‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 229 sur 325 · II · texte numérisé non relu

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OEUVRES COMPLETES DE BOSSliET.

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du prodige, elle va même jusqu'à l'impiété. « On ne sait, » dit-il, «si l'on dispute avec un Chrétien ou avec un païen ; car c'est ainsi précisément que pourrait raisonner le plus grand ennemi du christianisme, » et il m'accuse d'avoir livré la religion chrétienne, pieds et poings liéseaux infidèles £2447), parce que j'ai osé dire, « que la vérité venue de Dieua-eu d'abord sa perfection, c'est-à-dire qu'elle a été très-bien connue et très-heureusement expliquée d'abord. C'est le contraire de cela, » continue-t-il (2447*), « qui est précisément vrai, et pour le nier, il faut avoir un front d'airain, ou être d'une ignorance crasse et surprenante. » Ainsi, pour bien parler de la vérité, au gré de votre ministre, il faut dire « qu'elle n'a pas été bien connue d'abord, ni heureusement expliquée. La vérité de Dieu, poursuit-il, n'a été connue que par parcelles; » la doctrine chrétienne a été composée par pièces, elle a eu tous les changements, et le plus essentiel de tous les défauts des sectes humaines ; et lui donner, comme j'ai fait, ce beau caractère de divinité, d'avoir eu d'abord sa perfection, ainsi qu'il appartenait à un ouvrage parti d'une main divine, non-seulement la bien connaître, niais encore c'est un prodige de témérité, une erreur et une ignorance jusqu'au dernier excès, et une impiété manifeste.

IV. — Ce ministre ne se souvient plus d'un passage de Vincent de Lérins qu'il aeait

produit ailleurs.

Mais, mes frères, prenez-y garde : ces étonnements affectés de votre ministre, ces airs de confiance qu'il se dôYine, et les injures qu'il dit à ses adversaires, comme s ils n'avaient, ni foi, ni raison, ni même le sens commun, sont des artifices pour vous éblouir, ou pour cacher sa faiblesse : on en a ici une {neuve bien convaincante. Ce ministre, qui fait l'étonné lorsqu'on lui dit que la foi ne varie jamais, et, comme un ouvrage divin , qu'elle a eu d'abord sa perfection , ne peut ignorer que ce ne soit la doctrine commune des Catholiques ; et pour venir aux anciens, dont on pourrait produire une infinité de passages , il ne peut du moins ignorer cet endroit célèbre de Vincent de Lérins (2418), où il dit que « l'Eglise de Jésus-Christ , soigneuse gardienne des dogmes qui lui ont été donnés en dépôt, n'y change jamais rien : elle ne diminue point; elle n'ajoute point; elle ne retranche point les choses nécessaires; elle n'ajoute point les superflues. Tout son travail, continue ce Père, est de polir les choses qui lui ont été anciennement données, de confirmer celles qui ont été suffisamment expliquées, de garder celles qui ont été continuées et définies, de consigner à la postérité par l'Ecriture, ce qu'elle avait reçu de ses ancêtres par la seule tradition. » M. Juiïeu reconnaît ce passade,

qu'il cite lui-même avec honneur dans son livre De l'unité (2449). J'aurais peut-être pu le mieux traduire: mais j'aime mieux le réciter simplement, comme il l'a lui-même traduit. « Cela est précis, » dit ce ministre ; « et rien ne le peut être davantage : l'Eglise n'ajoute rien de nouveau ; elle ne fait donc pas de nouveaux articles de foi. » Je l'avoue, cela est précis; mais contre lui. Les conciles confirment , dit-il après Vincent de Lérins, ce qui a toujours été' enseigne'. Il n'y a rien de plus précis pour démontrer que l'Eglise ne varie jamais dans sa doctrine. M. Jurieu n'était pas d'humeur à contester alors cette vérité, puisqu'il ne trouve rien à redire dans ce beau passage de Vincent de Lérins, et qu'au contraire il s'en sert pour confirmer sa doctrine.

V. — Que ma proposition , que le ministre trouve si nouvelle , est prc'cise'ment celle que Vincent de Lérins a enseignée.

