C.Mits COMF1. Ut BOSSUET. VI
n'avaient jamais voulu attenter àla personne des gens d'Etat, c'est-à-dire, des gens de qualité, te contentant de battre le ehit n devant le loup, et les gens de plus basse condition devant les grands; el qu'on faisait alun le, contraire (28-'i.J). Ce l'ut donc.de l'aveu de Bèze, ce qui les lit réveiller comme d'an profond assoupissement ; et ils émurent le peuple, dont ilsavaient méprisé les maux, tant qu'on ne s'était attaqué qu'à lui. Mai? ni Bèze ni Jurieu n'ont dit le l'on I. Les supplices des protestants coud minés à litre d'hérésie par édits et par arrêts sous François l" et Henri il, mettaient en bien plus grand péril tout le parti réformé, et devaient lui donner bien plus de crainte que la rencontre fortuite de Vassi, où il était bien constant (pie ni on n'avait eu de mauvais dessein, ni on n'avait rien oublié pour empècherqu'on ne s'échaull'ât. L'intérêt desgens de qualité ne fut pas aussi la seule cause qui obligea la Réforme à se remuer sous François II ou Charles IX ;carilsse seraient remués dès le temps de François I" et de- Henri II, puisqu'ils sentaient queces princes ne les épargneraient pas, s'ils se déclaraient, et qu'ils ne se sauvaient de leur temps qu'en dissimulant. Il ne s'agissait non plus dans nos guerres civiles de la vie des protestants, puisque nous avons fait voir et qu'il est constant qu'ils ont pris les armes tant de fois, non point pour leur vie, à laquelle il y avait longtemps qu'on n'en voulait (dus, mais pour avoir part aux honneurs et un peu plus de commodité dans leur exercice. H n'y a qu'à voir leurs traités et leurs délibérations pour en être convaincu; et Bèze demeure d'accord (283i) qu'il ne tint pas aux ministres qu'on ne rompît tout pour quelques articles si légers qu'on en a houle en les lisant. Ainsi la vraie cause des révoltes arrivées sous François II, sous Charles IX et sous les règnes suivants, c'est que la patience, qui n'est conçue et soutenue que par des sentiments 'humains, ne dure pas, et que le dépit, retenu dans des règnes forts, se déclare quand il en trouve de plus faibles. C'est ensuite que la Réforme délicate a pris pour persécution ce que les anciens Chrétiens n'auraient pas seulement compté parmi les maux, c'est-à-dire, la privation de quelques honneurs publics et de quelques facilités, commeona dit ; encore le plus souvent leurs plaintes n'étaient que des prétextes. Les rois qui leur ont été le plus contraires n'eussent pas songé à Jes troubler, si des esprits si remuants avaient pu se résoudre à demeurer en repos. Certainement sous Louis Xlll ils étaient devenus si délicats et si plaintifs dans leurs assemblées politiques, et encore plus dans leurs synodes, qu'on les voyait prêts à échapper à tout moment ; en sorte qu'on n'osait rien entreprendre contre l'étranger quoi qu'il fît, tant qu'on avait au dedans un parti si inquiet et
(2855) Yar., lih. \, col. 6G1.
(2854) Bisl,, liv. vi.
si menaçant. Voilà dans la vérité, et tous les Français le savent, ce qui a fait nos guerres civiles, et voilà en même temps ce qui mettra une éternelle différence entre les premiers Chrétiens et les Chrétiens réformés. M. Jurieu ne sortira jamais de cette difficulté : qu'il brouille tout, qu'il mêle le ciel à la terre, qu'il change les préceptes en conseils, et les règles perpétuelles fondées sur l'ordre de Dieu et le repos des Etals, en préceptes accommodés au temps ; qu'il change encore la patience des premiers Chrétiens en faiblesse, qu'il fasse leur obéissance forcée, qu'il cherche de tous côtés des prétextes à la rébellion de ses pères : il est accablé de toutes parts par l'Ecriture, par la tradition, par les exemples de l'ancienne Eglise, par ses propres historiens ; et il n'v eut jamais une cause pi-as déplorée.
EXEMPLES DE M. JURIEU EN FAVEUR DES GUERRES CIVILES PIS RELIGION. PREMIER EXEMPLE, TIRÉ DE JÉSUS-CHRIST MEME.
XX11I. — Prétention de M. Jurieu, que Jesus-Christ a autorisé les apôtres à se servir de l'épée contre les ministres de la justice qui se saisissaient de sa personne.
