XII. Sentiments des martyrs : ce que M. Jurieu y a répondu
Les réponses de ce ministre sont prises d'un dialogue de Buchanan qui a pour titre :
Vu droit de régner dans l'Ecosse. Le» »enli monts en sont si excessifs, qu'il a été détesté par les plus habiles gens de la Réforme ; mais aujourd'hui M. Jurieu en prend l'esprit, et aussi ne lui restait-il que ce movenlà de saper les fondements, et de renverser le droit des monarchies.
Il faut écouter avant toutes choses ce qu'ils répondent à l'exemple des martyrs. 1! n'y a personne qui ne soit touché, quand on les voit dans leur passion, entre les mains et sous les coups des persécuteurs, les conjurer par le salut et la vie de l'Empereur (2777), comme par une chose sainte, de contenter le désir qu'ils avaient de souffrir pour Jésus-Christ. « A Dieu ne plaise, » disaientils (2778), «que nous offrions pour les empereurs le sacrifice que vous nous demandez pour eux ; on nous apprend à leur obéir, maïs non pas à les adorer. » L'obéissauco qu'ils leur rendaientservait de preuve à cellequ'ils voulaient rendre à Dieu. «J'ai été, «disait saint Jules (2779), « sept fois à la guerre, je n'ai jamais résisté aux puissances, ni reculé dans les combats, et je m'y suis mêlé aussi avant qu'aucun de mes compagnons.
Mais si j'ai été fidèle dans de tels combats, croyez-vous que je le sois moins dans celuici, qui est bien d'une autre importance? » Tout est plein de semblables discours dans les actes des martyrs ; la profession qu'ils faisaient, parmi les supplices, de demeurer fidèles à leurs princes en tout ce qui no serait point contraire à la loi de Dieu, faisait la gloire de leur martyre, et ils la scellaient de leur sang comme le reste des vérités qu'ils annonçaient. Mais écoulons ce que leur répond M. Jurieu. « A Dieu ne plaise, » dit-il (2780), « que je voulusse diminuer lo mérite des martyrs, et rien rabattre des louanges qu'on leur donne ; mais je voudrais bien qu'on me fît voir qu'ils ont été en état de se pourvoir contre les violences des empereurs romains. Que pouvait faire, conlinue-t-il, un si petit nombre de gens épar» dans toute l'étendue d'un grand empire, qui avait toujours sur pied des armées nombreuses pour la garde de ses vastes frontières? Ce n'était donc pas seulement piété . mais c'était prudence aux premiers Chrétiens de souffrir un moindre mal pour en éviter un plus grand. » C'est sa première raison, qu'il a tirée de Buchanan son grand auteur; mais voyons celles dont il la soutient ^2781). « Outre cela, on ne saurait tirer un grand avantage de la conduite des premiers Chrétiens au sujet de la prise des armes. Il y en avait plusieurs qui ne croyaient pas qu'il fût permis de se servir du glaive en aucune manière, ni à la guerre, ni en justice pour la punition des criminels; c'était une sévérité outrée, et une maxime généralement reconnue pour fausse aujourd'hui ; tellement que leur patience ne venait que
(•2775) Accomp. des proph., Ans à tous les Chrét. p776) Jur., leit. 9.
(2777) Aet. &</., ici. Mme. et irtcana., etc. ,2778) Act. Phil. ; Epist. Beracl., etc.
(2779) Ad. lut.
(2780) Jur., Un. 9, (2781i Ib'id., p. 68.
p. 67, c. 2 et sui».