Mais ce n'est pas assez à ce Père d'établir la même vérité que j'ai posée pour fondement : il l'établit par le même principe, qui est que la vérité venue île Dieu , a d'abord sa perfection, comme un ouvrage divin : « Je ne [mis assez m'élonner, » dit-il (2450), « comment il y a des hommes si em| ortés,si aveugles, si impies et si portés à l'erreur, que non contents de la règle de la foi , une fois donnée aux fidèles et reçue de toute antiquité, ils cherchent tous les jours des nouveautés, et veulent toujours ajouter, changer, ôter quelque chose à la religion ; comme si ce n'était pas un dogme céleste , qui, révélé une fois, nuls suffit; mais une institution humaine qui ne puisse être amenée à sa perfection qu'en la réformant ; Ou, à dire le vrai, en y remarquant tous les jours quelque défaut. » Voilà dans Vincent de Lérins un élonnement bien contraire à celui de M. Jurieu. Ce saint docteur s'étonne qu'on puisse penser à varier dans la foi : le ministre s'étonne qu'on puisse dire que la foi ne varie jamais. Le saint docteur traite d'aveugles et d'impies ceux qui ne veulent pas reconnaître que la religion soit une chose où l'on ne peut jamais Oter, ni ajouter, ni changer, en quelque temps que ce soit : le ministre impute, au contraire, à aveuglement et à impiété de n'y vouloir point connaître de changement ni de progrès. Mais afin île mieux comprendre la pensée de Vincent de Lérins, il faut encore entendre ses preuves. Pour combattre toute innovation ou variation qui pourrait arriver dans la foi, il dit « que les oracles divins ue cessent de crier : Ne remuez peint les bornes pose'es par les anciens [Prov. xxn, 28); et ne vous mêlez point de juger par-dessus le juge (Eccli. vin, 17); » c'est-à-dire, visiblement, par-dessus i'Eglise : et il soutient cette vérité par cette sentence apostolique, « qui, » dit-il (2451), «à la manière d'un glaive

(4447) Lettre 6. p. 42, col. (2447') Ibid., p. 45.

(2448) Vinc. Lirin., com. 1.

(2449) Tr. 7. ch. 4. p. 626.

(24à0) Vinc. Lut., coin. 1.

(2451) Ibid.

spii iluel, Lranclie lout à coup toutes les cri-

minelles nouveautés des hérésies. O Timo-

ilirr, gardez le dépôt (/ Tim, vi, 20); e'est-

lire, cornu e il l'explique , non ce que

vous avez découvert, mais ee qui vous a élé

confié; ce que vous avez reçu par d'autres, rt non pas ce qu'il vous a fallu inventer

vous-même; une chose qui ne dépend pas de l'esprit, mais qu'on apprend de ceux qui nous ont devances; qu il n'est pas permis d'établir par une entreprise particulière, mais qu'on doit avoir reçue de main en main par une tradition publique; où vous devez être , non point auteur, mais simple gardien; non point instituteur, mais sectaieur de ceux qui nous ont précédés; c'est-àdire, non pas un homme qui mène, mois un homme qui ne lait que suivre les guides qu'il a devant lui , et aller par le chemin battu. » Selon la doctrine de ce l'ère, il n'y a jamais rien à chercher ni à trouver en ce qui concerne In religion : non-seulement elle a élé bien enseignée par les apôtres, mais encore elle a été bien retenue par ceux qui les ont suivis; et la règle pour ne se tromper jamais, c'est, en quelque temps que ce soit, de suivre ceux qu'on voit marcher devant soi. Voilà précisément ma proposition : il n'y a jamais rien à ajouter à la religion, parce que c'est un ouvrage divin, qui a d'abord sa perfection. Loin de s'étonner, avec M. Jurieu , de ce qu'on reconnaît cette perfection de la doctrine chrétienne dès les premiers temps; ce grave auteur s'étonne de ce qu'on peut ne la pas reconnaître; et il n'y a rien, en effet, de plus étonnant que de voir des Chrétiens, qu'on veut vous donner pour réformés, qui sont encore à savoircette vérité, et a qui leur plus célèbre ministre la donne comme un prodige inouï parmi les ti lèles.

VI. — Que les variations introduites pur le ministre regardent te fond de la croyance, même dans les dogmes principaux : ta Trinité informe selon lui.

Mais peut-être que ce qui manque, selon ce ministre, à la religion chrétienne, dans ses plus beaux temps, et dès les premiers siècles du christianisme, ce n'est pas des dogmes , mais des manières de les expliquer, et des termes pour les l'aire entendre; en sorte que la différence entre les Pères et nous ne soit que dans les expressions; ou, si elle est dans les dogmes mêmes, ce ne sera pas dans les dogmes les plus importants. C'est ce que M. Jurieu semblait d'abord avoir voulu dire, car il n'osait déclarer tout ce qu'il avait dans le cœur; mais il a bien vu que s'en tenir là, ce ne serait pas se tirer d'affaire sur tant d'importantes variations dont les Eglises protestantes sont convaincues : c'est pourquoi il est contraint d'aller plus avant. Premièrement, pour les ternies, il s'en fait lui-même l'objection par ces paroles (2452) : « Ou dira que toutes ces

variations n'étaient que dans les Ici mes, et que dans le fond l'Eglise a toujours cru la même chose : » mais il rejette bien loin cette réponse : « Il n'est pas vrai, » poursuit-il, « que ces variations ne fussent que dans les termes ; car les manières dont nous avons \ u que les anciens ont exprimé la génération du Fils de Dieu, et son inégalité avec son Père, donnent des idées lrès-1'ausses et trèsdifférentes des nôtres. » Il ne s'agit donc pas

