XXXII. — Rien à hésiter dans les conciles
et rien à chercher après.
Sur ce fondement inébranlable de l'antiquité de la foi et de l'innovation des hérétiques, justifiée si évidemment par leur petit nombre , les conciles prenaient aisément la résolution qu'ils devaient prendre, qui était de confirmer l'ancienne foi , qu'ils avaient trouvée établie partout, lorsque les hérésies s'étaient élevées. On estimait autant les derniers conciles que les premiers, parce qu'on savait qu'ils allaient tous sur les mêmes vest'ges. Dans cet esprit on disait aux eutychiens : « C'est en vain que vous réclamez les anciens conciles, le concile de Chalcédoine vous doit suffire ; puisque par la vertu du Saint-Esprit, tous les conciles orthodoxes y sont renfermés (2527) , » et si après cela on voulait douter, ou faire de nouvellesquestions, « c'en est assez, » disait-on, « après que les choses ont été si bien discutées, ceux qui veulent encore chercher trouvent le mensonge (2528). »
XXXIII. — Ceque c'est que la catholicité. — Que l'hérésie a toujours été une opinion particulière, et celle du petit nombre contre te grand.
Cette courte histoire des quatre premiers conciles ne contient que des faits constants et incontestables, qui suffisent pour faire voir que loin que la foi de la Trinité et celle de l'Incarnation fût informe, comme on vous le dit , avant leurs décisions ; au contraire , ces décisions la supposent déjà formée et parfaite de tout temps. On voit aussi très-
(2525) Conc. Ephes., pan. n, act. 1 Apnl. Daim., Conc. Ephes., part, u ; Labu , t. III, Relui, ni imp., act. 5.
(2520) Episl. Alexand. Alexandrin., ad. miin-t episc, ejusd. Epist. ap. Theodor., lib. i llist. 1 c 5.
(2527 1 Conc Chalc, pari. m. n. 30.
(2528) Edit. Val. et Marc, ibid., n. 5.
(1LTYRES COMPLETES DF. LOSSl'ET.
dans
péla-
qui
clairement, par les mêmes faits , que les hérésies n'ont jamais été que des opinions particulières , puisqu'elles ont commencé par cinq ou six hommes; par quelques-uns, nous disait saint Paul (I Tim. iv, i), qui abandonnaient la foi qu'ils trouvaient reçue , enseignée , établie par toute la terre , et de tout temps; puisque les hérétiques mêmes, quelque effort qu'ils lissent , n'ont jamais pu marquer la date de son commencement, comme l'Eglise la montrait a chacun d'eux. De cette sorte, lorsque les hérésies se sont élevées, il n'a jamais pu être douteux quel parti l'Eglise avait à prendre; personne ne pouvant douterraisonnalilement, comme dit Vincent de l.erins (2329 1 , qu'on ne dût préférer l'antiquité à la nouveauté , et l'universalité aux opinions particulières.
XXX1Y. • — La même chose est prouvé?
la matière de la grâce, et contre les giens.
