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OEUVRES COMPLETES DF. BOSSl'ET.
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dans le grand cœur de ce prince. La chose était publique dans la cour : les vieux seigneurs, qui le savaient de leurs pères, nous l'ont raconté souvent; et si on ne veut pas nous en croire, on en peut croire M. de Sully, qui tout zélé huguenot qu'il était, nonseulement déclare au roi, qu il tient infaillible qu'on se sauve étant Catholique, niais homme encore à ce prince cinq des principaux minisires qui ne s'éloignaient pas de ce sentiment (2690). Cependant un si grand exemple et la conversion d'un si grand roi lit peur aux docteurs de la Réforme, et ils n'osaient presque plus dire qu'on se sauvât parmi nous. M. Jurieu lui -même avait peine à se déclarer dans ses Préjugés légitimes. Nous avons vu (2691) le passage où il dit, « qu il ne veut point définir quelles sont les sectes où Dieu peut avoir des élus, et où il n'en peut avoir : l'endroit, poursuit-il, est trop délicat et trop périlleux. » Il le dit pourtant dans la suite, comme on a vu : mais la politique du parti le faisait encore un peu hésiter alors; et ce n'est que dans son Système de l'Eglise qu'il blâme ouvertement cette politique.
Demandez-lui maintenant ce qu'il y avait de si délicat et de si périlleux dans ce Système : était-ce de sauver les Grecs, les Russes, les jacobiles, les nestoriens? Craignaitil que ses protestants n'allassent en Orient rechercher le patriarche de Constantinople, ou celui des nestoriens? lit qui ne voit au contraire que ce qu'il craignait, c'était de faciliter le passage de la Réforme vers nous? 1! n'en fuit pas davantage pour vous couva ncre que, puisqu'a la fin il s'est élevé au-dessus de la politique du parti, c'était nous qu'il voulait sauver; et ce n'étaient pas les enfants qu'il avait en vue ; ce ne sont point les enfants qu'il faut cnij êcher d'aller chercher leur salut dans une autre communion : les adultes seuls étaient l'objet de-la politique qu'il avait enfin méprisée en nous recevant au salut. S'il semble s'en repentir et révoquer son aveu, c'est que la politique qu'il avait blâmée reprend le dessus dans son esprit; et en deux mots, mes chers Frères, il craint d'en avoir trop dit, et que, pour assurer votre salut, vous ne le cherchiez à la fin où lui-même il vous le montre.
XVII. — Combien est important l'aveu du ministre, et qu'il rend les protestants inexcusables.
Non, ditez-vous, cet inconvénient n'est pas à craindre, puisqu'après tout, en avouant qu'on peut se sauver dans la communion romaine, il v met des restrictions qui font trembler, ct'u'ouvrc aux Catholiques la voie du salut que par une espèce de miracle. Mais, mes Frères, tout cela est vain; et malgré les restrictions odieuses et excessives de votre ministre, l'avantage que nous remportons de son aveu est grand en toutes maniè-
res. Premièrement, parce qu'il s'ensuit que l'accusation d'idolâtrie et celle d'antichristianisuie e.-t tout à fait nulle; puisque ces deux choses manifestement sont incompatibles avec le salut, et que le ministre n'a pu le nier que par la contradiction qu'on a remarquée entre ses principes; marque évidente et inévitable de leur fausseté.
Secondement, tout le monde ne donnera pas dans les idées de M. Jurieu, où il faut composer l'Eglise catholique de tant de sectes ennemies qui poussent le schisme et la division jusqu'à s'excommunier mutuellement, et jusqu'aux épées tirées, comme parle ce ministre (2692). C'est détruire le christianisme, que de donner celle faible idée de l'unité chrétienne; c'est ôter au royaume de Jésus-Christ le caractère de paix qui le rend éternel, et lui donner le caractère du royaume de Satan, prêt à tomber, selon la parole du Fils de Dieu, parce qu'il est divisé en lui-même. [Mut th. xn, 25, 20.) Si donc on ouvre une fois les yeux à la vérité, si on voit qu'il n'est pas possible de nous refuser le titre de vraie Eglise, où l'on peut trouver le salut que nous cherchons tous, ceux qui le cherchent véritablement ne tarderont pas à pousser leurs réflexions plus loin. Ils reconnaîtront les avantages plus éclatants que le soleil de l'Eglise caiholique romaine audessus de toutes les autres sociétés qui s'attribuent le titre d'Eglise. Us y verront l'antiquité, la succession, la fermeté à demeurer dans le même état, sans qu'on puisse lui marquer par aucun fait positif, ni la date du commencement d'aucun de ses dogmes, ni aucun acte où elle renonce à ses anciens maîtres. Us y verront la chaire de saint Pierre, où les Chrétiens de tous les temps ont fait gloire de conserver l'unité; dans cette chaire une éminente et inviolable autorité, et l'incompatibilité avec toutes les erreurs qui ont toutes été foudroyées de ce haut Ils y verront en un mot tous les avanla
pes de la catholicité, qui forcent ses ennemis, au milieu de leurs calomnies, à lui rendre témoignage; ce qui fera confesser à tous les gens de bon sens» qu'on devait d'autant moins la quitter, qu'à la fin il faut avouer qu'on y trouve la vie éternelle; et il paraîtra évident, que comme on est sorti de son sein, c'est à ce sein maternel qu'il faut retourner de tous les coins de la terre pour assurer son salut.
En effet, en troisième lieu, les difficultés qu'on s'imagine à le trouver parmi nous, ne sont point fondées en raison, mais dans la haine la plus aveugle qu'on puisse jamais imaginer; puisque même on a osé dire qu'on se sauverait plus aisément parmi les ariens (2G93), quoiqu'ils nient la divinité du Fils de Dieu. Voilà ce qu'a dit votre ministre, où vous vovez clairement que c'est la haine seule qui le fait parler ; et rien ne le prouve mieux une la raison dont il se sert pour
(2690) Hèm. de Sully, ch. 38.
(2691) Ci-.Ics.sn-, ii. 10.
(2092| Préj., p. 4.
(2G95) Préj. /cq., part, i, cl; Su>t., p. 223; Var., xv, col. 9b».
1161 PART. X. TREOL. POLEMIQUE IV. AVERTISSEMENTS a! X PROTESTANTS. tU'2
donner la préférence aux Ariens; eai ■< dii-il, que parmi eux on ne nie que cet article fondamental, c'est-à-dire la divinité de Jésus-Christ, et que parmi les Catholiques romains on en nie plusieurs. Mais vous veluv, de le voii forcé d'avouer que nousn'en nions aucun : et s'il «lit que nous les nions par conséquence, outre qu'il a justilié ceux qui rejettent les conséquences qu'on leur impute, toujours nous serions en meilleur état que les Ai iens, qui nient directement le fon lement de la foi avec la divinité de Jésus- Christ. Or, constamment et selon les propres principes do M. Jurieu, ceux qui nient directement le fondement du salut, sont en pire étal que ceux qui ne le nient qu'indirectement et par îles conséquences qu'ils rejettent. Nous sommes de ce dernier nombre selon lui ; par conséquent, sans aucun doute et selon lui-même, préférables aux Ariens, au-dessousdesqueN il nous met : c'est donc manifestement la haine qui le fait parler-, et ikiu la raison. D'où, premièrement, je con firme, quoi qu'il dise, qu'il ne cherche qu'à diminuer l'impiété de eeux qui nient la divinité de Jésus-Christ; et je conclus, secondement que tous les obstacles qu'on cherche avec tant d'aigreur au salut des Catholiques, sans en avoir aucune raison, ne servent qu'à taire voir dans leurs adversaires une aversion injuste et insupportable.