de 1er s, mais de choses; ni de manières

d'expliquer, mais du fond ; ni dans une matière peu importante, mais dans la plus essentielle, puisque c'est l'inégalité du Père et du Fils, sur laquelle les anciens avaient des idées si fausses et si différentes des nôtres. C'est, en etTet, par ce grand mystère, par le mystère de la Trinité, que le ministre commence à vous montrer les variations de l'Eglise. « Ce mystère, vous dit-il (2453), est de la dernière importance, et essentiel au christianisme : cependant, continue ce hardi docteur, chacun sait combien ce mystère demeura informe jusqu'au premier concile de Nicée et môme jusqu'à celui de Constantinoole. »Le mystère de la Trinité informe! Mes frères, je vous le demande; eussiezvous cru devoir entendre cette parole d'une autre bouche que de celle d'un socinien? Si dès le commencement on a adoré distinctement un seul Dieu en trois personnes égales et coéternelles, le mystère de la Trinité n'était pas informe : or, selon votre ministre, il était informe, non -seulement jusqu'à l'an 325 où se tint le concile de Nicée, mais encore cinquante ans après, et jusqu'au premier concile de Constantinople , qui se tint en l'an 381. Donc les premiers Chrétiens, dans la plus grande ferveur de la religion, et lorsque l'Eglise enfantait tant de martyrs, n'adoraient pas distinctement un seul Dieu en trois personnes égales et coéternelles : saint Athanase lui-même, et les Pères de Nicée n'entendaient pas bien cette adoration ; le concile de Constantinople a donné la forme au culte des Chrétiens : jusqu à la fin du iv0 siècle , le christianisme n'était pas formé, puisque le mystère de la Trinité, si essentiel au christianisme, ne l'était pas : les Chrétiens versaient leur sang pour une religion encore informe, et ne savaient s'ils adoraient trois dieux ou un seul Dieu.

VII. — Selon M. Jurieu, les premiers Chrétiens ne croyaient pas que la personne du Fils de Dieu et toute la Trinité fût éternelle.

Pour prouver ce qu'il avance, le ministre Fait enseigner aux Pères des premiers siècles « que le Verbe n'est pas éternel en tant que Fils ; qu'il était seulement caché dans le sein de son Père, comme sapience, et qu'il fut comme produit, et devint ijxe tlusonne distincte de celle du Père, peu devant la création, et qu'ainsi la trinité des personnes

Ibid.,

ne commença qu'un peu avant le monde (2454). » Il n'y a personne qui n'ait ouï parler de l'hérésie des sabelliens, qui ne faisaient du Père et du Fils qu'une seule et même personne, et qui par là anéantissaient jusqu'au baptême; on sait combien cette hérésie fut détestée; mais elle était véritable jusqu'au moment que le monde fut créé.

« Telle était, du moins selonM. Jurieu(2455), la théologie des anciens, celle de l'Eglise des trois premiers siècles sur la Trinité, celle d'Alhénagoras, contemporain de Justin, martyr, qui écrivait quarante ans après la mort des derniers apôtres, celle de Tatien, disciple de Justin, martyr; et il est clair que le disciple avait appris cela de son maître; » c'était la foi des martyrs, et c'était en cette foi qu'ils versaient leur sang.

VIII. — Aveuglement du ministre, qui décide que cette erreur, qu'il attribue aux anciens, n'est pas fondamentale.

C'est aussi en conséquence de cet aveu que le mini.-tre est contraint de dire qu'une si insigne variation dans la doctrine de l'Eglise n'est pas essentielle, ni fondamentale (2456). Ce n'est pas une erreur fondamentale de dire que le Fils de Dieu n'est pas de toute éternité une personne distincte de celle du Père, et que cette distinction de personnes entre le Père et le Fils, et enfin, pour trancher plus net, la trinité des personnes, nonseulement a commencé, mais encore n'a commencé qu'un peu avant la création du monde ; en sorte que l'univers est presque aussi ancien que la Trinité qui l'a fait, et nue ce qui est adoré comme Dieu par les Chrétiens, est nouveau 1

Je n'ai pas besoin de remarquer ici l'avantage que celte doctrine donne aux ariens et aux soeiniens,le ministre l'a bien senti ; mais il s'en sauve d'une étrange sorte : « C'est, » dit-ii, « que les ariens faisaient le Fils produit du néant, sans rien reconnaître d'éternel en lui, ni l'essence, ni la personne; et les anciens le faisaient produit de la substance du Père, et de même substance avec lui : « seulement, » poursuit le ministre, « ils voulaient que la génération de la personne se fût faite au commencement du monde ; » et ce monstre de doctrine, selon lui, n'a rien qui combatte l'essence du christianisme; ce n'est pas la une variation essentielle et fondamentale. On peut être un vrai Chrétien, et dire qu'une personne divine, et en un mot, ce qui est Dieu, et vrai Dieu, autant que le Père, a commencé.

