LE FONDEMENT DES EMPIRES RENVERSÉ PAR CE MINISTRE
I. — Caractères bien différents de l'ancien christianistne , et du christianisme prétendu réformé.
Mes chers frères,
Dieu, qui est le père et le protecteur de la société humaine, qui a ordonné les rois pour la maintenir, qui les a appelés ses christs, qui les a faits ses lieutenants, et qui leur a nais l'épée en main peur exercer sa justice, a bien voulu, à la vérité, que la religion fût indépendante de leur puissance, et s'établit
dans leurs Etats malgré les efforts qu'ils feraient pour la dé;ruire; mais il a voulu, en même temps, que, bien loin de troubler le repos de leurs empires ou d'affaiblir leur autorité, elle la rendît plus inviolable, et montrât, par la patience qu'elle inspira. t à ses défenseurs, que l'obéissance qu'on hur doit est à toute épreuve. C'est pourquoi c'est un mauvais caractère et un des effets des plus odieux de la nouvelle Réforme n'avoir armé tes sujets contre leurs princes et leur patrie, et d'avoir rempli tout l'univers de
f li>7 PART. X. III! Dl. POLEMIQUE,
guerres civiles; et il est encore plus odieux et l 'lus mauvais de l'avoir fait par principes, el d'établir, commo fait encore M. Juneu, des maximes séditieuses qui tendent n la
subversion de tous les empires et à la dégradation de toutes les puissances établies de Dieu. Car il n'y a rien de plus opposé à l'esprit du christianisme, que la Réforme se vantait de rétablir, que cet esprit de révolte, ni rien de plus beau à l'ancienne Eglise, que d'avoir été tourmentée et persécutée jusqu'aux dernières extrémités durant trois cents ans, et depuis, à diverses reprises, par des princes hérétiques ou infidèles, et d'avoir toujours conservé dans une oppression si violente une inaltérable douceur, une patience invincible, et une inviolable fidélité envers les puissances. C'est un miracle visible qu'on ne voie, durant tous ces temps, ni sédition, ni révolte, ni aigreur, ni murmure parmi les Chrétiens : et ce qu'il y avait de (dus remarquable dans leur conduite, c'était la déclaration solennelle qu'ils faisaient de pratiquer cette soumission envers l'empire persécuteur, non point comme une chose de perfection et de conseil, mais comme une chose de précepte et d'obligation indispensable, alléguant non-feulement des exemples, mais encore les commandements exprès de Jésus-Christ et des apôtres, doù ils concluaient que l'empire ni les empereurs n'auraient jamais rien à craindre des Chrétiens, en quelque nombre qu'ils fussent, et quelques persécutions qu'on lei.r fît soulfrir. Plus il y aura de Chrétiens, disaient-ils à leurs persécuteurs (275a), plus il i/ aura de gens de qui jamais vous n'aurezrien à craindre. Il n'y a donc rien, encore un coup, de plus opposé à l'ancien christianisme que ce christianisme réformé, puisqu'on a fait et qu'on fait encore dans celui-ci un point de religion de la révolte, et que dans l'autre on en a fait un de l'obéissance et de la fidélité.
M. — Dessein de cet avertissement.
Que la Réforme ne pense pas s'excuser sur ce qu'elle semble à la fin avoir condamné en Fiance et en Angleterre par ses plus fameux écrivains ces guerres civiles de religion, et les maximes dont on les avait soutenues. Car les réprouver quelque temps pour y revenir après, c'est bien montrer qu'on a honte de son erreur; mais ('est montrer en même temps qu'on ne veut fias s'en corriger, et c'est enfin augmenter, dans un article si important à la tranquillité publique, les variations dont la Réforme est convaincue.
C'est, oies frères, ce que j'entreprends de vous découvrir dans cet avertissement. J'entreprends, dis-je, de vous découvrir que votre Réforme n'est pas chrétienne., parce qu'elle n'a pas été fidèle à ses princes et à sa patrie. Que la proposition ne vous fâche pas, il .sera temps dese fâcher si ma preuve vous parait défectueuse, si je vous laisse le moiu-
(2755) Tbrtiill., ApoL, c. "Cet seq.
2"S6) Epiât, ttl, ad Yictorian., tom. il col.
dre doule de ce que j'avance; en allenuai.t,
lisez sans aigreur ce que je vous expose
pour votre bien. Je dirai tout avec ordre, et
n déduisant ce que
quoiqu'il fût naturel, en d j ai à dire d'un seul et môme | rincipê, devons le développes sans interruption par la Mute d'un môme discours, je partagerai celui-ci pour votre commodité en plusieurs paities, que les litres vous apprendront.
MAXIME DE M. JIIUEU, Qu'on TEl T FAIRE LA GL'EHRE A SON PRINCE ET A SA TATRIK l'OUIl DÉFENDRE SA RELIGION; QUE CETTE MAXIME EST NÉE DANS I.'lIÉRÉSIE. — VARIATIONS DE LA RÉFORME.
111. — Les guerres civiles sr>us prétexte de religion ont paru pour la première fuis dans l'hérésie.
Ce qui aggrave le crime de la Réforme si souvent rebelle, c'est de voir d'un côté naître l'Eglise avec l'esprit de fidélité et d'obéissant e au milieu do l'oppression la plus violente, et de voir de l'autre l'esprit contraire, c'est-à-dire l'esprit de sédition et de révolte, prendre naissance et se perpétuer dans les hérésies. Les premiers des Chrétiens qui ont pri< séditieusement les armes avec une ardeur furieuse, sous prétexte de persécution, ont été les donatistes; c'est une vérité constante. Il n'est pas moins assuré que les premiers qui ont fait des guerres réglées à leurs souverains pour la môme cause, ont été les manichéens, les plus insensés et les plus impies de tous les hommes. Pour ce qui regarde les donatistes, il n'y a personne qui ne sache les fureurs de leurs circumcellious, rapportées en tant de lieux de saint Augustins (2756), qui montre même que les violences de ce parti séditieux ont égalé les ravages que les barbares faisaient alors dans les plus belles provinces de l'empire. Et quant aux manichéens, nous en avons raconté les guerres sanglantes dans le livre xi des Variations (2757). Les albigeois ont suivi ce mauvais exemple; aussi avons-nous vu qu'ils étaient de dignes rejetons de cette abominable secte. Les viclélites n'ont point eu de honte de marcher sur leurs pas ; les hussites et les taborites les ont imités; et puisqu'enûn il en faut venir aux sectes de ces derniers siècles, on sait l'histoire des luthériens et des calvinistes.
Celait un terrible préjugé contre la Réforme naissante, de n'avoir pu prendre l'esprit de l'ancien christianisme qu'elle se vantait de rétablir, et d'avoir pris au conliaire l'esprit turbulent et séditieux qui avait été conçu, et qui s'était conservé dans l'hérésie. Car c'était d'un côté ne pouvoir prendre l'esprit de Jésus-Christ; et de l'autre prendre l'esprit opposé, c'est-à-dire l'esprit de sédition, que Jésus-Christ nous fait voir être l'esprit du démon et de son empire (Mat th. xu, 25, 26) ; d'où suit aussi, selon sa parole, la désolation desroyaumes et de toute
S7I Var . liv. xi, col. U98.
la société humaine, que Dieu à formée par ses lois, et qu'il a prise en sa protection.