Une objection si pressante, proposée au livre xv des Variations, est demeurée sans réplique. Vous y vovez d'un côté la haine la plus excessive et la plus aveugle qu'on puisse imaginer; et d'autre part, malgré cette haine, l'aveu le plus authentique et le plus formel, qu'on peut se sauver parmi nous. Dieu ne vous donne pas en vain ce témoignage ; Dieu ne permet pas en vain que ce Caïphe prophétise; trompé et trompeur en tant d'endroits, il est forié a dire cette vérité, pour aider les faibles, pour -ramener les gens de lionne foi, el à la tin rendre les autres autant inexcusables qu'ils sont endurcis.
Enfin, si l'aveu que fait le ministre qu'on peut se sauver parmi nous et dans l'Eglise romaine, n'était pas pour elle d'une extrême conséquence, ce ministre, après l'avoir fait si solennellement et tant de fois dans ses Prtjuyés légitimes, dans son Système, et ailleurs, comme on a vu, ne ferait pas tant d'efforts dans sa lettre onzième, pour nous cacher un aveu si constant, ou plutôt pour se dédire s'il pouvait. Mais il se tourmente en vain ; et de peur que vous ne croyiez tjue ce minisire n'en est venu là que parce qu'il l'a bien voulu, ou qu'il en pourrait revenir s'il lui plaisait, il est bon déconsidérer par quelle force invincible il y a été entraîné L'histoire en est courte, et je veux bien répéter ici en abrégé, ce qui en est expliqué un peu plus au long, mais encore très-brièvement, au quinzième livre (les Variations i/2G9i).
(2694) Var., liv. xv, col. SOS, 899.
QEUVKES COMPL. DE Bossuet. Mil.
XVIII. —Par quelles raisons le ministre a forcé à cet uve i, et q l'on n\ it peut plus revt i'if.
Tout est fondé sur la question : OÙ était l'Eglise avant la Réforme? La chimère d'E-
gli e invisible ayant été vainement tentée, et ii la fin étant reconnue pour insuffisante, il a fallu avouer, non-seulement que l'Eglise était toujours, mais encore qu'elle était toujours visible et visiblement subsistante dans une immortelle société de pasteurs et de peuple. C'est cet aveu qu'on a démontré autant nécessaire qu'important dans les écrits îles ministres Claude et Jurieu, qui, après tout, n'était qu'une suite des principes déjà avoués dans la Réforme. La question est donc toujours revenue : Où y avail-il dans le inonde une Eglise semblable à celle des protestants avant la réformation prétendue? Là, après avoir vainement cherché par toute la teire une Eglise qui eût la même foi que celle qui se disait réformée, il a fallu enfin avouer qu'on n'en reconnaissait aucune de cette sorte, dans quelque I arlie que ce fût de l'univers, et ajouterque i'Ëglise subsistait visiblement dans ce corps de pasteurs et de- peu, le, qu'on appelait l'Eglise romaine, où les piélendus réformateurs et tous ceux qui les ont suivis avaient été élevés et avaient reçu le baptême. On pouvait donc se sauver clans celte communion : les élus de Dieu y étaient. Quoiqu'on la dît idolâtre, quoiqu'on la dit antichrélienne, ce qui est le comble des maux, de.; impiétés et des erreurs parmi les Chrétiens il a fallu en même temps lui donner la gloire de porter les enfants de Dieu, sans qu'elle eût perdu ja fécondité par tous les crimes et par toutes les erreurs qu'on lui imputait. La question é:ant ainsi résolue du commun aveu de la Réforme, une autre question s'élève naturellement. Si on pouvait se sauver dans la communion romaine avant la Réforme, qui empêche qu'on ne s'y sauve depuis ? N'y avait-il pas, quand on s'y sauvait, la même Messe, les mêmes prières, le même culte, qu'on y veut regarder aujourd'hui comme un obstacle au salut? On s'y sauvait néanmoins: d'où viendrait donc aujourd'hui qu'on ne pourrait s'y sauver?
Dire qu'elle eût ajouté depuis, dans le concile de Trente, de nouveaux articles de foi ; quand cela serait, ce ne serait rien: car il était bien constant qu'on n'avait pas de nouveau ajouté la Messe, et tout ce que la Réforme voulait appeler idolâtrie, ni tout cela y était, pendant qu'il faut confesser qu'on s'y sauvait : pourquoi donc, encore un coup, ne pourrait-on maintenant que s'y damner?
Alléguer ici l'ignorance, et la faire servir d'excuse aux bonnes intentions de ceux qui vivaient avant la grande lumière de la Réforme, c'est, premièrement, une fausseté manifeste, puisque la Réforme prétend que dans le fond la même lumière a précédé
OEf Y KES COMPLETES DE BOSSl'ET.
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dans les hussiles, dans les vicléfites, dans les vaudois, dans les albigeois, dans Berenger, dans les autres; et c'est, secondement, une vaine excuse pour des abus qu'on taxe d'idolâtrie manifest" . étant chose avouée parmi les Chrétiens comme elle l'est encore tout nouvellement par le ministre Jurieu, qu'on n'a jamais cru ni pensé qu'on pût sauver un idolâtre, sous prétexte d'ignorance ou de bonne foi. Ainsi excuser nos 1 ères sur leur ignorance (-2693), c'était détruire entièrement l'accusation d'idolâtrie, ôler tout le fondement de la Réforme et toute excuse du schisme. Il fallait donc ou damner nos pères, et ne laisser, durant tant de siècles, aucune ressource au christianisme, ou nous sauver avec eux; et l'argument ne souffrait aucune réplique. Ajoutez à tout cela les luthériens, que toute la Rétorme sauve avec la i résence réelle, avec le monstre de l'ubiquité, avec ie semi-pélagianisme, ennemi de la grâce de Jésus-Christ, avec l'erreur où l'on nie la nécessité îles bonnes œuvres. Faites la comparaison de ces dogmes qu'on \eut tolérer, avec ceux qu'on veut trouver intolérables; ajoutez l'ambiguïté des articles fondamentaux, énigme indissoluble à la Réforme; voilà par où M. Jurieu s'est trouvé forcé à l'aveu que nous avons vu, et dont il est maintenant si embarrassé.
XIX. — Importance de la dispute sur l'article de l'Eglise ; il force M. Jurieu <1 reconnaître l'Eglise infaillible.
Je ne m étonne donc pas si les ministres, et en général tous les protestants, évitent autant qu'ils peuvent la question de l'Eglise, comme l'écueil où ils se brisent. Ils parlent tous et toujours de cette question, comme si elle n'était p;:s du fond de la religion : c'est, disent-ils, une dispute étrangère, et une chicane où on les jette. Mais il faudrait dune effacer cet article du Symbole : it crois l'Eglise universelle^; c'est de cet article qu'il s'agit dans la question de l'Eglise; si on l'entend bien ou mal, ou, pour mieux dire, si on l'entend, ou si on ne l'entend pas. 11 s'agit donc du fond de la foi et d'un article principal du christianisme, et il n'y a pas moyen de le nier. Bien plus, il ne s'agit pas seulement ici d'un des articles principaux, mais d'un article dont la décision entraîne celle de tous les autres. Car considérons où il nous mène, et commençons par considérer où il a conduit M. Jurieu. Je ne parle plus de la conséquence qu'il a tirée malgré lui et forcé par la vérité, qu'on peut se sauver parmi nous; en voici d'autres aussi importantes et aussi certaines. S'il y a toujours une Eglise où l'on se sauve, et que cette Eglise soit toujours visible, <e doit être en vertu de quelque promesse divine, et d'une assistance particulière qui ne la quitte jamais ; car la raison nous enseigne, l'Ecriture décide, l'expérience con-
(2695) Lell. 11. p. su.