IX. — Selon M. Juricu, les premiers Chrétiens ne croyaient pas que Dieu fût immuable.

Mais la cause qu'il attribue à cette erreur des anciens est pire que leur erreur même; car leur erreur, noursuit le ministre (2457), « venait en partie d'une méchante philoso-

phie, parce qu'ils n'avaient pas une juste idée de l'immutabilité de Dieu. » En elfet, puisqu'il survenailà Dieuquelquechose, et encore quelque chose de substantiel, une nouvelle génération et une nouvelle personne qui n'y avait point été de toute éternité, la substance de Dieu se changeait et s'altérait avec le temps. Ainsi ce qu'on croit Dieu est nouveau, et ne prévient la créature que de quelques heures; ce qui n'est pas seulement, comme l'avoue le ministre, n'avoir pas une juste idée de l'immutabilité de Dieu, mais la détruire en termes formels; de sorte que tout le secours que donne votre ministre aux Chrétiens des trois premiers siècles, pour les distinguer des ariens, c'est de les faire plus impies; puisque c'est une impiété beaucoup plus grande d'ôter à Dieu l'immutabilité de son être, qui était connue même des philosophes, que de lui ôter seulement avec les ariens la personne de son fils, bien moins nécessaire à connaître la perfection de son être, que son immutabilité, sans quoi on ne peut pas même le concevoir comme Dieu.

L'eussiez- vous cru, mes chers frères, qu'on dût jamais vous débiter cette doctrine dans des lettres qu'on ose nommer Lettres pastorales? Est-ce un pasteur qui écrit ces choses, ou bien un loufp ravissant, qui vient ravager le troupeau? N'est-il pas temps de vous réveiller, lorsque celui qui fait parmi vous le docteuret le prophète, et à qui vous avez remis la défense de votre cause, en vient à cet excès d'égarement, de ne distinguer les Chrétiens des trois premiers siècles, et les martyrs même d'avec les ariens, qu'en les faisant plus impies, qu'en leur faisant rejeter non-seulement le dogme le plus essentiel du christianisme, qui est l'éternité du Fils de Dieu, mais encore ce que les païens n'ont pu méconnaître, l'immutabilité de l'Etre divin; de sorte que les saints docteurs, en perdant la foi, n'aient pu même retenir les restes de la lumière naturelle que les philosophes païens avaient conservée.

Et celui qui vous annonce de tels prodiges, loin d'en rougir, s'en glorifie. «Je rue suis, » dit-il (2'i58), •< un peu étendu à expliquer la théologie de l'Eglise des trois premiers siècles sur la Trinité, parce que je n'ai trouvé aucun auteur jusqu'ici, qui l'ait bien com-. prise. » C'est la lumière de notre siècle; il se vante de découvrir, dans la théologie des trois premiers siècles, ce que personne n'avait compris avant lui. Mais encore, qu'a-t-il découvert dans leur théologie? 11 y a découvert ce grand mystère, que Dieu n'était pas immuable, et qu'un Dieu n'était pas éternel. Voilà la belle découverte ce ce grand personnage, M. Juricu; c'est pour cela qu'il nous vante sa grande science, et qu'il avertit l'évêque de Meaux, « qu'un évêque de cour comme lui et les autres, dont le métier n'est pas d'étudier, devraient un peu ménager

(2454) Lciu 6, r. 44.

(2455) IBicl., 45.44.

(245C) Ibid., 14, c. '2.

(2457) Ibid., ci.

(•2158) ll'id.

PART. X. TIIEOL. POLKMIQi !.. - IV.

ceul qui n'ont point d'autre profession 9). u c'est dommage, en effet, qu'on ne v,. tait pas par toute la terre, poar laisseï M. Jurieu écrire tout seul, afin que toute la chrétienté apprenne celte merveille; que les siècles les plu- voisins des apôtres, où est la force el la gloire 'lu christianisme, ne croyaient pas Dieu immuable, ni In généralion de son Fils éternelle, et que celle erreur esl il'- Celles qui ne s<>nt ni essentielles, ni fondamentales.

X. — Que, selon M. Jurieu, les premiers Chrétiens croyaient les personnes divines inégales.

Si cette horrible flétrissure du christianisme, si une corruption si manifeste de la foi n'est pas l'accomplissement de ce que dit

l'Apôtre sur les hérétiques, r/ne leur foliesera connue de tous [Il Tim. m, 9;, je ne sais | lus quand il le faut attendre. Mais votre docteur continue : « et ii est vrai.» poursuit-il (2439*), « que les anciens, jusqu'au iv' siècle, ont eu une fausse pensée au sujet des personnes de la Trinité; c'est qu'ils y ont rais de l'inégalité. » Ils n'ont donc pas adoré en un seul Dieu en 3 personnes égales, ils ont adoré le Fils comme Dieu ; ruais ils ne l'ont pas connu comme étant égal à son Père. Un Dieu n'est pas égal à un Dieu ; H y a de l'imperfection, puisqu'il y a de l'inégalité dans ce qui est Dieu; on peut concevoir un Dieu qui n'est pas pai lait. Voila les prodiges qu'on vous enseigne; voilà, dit votre ministre, ce que croyaient les martyrs et les siècles les plus purs. Que reste-t-il à conclure, sinon que les ariens raisonnaient mieux, et avaient une doctrine plus pure sur la Divinité, qua les docteurs de l'Eglise?

