‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 249 sur 325 · XXXII. — Suite des embarras du ministre * Jurieu · texte numérisé non relu

XXXII. — Suite des embarras du ministre * Jurieu

Mais vous n'avez qu'à entendre ce qu'il dit encore sur ce sujet-là dans la 19e lettre, pour voir qu'il ne sait où il en est. L'objection qu'il voulait détruire de ma Lettre pastorale, était qu'on ne pouvait du moins nier qu'on n'eût cru la réalité et adoré l'Eucharistie depuis Bérenger, c'est-à-dire, depuis six à sept cents ans. Donc, ai-je dit, tous les Chrétiens étaient idolâtres selon vous; et si on ne peut montrer au temps de Zuingle et de Calvin aucun homme qui leur ait déclaré, en se joignant à eux, qu'il n'avait jamais pris de part à la croyance ni au culte de Home, il sera vrai que tout le monde adorait donc ce qu'ils appelaient une fable. A celte pressante instance M. Jurieu répond : Que cela soit, il ne nous importe (2724). Il ne nous importe que Dieu ait eu des adorateurs, du moins cachés. Et que deviendront ces sept mille tant vantés? C'était déjà trop avouer que de dire qu'ils étaient cachés, puisque le vrai culte doit être public aussi bien que la vraie croyance. Mais j'ai voulu entrer avec vous jusque dans la dernière condescendance, et je vous disais dans ma Lettre pastorale : que ces sept mille s.e soient cachés avant la Réforme, ils se seront du moins déclarés quand ils l'ont embrassée, et ils auront dit du moins alors : Dieu soit loué, nous voyons enfin des gens qui croient comme nous faisions, et il nous est à présent permis de déclarer notre pensée. Mais on ne trouve aucun homme qui ait parlé de cette sorte. M. Claude n'en a rien trouvé dans les registres de la Réforme, ni dans ce nombre infini décrits qu'elle a publiés pour sa défense; il n'a rien trouvé soi- un fait qui eût vérifié si clairement, au grand désir de la Réforme, que Dieu s'était

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réservé des adorateurs du moins cachés; un fait, par conséquent, qui à cet égard eût fermé la bouche aux Catholiques, étant prouvé, et qui les rendait invincibles ne Fêlant pas. M. Jurieu n'en trouve rien non plus que M. Claude, et il est réduit à dire : Que nous importe? sur un fait dont l'importance est si visible. Le fait est donc avéré, encore un coup, et il n'y a rien de si certain que la vérité était éteinte sur la terre, si onditque la vérité est dans la Réforme.

Mais ce qu'ajoute M. Jurieu n'est pas moins clair. Que nous importe, dit-il donc (•2725), si tous les Chrétiens depuis ce tempslà ont été idolâtres : ajoutons , et s'ils l'étaient encore lorsque la Réforme a commencé? Avouez que cela presse M. Jurieu, et qu'il serait à désirer, pour votre défense, qu'on pût alors trouver quelqu'un qui n'adorât pas l'idole que tout le monde servait. Mais loin de l'assurer, voici ce qu'il dit: « C'est ce que nous n'affirmons pas, de peur d'être téméraire, comme M. Bossue t qui assure que depuis ce temps-là (depuis le temps de Bérenger), tous les Chrétiens ont adoré le Dieu de la Messe. Nous ne le croyons pus ainsi, il est bien plus probable que Dieu eu a garanti plusieurs de cette idolâtrie. » Mais si c'est constamment une idolâtrie, il n'est pas seulement plus probable, il est certain et indubitable que Dieu en a garanti quelques-uns : autrement il ne serait pas certain qu'il y aurait eu des élus ou des saints, par conséquent des adorateurs véritables dans tous les temps. Or, c'est une vérité que personne n'a encore osé nier, et que M. Jurieu confesse comme coustante en cinquante endroits de son système, pour ne point parler ici de ses autres ouvrages; il est, dis-je, très-constant que Dieu a eude tout temps un corps d'Eglise universelle, où s'est trouvée la communion des saints, la rémission des péchés et la vie éternelle; par conséquent, de véritables adorateurs , autrement le Symbole serait faux. Mais ce qui est constant par le principe commun de tous les Chrétiens, sans en excepter les prétendus réformés, n'est seulement que plus probable quand on presse davantage les ministres, et ils n'ont rien à répondre, non plus que tous les autres hérétiques, quand on leur demande où était la vérité quand ils sont venus.

Il ne faut donc plus s'étonner si celte seule demande les jette dans les contradictions que vous avez vues. Il a fallu trouver des élus avant la Réforme; car il en faut trouver dans tous les temps. 11 en a fallu trouver même dans l'Eglise romaine, aussi bien ou même plutôt que dans les autres, puisque les fondements du salut s'y trouvaient comme chez les autres ou mieux, et qu'ainsi on ne pouvait lui refuser d'être du moins une partie de cette Eglise catholique que l'on confesse dans le Symbole. Mais dans l'Eglise romaine il ne pouvait y

(2724) Jim., leil. 19, p. 150.

(2725) Jur., ibid.

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