(&09GJ Yur., liv. w, toi. 899 seq.
firme, qu'un ouvrage humain se dissiperait de lui-même. {Act. v, 35 seq.) Les ministres passent condamnation, et ils avouent que l'Eglise subsiste visiblement dans ses pasteurs et dans son peuple, en vertu de cette promesse, Je suis avec vous ; de celle-ci, Les portes d'enfer ne prévaudront point, et des autres de cette nature. Mais l'Eglise ne peut subsister sans la profession de la vérité; c'est pourquoi M. Jurieu avoue, après M. Claude, que l'Eglise, à qui Jésus-Christ promet une éternelle durée, est une Eglise confessante, une Eglise fjui publie la fui, et par conséquent qui a pour cela une assistance particulière : on en a vu les passages (2696), et ces deux ministres l'avouent en termesformels.il est vrai que c'est avec restriction; car ils confessent que Jésus-Christ assiste l'Eglise visible, quoique non pas jusqu'au point de ne la laisser tomber en aucune erreur, du moins jusqu'au point de ne la laisser tomber en aucune erreur capitale. C'est pourquoi AI. Jurieu demeure d'accord que «l'Eglise universelle est infaillible jusqu'à un certain degré, c'est-à-dire jusqu'à ces bornes qui divisent les vérités fondamentales de celles qui ne le sont pas (2697). » C'est déjà un attentat manifeste de donner des restrictions à la promesse de Jésus-Christ qui est absolue, et trois raisons s'y opposent, Urées, l'une du côté de Dieu, l'autre du côté des dogmes qu'il révèle, et la troisième du côté des promesses mêmes. Du côté de Dieu, il est tout-puissant, il sauve en peu comme en beaucoup, ainsi que dit l'Ecriture (/ Reg. xiv, 6), et il ne lui est pas plus difficile de garantir de toute erreur, que de quelque erreur, ni de conserver tous les dogmes, que de conserver seulement les principaux, en laissant périr cependant ceux qui en sont des accessoires et des dépendances. Il les conserve donc tous dans son Eglise; d'autant plus qu'à considérer les dogmes mômes, Jésus-Christ qui nous les a révélés, ou par lui-même ou par ses apôtres, n'est pas un maître curieux qui enseigne des dogmes inutiles et dont la croyance soit indifférente; au contraire, c'est de lui qu'il est écrit dans Isaïe : Je suis le Seigneur gui t'enseigne des choses utiles, et gui te conduis dans la voie où tu dois marcher. {Isa. xxvm, 17.) 11 n'a donc rien enseigné qui ne soit utile et nécessaire à sa manière; si quelqu'un de ses dogmes ne l'est pas à tous et toujours, il l'est toujours au général, et il l'est aux particuliers en cei tains cas; autrement il n'aurait pas dû le révéler; et par la même raison qu'il a dû le révéler à son Eglise, il a dû aussi l'y conserver par l'assistance perpétuelle de son Saint-Esprit.
C'est pourquoi, et c'est la troisième raison, c'est pourquoi, dis-je, les promesses île celte assistance n'ont point de restriction; car Jésus-Christ n'en apporte aucune, quand il dit : Je suis avec vous, et quand il dit ■ Les portes de l'enfer ite prévaudront point.
(2697) .Siysf., p. 2riC: Var., liv. iv, col 953.
H S P.WtT. X. THEOL. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. H 00
Il ne dil pas : Je suis o»ec mus dans certains articles, et je vous abandonne dans les aulnes; il ne <iii pas : L'enfer prévaudra dans quelques points, ci dans les autres je rendrai ses efforts inutiles; il iiit, sans reslrictions : L'enfer ne prévaudra pas. Il n'y a point là d'exception, ni aucun endroit de sa doctrine que Jésus-Christ Veuille abandon» ner au démon ou à l'erreur; au contraire, il a dit que l'Esprit qu'il enverrait a ses apô- Ires leur enseignerait, non pas quelque vérité, mais toute vérité (Joan. \m, 13); ce qui devait durer éternellement, a cause que cet Esprit ne devait pas seulement être en eux, niais encore y demeurer (Joan. xiv, 1G 17), et que Jésus-Christ le» avait choisis, nonseulement pour porter du fruit, mais encore, afin que le fruit qu'ils porteraient demeurât {Joan. xv, 16) ; et, comme dil Isaïe (Jsa. ux, 21), afin que l'esprit qui était en eux, et la parole qu'il leur mettrait à la bouch: passât de génération en génération, de In bouche du père à celle du fils, et à celle dit petit-fils, et ainsi à toute éternité. Ces promesses n'ont point d'exceptions ou de restrictions, et on n'y en peut apporter que d'arbitraires qu'on tire de son cœur et de son esprit particulier; ce qui est la peste .le la piété". (Sue le Seigneur juge donc entre nous et nos frères; ou plutôt qu'il prévienne son jugement, qui serait terrible, en leur inspirant la docilité pour les jugements de l'Eglise à qui Jésus-Christ a tout promis. Mais sans les pousser plus loin qu'ils ne veulent, ce qu'ils nous donnent sullit pour les tirer de tous leurs doutes ; et vous en serez convaincus en lisant le xv' livre de l'Histoire des variations ; car je ne veux ici répéter ni soutenir que ce que M. Juricu en a attaqué dans ses réponses.
XX. — Ce ministre répond lui-même à ce. qu'il nous objecte de plus fort, cl premièrement à l'embarras où il prétend nous jeter pour connaître la foi de l'Eglise universelle.
11 traite avec un graui air de mépris les sopliismes de ce livre, comme il les appelle, et ne daigne entrer dans cet examen; mais puisqu'il y a quelques endroits qu'il a jugés dignes de réponse, voyons s'il y en aura du moins un seul où il ait pu se défendre.
Comme il ne songe, à dire vrai, qu'à rendre tout difficile, il prétend qu'on tombe I armi nous dans des embarras inévitables, par le recours qu'on y a dans les controverses aux décisions de l'Eglise universelle, parce que l'Eglise universelle n'enseigne rien, selon lui, ne décide rien, ne juge rien (2G98), et qu'on n'en peut savoir les sentiments qu'avec un travail immense.
On voit bien où cela va; c'est à jeter tout particulier, savant ou ignorant, et jusqu'aux femmes les plus incapables, dans la discussion du fond des controverses, au hasard de n'en sortir jamais ou de n'en sortir que par
(2G98) V»i.,liv. &v,col.930; Syst., p. (!, 2IT,5"3 ei siiiv.
une chiite, et au hasard, en s'ima-inaiit .noir tout trouvé de soi-même, de se laisser emporter au premier venu. Voilà où M. Jurieu et ses semblables ont entrepris de mener tous les fidèles.