Mais ce qui paraît dans ces hérésies ont attaqué la foi de la Trinité et celle "de l'Incarnation ne paraîtrait pas moins clairement dans les autres, s'il était question d'en faire l'histoire. Votre ministre apporte comme un exemple de variations , la doctrine du péché originel et de la grâce ; mais c'est précisément sur cet article que saint Augustin, qu'il a cité comme favorable à sa prétention, lui dira que la foi chrétienne et l'Eglise ca tholique n'ont jamais varié (2530). En effet, on ne peut nier que lorsque Pelage et Célestius sont venus troubler l'Eglise sur cette matière, leurs profanes nouveautés n'aient fait horreur par toute la terre , comme parle saint Augustin (2531), à toutes les oreilles catholiques , et cela, autant en Orient qu'en Occident , comme dit le même Père (2532 , puisque même ces hérésiarques ne se sauvèreutdans le concile de Diospolis en Orient, qu'en désavouant leurs erreurs ; encore trouva-t-on mauvais que ces évoques d'Orient se fussent laissés surprendre aux équivoques de ces hérésiarques, et ne les eussent pas frappés danathème. Voilà le sort qu'eut l'hérésie de Pelage d'abord qu'elle commença de paraître ; à peine put-elle gagner cinq ou six évêques, qui furent bientôt chassés par l'unanime consentement de tous leurs collègues, avec l'applaudissement de tous les peuples et de toute l'Eglise catholique; jusque-là que ces hérétiques étaient contraints d'avouer, comme le rapporte saint Augustin, premièrement , qu'un dogme insensé et impie avait été reçu dans tout l'Occident (2533) , et quand ils virent que l'Orient n'était pas moins déclaré contre eux , ils dirent en général qu'un dogme populaire prévalait, que l'Eglise avait perdu la raison , et que la
folie y avait pris le dessus : ce qui était, ajoutaient-ils, la marque de la fin du monde (2524 \ tant eux-mêmes ils craignaient de dire que ce malheur y eût duré , ou y pût durer longtemps. Telle est la plainte commune de toute hérésie, et Julien le pélagien la faisait en ces propres termes, pour lui et ses compagnons , en sorte qu'il ne leur restait que la malheureuse consolation de se dire euxmêmes ce petit nombre de sages qu'il fallait croire plutôt que la multitude, qui était pour l'ordinaire ignorante et insensée (2535) , ce qui était , même en se vantant, un aveu formel de la singularité , et par conséquent de la nouveauté de leur doctrine. Aussi n'eulon point de peine à les convaincre de s'être opposés à la doctrine des Pères. Saint Augu.^lin leur en a produit des passages, où la foi de l'Eglise se trouve aussi claire, avant la dispute des pélagiens, qu'elle l'a été depuis (2536); d'où ce grand homme concluait très-bien qu'il n'y avait jamais eu de variation sur ces articles, puisqu'il était bien constant que ces saints docteurs n'avaient fait rien autre chose « que de conserver dans l'Eglise ce qu'ils y avaient trouvé ; d'enseigner ce qu'ils y avaient appris, et de laisser à leurs enfants ce qu'ils avaient reçu de leurs pères (2537). Qu'on nous allègue après cela des variations sur ces matières. Mais quand on ne voudrait pas en croire saint Augustin, témoin si irréprochable en cette occasion, sans avoir besoin de discuter les passages particuliers qu'il a produits, personne ne niera ce fait public , que les pélagiens trouvèrent toute l'Eglise en possession de baptiser les petits enfants en la rémission des péchés , et de demander dans toutes ses prières la grâce de Dieu, comme, un secours nécessaire, non-seulement à bien faire, mais encore à bien croire et à bien prier; ce qui étant supposé comme constant et incontestable, il n'y aurait rien de plus insensé que de soutenir après cela, que la foi de l'Eglise ne fut point parfaite sur le péché originel et sur la grâce.
XXXV. — Comment l'Ef/lise profite des hérésies, et si c'est dans le fond de la doctrine.
Si maintenant on demande, avec le minisire, comment donc il sera vrai de dire que l'Eglise a profité par les hérésies ? saint Augustin répondra pour nous, « que chaque hérésie introduit dans l'Eglise de nouveaux doutes , contre lesquels on défend l'Ecriture sainte avec plus de soin et d'exactitude, que si on n'y était pas forcé par une telle nécessité (2538). » Ecoutez: on la défend avec plus de soin, et non pas, on l'entend mieus dans le fond. Le célèbre Vincent de Lérlio prendra aussi en main notre cause, en di-
(-25-29) Corn. 1.
($550) Ane, I. î Coni. .lui., c. 6, n. 33, tom. X. (-255!) Lili. iv Ad Bonif., c. 12, n. 52 el n. 20. (255-2) De gest. Pelag., n. 22, 25, loin. X.
(2553) Abc, 1. iv ad Bonif., c. 8, n. 20.
(2554) Op. imperf. conl. Jtti., 1. i, c. 12; ibid., 1. n, c. 2.
(•2535) AtiG., ibid
(2530) Lib. i et n Conl. .lui. ; Lib. iv Ad Bonif. ; cap. 8. De prœd. SS., c. 14, n. 20; De don. prie, cap. i, 5, 10, n. 7 et sei|.
(2537) Lib. n Conl. Jul.. c. 10, n. 34.
