etats au reste, il n'y a personne contre qui il parle plus quecontre lui-même, tant sa doctrine est insoutenable; et il vous pousse si loin qu'il est temps enfin d'en revenir.

Cinq ou six Avertissements semblables à celui-ci le convaincront de tous ces excès.

(£440) Pré,, des Y ai:

(2U2) Lettre 6, p. 42.

(MIT,) Préf. des Var., ibid.

Vous allez lui voir aujourd'hui déchirer les

siècles les plus purs, Pétrir le christianisme ■ lès son origine, soutenir les sonnions, montrer le salut dans leur communion; et pour défendre la Réforme contre les varialions dont on l'accuse, effacer toute la gloire de l'Eglise et de la doctrine chrétienne.

III. — Le ministre entreprend de soutenir que l'Eglise dans ses plus beaux siècles a toujours varié dans sa foi.

J'avais ilonné pour fondement ?i l'Histoire des variations, que varier dans l'exposition de la foi, était une marque de fausseté et d'inconséquence dans la doctrine exposée (2440); que l'Eglise n'avait aussi jamais varié dans ses décisions; el qu'au contraire les protestants n'avaient cessé de le faire dans leurs actes, qu'ils appellent symboliques, c'est-à-dire dans leurs propres Confessions île foi, et dans les décrets les plus authentiques de leur religion (2441). Sans qu'il soit besoin de défendre ce que j'avance sur le sujet des protestants, il faut bien que ces Messieurs se sentent coupables des variations dont je les accuse; autrement il n'y aurait eu qu'a convenir avec nous de la maxime générale, et se défendre sur l'application qu'on en fait à la doctrine protestante. Mais, mes frères, ce n'est pas ainsi qu'on procède. Ce que votre ministre trouve insupportable (2442), c'est que j'aie osé avancer que la foi ne varie pas dans la vraie Eglise, et que la vérité venue de Dieu a d'abord sa perfection (2443). Ce ministre fait l'étonné, comme, si j'avais inventé quelquo nouveau prodige, et non pas répété fidèlement ce qu'oui dit nos Pères, que la doctrine catholique est celle qui est toujours, et partout : Quod ubique, quod semper; c'est ce que disait le docte Vincent de Lérins (2444), une des lumières du iv' siècle ; c'est ce qu'il avait posé pour fondement de ce célèbre Avertissement, où il donne le vrai caractère de l'hérésie, et un moyen général piour distinguer la saine doctrine d'avec la mauvaise. Les orthodoxes avaient, comme lui, toujours raisonné sur ce beau principe; les hérétiques mêmes n'avaient jamais osé le rejeter ou vertement, et l'obscurcissaient plu tôt qu'ils ne le niaient; mais lorsque je l'avance, M. Jurieu ne peut le souffrir. «Je suis, » ditil (2445), « tenté de croire que M. JJossuet n'a jamais jeté les yeux sur les quatre premiers siècles; » ce sont donc les quatre premiers siècles, c'est-à-dire le plus beau temps du christianisme, dont il entreprend tle montrer que la doctrine est incertaine et variable.'' Comment, »poursuit-il,« se pourraitil faire qu'un homme savant pût donner une marque d'une si profonde ignorance? » Je ne suis pas seulement dans une ignorance grossière : ma témérité, » dit-i! (2446), « tient

(2444) Vise. LiiîiN., lomiiioiiii. 1, mit, (-2445) Lettre (i, p. 42, col. 2.

Ç2446) Ibid., cul. t.

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