Pour cela, ce ministre a osé dire que II',qlise n'enseigne rien et ne juge rien. Comment le peut-il dire, puisqu'il dit en môme temps que le consentement de toutes les Eglises èi enseigner certaines vérités est une espèce de jugement et de jugement infaillible; si infaillible, selon lui, qu'il fait une démonstration (ce sont ses paroles), et qu'on ne peut regarder que comme une marque certaine de réprobation (2699) l'audace de s'y opposer? Ce sont encore ses paroles, et on ne pouvait en imaginer de plus fortes. Mais, poursuit-il, on ne peut savoir le sentiment de l'Eglise universelle qu'avec beaucoup de recherches. Quelle erreur! et pourquoi ainsi embrouiller les choses les plus faciles? On fait imaginer à un lecteur ignorant qu^, pour savoir les sentiments de l'Eglise catholique, il faut envoyer des courriers par toute la terre habitable, comme s'il n'y avait pas dans les pays les plus éloignés des choses dont on peut s'assurer infailliblement, sans qu'il en coûte autre chose que la peine de vouloir les apprendre, ou que tout particulier, dans quelque partie qu'il habitât du monde connu, ne pût pas aisément savoir ce qui, par exemple, avait été décidé à Nicéc ou à Constantinople sur la divinité de Jésus-Christ ou du Saint-Esprit, et ainsi du reste. Je ne sais comment on peut contester des choses si évidentes, ni comment on peut s'imaginer qu'il soit dillicile d'apprendre des décisions, que ceux qui les font sont soigneux de rendre publiques par tous les moyens possible, en soite qu'elles deviennent aussi éclatantes que le soleil, et qu'on en peut dire ce que saint Paul disait de la prédication apostolique : Le bruit s'en ist répandu dans toute la terre, et la parole en a pénétré jusqu'aux extrémités de l' univers (2700). Saint Paul parlait aux Romains d'une vérité qui leur était connue, sans avoir besoin de dépêcher des courriers par tout le monde, ni d'en attendre des réponses. Et pour venir à des exemples qui touchent de plus près les proteslans, faut-il envoyer en Suède pour savoir qu'on y professe le luthéranisme, ou en Ecosse pour savoir que le puritanisme y prévaut et que l'épiseopat y est haï, ou en Hollande pour savoir que' les Arminiens, qui y sont fort répandus, tendent fort à la croyance des sociniens? Mais puisque le ministre est eu humeur de contester tout, qu'il se souvienne du moins de ce qu'il a dit lui-même : que ce consentement « de l'Eglise universelle est la règle la plus sûre pour juger quels sont les points fondamentaux, et les distin • guer de ceux qui ne le sont pas; question, dit-il, si épineuse et si difficile à résoudre (Ibid.). »
(2099) Var., lil>. xv, col. 950; Sysl., p. 296. (•2700) Rom. x, 18; l'sal. xvm , S.
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OEHUYBES COMPLETES DE BOSStET.
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XXI. — Le ministre forcé de dire que la dispute sur les points fondamentaux ne regarde point te peuple. Absurdité de cette pensée.
Voilà les passages de M. Jurieu, que je lui objecte à lui-même dans le livre xv des Variations, lis sont assez importants, et surtout le dernier, pour montrer l'autorité infaillible des jugements de l'Eglise. Que croyezvous, mes chers frères, que ce ministre y réponde? One chose rare, sansdoute; écoulezla, et voyez d'abord de quelle hauteur il le prend : «On veut bienque M. Bossuet sache qu'on ne parle pas à des simples, mais à des savants qui examinent !a question des points fondamentaux et non fondamentaux. Mais, poursuit-il un peu après, à l'égard des simples, cette régie est de nul usage (2701).» Mais quel le règle auront donc les s impies pour résoudre celte question si épineuse et si difficile! L'Ecriture. -Mais comment donc ditesvous, que la règle la plus sûre est le consentement des Eglises? 11 y aurait donc une règle plus sûre que l'Ecriture? Mais si l'Ecriture est claire, comme vous le soutenez, comment est-ce que la question des articles fondamentaux est si épineuse et si difficile à résoudre? Ou bien est-ce qu'elle et difficile pour les savants seulement, sans Vôtre pour le simple peuple, et que l'Ecriture qui la décide pour le peuple ne la décide pas pour les savants? Reconnaissez que souvent on s'embarrasse beaucoup, quand on ne songe, en expliquant Jes dilhcullés, qu'à éblouir le vulgaire. Mais voici un beau dénoùmenl (2702) : « C'est que les simples ne sont guère appelés à distinguer fes points fondamentaux ; cela ne leur est aucunement nécessaire. Mais s'ils veulent entrer dans cet examen, leur unique règle sera leur raison ut l'Ecriture sainte; et par ces deux lumières ils jugeront aisément du poids et de l'importance d'une doctrine pour le salut. » .Mais si les simples peuvent le juger aisément, pourquoi les savants seront-ils les seuls à qui cette question est si épineuse et si difficile à résoudre. La raison et l'Ecriture ne sont-elles que pour ies simples? Et les savants ont-ils une autre règle île croyance que les autres? Mais pourquoi vous met-on ici votre raison avec l'Ecriture? Leur raison et l'Ecriture, dit-on, seront leur unique règle. Est-ce qu'à ce coup l'Ecriture n'est pas suffisante? ou bien est-ce qu'en cette occasion il faut avoir de la raison pour bien entendre i'Ecrilure, et que dans les autres questions la raison n'est pas nécessaire? O peuples fascinés et préoccupés! car c'est à vous que je parle ici, et je laisse pour un moment les superbes docteurs qui vous séduisent, ne sentirez-vous jamais que vos ministres se jouent de votre foi? Car, je vous prie, pourquoi vous exclure de I examen des articles fondamentaux, et se le réserver à eux seuls? N'est-ce pas un article nécessaire à tous, de bien savoir, par excm-
(2701) Leil. il,
(2702) lbitl.
pie, que Jésus-Christ est le fondement (2703)? Mais si quelqu'un venait dire que l'article de sa divinité ou celui du péché originel et de la grâce, ou celui de l'immortalité de l'âme et de l'éternité des peines, ou quelque autre de cette importance, n'est pas fondamental, et qu'il faut communier les sociniens qui les nient; pourquoi le peuple sera-t-il exclu de la connaissance de cette question? Mettons, par exemple, que quelque ministre ose avancer qu'il faut recevoir à la communion, non-seulement les luthériens, mais encore ceux qui rejettent les articles qu'on vient de rapporter, ou qui veulent qu'ils n'appartiennent pas à l'essence de la religion; ce n'est point là une idée en l'air. M. Jurieu sait bien que plusieurs ont proposé et proposent encore de semblables tolérances : les docteurs jugeront-ils seuls cette question, ou seront-ils infaillibles à cette fois, et le peuple sera-t-il tenu de les en croire à l'aveugle? Mais si les ministres se trompent, car ils ne veulent être infaillibles ni en particulier ni en corps, faudra-t-il consentir à leur erreur? Peuple aveugle, où vous mène-t-on, en vous disant que vous voj'iez tout par vous-mêmes? Et à qui peut-on mieux appliquer cette parole du Sauveur : Si vous étiez aveugles vous n'auriez point de péché; mais maintenant que voua vous dites : Nous voyons; votre péché demeure sur vous. (Joan. i\, 41.)
XX11. — M. Jurieu contraint de renvoyer les fidèles à l'autorité de l'Eglise, et puis de les retirer de ce refuge.
Mais voici encore une autre illusion.
M. Nicole presse le ministre sur l'invincible difficulté où se trouvera une bonne femme dans un acticle inq ortant, lorsque, par exemple (car il m'est permis de réduire la question générale à un cas particulier), lors, dis-je, qu'un socinien viendra lui dire, comme iont tous ceux de cette secte, que l'intelligence des paroles par où on lui prouve la divinité de Jésus-Christ, ou le péché originel, ou l'éternité des peines, dépend des langues originales dont les versions, et môme les plus fidèles, ne peuvent jamais égaler la force ni i emplir toutes les idées. L'embarras assurément n'est pas petit, lorsqu'avec les protestants on tient pour certain, que dans les points de la foi on ne peut se fier qu'à soi-même; et celle femme est agitée d'une terrible manière. Mais M. Jurieu apaise ses troubles en lui disant (2704) « qu'une simple femme qui aura appris le Symbole des apôtres, et qui l'entendra dans le sens de l'Eglise universelle, sera peut-être dans une voie plus sûre que les savants qui disputent avec tant de capacité sur la diversité des versions. » Le livre des Variations proposait encore à votre minière ce témoignage tiré de luimême où il paraît clairement que, pour ti rer d'embarras cette pauvre femme, il lui
(■271».") / Cor. m, 2.
(2704) Sysl., Ii\. m, cil t. p. S03.