XI. — Que, selon M. Jurieu, on peut être dans les mêmes erreurs, el reconnaître du changement dans la substance de Dieu, sans ruiner les fondements de la fui.

Mais remarquez, mes chers frères, que non content d'attribuer de tels prodiges aux siècles les plus purs de la religion, votre docteur est encore contraint de dire, comme vous venez de l'entendre, que ces prodiges ne sont pas contraires au\ fondements de la foi; car l'erreur des anciens, dit-il, n'est ni essentielle ni fondamentale ; et il faut bien qu'il en parle ainsi, à moins de condamner 1 ancienne Eglise, lorsqu'elle enfantait les martyrs, et de dire qu'elle était Eglise sans avoir les fondements de la foi. Triomphez donc, ariens et sociniens; on peut sans blesser l'essence de la pi été, dire que la personne du Fils de Dieu n'est pas éternelle, qu'il est engendré dans le temps, qu'il n'est pas égal à son Père. Mais triomphez en particulier, ô sociniens, qui osez dire qu'il arrive a l'être de Dieu quelque chose de nouveau; M. Jurieu vous donne les mains, puisqu'il avoue qu'on peut croire, sans blesser 1'.' fond de la piété, non pas qu'il survient •^ Dieu des accidents, comme à nous, et de

(2159) Lett. 8, p. 61.

(2459*) I. -ti. ti, p. 15.

OEUVBES COMPï, DR Bo = SL"FT. Vil".

riSSKMENTS AUX PROTESTANTS. IMG

nouvelles pensées, ce qui autrefois faisait horreur ; mais, ce qui est beaucoup pi-, qu'il , hange dans la substance, et qu'une per onno divine commence d'être; non-seulement on peut le croire, sans aucun péril de son salut, mais on l'a cru autrefois, et c'était la foi des martj rs.

XII. — Que le ministre approuve lui-même qu'on mette le Fils de Dieu au ratio deschoses faites, et que personne ne le reprend de ses erreurs.

Je ne m'étonne pourtant pas que ce ministre parle ainsi, après avoir vu, non ce qu'il tolère dans les autres, mais ce qu'il enseigne lui-même. Car en parlant de i'ertul- Jien et de son livre contre Praxéas : « Là il explique, » dit-il (2460), «la génération du Fils, comme nous, par l'entendement divin, qui, en se comprenant et en s'entendant loi-même, a fait son image et son Verbe qui est son Fils ; cela va bien jusque là. » Remarquez, mes frères, ce blasphème ; Dieu a l'ait son Fils. Que disaient de pis les ariens ? Mais le ministre l'approuve : « Tertullien, » dit-il, « l'entend comme nous, et cela va bien jusque là. » Cela va bien de dire que Dieu fait son Fils, et que celui par qui Dieu a fait toutes choses, est lui-même au nombre des choses laites. Un homme qui ne rougit pas de su donner pour savant, tombe dans une erreur qu'un théologien de quatre jours aurait évitée; et vous ne voyez pas encore que ce téméraire théologien, dans les embarras où le jette la défense de votre cause, hasarde tout, et que l'heure est venue, où, comme disait l'Apôtre, la folie de vos docteurs doit être connue de tout l'univers.

il n'est pas ici question d'expliquer le sentiment de Tertullien ; d'autres docteurs et des protestants l'ont fait devant nous, et ont très-bien justi lié qu'il n'a jamais dit absolument que le Fils tle Dieu eût été fait, ni autrement qu'ii est écrit du Père même, qu'tï a été fait notre refuge et le refuge du pauvre. [Psal.i\, 10.) Mais quand Tertullien se serait trompé, selon M. Jurieu, avant que la foi de la Trinité eût été formée ; maintenant que de sou aveu elle a reçu sa forme, fallait-il encore errer avec lui, et mettre le Fils de Dieu au rang des choses faites ? et on lui laisse dire parmi vous toutes ces choses. 11 n'en est pas moins ministre, pas moins professeur en théologie. 11 adresse toutes ces erreurs à tous ses frères, sous le titre le plus vénérable que pût prendre un vrai pasteur, sans 'lue personnelecontredise.il a trouvé parmi vous des contradicteurs sur ses prétendues prophéties ; on l'a traité sur cela de visionnaire ; on s'est moqué de ce qu'il a dit sur ces prétendus prophètes du Vivaiais et du Dauphiué, où toute la marque de l'Esprit de Dieu est de se laisser tomber par terre, et de crier de toute leur force, en fermant les yeux et faisant semblant de dormir. On lui a reproché publiquement qu'en autorisant ces illusions, il autorisait la tromperio

(21G3) Lnt.o, p. 41, roi. 1.

OEUVRES COMPLETES nE BOSSUET.

et le fanatisme, et exposait le parti protestant à la risée de tout l'univers; on ne l'a pas épargné sur toutes ces choses. 11 attaque le fondement de la foi ; il impute à l'ancienne Eglise, dès l'origine du christianisme, des erreurs essentielles sur la Trinité; il les tolère, il les approuve, il les adopte; cependant on ne lui dit mot surtout cela ; et ses Lettres pastorales courent l'univers sans être, je ne dis pas notées par les Eglises, mais reprises par aucun particulier, tant le soin de l'orthodoxie, si je puis parlerde la sorte, est abandonné parmi vous. Vos gens délicats sur l'esprit, craignent qu'on ne leur impute des visions et des faiblesses, et ils ne craignent pas qu'on leur impute des erreurs.