(2558) Lelt. 6 el 7- De don. pers., c. 20, n. 55.
! (3 i VRT. \ ïlIKOI.. POLF.MIQUE.
sanl {-2M0) que « le profit de la religion consistes profiler dans la toi , et non pas h la changer; qu'on y pont ajouter l'intelligence, la science, la sagesse , mais toujours dans son propre genre, c'est-ë-dire dans le môme dogme . dans le môme sens , dans le même sentiment; » cl ce qui tranrhe en un mot toute celte question, que « les dogmes peuvent recevoir avec le temps la lumière, l'évidence, la distinction; mais qu'ils conservent toujours la plénitude, l'intégrité, la propriété; » c'est-à-dire, comme il l'explique , que l'Eglise ne change rien , ne diminue rien, n'ajoule rien , ne perd rien de ce qui lui était propre, et ne reçoit rien de ce qui était étranger. » Qu'on nous dise après Cela qu'elle varie.
Que si l'on nous presse encore, et qu'on nous demande, en quoi donc ont prolité à l'Eglise les nouvelles décisions, le mémo docteur répondra (254-0), que « les décisions des conciles n'ont l'ait autre chose que de donner par écrit à la postérité ce que les anciens avaient cru par la seule tradition ; que de renfermer en peu de mots le principe et la substance de la toi, et souvent, pour faciliter l'intelligence, d'exprimer par quelque terme nouveau, mais propre et précis, la doctrine qui n'avait jamais-été nouvelle : » en sorte, comme il venait de l'expliquer encore plus précisément en deux mots, « qu'en disant quelquefois les choses d'une manière nouvelle, on ne dit néanmoins jamais Je nouvelles choses : Vt cum diras nove, non dicas nova. »
XXXVI. — Téméraire raisonnement et grossière erreur de M. de Jurieu.
Et c'est encore en ceci que se fait paraître la profonde ignorance de votre savant. « L'évoque de Meaux, » nous dit-il (2541), «oserat-il Lien me nier que la plus sûre marque dont les savants de l'un et de l'autre parti se servent pour distinguer les écrits supposés et faussement attribués à quelques Pères, est le caractère et la manière de la théologie qu'on y trouve ? La théologie chrétienne, » poursuit-il, «se perfectionnait tous les jours; el ceux qui sont un peu versés dans la lecture des anciens , reconnaissent aussitôt de quel siècle est un ouvrage, parce qu'ils savent en quel état était la théologie et les dogmes en chaque siècle. » Il ne sait assurément ce qu'il veut dire, et confond ignoramment le vrai et le iaux. Car, s'il veut dire qu'on discerne ces ouvrages, parce qu'il paraît dans les derniers de nouveaux dogmes qui ne fussent point dans les anciens, il compose le christianisme de pièces mal assorties, et il dément tous les Pères. Que s'il veut dire qu'après la naissance des erreurs, on trouve l'Eglise plus attentive, et, pour ainsi dire, mieux armée contre elles : qu'on emploie des termes nouveaux, pour en confondre les auteurs, et qu'on répond à
IV AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. moi
leurs subtilités par des preuves accommodées :\ leurs objections, il dit vrai ; mais il s'explique mal, et ne fait rien pour lui ni contre nous.
XXXVII. — Que relie méthode de convaincre les hérétique» par leur nouveauté et par
leur petit nombre ett ancienne et apnslolii/ue.
Que ce docteur, enflé de sa vaine science, apprenne donc des anciens maîtres du christianisme, que l'Eglise n'enseigne jamais des choses nouvelles; et qu'au contraire, elle confond tous les hérétiques , en ce que , lorsqu'ils commencent à paraître, la surprise et l'élonnement où tous les peuples sont jetés fait voir que leur doctrine est nouvelle, qu'ils dégénèrent de l'antiquité et de la croyance reçue. C'est la méthode de tous les Pères; et Vincent de Lérins, qui l'a si bien expliquée, n'a fait au fond que répéter ce que Tertullien, saint Athanase, saint Augustin, et les autres avaient dit aux hérétiques de leur teiups, et par des volumes entiers. Je ne veux ici rapporter que ce peu de mots de saint Athanase : « La foi de l'Eglise catholique est celle que Jésus-Christ a donnée, que les apôtres ont publiée, que les Pères ont conservée: l'Eglise est fondée sur cette foi ; et celui qui s'en éloigne n'est pas Chrétien (2541*). » Tout est compris en ces quatre mots: Jésus-Christ, les apôtres , les Pères, nous et l'Eglise catholique : c'est la chaîne qui unit tout ; c'est le (il qui ne se rompt jamais ; c'est là enfin notre descendance, notre race, notre noblesse, si on peut parler de la sorte, et le titre inaltérable où le Catholique trouve son extraction : titre qui ne manque jamais aux vrais enfants, et que l'étranger ne peut contrefaire.