11 g 1WP.T. X. TIIEOL. POLEMIQUE. — IV.
propose l'autorité do l'Eglise universelle comme un moyen plus facile que celui do la discussion. C'était là parler en Catholique; c'était donner à celte femme le même moyen d'affermir sa foi que nous donnons à tous les Hdèles; et dans un é et si embarrassant, votre ministre n'a pu s'em| ôcher de revenir à notre doctrine. Mais il tâche de se relever contre cet aveu. «Vit-on jamais, » répond-i 1(2705), « une plus misérable chicanerie? Le ministre dit bien qu'une femme iicut entendre le Symbole dans le sens de l'Eglise universelle, mais il ne dit pas qu'elle puisse avoir le sens île l'Eglise universelle. » Et on peu après : « Elle ne connaîtra point le sens de l'Eglise universelle par l'Eglise univi rselle elle-même; ce sera par l'Ecriture. Car elle fora ce raisonnement : C'est ici le vrai sens ûe l'Ecriture, et par conséquen c'est celui de l'Eglise universelle. » Ne voilà-t-il pas un doute bien résolu et une femme .bien contente? Troublée en sa conscience sur L'intelligence de l'Ecriture, et embarrassée d'un examen où elle se perd, elle trouvait du soulagement lorsque vous la renvoyiez à l'autorité de l'Eglise universelle, comme à un moyen plus connu, et maintenant vous lui faites voir qu'elle ne voit goutte en ce moyen. Pourquoi donc le lui proposer? Qui vous obligeait à lui parler de l'Eglise universelle, pour dans la suite l'embarrasser davantage? Et ne valait-il pas mieux, selon vos principes, sans lui parler de l'Eglise ni du Symbole, la renvoyer tout court à l'Ecriture que d'y revenir enfin par ce circuit embarrassant? Mais c'est que les principes de la Réforme veulent une chose, et que la force de la vérité ou plutôt lé besoin pressant d'une conscience agitée en demande une autre.
XXIII. — Que te ministre nous donne luimême un moyen facile pour reconnaître la foi de tous tes siècles, et nous démontre que se soumettre à Cuulorité de l'EijIise, ce n'est jias se soumettre aux hotnmes , mais à Dieu.
Que si le ministre nous demande comment on peut s'assurer du consentement de tous les siècles dans certains articles, sans lire beaucoup d'histoires et remuer beaucoup de livres : ce moyen était tout trouvé dans les principes qu'il posait, s'il eût voulu les pousser dans toute leur suite. Il n'avait qu'à se souvenir que Jésus-Christ selon lui promet une Eglise où la vérité sera toujours annoncée, du moins quant aux articles capitaux ; infaillible par conséquent à cet égard, comme il en est convenu. Or une Eglise infaillible n'erre dans aucun moment; qui n'erre point, croit toujours la même chose; et il n'y a dans ce cas qu'à voir ce qu'on croit de son temps pour savoir ce qu'on a toujours cru (2106). Les principes
(2705) Jua., lett: H, p. 83.
(-2701.;) Yar., liv. w, col. V~i>.
(2707J li-ui., c. \. 'Joô.
AVERTISSEMENTS VI i PROTESTANTS. IIT9
sont avoués, la conséquent e est i laire ; on nous donne un dénoûmenl ■ ûr a la principale difficulté qu'on nous fait sur l'autorité de l'EgNse. On nous objei te sans cesse, et autant de fois que nous recourons à cette autorité, que c'est recourir aux hommes au lieu de se tonner du côté de Dieu. Que si on avoue maintenant que le consentement de l'Eglise est une règle certaine, et la plus sire de toutes, il est clair qu'en s'y soumettant, ce n'est pas aux hommes qn on cède, mais à Dieu; et l'objection que la Kéformc nous faisait est résolue par la Réforme uièiiie.
XXIV. — Les ministres Claude et Jurieu contraints d'abandonner la nécessité de ta règle de l'Ecriture pour former la fui du Chrétien.
C'est ce que j'ai dit aru ministre (2707), et sans seulement songer à y répondre, il continue ses plaintes contre l'évê pie de Meaux en cette sorte : « Vit-on jamais un plus étrange exemple de hardiesse, que l'accusation qu'il fait aux ministres Claude et Jurieu, d'avoir confessé ou écrit qu'il n'est pas nécessaire aux simples de lire et d'étudier l'Ecriture sainte? Dans quel esprit fautil être pour imputer à des gens un aveu formellement contraire à toutes leurs disputes et à leurs sentiments (2708). » Le ministre change un peu les termes. Je n'accuse ni M. Claude ni lui de nier absolument la nécessité de lire ou d'étudier l'Ecriture sainte; je dis seulement qu'ils ont nié que l'Ecriture fût nécessaire aux simples pour former leur foi. Et afin "de marquer les termes précis de l'accusation, je soutiens que ces deux ministres ont enseigné positivemenUque l'Ecriture n'est pas- nécessaire au lïdèle pourformersâ foi ; qu'il peut la former sans eu avoir lu aucun livre, et sans savoir même quels sont les livres inspirés de Dieu (2709). » J'avoue bien que cette doctrine est contraire à toutes les maximes de la secte; et c'est aussi pour celte raison que je maintiens que la se. te est insoutenable, puisqu'à la fin il en faut nier toutes les maximes. Mais voyons ce qu'on nous répond. Voici les propres paroles de M. Jurieu (2710) : « Les ministres Claude et Jurieu ont avoué qu'il n'était pas d'une absolue nécessité aux simples d'éiudier la question des livres canoniques et apocryphes; donc ils ont avoué qu'il no leur est pas permis de lire l'Ecriture. Quelle croyance devez-vous avoir à un convertisseur d'une mauvaise foi si découverte?»
Encore un coup on change les termes do l'accusation ; our lui ùter la vraisemblance • car qui croira que des ministres en soient venus jusqu'à dire que 13 lecture de l'Ecriture ne soit pas permise aux simples? Aussi n'est-ce pas là ce que je dis ; mais seulement que l'Ecriture n'est pas nécessaire au fidèle pour former sa foi. Voilà mon accu-
(2708) Jur-, tell- M, p. 85, c. 2.
(2709) Yar., liv. w. col. 941, 942.
| >710) Leil. Il, p. 85.
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Œl'YKES COMPLETES DE BOSSl'LT.
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sation, surprenante à la vérité contre des ministres; niais par malheur pour celui-ci qui fait tant l'étonné, il en avoue déjà la moitié, et encore, comme on va voir, une moitié qui entraîne l'autre. Car enfin, qu'il biaise tant qu'il lui plaira, et qu'il lAclie de dissimuler son aveu, en disant qu'il n'est pas de nécessite absolue aux simples d'étudier la question des livres canoniques : ou cette question est indiiïérente et les fidèles formeront leur foi sans connaître quels sont les livres divins : ou s'il leur est nécessaire de !e savoir, et qu'ils ne le sachent pas, il faudra bien ou qu'ils l'étudient, ou qu'ils s'en fient à leurs docteurs et à l'autorité de l'Eglise ; ou que, comme les fanatiques, ils attendent que, sans étude et sans aucun soin, Dieu leur révèle par lui-même les livres divins. Quoi qu'il en soit, et de quelque côté qu'il se tourne, au fond il est constant qu'il accorde ce que M. Claude avait aussi accordé, qu'il n'est pas besoin qu'un homme étudie lu question des livres apocryphes et canoniques ; et il avoue lui-même en termes formels que « la question des livres apocryphes et canoniques fait partie de cette science qu'on appelle théologie; mais qu'elle ne fait point partie de l'objet de la foi (2711). » Quoi donc! il n'appartient point à la foi, si Y Apocalypse, si YEpîlre aux Hébreux, si d'autres livres sont divins ou non? Ou peut errer sur ce point sans blesser fa foi? Que deviendra donc la doctrine, que l'Eglise romaine est Babylone (2712), doctrine si importante, qu'elle est à présent le principal fondement de la séparation, et un article sans lequel on ne peut pas être Chrétien? Que deviendra cet article selon la Réforme, et quel fondement aura-t-il, si l'on peut révoquer en doute la divinité de l'Apocalypse? D'ailleurs, s'il est permis une lois aux simples de croire, par exemple, sur la foi de saint Innocent et du concile de Carlhage, pour ne [joint parler ici des autres auteurs, que les livres des Machabées sont divins; il faudra donc passer nécessairement et le sacrifice pour les morts, et la rémission des [léchés après cette vie (II Mach. xn, 43seq.), comme choses révélées de Dieu. Je crois alors que la question des livres canoniques ou apocryphes deviendra appartenante à la foi, autant pour les simples que pour les doctes protestants; autrement ce qu'on leur donne pour assuré par la foi ne le sera pi us. Que dira ici la Réforme, si vivement pressée par les propres réponses de ses ministres? avouez que la confusion se met parmi vous d'une manière terrible, et, comme disait le Psalmiste, que l'iniquité se. dément trop visiblement ellemême. (Psal. xxvi, 12.)
