PART. \. THEOL, POLEMIQUE. - IV AVERTISSEMENTS MX PROTESTANTS
il leur faul attribuer des cireurs plus grossières et plus impies que celles des païens mêmes : (H ceux qui oe se défendent que par de si grands outrages em ei s le chrislia • nisiue osent encore se gloriQer d'en être les réformateurs, et les seuls restaurateurs de la piété.
Mais ce n'esl pas là tout le mal : en sortant de cette ignorance et de ces erreurs capitales des tnus premiers siècles, et eu venant au iv' qui est le siècle de lumière, 00 n'eu vaut pas mieux. On retombe eu ce. moment dans l'idolâtrie, et dans une idolâtrie la plus dangereuse de toutes, aussi bien que la plus grossière et la pi us maligne ; puisque c'est l'idolâtrie antichrétienne où sous le nom des saints, on rétablit les faux dieux et tout le culte des païens (2475). Oui, dit-on, c'est en sortant des trois premiers siècles, si grossiers et infectés de tant d'erreurs, qu'aussitôt on est replongé dans une si détestable idolâtrie ; et ces grandes lumières du iv' siècle, ces grands hommes, sous qui on avoue que la théologie chrétienne a du moins pris à la fin sa dernière forme, saint Basile, saint Ambroise, saint Grégoire de Nazianze et saint Augustin, qui seul, dit-on, renferme plus de théologie dans ses écrits r/nc tous les Pères des premiers siècles fondus ensemble, sont les auteurs de ce culte impie et de cette idolâtrie antichrétienné.
Ce ne sont point ici des conséquences que nous tirions de la doctrine Lie votre ministre : nous avons produit ailleurs ses termes exprès (2476), où il (lit que tous ces grands hommes du iv' siècle y ont fait régner l'idolâtrie ; qu'ils ont été séduits par les esprits abuseurs, pour rétablir le culte des démons (2477); et entin, que c'est sous eux que se sont formés l'impiété, les blasphèmes, les persécutions, et pour tout dire en un mot, les idolâtries de l'Antéchrist.
C'est ce que j'appellerais, si je le voulais, des prodiges de témérité, d'impiété, d'ignorance ; et je ferais retomber sur le ministre tous les outrages dont il me charge pour avoir dit seulement que la vérité chrétienne comme un ouvrage divin, a eu d'abord sa perfection. Je pourrais dire, à juste titre, qu'on ne sait si on a affaire à un Chrétien ou à un païen, lorsqu'on entend ainsi déchirer le christianisme, sans l'épargner dans ses plus beaux jours. Mais laissant à part toutes exagérations, considérons de sang-froid la constitution qu'on veut donner à l'Eglise chrétienne. Les derniers siècles, depuis mille ans, sont le règne de l'Antéchrist. Autrefois les protestants vantaient du moins le ive, comme le plus éclairé, et ils ne peuvent encore lui refuser cet honneur : mais cependant c'est la source de l'idolâtrie antichrétienne, c'est là qu'elle s'est formée, c'est là qu'elle règne. La Réforme poussée dans ce siècle, voulait, ce semble, se faire un refuge dans les siè-
(3473) Apoc, Avert , i>. 28 cl suiv.
(247G) IIUI.
des des martyrs; et maintenant ce sont les plus infectés d'ignorance et d'erreurs; je dis même dans les points les plus es ntiels et dans le fond de la piété. OÙ est donc celle Eglise de Jésus-Christ contre laquelle l'enfer ne devait pus prévaloir '! (Matin, xu, 18.) Où est cet ouvrage des apôtres dont Jésus- Christ avait dit : Je vous ai choisis et je vous ai établis, a fin que vous alliez et que vous portiez du fruit, et epte votre fruit demeure? [Joan. xv, 10. ) Cependant tout tombe, tout est renversé aussitôt après les apôtres.
