‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 238 sur 325 · XLI. — Que le corps de l'Eglise chrétienne · texte numérisé non relu

XLI. — Que le corps de l'Eglise chrétienne

et le eurps de l'Eglise catholique, c'est le même, selon ce ministre, et que les sociniens y sont compris.

Mais peut-être dislinguera-t-il le corps de l'Eglise chrétienne d'avec le corps de l'Eglise catholique ou universelle, dont il est parlé dans le Symbole ? Point du tout : car après avoir rejeté, non-seulement la définition que nous donnons à cette Eglise catholique, mais encore celle que lui voudraient donner les protestants, la sienne est que « l'Eglise universelle ou catholique, c'est le corps de ceux qui font profession de croire Jésus-Christ le véritable Messie et le Rédempteur (2550) : corps, »ajoutc-t-il,« divisé en un grand nombre de sectej, mais qui conserve une considérable partie, au milieu de laquelle se trouve toujours un nombre d'élus qui croient véritablement, sincèrement et purement, tout ce que le corps eu général fait profession de croire. » On voit ici, selon son idée, le corps et l'âme de l'Eglise catholique : ce corps est ce grand nombre de sectes divisées, et néanmoins unies en ce point de croire Jésus-Christ le véritable Messie et le Rédempteur : ce qu'aussi il venait dédire qu'on croyait dans toutes les sectes, sans en excepter aucune : de sorte qu'ayant défini le corps de l'Eglise catholique confessée dans le Symbole parce qui est commun à toutes les sectes, on voit qu'il les y met toutes, et par conséquent celle des sociniens comme les antres. Voilà donc les sociniens, non-seulement chrétiens , mais encore catholiques; et ce nom, autrefois si précieux et si cher aux orthodoxes, est prodigué jusqu'aux ennemis de la divinité du Fils de Dieu.

(2549) Prèj. légït., part. 1, eh. 1, p. 8, 9.

(2550) Ibitt., p. 29.

XLII. — Que ce ministre se moque, quand il dit qu'il met les sociniens dans ilùjlisc catholique nu universelle, nu même sens qu'il y met les maltome'tans.

Le ministre nous répond ici qu'il a mis les sociniens parmi les Chrétiens, « comme il y a mis aussi les mahométans, qui croient que Jésus-Christ, fils de Marie, a été conçu du Saint- Esprit, ot qu'il est le Messin promis auxJnils (-2531). -» Mais il nous joue trop ouvertement, quand il parle ainsi. Car veutil mettre les mahométans dans l'Eglise chrétienne? En sont-ils une véritable partie? Sonl-ilsoomj ris dans cet article du Symbole: Je crois l'Eglise catholique, comme le ministre y vient île comprendre les sociniens? Et les compiera-t-il encore parmi les membres du corps de l'Eglise calholique ? Je ne crois pas qu'il en vienne à cet excès: il faut pourtant y venir, ou cesser de nous faire ae-, croire qu'il ne reçoit les sociniens dans le christianisme, qu'au même titre qu'il y reconnaît les mahométans.

XLUI. — Q,ie ce ministre enseigne positivement qu'une société socinienne peut contenir dans sa communauté de vrais enfants de Dieu, et qu'on y peut faire son salut.

Le ministre triomphe néanmoins, comme s'il m'avait fermé la bouche, après ce bel exemple des mahométans; et joignant le dédain avec la colère : « Le sieur Bos>uet, » dit-il (2552), « a lu cela ; et après il dit , qu'à pleine bouche je mets les sociniens entre les communions véritablement chrétiennes, dans lesquelles on peut se sauver :il ne faut que ce seul article et ce seul exemple pour ruiner la réputation de la bonne foi de cet auteur, » Mais c'est vainement qu'il s'emporte; et on va voir clairement, pourvu qu'on veuille se donner la peine de considérer sa doctrine, qu'il reconnaît des élus dans la communion des sociniens.