X11I. — Le mystère de V Incarnation également

ignoré par les premiers Chrétiens, selon M. Jtirieu.

Si les anciens ont été aveugles dans le mystère de la Trinité, ils n'auront pas mieux entendu celui de l'Incarnation, dont la Trinité est le fondement ; aussi votre ministre vous enseigne-t-il que les anciens docteurs, et « surtout ceux du ni* siècle, et môme ceux du iv% ont môle d'épaisses ténèbres les lumières qu'ils avaient sur ce mystère ; qu'ils ont confondu le Fils et le Saint-Esprit, qu'ils nous ont fait un Dieu converti en chair, selon l'hérésie qu'on a attribuée à Eutychès; et que ce n'est que par la voie des longues contentions, qu enfin cette vérité venue de Dieu est arrivée à la perfection (2401), » de sorte que loin d'y être d'abord, comme sont les œuvres où Dieu met la main d'une façon particulière, à peine y était-elle après quatre siècles.

XIV.— Les premiers Chrétiens ignoraient ce que la raison naturelle enseignait aux païens, et même l'unité de Dieu et ses perfections.

Comment les anciens auraient-ils compris les vérités particulières au christianisme, puisque môme ils ont ignoré ce que la raison naturelle a enseigné aux gentils ? Ecoutez parler votre ministre : Je voudrais bien, poursuit-il (2462), que l'évêque de Mcaux me prouvât cette maxime (que la vérité venue de Dieu ne peut souffrir de variations, et qu'elle atteint d'abjrd toute sa perfection), seulement dans le dogme d'un Dieu unique, tout-puissant, tout sage, tout bon, infini et infiniment parfait. Avons-nous bien entendu ? Quoi 1 ce n'est plus l'immutabilité de l'Etre divin que ce ministre fait ignorer aux premiers Chrétiens ; c'est encore tous les autres attributsdivins que nous venons de nommer. Képétons encore ces paroles, de peur de nous être trompé en lui faisantdire des nouveaulés si étranges : « Je voudrais bien que l'évoque de Meaux me prouvât cette maxime, (que la vérité arrive d'abord à sa perfection) seulement dans le dogme d'un Dieu unique, tout-puissant, tout sage, tout bon, infini et

infiniment parfait. 11 n'y a point d'endroit, » continue-t-il, « où les Pères de l'Eglise auraient dû être plus uniformes et plus exempts de variations que celui-là ; puisque c'est celui qu'ils devaient savoir le mieux, s'y exerçant perpétuellement dans leurs disputes contre les païens ; » cependant ils ne le savaient qu'imparfaitement ; car, poursuit-il, « combien trouve-t-on dans tous ces dogmes de variations et défausses idées? » Ainsi l'unité de Dieu, qui était le dogme le plus éclatant du christianisme, n'était qu'imparfaitement connue par les fidèles des trois premiers siècles. Il le faut bien, puisqu'ilsadoraient comme Dieu le Père, la personne du Fils et le Saint-Esprit, qui ne lui étaient, ni égales, ni coéternelles ; ce n'était donc pas un même Dieu, puisque Dieu ne peut être inégal à soi-même. Les Chrétiens, qui faisaient semblant de tant détester la multiplicité desdieux, en avaient trois bien comptés dans les premiers siècles ; et afin de ne point errer sur ce seul article, seloneux, « la bonté de Dieu était un accident, comme la couleur; la sagesse de Dieu n'est pas sa substance : » et ce n'était pas seulement la pensée d'Alhénagoraset deTertullicn : « c'était,» uit-il,«la théologie du siècle. » On ne croyait pas « que Dieu fût partout, ni qu'il pût être en même temps dans le ciel et dans la terre : la plupart des anciens ont cru Dieu corporel et étendu, comme Tertullien : » afin que les sociniens, qui ont de Dieu cette basse idée, aient pour garants la plu ■ part des saints docteurs. Quel prodige n" peut-on donc pas soutenir par l'autorité de l'Eglise primitive? Et il ne faut pas s'en étonner, « puisqu'on y représentait Dieu muable et divisible, changeant ce germe de son Fils en une personne, et divisant une partie de sa substance pour son Fils, sans la détacher de soi (2463). » Qui peut dire que Dieu est muable et divisible, peut lui attribuer toutes les passions, tous les défauts, et même tous les vices avec les païens. S'il peut changer et devenir ce qu'il n'était pas, il n'est plus celui qui est, il tient plus du néant que de l'être ; il n'est plus la vérité môme, la sainteté même; et il peut perdre tout ce qu'il peut acquérir, ainsi on peut lui ôter non-seulement son Fils et son Saint-Esprit, mais encore tous ses attributs et son propre être. C'est où vous conduit votre ministre ; et il conclut cet étrange discours, en disant, « que cette belle et juste idée que nous avons aujourd'hui de l'Etre parfait, quoique vérité venue de Dieu, n'a pas atteint toute sa perfection d'abord. »

Vous l'entendez, mes chers frères, l'idée de l'Etre parfait est une idée d'aujourd'hui. Quand Tertullien a dit que Dieu était « le souverain grand, et parla unique, sans pouvoir avoir son égal, autrement qu'il ne serait point Dieu (2464); » quand tous les Pères des premiers siècles, aussi bien que tous les autres, ont soutenu aux païens la

(•2404) Lili. i ;Wt>. Murcion., c. 3.