XIX. — La décision du concile d'Ephèse censurée par le ministre Jurieu. — Les sociniens triomphent selon ces maximes.
Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que moine en se redressant, on laissait en son entier la plus grande partie de l'erreur. Le mystère de la Trinité était encore informe au concile de Nicée, comme on a vu, ei jusqu'au concile de Constunlinople, qui est lu second général : le mystère de l'Incarnation n'a été formé que par de longues disputes avec les ariens, les nestoriens et les eutychiens, et ainsi il ne l'était pas au second concile général. Le sera-l-il du moins dans le troisième, qui est celui d'Ephèse, où, après la défaite des ariens, on triompha de Nestorius, ennemi de l'Incarnation? Non, il faut encore essuyer les disputes avec Eufychès. La perfection de ce mystère était réservée au concile de Chalcéuoine et au Pape saint Léon, quoique ce soit l'Antéchrist. Mais le concile d'Ephèse a-t-il du moin-s expliqué eu termes convenables le mystère de l'Incarnation contre Nestorius, qui le détruisait ? On avait cru jusqu'ici que ce saint concile de deux cents évoques assemblés de toute la terre, et auquel tout le reste de i'urdvers donnait son consentement, avait parlé convenablement contre cette erreur, en décidant que la sainte Vierge était vraiment Mère de Dieu : car il n'y avait rien de plus précis pour faire voir que Jésus-Christ était né Dieu, également Fils de Dieu et Fils de Marie : ce qui ne laissait aucune évasion à ceux qui divisaient sa personne, et ne voulaient pas avouerqu'un enfant de trois mois fût Dieu. C'était donc là de ces expressions inspirées de Dieu à son Eglise, comme le consubstantiel, comme les autres que tous les siècles suivants ont révérées. Mais écoutons M. Jurieu, l'arbitre des Chrétiens et le censeur souverain des premiers conciles œcuméniques : Ce fut, dit-il (2478), aux docteurs du v' siècle une témérité malin tireuse d'innover dans les tentes, en appelant la sainte Vierge Mère de Dieu; terme qui n'était point dans l'Ecriture ; au lieu de si contenter de l'appeler atec l'Ecriture, Mère de Jésus -Christ. Le ministre continue : '< Aussi Dieu n'a-t-il pas versé sa bénédiction sur la fausse sagesse de ces docteurs ■ au contraire, il a permis que la plus criminelle et la plus outrée de toutes les idoli-
Ibid.
Lclt.
1 an.
iiJTJ OEUVRES COMPLETES DE BOSSUET
trios de l'antichristiaaisme ait pris son origine de là; » il veut dire la dévotion à la sainte Vierge. Mais il faut bien avouer qu'elle était devant ce concile, puisque l'EgUseoù il était assemblé, et qui sans doute était bâtie avant qu"il se tînt, s'appelait .Marie (2i79), du nom de cette Mère Vierge, et que longtemps avant ce concile, saint Grégoire de Nazianze avait raconté qu'une
martyre du m" siècle avait prié la sainte Vierye Marie d'aider une vierge qui était en péril (2i80). Le ministre devrait donc dire, selon ses principes, que ce fut en punition de cette idolâtrie du iv* siècle, que Dieu livra le v' qui la suivit, à la téméraire entreprise d'appeler Marie, Mère de Dieu.