Quand nous parlons des saints Pères, nous parlons de leur consentement et de leur unanimité : si quelques-uns d'eux ont eu quelque chose de particulier dans leurs sentiments, ou dans leurs expressions, tout, cela s'est évanoui, et n'a pas fait tige dan* lEglise : ce n'était pas là ce qu'ils y avaient appris, ni ce qu'ils avaient tiré de la racine. Ce qui demeure, ce qu'on voit passer en décision aussitôt qu'on trouble l'Eglise en le contestant; ce qu'on marque du sceau de l'Eglise, comme vérité reçue de la source, et qu'on transmet aux âges suivants avec cette marque : c'esl ce qui a fait et fera toujours la règle certaine de la foi.
Selon celte méthode si simple et si sûre , toutes les fois qu'il paraît quelqu'un qui tient dans l'Eglise ce hardi langage : « \- enez à nous, ô vous tous ignorants et malheureux, qu'on appelle vulgairement Catholiques : venez apprendre de nous la loi véritable, que personne n'entend que nous ; qui a été cachée pendant plusieurs siècles, mais qui vient de nous être découverte. (2542). » (Prêtez l'oreille, mes frères, recon-
(■2539) Corn. i.
Î2540) Ibid.
(2541) Letl. 7, p.
(2541*) Epist. t, ud Serap., de Spiril. S., n. 28, t. i, part. ir.
(2542) Vinc. Lir., ibid.
naissez qui sont ceux qui disaient au siècle passé, qu'ils venaient de découvrir la vérité qui avait été inconnue durant plusieurs siècles.) Toutes les lois que vous entendrez de pareils discours, toutes les ibis que vous entendrez de ces docteurs qui se vantent de réformer la foi qu'ils trouvent reçue, prêchée et établie dans l'Eglise quand ils paraissent, revenez à ce déjiôt de la fui dont l'Eglise catholique a toujours été une fidèle gardienne ; et dites à ces novateurs, dont le nombre est si petit quand ils commencent, qu'on les peut compter par trois ou quatre : dites-leur, avec tous les Pères, que ce petit nombre est la conviction manifeste de leur nouveauté, et la preuve aussi sensible que démonstrative, que la doctrine qu'ils viennent combattre était l'ancienne doctrine de l'Eglise. Car si à Chalcédoine, si à Ephèse, si à Constantinople, si à Nicée on a confondu les auteurs des hérésies qu'on y condamnait par leur petit nombre, comme par une marque sensible de leur nouveauté : si on les a convaincus, comme on vient de le faire voir par les actes les plus authentiques de l'Eglise, que tous les peuples se sont d'abord soulevés contre eux, ce qui montrait invinciblement que la doctrine qu'ils venaient combattre, non-seulement était déjà établie, mais encore avait jeté de profondes racines dans tous les esprits : si enfin on leur fermait la bouche, en leur disant qu'ils avaient eux-mêmes été élevés dans la foi qu'ils attaquaient ; ce qu'ils ne pouvaient nier, et ce qui était pour eux et pour tous les autres, une preuve d'expérience de leur nouveauté : si non-seulement les eutychiens, et plus haut les nestoriens, et plus haut les macédoniens, et plus haut les ariens, mais encore les pélagiens , ont été si clairement confondus par celte marque sensible, par ce moyen positif, par cette preuve expérimentale : concluez que c'était là la preuve commune donnée à l'Eglise contre toutes les nouveautés. Car si on s'est récrié à la nouveauté, lorsque ces nouvelles doctrines ont commencé à paraître, ou se serait récrié de même à toute autre innovation. La doctrine, qui est donc venue sans jamais avoir excité ce cri de surprise et d'aversion, | orte la marque certaine d'une doctrine qui a toujours été. Jamais il ne viendra de secte nouvelle, qu'on ne convainque