PART. V lll. ol.. P0LEM1Q1 I . - IV. VVERTISSEMI NTS Al X PROTESTANTS. I

même chose; quand ils leur ont prouvé mille et mille rois l'unité de Dieu par 1 1 souveraineté el la singularité de sa perfection -, quand ils ont dit que jamais nul n'avaii prononcé le nom de Dieu, qu'en j attachant ridée de la perfection, ils n'étaient pas entendus, et ils ne s'entendaient pas euxmêmes: selon M. Jurien, cette idée que nous avons aujotûrd'hv/i; n'est pas celle de l'ami mité; et il semble que ce ministre ne l'a u rail pas eue, ou n'j aurait pas fait d'attention, si un philosophe moderne n'était, venu lui apprendre nue l'idée de Dieu était jointe à celle de l'Etre parfait.

XV. — Suite de la doctrine du ministre; tous les fondements delà foi ignorés et combattus par les Chrétiens des quatre premiers siècles.

Quoi qu'il en soit, il est certain, selon lui. que les Pères, et même (eux «les trois premiers siècles, ne l'avaient pas, non plus que celles de l'éternité el dé l'immutabilité

de l'être de Dieu, ni des personnes divines, et les autres que nous avons' vues. C'est ce que dit ce ministre dans là sixième let're de celle année, qui est la première qu'il a opposée à l'Histoire des ' variations. La seconde, qui est en ordre la septième, n'csl pas moins pleine d'erreurs et d'égarements. il la commence en répétant « qu'il y a trois vérités essentielles el fondamentales, imparfaitement expliquées par les plus anciens docteurs de l'Eglise, la Trinité des personnes, l'Incarnation de la seconde, et l'idée d'un Dieu unique, qui est l'Etre infiniment parfait |24tf>5J ; » et l'on a vu que ce qu'il appelle explication imparfaite de ces dogmes, c'était les anéantir tout à fait, et établir en termes formels des dogmes eoniraires. 11 est bien aisé de comprendre que le reste ne se soutient plus, après qu'on a renversé ces fondements. Aussi était-ce '< l'opinion constante et régnante dans ces premiers siècles de l'Eglise, que Dieu avait abandonné ie soin de toutes les choses qm sont au-dessous du ciel, sans en excepter môme les hommes, et ne s'était réservé la Providence immédiate que des choses qui sont dans les cieux. » Ainsi la Providence particulière tant célébrée dans l'Ecriture, et poussée par Jésus-Christ même jusqu'au moindre de nos cheveux, était oubliée par les Chrétiens, quoiqu'elle lût si sensible, que les philosophes platoniciens et stoïciens, mieux instruits que les Chrétiens et que les martyrs, la reconnussent. O Dieu 1 quelle patience faut il avoir pour entendre dire des choses si fausses et si avantageuse-, non-seulement aux sociniens, mais encore à tout le reste des libertins et des impies! Ce n'est pas tout : « La grâce, qu'on regarde aujourd'hui, avec raison, comme l'un dtjs plus importants articles de la religion

chrétienne, était entièrement informe jusqu'au leuips de saini Augustin. Avant ce ps, les uns étaient stoïciens et manichéens; d'autres étaient purs pélogiens, les plus orthodoxes ont été semi-pélagiens (-2'iuG). » Quoi! môme sans en excepter sainl Cj prien lanl cité ; ar saint Augustin contre ces hérétiques (2467), quoiqu'il ail ilit en trois mois Lotit ce, qu'il fallait poulies confondre, en disant si précisément, et en prouvant avec tant de force qu'il ne faut se glorifier de rien, parce que nul bien ne oient de nous '! Les autres Pères n'eu ont pas moins dit : et néanmoins dit noire ministre, tous en général ont discouru sur celte matière d'une manière à foire voir qu'ils n'a avaient fait aucune attention, quoique ce soit le fondement de la piété et de l'humilité c hrétienne, et n'avaient pas étudié l'Ecriture là-dessus. Mais quoique saint Augustin et les conciles de son temps eussent fait -ur ce sujet, selon le ministre même, des décisions si justes, on n'a pas laissé de varier : dans le vi' siècle, et dans les suivants, l'Enlisé romaine devint quasi-pélagienne (2468), pendant que le Pape saint Grégoire, un si !i ié!e disci| le de saint Augustin, y présidait : l'article de la satisfaction de Jésus-Christ, celui de la justificatif! et celui du péché originel, sont mal erise gués par les anciens Pères, le péché origim est conçu connue l'un dis importants articlu âe la religion chrétienne: cependant lu ministre nie « délie de lui faire voir celt • importante vérité dans les Pères qui ont précédé saint Augustin, toute formée, loute conçue, comme elle a été depuis; » encore qu'il sache bien, pour ne pas citer ici tous les auteurs, qu'on la trouve dans un concile tenu par sa jnt Cy prien (2469), aussi constamment et aussi clairement posée que dansaint Augustin même; et que sur ce fondement du péché originel on y établisse la nécessité du baptême des petits enfant-, i termes aussi forts qu'on l'a fait dans les conciles de Milève et de Carlbage.