Mais quelle est donc cette faute des Pères du concile d'Ephèse si hautement censurée par votre ministre? Est-ce que la bienheureuse Vierge n'est pas en effet Mère de Dieu? le ministre n'ose le dire. C'est donc à cause que cette expression, si propre à confondre l'erreur qui partageait Jésus- Christ, n'était pas dans l'Ecriture. A ce coup, que deviendra l'IIomousios de Nicée, et le Deus de Deo du même concile? Il deviendra, ce que dit Calvin (2481), une expression dure qu'il eût fallu supprimer; puisque même, selon cet auteur (2*82), le Fils de Dieu est Dieu lui-même comme son l'ère, et n'en reçoit pas l'essence divine. C'est ainsi que ces téméraires censeurs méprisent les plus saints conciles et toute l'antiquité ecclésiastique. Le concile d'Ephèse ne leur est plus rien; celui de Nicée n'est pas plus ferme; en méprisant les expressions propres et précises, qui servaient de barrière aux dogmes contre les fuites et les équivoques des hérétiques, ils ouvrent la voie aux soeiniens. En effet, ces téméraires docteurs n'épargnent rien. Ils nous ont fait un christianisme tout nouveau, où Dieu n'est plus qu'un corps, où il ne crée rien, ne prévoit rien que par conjectures, comme nous; où il change dans ses résolutions et dans ses pensées; où il n'agit pas véritablement par sa grâce dans notre intérieur; où Jésus -Christ n'est qu'un homme; où le Saint-Esprit n'est plus rien de subsistant ; où pour la grande consolation des libertins l'âme meurt avec le corps, et l'éternité des peines n'est qu'un songe plein de cruauté. Tel est ce nouveau christianisme que Socin et ses sectateurs ont introduit. Vous vous écriez avec raison contre ces blasphèmes ; mais ces subtils adversaires ne s'étonnent pas de vos cris. Pourquoi se tant récrier, vous diront-ils : vos ministres sont pour nous; vous leur avez vu attribuer aux premiers docteurs de l'Eglise la partie la plus importante des dogmes qui vous font peine dans notre doctrine? Dieu change, Dieu est un corps ; le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas des choses subsistantes de toute éter-
nilé; la grâce et le péché originel sent des dogmes que les premiers siècles ne connaissaient pas ; c'est ce que nous avons déjà gagné de l'aveu de vos ministres. Vous vous accoutumerez peu à peu à tout le reste de nos dogmes, et alors la réformation sera vraiment accomplie. Vous le savez : c'est ainsi qu'ils parlent; mais que leur répondrez-vous selon les principes de votre ministre ? Pendant qu'ils abusent de l'Ecriture, et la tournent en mille manières plausibles au sens humain qu'elles flattent, si vous pensez, mes chers frères, donner un frein à leur licence, en disant qu'ils ne peuvent montrer un seul auteur chrétien qui ait entendu l'Ecriture comme ils font, et plutôt, qu'on leur montrera que lousles auteurs leur sont contraires : cette preuve, la plus sensible et la plus propre à leur conviction qu'on puisse leur opposer, par le secours Je vos ministres, n'est plus qu'un jouet de ces esprits libertins. Leur vanterez-vous les nc et vc siècles, l'autorité de leurs conciles, et les lumières admirables de leurs docteurs? Mais c'est la source et le siège do l'idolâtrie antichrétienne. Irez-vous aux siècles précédents? Mais tout y est plein d'erreurs et d'ignorance, et vos minisires leur y font trouver plus de partisans que de censeurs. Qu'y a-t-il donc d'entier dans le christianisme, et où le trouverons-nous dans sa pureté?
XX. — L Ecriture même ne subsiste plus. Jésus - Christ et ses apôtres n'ont plus d'autorité.
Dans l'Ecriture, dites-vous? Voilà de quoi on vous llatte; mais vous ne considérez pas que pour l'honneur de l'Ecriture, il faut trouver quelqu'un qui l'ait entendue : or, si nous en croyons votre ministre, il n'y eut jamais de livre plus universellement mal entendu que celte Ecriture, ni de doctrine plus tôt oubliée que celle de Jésus-Chris), ni enlin de docteurs plus malheureux que les apôtres ; puisqu'à peine avaient-ils les yeux fermés, que l'Eglise qu'rls avaient plantée fut toute défigurée par des erreurs capitales. Et par qui est arrivé ce malheur sur le travail des. apôtres? Par leurs disciples, par leurs successeurs, par ceux qui templirent leurs chaires incontinent après eux, par ceux qui versaient leur sang pour leur doctrine : tant ils avaient mal instruit leurs disciples; tant leur travail, qui devait être si solide et si permanent, fut tôt dissipé.