de sa nouveauté, par son petit nombre : on lui fera toujours, avec Vincent de Lérins (2543), ce reproche de saint Paul : Est-ce de vous qu'est venue la parole de Dieu ? ou bien n est-elle venue qu'à vous seuls î (1 Cor. xiv, 36.) t omme s'il disait , le reste de l'Eglise ne l'enlend-il pas ? Comment osez-vous vous opposer au consentement universel? Reconnaissez donc, mes frères, que si on s'est servi dans tous îes temps de cet argument, tiré du consentement de l'Eglise, et si on s'en sert encore, ."'est à l'exemple des apôtres : et si encore on l'a lire de l'exemple des apôtres, c'est à
l'exemple des Pères. Que si on nous dit , après cela, qu'il n'y a point de sûreté dans l'opinion de la multitude qui pour l'ordinaire est ignorante, nos Pères, ou plutôt l'Ecriture même, ne nous ont pas laissés sans répartie : car ils nous ont appris à fermer la bouche à ceux qui ne cédaient pas à la multitude du peuple de Dieu , en leur disant: Pourquoi méprisez-vous la multitude que Dieu a promise à Abraham ? Je te ferai, ditil, le père, non de plusieurs hommes, mais de plusieurs nations; et en loi seront bénis tous tes peuples de la terre (2S4fc). » Distinguez donc la multitude abandonnée à ellemême , et livrée à son ignorance par un juste jugement de Dieu, de la multitude choisie, de la multitude séparée, de la multitude promise et bénie, conduite par conséquent avec un soin spécial de Dieu et de son esprit; ou, pour parler avec saint Athanase (254-5) : Distinguez la multitude qui défend V héritage de ses pères , telle qu'était la multitude que ce grand homme vient de nous montrer dans l'Eglise , d'avec la multitude qui est éprise de l'amour de la nouveauté, et qui porte par ce moyen sa condamnation sur sou front.
XXXVIII. — Que le ministre Juricu a refusé de confondre les sociniens par cette méthode, parce qu'il se struil aussi confondu lui-même.
C'est par cette sûre méthode que tous nos Pères, sans exception, ont fermé la bouche aux hérétiques. Si votre ministre avait considéré, je ne dis pas seulement leur autorité, mais leurs raisons, il ne se serait pas laissé séduire aux illusions des sociniens, et il ne leur aurait pas abandonné jusqu'aux premiers siècles de l'Eglise sur l'éternité de la personne du Eils de Dieu et l'immutabilité de son éternelle génération. Il n'aurait non plus accordé aux pélagiens et aux autres ennemis de la grâce chrétienne, que la foi en fût imparfaite , flottante et informe devant eux. Mais, en prenant tous ces hérétiques dans le point de leur commencement et de leur innovation, où étant en si petit nombre, ils osaient rompre avec le tout, dans lequel eux-mêmes ils étaient nés, ils les auraient convaincus que leur doctrine était une opinion particulière, et la contraire, la foi catholique et universelle. Mais s'il avait suivi cette sûre et infaillible méthode, dont nul autre qu'un Catholique ne se peui jamais servir, il aurait à la vérité confondu les sociniens; mais il se serait aussi confondu iui-uiêine, puisqu'aussitôt nous lui aurions objecté ce qu'il aurait objecté aux autres : c'est pourquoi il a mieux aimé, avec les sociniens, imputer des variations à l'Eglise catholique que de les confondre en disant avec tous les saints, selon la promesse de Jésus-Christ, que la loi catholique est invariable.
(2545) Vinc. Lir., lOiil.
(5544) Ibht.
(2545) Adv, eos qui ex sola mult. verit. dijudic, t. 11.
•001 PART. X. TllI'.OL. POLEMIQUE!. - IV
\XXI\. — Qu'on mène insensiblement les protestant* <m socinianisme , et pue pteii degrés.