Mais il ne s'agit pas ici de soutenir la do trine de l'Eglise, il s'agit de manisfester au:: yeux du monde la basse idée que l'on en a dans la Réforme, a S'il y a, poursuit le ministre, quelque doctrine importante dans toute la religion, et qui soit clairement enseignée dans l'Ecriture, c'est celle de la satisfaction de Jésus-Christ, qui a été mis en notre place et qui a souffert les peines que nous avons méritées. Ce dogme si important et si fondamental est demeuré si informe jusqu'au iv* siècle, qu'à peine peut -on rencontrer un ou deux passages qui l'expliquent bien. » On trouve même dans saint Cyprien des choses « lrè.sînjuriciises à cette doctrine; et pour la justification, les Pères n'en disent rien, ou ce qu'ils en disent est faux, mal digéré et

(24G3) Letl. G, p. i'J.

(•2l6tij Lelt. G, p. ùO.

(*24G7) De dono penev.. c. 19, n. i8 ; Cont. Jul., I. i, n. 2-2; el alilii n, n. 25 ; Ad Box ij , lil). iv, c.

8 el seip, n. 25, Cl alibi, !. X ; S. Cïpr., Test'un., hl>. ni, c. i.

(2iG8j Lelt. 7, p. 50, col. 2.

(24S9) Fpisl. ad fil., lie liftnl. bnpliz.

imparfait. » Ainsi, de Unis les articles qui servent de fondement à la piété, il ne s'en est trouvé aucun où la foi des trois prem'ers siècles ait été pure : que dis-je? aucun où il n'ait régné des erreurs essentielles, et ce n'était pas seulement trois ou quatre auteurs qui se trompaient; le ministre répète encore que c'était la théologie du siècle, dont il rend cette raison, « que dans un temps où le savoir était rare entre les Chrétiens, deux ou trois savants entraînaient la foule leurs opinions; » tant le fondement de la foi était faible et mal établi, en sorte que la théologie de ces siècles était non-seulement imparfaite et flottante [2470), mais encore pleine d'erreurs capitales, sur tous les articles qu'on vient de voir, quoique ce soit sans difficulté les plus essentiels du christianisme.

XVI. — Que les Pères, selon le ministre, loin d'entendre FEcriture sainte, ne la lisaient même pas.

Il ne faut pas s'en étonner : « C'e>t. » dit le ministre (2V71),« que la vérité n'a pris sa dernière forme que par une très-longue et trèsaltenlive lecture de l'Ecriture sainte; et, poursuit-il, il ne paraît pas que les anciens docteurs des trois premiers siècles s'y soient beaucoup attachés. » O Dieu, encore un coup, est-il bien possible que ces saints doi leurs, un saint Justin, un saint Irénée, un saint Clément d'Alexandrie, un saint Cyprien, tant d'autres qui passaient les jours et les nuits à méditer l'Ecriture sainte, dont leurs écrits ne sont qu'un tissu, qui en faisaient toutes leurs délices, et y trouvaient leur consolation durant tant de persécutions, ne s'y soient point attachés, ou qu'ils n'y aient point vu le mystère de la piété qu'on prétend y être si clair, qu'il ne faut à présent aux plus ignorants, aux artisans les plus grossiers, aux plus simples femmes, qu'ouvrir les yeux pour l'y trouver 1 C'est ainsi qu'on parle de ceux qui ont fondé après les apôtres l'Eglise chrétienne, nonseulementpar leurs prédications et par leurs travaux, mais encore par leur sang. Nonseulement le savoir était rare parmi eux, comme on vient d'entendre, quoiqu'il y eût alors tant de philosophes, tant d'excellents orateurs, tant de doctes jurisconsultes, et en un mot tant de grands hommes de toutes les sortes, qui embrassaient le christianisme avec connaissance de cause : mais ce qu'il j a de plus étrange, c'était le savoir qui regardait la religion et l'Ecriture elle-même qui était rare alors, même parmi ceux qu'on i egardait comme les docteurs. « Ilssortaient.» dit votre ministre ('2472), « des écoles des platoniciens; ils étaient pleins de leurs idées ; et ils en ont rempli leurs ouvrages, au lieu de s'attacher uniquement aux idées du Saint-Esprit. »

<2470i L-it. 7, p. 51.

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