XXI. — Les soeiniens, autrement les tolérants, poussent le ministre dans une manifeste contradiction et ne lui laissent aucune réplique.
Lavons aurez à essuyer la risée et les railleries des libertins. Où sont, diront-ils,
(-217!)) Concil. Eplies., ad. 1; Lalib., (oui. HT, col. US.
(-218II) Oral, in Cypr. el Jutt., loin. I.
liiSD Opine, explic. perfid. Valent, <■■-."/, pag.
(2482) Ibid., 663, 672, etc. 1' Instit., n. 15, 19,
Pic.
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les promesses de Jésus-Christ? où la fermeté de son Eglise? où la pureté tant vantée do christianisme? Les sociniens déclarés ne seront pas moins terribles : Pourquoi nous condamnez-vous avec tant d'aigreur pour des dogmes qui nous sont communs avec les martyrs? .Mais çeui qui pressent le plus M. Jurieu, sont ceux qu'il appelle les tolérants, c'est à-dire des sociniens déguisés, mitigés, m vous le voulez, dont toute ta religion, dit votre ministre (2i83), est dans ta tolérance des différentes hérésies. « Ces socles de gens,» poursuit-il, «lirentavanlage des variations des anciens, et ils disent : Il faut liien (|ue les mystères de la Trinité et de l'Incarnation ne soient pas couchés si clairement dans l'Ecriture, puisque les premiers Pères ont varié la-dessus. »
Assurément il n'y a rien de plus pressant que cet argument des tolérants. Car ces anciens, qu'on accuse d'avoir varié sur ces mystères, ne sont pas les simples et les ignorants; ce sont les docteurs et les évoques: ce ne sont pas quelques esprits contentieux qui obscurcissaient exprès les Ecritures : ce sont les saints et les martyrs. Si donc on avoue aux sociniens, ou si vous voulez, à ces tolérants, que ces mystères n'étaient pas connus dans les premiers siècles, il s'ensuit qu'ils n'étaient pas clairs dans l'Ecriture, et qu'il faut enore maintenant excuser ceux qui ne peuvent les y vi>ir.
Que lépond ici votre ministre? Ecoutez et étonnez-vous do la prodigieuse contradiction desa doctrine.^ 11 faut répondre à cela,» ditil (2&84J, «qu'il n'est pas vrai que les anciens Pères aient varié sur les parties essentielles de ces mystères. Car ils ont tous constamment reconnu qu'il n'y avait qu'un Dieu, et une seule essence divine: dans cet'e seule essence trois personnes, et que la seconde de ces trois personnes s'est incarnée et a pris chair humaine. » Voila-une réponse qui tranche; refais les tolérants lui feront bien voir qu'il ne la peut avancer sans se contredire. Vous nous assurez maintenant, diront-ils, que les anciens n'ont point varié dans les parties essentielles de ces mystères : mais vous nous disiez tout à l'heure qu'ils niaient l'éternité de la personne du Fils, et qu'ils croyaient que pour en expliquer la génération, il fallait dire qu'il était arrivé du changement en Dieu ; en sorte que son propre Fils ne lui était pas coéternel : par conséquent, ni l'éternité de sa personne, ni l'immutabilité de son éternelle génération, ne sont pas parties essen- S tielles du mystère de la Trinité.
Cela est embarrassant pour votre ministre, et vous voyez bien qu'il n'en sortira jamais. Mais ces tolérants le poussent encore plus avant : Les anciens Pères, dites-vous, n'ont point varie là-dessus, c'est-à-dire sur le mystère de la Trinité et sur eelui de l'Incarnation : et c'est une preuve- évidente que
(2485) Leu. ' r2184j Ibid.