Eveillez-vous donc ici, nies très-chers frères, et voyez où l'on vous mène pas h pas. Dès que vos auteurs ont paru, on leur a prédit, qu'en ébranlant l;i foi des articles déjà reçus, et l'autorité do l'Eglise et de ses décrets, tout, jusqu'aux articles les plus importants, jusqu'à celui de la Trinité, viendraient l'un après l'autre en question (2546); et la chose était évidente, pour deux raisons. La première, que la méthode dont on se servait contre quelques points, comme, par exemple, contre celui de la présence réelle, de recevoir la raison et le sens humain à ex- I liquer l'Ecriture, portait plus loin que cet article, et allait généralement à tous les mystères. La seconde, qu'en méprisant les siècles postérieurs et leurs décisions, les premiers ne seraient pas [dus en sûreté ; de sorte qu'il en faudrait enfin venir à renouveler toutes les questions déjà jugées, et à refondre, pour ainsi dire, le christianisme, comme si l'on y eût jamais rien décidé. C'est ainsi qu'on l'avait prédit, et c'est ainsi qu'il est arrivé. Les sociniens se sont élevés sur le fondement du luthéranisme et du calvinisme, et sont sortis de ces deux sectes : le fait est incontestable, et nous en avons fait l'histoire ailleurs (2547). Mais il y a des opiniâtres et des entêtés qui ne veulent pas se rendre à ces preuves. La conduite que tient encore aujourd'hui votre ministre, ne leur laissera aucune réplique, puisque déjà il abandonne aux sociniens, dans les articles les plus pernicieux de leur doctrine , les siècles les [dus purs de l'Eglise, et que par là il se voit contraint contre ses principes à tolérer leur erreur.
XL. — Que le ministre luricu a rangé les sociniens dans le corps de l'Eglise universelle.
Quand je lui ai reproché dans l'Histoire des variations, son relâchement manifeste envers les sociniens, jusqu'à leur avoir donné place dans l'Eglise universelle, et h faire vivre des saints et des élus parmi eux ; il s'est élevé contre ce reproche d'une manière terrible, et m'a donné un démenti outrageux. «J'avoue, » dit-il (2548), « que j'ai besoin de loire ma patience pour m'empÔcher de dire à M. Bossuet ses vérités tout rondement. Il ne lut jamais de fausseté plus indigne, ni de calomnie plus hardie.» Voilà comme il parle, quand il se modère, quand il craint que la patience ne lui échappe : mais il en faut venir au fond. N'est-il' pas vrai qu'il amis les sociniens dans le corps de l'Kglise universelle? La démonstration en est claire à l'endroit où il divise l'Eglise en deux parties, dont l'une s'appelle le corps et l'autre l'âme (2549) : « La première est visible et comprend
(251G) Wir., liv. v; liv. xv.
(2517) Ibul., liv. xv.
(2548) LeH. il), p. 79.
OEUVRES COMFL. DE BOSSCET. VIII
AVERTISSEMENTS AUX l'UOTESTANTS.
tout ce grand amas de sectes qui l'ont profession du christianisme dans toutes les provinces du monde. » Il poursuit : • Toutes les sectes du christianisme, hérétiques, orthodoxes, schisniatiques, pures, corrompues, saines, malades, vivantes et mortes, sont toutes parties de l'Eglise chrétienne, et môme en quelque sorte véritables parties; c'està-dire qu'elles sont parties de ce (pie j'appelle le corps de l'Eglise » ; et enfin, « ces sectes qui ont rejeté, ou la foi, ou la charité, ou toutes les deux ensemble, sont des membres de l'Eglise, c'est-à-dire véritablement attachées à son corps, par la profession d'une même doctrine, qui est Jésus crucifié, Fils de Dieu, Rédempteur du monde : car il n'y a point de secte entre les Chrétiens, qui ne confesse la doctrine chrétienne, au moins jusque-là «Remarquez : il n'y a, dit-il, aucune secte qui ne le confesse: par conséquent les sociniens le confessent au moins jusque-là, comme les autres, et sont compris par le ministre parmi les membres véritables de l'Eijlise chrétienne.