XXV. — Raisons inévitables qui les ont poussés à cette doctrine, si contraires à leurs maximes.
Mais encore, qui pouvait obliger deux mi-
('2711) Syst.. liv. m, eh -2, p. 151, 455. (-2712) Jur., Prê[. île l'ace. det pro»ft.. Iclt. 11. utc.
nislres si précautionnés et si subtils à un aveu si considérable? Je le dirai en peu de mots : c'est qu'enfin ils ont reconnu qu'on ne peut plus soutenir cet article de la Réforme : « Qu'on connaissait les livres divins pour canoniques, non tant par le consentement de l'Eglise universelle, que par le témoignage et la persuasion intérieure du Saint-Esprit (2713). » Les ministres ont bien senti que de faire croire à tous les fidèles qu'ils vont connaître d'abord par un goût sensible la divinité du Cantique des cantiques, ou du commencement de la Genèse, ou d'autres livres semblables, sans le secours de la tradition, ce serai' une illusion trop manifeste, ou, pour enfin trancher le mot, un franc fanatisme. De renvoyer les iidèles au consentement de l'Eglise, que, pour ne point donner tout à l'inspiration fanatique, on était forcé en cette occasion de reconnaître du moins comme un moyen subsidiaire, cela serait dangereux : car a quelque prix que ce soit, on veut que ce consentement de l'Eglise, moyen que l'antiquité a toujours donné pour si facile, soit d'une recherche si abstruse et si embarrassante, que les simples n'y connaissent rien. Que faire donc? Le plus court a été de dire que la question des livres canoniques et apocryphes, où il s'agit d'établir le fondement île la foi et la parole qui en règle tous les articles, n'appartient pas à la foi et n'est pas nécessaire aux simples.
Mais comme entin il a bien fallu donner aux simples un moyen facile de discerner les livres divins d'avec les autres, à moins de les exposer à autant de chutes que de pas, on a trouvé ce moyen dans nos jours, de dire que la foi commence par sentir les choses en elles-mêmes, et que par le goût qu'on a pour les choses, on apprend aussi à goûter les livres où elles sont contenues. C'est ce que le ministre Claude a dit le premier, cet homme que les protestants nomment maintenant leur invincible Achille • c'est ce que le ministre Jurieu a suivi depuis, et voici ses propres paroles (2714) « C'est la doctrine de l'Evangile et de la véritable religion qui fait sentir sa divinité aux simples, indépendamment du livre où elle est contenue; » et pour conclusion : « Eu un mot, » continue-t-il, « nous ne croyons pas divin ce qui est contenu dans un livre, parce que ce livre est canonique ; mais nous croyons qu'un tel livre est canonique, parce que nous avons senti que ce qu'il contient est divin : et nous l'avons senti comme on sent la lumière quand on la voit, la chaleur quand ou est auprès du feu, le doux et l'amer quand on mange. »
Ainsi, contre les maximes qu'on avait crues jusqu'ici les [dus constantes dans la Réforme, le fidèle ne forme plus sa foi sur l'Ecriture; mais après avoir formé sa foi en lui-même, indépendamment des livres divins, il commence la lecture de ces livre-.
ii.715) Conf. rie foi, ail. i. (271 ij Dif. de la Réf., pari, h, cli. 0, p. 196 et suiv.; Jtn., Syst., liv. m, ck. 2, p. 153.
IPb l'Ail l. \. TI1E0L. POLEMIQUE. — IV. AVERTISSEMENTS Al \ PROTESTANTS.
Ce n'est donc point pour api rendre ce que Dieu ;i révélé fju'il les lit ; il le sait déjà ou plutôt il le soi t ; et je vous laisse à penser avec cette prévention s'il trouvera autre chose diiiis ces divins livresque ce qu'il aura déjà cru voir comme on voit le soleil, et sentir connue cm > e 1 1 1 le chaud et le froid.
XXVI. — Fanatisme manifeste de cette docirinr, et sa parfaite conformité avec les thèses des quakt rs.
Or, cela, c'est formellement ce qu'enseignent les fanatiques, comme il parait par leurs thèses : car voici celles que les quakers ou les trembleurs, c'est-à-dire les fanatiques les plusavérés, ont publiées, et qu'ils ont ensuite traduites en français par ce» paroles (2715)*: « Les révélations divines et intérieures, lesquelles nous croyons absolument nécessaires pour former l\ vraie foi; comme elles ne contredisent point au témoignage extérieur des Ecritures, non plus qu'à la saine raison; aussi n'y peuvent-elles jamais contredire. Il ne s'ensuit pas toutefois de là que ces révélations divines DOIVENT ÈTHE SOUMISES à l'exaiLILl] (lll
témoignage extérieur des Ecritures, non plus qu'à .celui de la raison naturelle et humaine, comme à la plus noble et à la plus certaine régie et mesure : car la révélation divine et illumination intérieure, est une chose qui de soi est évidente et claire, et qui contraint, par sa propre évidence et clarté, un entendement bien disposé à consentir, et qui le meut et le fléchit sans aucune résistance; ne plus ne moins que les principes naturels meuvent et fléchissent l'esprit au consentement des vérités naturelles, comme sont : Le tout est plus grand que sa partie : Deux contradictoires ne peuvent être ensemble vrais ou^faux. » D'où s'ensuit la troisième thèse, que de ces saintes révélations de l'esprit de Dieu sont émanées les Ecritures, dont la thèse fait une espèce «Je dénombrement; et [mis elle poursuit en celte sorte : « CependanUces Ecritures n'étant seulement que la déclaration de la source d'où elles procèdent, et non pas cette même source, elles ne doivent pas être considérées comme le principal fondement de toute vérité et connaissance, ni comme la règle première et très-parfaite de la foi et des mœurs; quoique rendant un fidèle témoignage de la première vérité, elles en soient et puissent être estimées la seconde règle, subordonnée à l'esprit, duquel elles tirent toute l'excellence et toute la certitude qu'elles ont. »
Quand ils disent que l'Ecriture n'est que la seconde règle, conforme néanmoins à la première, qui est la foi déjà formée dans l'intérieur avec toute sa certitude par la révélation avant l'Ecriture ; ils ne font que dire en autres termes ce qu'on vient d'entendre de la bouche de vos ministres; qu'avant toute lecture des livres divins, on a
(2715) Les princ. de lu ver., olc, avec (es Tlihes tlicol. impr. à Iluicxl. en lU7o; Lit. 2, p. 21, 22.
déjà senti au dedans toute véiiié, comme ou sent le froid et le chaud, c'est-à-dire
d'une manière dont on ne peut jamais douter; ce qui opère nécessairement, non qu'on juge de ces sentiments par l'Ecriture, ut qu'on les rapporte ii cette règle comme h la première, ainsi qu'on l'avait toujours cru dans la Réforme; mais qu'on accommode l'Écriture à sa prévention, et qu'un appelle cette prévention de son jugement une révélation de l'esprit do Dieu. Qu'on nie cherche un moyen plus sûr de l'aire des fanatiques. La Réforme tombe à la (in dans ce malheur; et c'était l'effet nécessaire de ses enseignements.