AVtirriSSEMBXTS AUX PaeFTE&TASTS. I «
l'Ecriture est claire sur ces urticles. Tout ce
donc où ris ont varié n'était pas clair : or, selon vous, ils ont varié, non-seulement sur l'éternité de Sa personne du Verbe, et sur l'immutabilité de l'Etre divin, mais encore sur la providence particulière, sur la spiritualité et l'immensité de Dieu, sur la grâce, sur le libre arbitre, sur la satisfaction de Jésus-Christ, et sur tous les autres points qu'on a vus; donc l'Ecriture n'est pas claire sur tous ces points, et il faut tolérer ceux qui les rejettent.
Que sert ici a votre ministre la distinction de la foi et de la théologie? La foi des anciens, dit-il, n'a pas varié, mais seulement leur théologie. Ces importuns tolérants ne le laisseront pas en repos. Qu'appelez-vous leur théologie, que vous distinguez de leur foi? C'est, dit le ministre, l'explication qu'ils ont voulu faire des articles de la foi. Mais voyons encore quelle explication? Etait-ce une explication qui laissât en son entier lefond des mystères, ou bien une explication qui le détruisît en termes formels?
Ce n'était pas une explication qui laissât en son entier le fond du mystère, puisqu'on lui a démontré que, selon lui, c'étaient les choses les plus essentielles, que les anciens ignoraient; comme sont l'éternité du Fils de Dieu, la perfection de l'Etre divin, et les autres choses semblables. Ainsi leur-, explications regardaient immédiatement le iond de la foi : la distinction de théologie, dont on vous amuse n'est qu'une illusion et un discours jeté en l'air pour tromper les simples.
XXII. — Que le ministre, poussé par les embarras de sa cause, visiblement ne sait où il en est.
Reconnaissez donc, ni>'S cbers frères, que votre docteur, incertain de ce qu'il doit dire, hasarde tout ce qui lui vient dans la pensée, selon qu'il se sent pressé par les difficultés qu'on lui propose, et vous le donne pour bon, sans vous ménager. Dans son Système de l'Eglise (2185) , il a eu besoin de dire qu'elle n'avait jamais varié dans les articles fondamentaux : il l'a dit , et s'il y a une vérité qui ne puisse être contestée, c'est cellelà, puisqu'il est de la dernière évidence que l'Eglise ne subsiste plus quand on en a renversé jusqu'aux fondements. D'ailleurs il n'a point trouvé de meilleur moyen pour distinguer les articles fondamentaux d'avec les autres , qu'en disant que les articles fondamentaux sont ceux qui ont toujours été reconnus; on n'a donc jamais varié sur ces articles. C'était ici une doctrine où il fallait absolument demeurer ferme , et selon ses principes particuliers, et selon la vérité môme : mais l'Histoire des variations a fait changer un principe si constant. Pour justifier les variations de la Réforme, il a fallu en trouver dans l'ancienne Eglise. Notre mini-Ire avait cru d'abord qu'il lui suffirait d'en
2485) Sysl. de VEgl., \>. 256 cl suiv., p. 155 sniv., etc.
