‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 239 sur 325 · Syst., ibid · texte numérisé non relu

Syst., ibid

fait aucun préjudice à la règle générale;» savoir que Dieu ne fait jamais urêchersa parole où il n'a pas d'élus. Voilà (e passage entier dans toute sa suite, el voilà sans difficulté la société socinienne, par ulle-mômo, en étal d'élever des enfants à Dieu. D'où vieutdonc, selon le ministre, qu il ues'yen trouve point à présent? Ce n'est pas à i .■iu>t> qu'elle rejette des vérités fondamentales , comme il faudrait dire, si on voulait l'exclure par sa propre constitution de donner ù Dieu des élus • c'e>t à cause que les socinieus ne sont pas assez multipliés : tout dépendait du succès; et s'ils trouvent moyen de s'étendre assez pour faire quelque ligure dans le monde, ils forceront Dieu à faire naine parmi eux de vrais lidèles.

Mais pourquoi n'y en aurait-il pas eu, et n'y en aurait-il pas encore à présent, puisqu'il est constant qu'ils ont eu des Eglises en Pologne, et qu ils en ont encore aujourd'hui en Transylvanie ? Dieu n'est-il cruel qu'à ces sociétés? Mais pourquoi plutôt qu'aux autres? Est-ce à cause qu il y a aussi d'autres sectes en Transylvanie? Il y en a aussi beaucoup d'autres dans les pays où nuire ministre a sauvé les jacobites et les uestoriens. .Mais quoi 1 s'il nerestaiten Transylvanie que des sociniens, y aurait-il alors oc vrais lidèles parmi eux; ou hien, cette nation serait- elle la seule réprouvée de Dieu, où sa parole écrite et précitée se conserverait sans aucun fruit, et seulement pour la rendre plus inexcusable ? Quel motif pourrait avoir cette cruauté, comme l'appelle M. Jurieu? Quoi I ce petit nombre et le | eu d'étendue de ces Eglises? Qu'on nous montre donc dans quel nombre et dans quelles bornes sont renfermées les sociétés où Dieu peut être cruel, selon le ministre?

XIJV. — Que le ministre avoue qu'en se saucerait parmi les sociniens, s'ils faisaient nombre, et qu'il se moque, en (lisant que ata veut dire, si, par impossible.

C'e^-t en substance ce que j'avais objecté dans V Histoire des variations (2557), et on n'y répond que par ces paroles : « Il est vrai, >• «J 1 1 1 « ministre (2558), « j'ai dit quelque part, que si Dieu, par une supposition impossible, avait permis que le socianisme eût gagné tout le inonde, ou une partie, comme a fait le papisme, il s'y serait conservé des élus:» illusion si grossière, qu'un aveu formel de sa faute ne serait pas plus honteux ni moins convaincant. On n'a qu'à relire le passage de son système, qu'on vient de citer, pourvoir s'il y a un mot de supposition impossible, ou rien qui y tende ; au contraire, M. Jurieu prend pour exemple une chose déjà arrivée, qui est le salut dans l'arianisme ; car enfin il le veut ainsi : a tort ou à droit, il ne nous importe. Il veut, disje, encore un coup, qu'on se soit sauvé

lin:

dans une société OÙ l'on niait la divinité du Fils de Dieu. Comment donc pouvait-il exclure les sociniens, après un préjugé si favorable, ou s'imaginer que leur nombre ne pût jamais égaler celui des calvinistes ou des luthériens, ou le nôtre, ou celui des Grecs, oo celui des nestoriens et des jacobites, ou en tout cas, celui des ariens, parmi lesquels le ministre a reconnu de vrais lidèles f2559)?Quel privilège avaient-ils de se multiplier maigre leurs blasphèmes contre la divinité de Jésus Christ? Et où est-ce que Dieu a promis que les sociniens ne parviendraient jamais à ce nombre? Mais s'il a voulu avoir des élus dans plusieurs sociétés divisées, où a-t-il dit que le grand nombre lui fût nécessaire pour y en avoir? A quel nombre s'est-il fixé? Kl s'il méprise le petit nombre, pouvait-il avoir des élus parmi les luthériens et les calvinistes, au commencement de leur secte, où l'on sait que leur nombre était plus petit et leurs sociétés moins formées que ne sont cellesqui restent aux sociniens? Ne voit-on pas qu'on se moque, lorsqu'on dit de pareilles choses, et qu'on insulte en soi-même 5 la crédulité d'un faible lecteur.