11 pose donc pour certain, que le | arole de Dieu partout où elle est, et partout où elle est prêchée, a son efficace pour la sanctification de quelques âmes. « Il est impossible, » dit-il (2533), «que la parole de Dieu demeure absolument inefficace : » d'où il conclut: «que la prédication de la parole de Dieu ne peut demeurer sans produire quelque véritable sanctification, et le salut de quelques-uns. »

Mais peut-être qu'on croira que, pour avoir cet effet, il faudra, selon le ministre, que cette parole soit prêchée dans sa pureté? l'oint du tout; puisqu'il met au nombre des sociétés où la prédication a son effet, des Eglises séparées entre elles de communion et de doctrine, telles que sont l'éthiopienne, jacobite, nestorienne, grecque, et généralement toutes les communions de l'Orient, quoiqu'elles .soient dans une grande décadence (255V): d'où il conclut, que Dieu peut

OFUVKES COMPLETES DE DOSSUET.

se conserver des élus dans des communions et dans des sectes tres-corrompues ; jusque-là qu'il s'en est conservé dans l'Eglise la plus corrompue et la plus perverse de toutes, qui est V antichrétienne, d'où il fait soi tir les cent quarante-quatre mille marqués dans l' Apocalypse, c'est-à-dire un très grand non bre d'élus ; et tout cela par ce principe général, que la parole de Dieu n'est jamais prêchée en un pays, que Dieu, ne lui donne efficace à l'égard de quelques-uns : encore , comme on voit, qu'elle soit si loin d'y être prêchée purement.

Le principe fondamental sur lequel il appuie cette doctrine, c'est, dit-il, que la parole de Dieu, écrite et prêchée, est pour les élus (2555), et ne serait jamais adressée aux réprouvés, s'il n'y avait parmi euxdes élus mêlés : ce qu'il prouve finalement, et comme pour mener les choses au premier principe, en disant, que ce ne serait pas concevoir un Dieu sage et miséricordieux, s'il faisait annoncer sa parole à des peuples entre lesquels il n'a pas d'élus, parce que cela ne servirait qu'à les rendre plus inexcusables ; ce qui serait cruauté, et non pas miséricorde.

De principes si généraux il suit clairement que Dieu conservant parmi les sociniens sa parole écrite cl prêchée, il a dessein de sauver quelqu'un parmi eux; autrement celte parole ne leur servirait , non plus qu'an*: autres, qu'à les rendre plus inexcusables : ce qui est, selon le ministre , une cruauté qu'on ne peut attribuer, sans égar. ment, <i un Dieu sage et miséricordieux. Mais de peur qu'on ne nous reproche qi.e nous imputons à M. Jurieu une conséquei.ce qu'il rejette, il la prévoit et l'approuve par ces paroles : « On ne doit pas dire que | ar mon raisonnement, il s'ensuivrait que Dieu pourrait avoir des élus dans les sociélés sociniennes, qui conservent l'Evangile, le prêchent et le lisent; et que cependant j'ai nus les sociélés qui ruinent le fondement, entre celles où Dieu ne conserve point d'élus (2556). » Voilà du moins la difficulté bien prévue et bien posée : voyez maintenant la réponse : « Je réponds que si Dieu avait permis que le socinianisme se fût autant répandu que l'est, par exemple, le papisme, ou la religion grecque, il aurait aussi trouvé des moyens d'y nourrir ses élus, et de les empêcher de participer aux hérésies mortelles de cette secte; comme autrefois il a trouvé bon moyen de conserver dans l'arianisme un nombre d'élus et de bonnes âmes qui se garantirent de l'hérésie des ariens. Mais comme les sociniens ne font point de nombre dans le monde, qu'ils y sont dispersés sans y faire ligure, qu'en la plupart des lieux ils n'ont | oint d'assemblées, ou uc très-petites assemblées, il n'est | oint nécessaire de sup'poser que Dieu y sauve personne, parce qu'une si petite exception ne

12551) Leit. 10, p. 79.

(iSat) Ibid. p2553) Sy*t. de l'Fg.,

liv. i, c. 12, |>. 0,8, 99,

(±'6bl) Syst. de f/ù/.,liv. i, l'réj légit., p. 10.

(2555) Sipt., ibid., 99.

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