Je ne m'étonne donc pas si M. Jurieu a tant déguisé l'accusation que je lui faisais, aussi bien qu'à M. Claude; et s'il en a dissimulé la moitié, c'est-à-dire, cette formation, pour ainsi parler, de la foi indépendamment de l'Ecriture. Pressé par la vérité, on hasarde de telles choses dans un longdiscours, où les simples ne les sentent pas au milieu d'un embarras infini de questions et de distinctions dont on les amuse ; mais s'il eût fallu dire la chose en trois mots précis dans un article d'une lettre, on eût fait trop tôt sentir à la Réforme l'étrange variation qu'on introduit dans ses maximes les plus essentielles ; et tout le monde aurait frémi à un établissement si manifeste du fanatisme, où l'on veut que chacun juge de sa loi par son goût, c'est-à-dire, qu'il prenne pour inspiration toutes les pensées qui lui montent dans le cœur ;en un mot, qu'il appelle Dieu tout ce qu'il songe.
XXVII. — Que le ministre Jurieu n'a pu exclure les sociniens du titre d'Eijlise, sans exclure toute la Réforme : aveu mémorable de ce ministre sur la succession et l'étendue de l'Eglise.
Ainsi cette accusation de l-'évéqaé de Meaux, qui devait faire sentir toute la mauvaise foi de ce convertisseur (plût à Dieu, encore une fois, que j'eusse pu mériter ce litre !) se trouve à la lin très-véritable ; mais le ministre sera encore plutôt confondu dans sa dernière plainte. Elle est fondée sur ce qu'il exclut les sociniens et les autres sectes semblables d'être des communions et des communions chrétiennes, à cause qu'elles ne sont ni anciennes ni étendues; d'où j'ai conclu qu'il reconnaît donc que toute communion chrétienne doit avoir l'antiquité.c'est-à-dire, la succession, qui manque visiblement aux calvinistes (2716). Cette conséquence est claire ; ce raisonnement est court et démonstratif. Toute communion chrétienne, selon M. Jurieu, doit avoir l'antiquité ou. la succession, et en môme temps l'étendue : elle ne doit pas venir d'elle-même; mais elle doit montrer ses prédécesseurs dans tous les temps précédents : elle ne doit pas s'élever comme une parcelle détachée du tout, ni comme le pet.t nombre qui se soulève contre
(2716) Sjst., liv. m, eh. 1 , p. ÎSi; Var., liv. xv, uoL 955, %l.
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le grand ctcontre l'universalité; c'est-à-dire, en autres termes, que toute société chrétienne doit être universelle, et pour les temps et pour les lieux : et voilà ce beau caractère «le catholicité, tant loué par les Chrétiens de tous les âges; caractère inséparable de la vraie Eglise; et en même temps inimitable à toutes les hérésies, dont aussi M. Jurieu se sert lui-môme jour confondre les sociniens. Mais il ne veut pasenlendre qu'il confond en môme letnps toute la Réforme : car avant trouvé dans le livre des Variations cetteobjection tirée de lui-môme : « Cela est faux, ré] un l-il 2717) : si le ministre a dit que, par les communions qu'il renferme dans l"Egli-e universelle, il n'entend que les grandes communions qui oui de l'étendue et de la durée, c'est à la vérité pour en exclure les sociniens, qui n'ont ni étendue ni durée; mais il n'a pas voulu dire quequand cette secte aurait étendue et durée, il voulût la renfermerdans le vrai christianisme. » Je l'entends. La succession et l'étendue ne font pas qu'on soit compris dans l'Eglise : à la vérité on en est exclu par le défaut Je ces deux choses, il faut plus que cela pourl'inclusion, ruais pour l'exclusion cela suffit, je n'en veux pas davantage. On est exclu du titre d'Eglise et de communion chrétienne, lorsqu'on manque de succession et d'éten lue (c'est la proposition de M. Jurieu contre les sociniens) : or est-il que les calvinistes et les luthériens, comme toutes les autres sectes, n'avaient au commencement ni antiquité ou succession, ni étendue, non plus que les- sociniens ; comme eux donc ils étaient alors exclus de l'Eglise universelle, qui est tout ce que je voulais dans l'Histoire des variations, et à quoi M. Jurieu n'a pas seulement songea répondre, quoiqu'il traite expressément cet endroit-là.
XXYIil. — Réflexion sur cette doctrine. — Victoire inévitable de la vérité, et sa force pour se fuire reconnaître.
il est donc vrai, mes chers frères, que la vérité l'accable. Il a conçu une injuste horreur contre l'Eglise romaine; sa haine le porte jusqu'à due qu'on se sauve [dus aisément avec les ariens qu'avec elle : mais à la tin il faut avouer qu'on fait son salut dans sa commuiiion.il fait semblant d'être impitoyable aux sociniens, jusqu'à les mettre sans miséricorde au rang des mahométans ; cependant les principes qu'il pose le forcent à reconnaître que leur erreur n'empêcherait pas que leur prédication ne produisit de vrais saints dans leur communion, s'ils pouvaient venir à bout d'êire une communion ou une société chrétienne. Il entreprend de leur montrer qu'ils n'en sont pas une, et qu'ils ne méritent pas le nom d'Eglise, à cause de leur état malheureux où manquent ces deux caractères, l'antiquité ou la succession et l'étendue. Mais quoi ! un calviniste reprocher aux autres le défaut de succession ou d'étendue ? ne songe-t-il pas à lui-même
(2717) Jui , Lu. 11. p, 8j.
et à la société dont il est ministre ? Cette société se méconnaît-elle ? Vn siècleou deux de durée lui ont-ils fait oublier ses commencements, et ne sentira-t-elle jamais qu'elle les condamne? Non, mes frères, la vérité est plus forte que toutes ces considérations. Parle, parle, dit-elle au ministre, condamne les sociniens par une preuve qui retombera contre toi-même : ainsi deuxmauvaises sectes seront percées d'un même coup, et à travers du socinien le calviniste portera le couteau jusque dans son propre sein. Je vous avais dit, mes frères, dès mon premier avertissement, que cela devait arriver; mais maintenant le fait est constant par l'expérience.
XXI\. — Que cet aveu du ministre est force' en cet endroit, aussi bien que dans tous les autres.
■ Que si vous dites peut-être qu'aussi votre ministre s'est trop avancé, et qu'il a eu tort de se servir de ces preuves dont les papistes tirent de si grands avantages, désabusezvous, mes chers frères; car il n'avait point d'autre moyen d'exclure les sociniens de l'unité de l'Eglise, et du nombre des sociétés vraiment chrétiennes. Vous avez xu ses variations sur leur sujet; mais dans les temps où il a voulu les exclure du titre d'Eglise et de communion chrétienne, il n'avait point de meilleur moyen de le faire, qu'en leur montrant, par le défaut de la succession et de l'étendue, qu'ils ne méritaient même pas le nom de communion, qu'il ne pouvait refuser aux sociétés à qui il attribuait la succession et l'étendue.
Voilà donc une première raison qui l'obligeait à condamner les sociniens pur le déiaut d'étendue et d'antiquité. .Mais une autre raison plus pressante l'y forçait encore ; c'est qu'il sentait en sa conscience que cette preuve, quoique fatale à votre Réforme, en effet et par elle-même était invincible ; car, mes frères, ce sera toujours, quoi qu'on en dise, un coup mortel aux sociniens, et à tous ceux qui nient ou qui ont nié la divinité du Fils de Dieu, toutes les fois que vous leur direz : Quand vous êtes venus ;iu monde il n'y avait dans le monde personne de votre croyance; si donc notre doctrine est la vérité, il s'ensuit que la vérité était éteinte sur la terre. Cette objection suffit pour fermer la bouche à ces hérétiques ; ils n'ont rien eu, ils n'ont rien encore, ils n'auront jamais rien à y répondre toutes les fois que vous la ferez; car nulle oreille chrétienne ne soutfrira qu'on assure que sous un Dieu si puissant, si sage, si bon, la vérité soit éteinte sur la terre. Mais en même temps que vous aurez lâché le mot, et que vous aurez fait cette objection aux hérétiques qui venaient nier la divinité du Fils de Dieu, en même temps nous retombons sur vous, et nous vous forçons d'avouerque la vérité, qu'on se vantait de rétablir dans la Réforme, était donc éteinte avant que la Rélurme parût, aussi bien que celle que les
soi ■inii'iis , et avanl eus les ariens, les paulianistes et le^ autres se vantaient de rétablir.