XI.V. — .4«ire illusion du ministre; et que, selon sa doctrine, on se peut sauver, en communiant au dehors avec les sociniens.

Mais voici une seconde réponse : J ni ajouté, dit-il (2560), enmémc temps, que s'il y avait des élus (dans une telle société) « Dieu se les serait conservés par miracle, comme il a fait dans le papisme ; c'est-à-dire qu'il peut y avoirdes élus et des orthodoxes cachés dans la cotnmnnion des sociniens; mais ce n'est pas à dire qu'on peut être sauvé dans la communion des hérésies sociniennes ». Nouvelle illusion : car, que veut dire qu'il peut y avoir des élus cachés dans la communion des socinietis? Kst-ce à dire qu'il peut y avoir de vrais Chrétiens cachés au milieu des sociniens? Ce n'est rien dire : car il y en a bien parmi les Turcs et parmi les autres mahométans. 11 fautdonc dire, comme il est prouvé dans Vllistoiredes Variations (25G1), qu'il y a des élus dans la communion extérieure des sociniens, qui assistent à leurs assemblées, à leurs prêche?, à leur Cène, si vous le voulez, sacs aucune marque de détestation, et qui entendent tous les jours blasphémer contre Jésus- Christ dans les assemblées où ils vont pour servir Dieu : c'est ce qu'on a objecté à M. Jurieu dans le livre îles Variations .-c'est à quoi ce ministre ne répond rien. Mais il demeure muet à une objection bien plus importante..

XLVI. — Que le ministre a accordé et accorde encore sa tolérance aux ariens et aux sociniens.

Je lui ai soutenu qu'on pouvait, selon sa

C2.\>.">7) Var., liv. xv.

{2558) Ji)R , lelt. 10, p. 7!>.

iisyj] t-it'j., p. m, Syst., p.

(mm, Leu. to.

I2S6I) Var., liv.

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doctrine, être du nombre des élus de Dieu, non-seulement en communiant à l'eilérieur

avec les ariens, mais encore en tolérant leurs do tmcs en esprit de paix (25G2). On i eut donc étendre, la paix et la tolérance jusqu'à ceux qui nient la divinité de JésHS- Christ : ce dogme est devenu indifférent, ou du moins non fondamental. C'est tout eeque demandent lessociniens, quigagnerontbientôt tout le reste, si on leur accorde ce point. Mais M. Jnrieu en a fait le pas; et malgré tout ce qu'il a dit, il ne leur peut refuser la tolérance en esprit de paix, qu'il a déjà accordée à leurs frères les ariens. Le passage en est rapporté dans YHistoire des variations (25G3) : il est tiré de mot à mot du livre des Pi:éju(jés (256i); et le ministre, qui Vu vu cité dans l'Histoire des variations n'y réplique rien dans sept ou huit grandes lettres qu'il a opposées à ce livre.

Mais qu'aurait-il à y répliquer, puisque dans tes le: très mêmes il dit pis que tout cela, et qu'il dit qu'on s'est sauvé dans les premiers siècles, et môme qu'on y a eu rang iwrini les martyrs, en niant l'éternité de la personne du Fils de Dieu, et l'immutabilité ue sa génération éternelle? Ce n'est pas là, dit-il (2oôo), MU variation essentielle et fondamentale. On peut varier là -dessus, sans varier sur les parties essentielles du mystère. Il niera encore cela, car il nie tout : mais vous venez d'entendre ses propres paroles (25GG) ; et il donne gain de cause aux tolérant-', qui ne sont, comme on a vu plusieurs fois, que des sociniens déguisés.

XLVI1.— Les sociniens plus fiers (juejamais, par les pas qu'on/ait vers eux dans la Réforme prétendue.