ii.SO
montrer dans la manière seulement d'expliquer les choses; mais dans la suite de la dispute il a bien vu qu'il n'avançait rien , s'il ne montrait des variations dans le fond même : il a donc fallu en attribuer aux premiers sièeles, et dans les matières les plus e seiitielles. Les tolérants sont venus qui lui ont prouvé par ses principes que ces matières n'étaient donc plus si essentielles, s'il était vrai que les premiers siècles, les eussent ignorées ou rejetées. Alors, il a fallu revenir à ses premières pensées, ei répondre que les premiers siècles n'avaient point varié dans. tous ces points. Ainsi dans la même lettre (2i86;, on trouve les trois premiers siècles accusés d'erreurs capitales sur la personne du Fils de Dieu, sur la foi de la Providence, sur la satisfaction et la grâce de Jésus-Christ ; et le reste que nous avons vu ; et on y trouve en même temps qu'on n'a jamais varié sur les parties essentielles de ces mystères (2487J, Le même homme dit ces deux choses dans la même lettre; et pour s'expliquer plus clairement, il commence par assurer « que la foi des simples n'a jamais varié sur la Trinité, sur l'Incarnation, et sur les autres articles fondamentaux, i omme sur la satisfaction que Jésus-Christ a offerte par sa mort pour nos péchés , et enfin sur la Providence, qui seule gouverne ie monde, et dispense tous les événements particuliers. » Voilà donc déjà la foi des simples, c'est-à-dire, du gros des fidèles, en sûreté : mais de rieur qu'on ne s'imagine que les docteurs ne fussent ceux dont la subtilité eût tout brouillé, il ajoute : « que cette foi des simples était en même temps la foi des docteurs. » Voilà ce qu'un trouve en termes formels dans les mêmes lettres de votre ministre : c'est-à-dire, qu'on y trouve en termes formels dans une matière fondamentale , les deux propositions contradictoires; tant il est peu ferme dans le dogme , et tant il est manifestement de ceux dont parle saint Paul, qui n'entendent ni ce qu'ils disent euxme'mes , ni les choses dont ils parlent arec le plus d'assurance, (I Tint, i, 1.)
XXIII. — Que tout ce qu'il pourra dire sera également contre lui.
11 faudra entin toutefois que ce ministre choisisse, puisqu'on ne peut pas soutenir ensemble les deux contradictoires. I\!ais, jues frères, que choisira-t-il , puisqu'il est également pris , quoi qu'il choisisse? Dirat-il que la foi de l'Eglise n'a jamais varié? 11 fait pour moi , ot il confirme ma proposition qu'il a trouvée si é;range,si prodigieuse, si pleine de témérité et d' ignorance , et plus digne enfin d'un païen que d'un Chrétien. Prcndra-t il le parti de dire que l'Eglise des premiers siècles a varié dans ses dogmes? Ils ne seront donc plus fondamentaux, ni si certains que le prétend ce ministie même; il sera forcé de recevoir ceux qui les nieront ; et les tolérant-, c'est-à-dire comme on a vu,
des sociniens déguisés , gagneront leurcause. '
Peut-être que , pour couvrir ses contradictions et son erreur, il dira qu'à la vérité les Pères qu'il a cités ont enseigné ce qu'il avance; mais que c'étaient des particuliers qui n'entendaient pas les vrais sentiments de l'Eglise. Mais déjà, s'il est ainsi, ma proposition, tant condamnée par votre ministre, est en sûreté; puisqu'il demeure pour constant qu'on ne p^ut plus accuser la foi de l'Eglise, ni soutenir qu'elle ait varié; et d'ailleurs ce n'est ici qu'urre échappatoire; puisque le ministre n'a pas prétendu montrer de l'erreur dans la doctrine des particuliers , mais parla doctrine des particuliers, en faire voir dans l'Eglise même, y faire voir, comil dit, des erreurs capitules dans la théologie de ces siècles-là, une opinion régnante et constante, et le reste que nous avons vu (2488). Ci-dessus, n. 15 : et quand il n'aurait voulu rapporter que des erreurs particulières, il ne laisserait pas d'être convaincu de ne les avoir pas rejetées; puisque, pour les rejeter autant qu'il faut , il faut les rejeter jusqu'à dire qu'elles sont damnables. Or, elles ne sont pas damnables, si elles se sont trouvées dans les martyrs , si l'Eglise les y a vues, et les y a tolérées : il faudra donc mettre au rang de ceux qu'on tolère, ceux qui nient que la génération et la personne du Fils de Dieu soient éternelles. La conséquence est si bonne, que votre ministre a été contraint de l'avouer; d'avouer, dis-je, que l'erreur où l'on niait l'éternité de la personne du Fils de Dieu, n'était pas essentielle et fondamentale : ce qui donne aux défenseurs de cette impiété la même entrée qu'aux luthériens dans la communion de la vraie Eglise.