\\\. — Vaine défaite des sept mille qui n'ont pas fléchi le genou devant Bual. Fait éviden( qui démontre que ces sept mille n'ont jamais été.
Il n'est pas vrai, direz-voiis, il y avait 1rs sept mille qui n'avaient point fléchi le genou devant Huai. Mais qui empêche les ariens et les sociniens, el en un mot tous les hérétiques d'en dire autant? On 1rs confond, en leur montrant que la vérité ne voulait pas seulement être crue, mais encore annoncée, el que l'Eglise no devait pas être seulement, mais encore fitre visible, ainsi que nous l'avons vu très-clairement reconnu par vos ministres. Mais sans avoir recours à cet argument, quoique invincible, on les confond encore par une voie plus courte, en leurdisant: Si lorsqu'un Arternon, un Paul de Samosate, un Berylle, un Arius, et les autres qui s'opposaient à la divinité de Jésus- Christ, onteoramencé à prêcher, leur doctrine eût déjà été dans l'Eglise, en quelque sorte que ce fût, cachée ou publique, on ne se serait pas étonné de leur nouveauté, ils n'auraient pas été réduits à n'être d'abord que quatre ou cinq, ni contraints d'avouer qu'ils avaient eux-mêmes été élevés dans une croyance contraire à celle qu'ils voulaient introduire dans le momie, sans pouvoirnominer personne, je ne dis pas qui la professât mais qui la reçût auparavant. Osez faire le même argument à ces hérétiques; vous les réduirez à la honte de ne pouvoir trouver utils tout l'univers un seul homme qui crût comme eux quand ils sont venus. Mais en môme temps vous voilà perdus, puisque vous ne sauriez vous sauver du même reproche.
La preuve en est bien facile, en vous faisant seulement cette demande. Mes frères, donnez gloire à Dieu. Quand on a commencé votre Réforme, y avait-il, je ne dis pas quelque Eglise (car il est déjà bien certain qu'il n'y en avait aucune), mais du moins y avait-il un seul homme, qui en se joignant à Luther, à Zwingle, à Calvin, à qui vous voudrez, lui ait dit en s'y joignant : J'ai toujours cru comme vous, je n'ai jamais cru ni à la Messe, ni au Pape, ni aux dogmes que vous reprenez dans l'Eglise romaine? Mes chers frères, pensez-y bien , vous a-t-on jamais nommé un seul homme qui se soit joint de celte sorte à votre Réforme ? En trouverez-vous quelqu'un dans vos annales, où l'on a ramassé autant qu'on a pu tout ce qui pouvait vous justifier contre les reproches des Catholiques, et surtout contre le reproche de la nouveauté, qui était le plus pressant et le plus sensib'c? Donnez gloire à Dieu encore un coup; et en avouant que jamais vous n'avez rien ouï dire de semblable, confessez
que vous êtes dans la même cause que les sociniens, et que tout ce qu'il y a jamais eu d'hérétiques.
XXXI. — Ce fait articulé nettement, el embarras dis ministres Claude et Jurieu.
Vous pouvez dire, mes frères, car je cherche tous les moyens dont vous pouvez fortifier vos prétentions; vous pouvez donc dire» il est vrai; on ne nous a jamais nommé personne qui se soit rangé dans la Réforme, en disant qu'il avait toujours «tu comme elle; mais c'est aussi que peut-être on n'a jamais fait cette question à nos ministres. Mes chers frères, ne vous flattez pasdecette pensée; on la leur a faite cent fois; on leur a demandé cent fois qu'ils montrassent quelqu'un qui crût comme eux qinnd ils sont venus : moi-même le dernier des évoques, et le moindre des serviteurs de Dieu, j'ai demandé à M. Claude (2718), le plus subtil de vos défenseurs, s'il pouvait nommer un seul homme qui se soit uni à la Réforme en disant : J'ai toujours cru comme cela, je n'ai jamais adhéré à la foi romaine. Qu'a répondu ce ministre si fécond en évasions, si adroit à éluder les difficultés? A7. de Meau'x s'imagine-t-il qu'on ait tout écrit (-2719; ? Vous le voyez, mes frères, il n'a eu personne à vous nommer. J'ai relevé cette réponse dans ma lettre pastorale : et de ce que M. Claude n'a rien eu à dire sur un fait si bien articulé, sur une demande si précise, j'ai conclu, comme on fait dans un légitime interrogatoire, que le fait était avéré, et ma demande sans réplique (2720). Qu'a répondu M. Jurieu, qui se vante (l'anéantir cette Lettre pastorale? Voici tout ce qu'il a répondu quand il est venu à cet endroit : « ensuite de cela notre auteur entre en grosse dispute avec M. Claude, pour lui prouver que la supposition des fidèles cachés est ridicule (2721). » Vous vous trompez, lui disons-nous; ce n'est point ici une grosse dispute, comme vous voudriez le faire accroire à vos lecteurs, afin de les rebuter par la dïfficultéde la matière; encore un coup ce n'est point ici un long procès : il ne s'agit que d'un simple fait; savoir, si parmi vous on sait quelqu'un qui, en se joignant aux réformateurs, leur ait. déclaré que toujours il avait cru comme eux. Voilà cette grosse dispute où vous voudriez qu'on n'entrât jamais, parce que vous y trouvez voire honte. Ce l'ail dont il s'y agit devait être constant parmi vous, s'il n'était pas absolument faux. Répondez-y du inoins, AI. Jurieu, vous qui avez entrepris d'y répondre : si vous savez sur ce fait quelque chose de meilleur que M. Claude, il est temps de nous le dire. Mais, mes frères, vous vous y attendez en vain, et voici tout ce que vous en aurez : « En répondant à M. Nicolle et à M. Bossuel, on a répondu cent fois à ce sophisme : nous y avons répondu dans nos Lettres pastorales, et encore
(2718) Confér., réf. 15.
(2719) M. Ci un , Réponse au dise, de il. de Uond., p, 50-.
(2720) Le», pan. de M. de Meanx, i. IV, col. 13. (2721J Iur., leli 19, p. 110, eol. 2.
m:.) œuvres comple
tout nouvelloment en réfutant le troisième livre des Variations (2722) ». Je reconnais le style ordinaire de vos ministres; ils ont toujours répondu à tout : mais ne les en croyez pas ; M. Jurieu n'a pas dit un seul mot sur refait articulé à M. Claude ; il n'a même rien dit qui approche de celle matière. Mais il sait bien que vous n'irez pas lire tous ses ouvrages, où il vous renvoie en général, sans vous en marquer aucun endroit, pour chercher la réponse qu'il se vante d'avoir faite. 11 est vrai qu'il vous a marqué la réfutation du ni" livre des Variations (2723). C'est dans sa septième lettre de celte année que se trouve cette prétendue réfutation; elle consiste en doux ou trois pages, qui ne font rien à la question, comme vous verrez en son lieu, mais où constamment vous ne trouverez pas un seul mot du fait proposé à M. Claude, ni qui y tende. Vous en pouvez juger autant des autres endroits où il vous renvoie, et par le silence obstiné de vos ministres, sur un fait de cette importance, le tenir pour avoué.