Je ne m'étonne donc pas si ces hérétiques triomphent, ni s'ils inondent de leurs écrits artificieux toute la iace de la terre. Ils gagnent visiblement da pays parmi vous ; puisque déjà on leur accorde des élus cachés dans leur société, et môme la tolérance pour leurs dogmes principaux : mais ce qu'il v a de pis, votre ministre les combat si faiblement et par des principes si mauvais, que jamais ils ne se sont sentis plus forts, ci jamais ils n'ont conçu tant d'espérance.

C'est en vain que ce ministre répond, que jamais homme n'eut plus de chagrin que lui contre les tolérants (2567). Ce n'est point >!u chagrin qu'il faut avoir pour ceux qui errent; car outre que le chagrin met dans le cœur de l'aigreur et de l'amertume, il fait agir par passion et par humeur : chose toujours variable; comme au>si vous venez de voir une perpétuelle inconstance dans ce ministre. Ce sont des principes, c'est une doctrine constante et suivie qu'il faut opposera ces novateurs: et parce que votre ministre n'a rien eu de tout cela à leur opposer selon les maximes de la Réforme, vous avez

(-2562) Var., liv. xv.

(2505) lbid.

(2iGi) Préj. légil., i, p. 22.

riilij) L.ll. 6, p. 44.

OEUVRES COMPLETES DE liOSSUET. iJ04

vu clairement qu'il n'a fait par Ions ses discours (pie relever leurs espérances.

XLV1II. — Blasphème des sociniens, confirmé par la doctrine du ministre Jnrieu.

Défiez-vous, mes chers frères, de res dangereux esprits, de ces hardis novateurs, en unmotdes sociniens, qui bientôt, si en les écoutait, ne laisseraient rien d'entier dans la religion chrétienne. Ils viennent de publier leur Histoire, où ils avouent que « la vérité a cessé de paraître dans l'Eglise depuis le temps qui suit immédiatement la mort des apôtres (2568) ;» et ils racontent que Valent in Gentil, un de leurs martyrs, persécuté par Calvin et par lîèze, « s'opposait si fortement à la vulgaire croyance de la Trinité, qu'on a même écrit qu'en ces temps ne sachant à quoi se résoudre dans des commencements si embarrassants et si difficiles, il lui avait préféré le mahoiuétisnic. » En effet, si les sociniens et leurs prédécesseurs ont raison, le mahométisme, qui rejette la Trinité et l'Incarnation, est pins pur en ce qui regarde la divinité en générai et en particulier en ce qui regarde la | ersonne de Jésus-Christ, que n'a été le christianisme depuis la mort des apôtres, la doctrine du Fils de Dieu est plus pure dans l'Alcoran, que dans les écrits de nos premiers pères. Mahomet est un docteur plus heureux, que ne l'ont été les nôtres ; puisque ses disciples ont persisté dans sa doctrine, au lieu que les Chrétiens ont abandonné celle des apôtres, qui est celle de Jésus-Christ môme, incontinent après leur mort. Vous avez horreur de ces blasphèmes et avec raison. Ouvrez donc les yeux, mes chers frères, et voyez où l'on vous mène; puisque déjà on vous dit, à l'exemple des sociniens, que les disciples des apôtres elles martyrs, dont la passion a suivi la leur de si près, ont tellement dégénéré de leur doctrine, qu'ils lui ont même préféré la philosophie, avec des erreurs aussi capitales que celles que vous venez d'entendre.

XL1X. — Conclusion de ce discours. — Réflexion sur l'état présent du parti protestant.

Mais vous entendrez dans la suite des choses bien plus étranges que celles que j'ai relevées dans ce discours; et si, étonnés <ie tant de faiblesses, de tant de contradictions, des égarements si étranges de votre ministre, vous vous demandez à vous-mêmes, comment il se peut faire, je ne dis pas qu'un théologien, mais qu'un homme, quel qu'il soit, pour peu qu'il ait de bon sens, y soit tombé : souvenez-vous qu'il est écrit : que Uieu envoie l'esprit de vertige, d'étourdissement et une efficace d'erreur à ceux qui résistent à la vérité [Isa. xix, lï; xxix, 10;: et cela véritablement par un jugement ter; i-

(2560) Ci-dessus, fol. 1063, 1005, 1066, 1077.

(2567) L-.li. 10, p. 71*

(25(8) tint. réf. pà1.., lib. I, c 1.

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