Prêtez maintenant l'oreille, mes frères, aux exemples dont on se sert parmi vou% pour permettre aux Chrétiens opprimés de défendre leur religion à main armée contre les puissances souveraines. Etrange illusion ! M. Jurieu a osé produire l'exemple de Jésus-Christ même , et encore dans le temps de sa Passion , lorsqu'il ne lit autre chose , comme tiit saint Pierre (/ Petr. 11, 23), que de se livrer à un juge inique comme un agneau faible et muet, sans ouvrir seulement la bouche pour se défendre, (lia. lui, 7.) Mais voyons comme le ministre argumente." L'Evangile,» dit-il (2835), « n'a ôté à personne le droit de se défendre contre de violents agresseurs ; et c'est sans doute ce que le Seigneur a voulu signifier , quand, allant au jardin où il savait que les Juifs devaient venir l'enlever avec violence , et connue on lui eut dit : Voici deux épées, il répondit : C'est assez. » Sur quoi le ministre fonde ce raisonnement : « Ce n'est pas assez pour repousser la violence; car deux hommes armés ne pouvaient pas résister à 1 1 troupe qui accompagnait Judas ; mais c'élait assez pour son but, qui était de faire \oir (jue ses disciples dans une telle occasion ont le droit de se servir des armes ; car autrement, quel sens cela aurait-i) : Prenez vos épées? » Il ne fallait rien changer aux paroles du Fils de Dieu qui n'a point parlé en ces termes. Mais , pour en venir au ."■eus et à l'esprit, le ministre songe-t-il bien à ce qu'il dit, lorsqu'il tient un tel discours? Songe-t-il bien, dis-je, que ceux qui venaient prendre Jésus-Christ étaient les ministres de la justice, et que le conseil ou le sénat de Jérusalem, qui les envoyait (Matlh.
,2;::.' ) Lclt. 9, p. 00.
(âSôli) Il m. 83 in Jumi., t. VU.
xxvi, 47), avait en main une partie de la puissance publique? Car il pouvait faire arrêter qui il voulait, et il avait la garde du temple et d'autres gens armés en sa puissance pour exécuter ses décrets. C'est pourquoi on voit si souvent dans les actes , que les apôtres ont été arrêtés par les pontifes et les magistrats du temple, et mis dans la prison publique pour comparaître devant le conseil (Act. iv, 4; v, 18), où en effet ils répondent juridiquement sans en contester le pouvoir. Aussi lorsqu'ils prirent le Sauveur, sans les accuser d'usurper un droit qui ne leur appartenait pas, il se contente de leur dire : Vous venez me prendre à 71min armée comme un voleur; j'étais tous les jours au milieu de vous enseignant dans le temple, et vous ne m'avez pas arrêté [Mat th. xxvi, 55), reconnaissant clairement qu'ils en avaient le pouvoir, et dans la suite reprenant saint Pierre qui avait frappé un des soldats, dont aussi il guérit la plaie par un miracle. (Joan. xvm, 36.) Au lieu donc qu'il faudrait conclure de ce lieu , comme fait aussi saint Chrysostome, qu'il faut souffrir les persécutions avec patience et avec douceur, et que c'est là ce que le Sauveur a voulu montrer par cette action (2836). M. Jurieu conclut au contraire qu'il a voulu montrer qu'ère celte occasion on a droit de se servir des armes. Mais qui lui donne la liberté de tourner ainsi l'Ecriture à contre-sens, et de porter son venin jusque sur les actions de Jésus- Christ même? «Quel sens,» dit-il (2837), « aurait cela : Prenez vos épées? et de quel usage seraient-elles , si on ne pouvait s'en servir? » Et il ne veut pas seulement entendre cette parole de Jésus-Christ, lorsqu'il ordonne à ses apôtres d'avoir une épée : Car je vous dis qu'il faut encore que ce qui est écrit de moi soit accompli : Il a été compté au nombre des scélérats. (Luc. xxn, 37.) Tel était donc le but de Jésus-Christ, non, comme dit M. Jurieu, d'instruire les Chrétiens à prendre les armes contre la puissance publique, lorsqu'ils en seraient maltraités, mais d'accomplir la prophétie où ii était dit. qu'on le mettrait au rang des scélérats. En quoi? si ce n'est que, comme un voleur, il se faisait accompagner de gens violents pour s'empêcher d'être pris, et qu'il employait les armes contre les ministres de la justice pour ne point tomber entre ses mains? Jésus-Christ regardait donc cette résistance qu'il prévoyait qu'on ferait en sa faveur, non pas a la manière de M. Jurieu, comme une uéfense légitime, mais comme une violence ul un attentat manifeste , qui aussi le ferait mettre par le peuple au nombre des scélérats. C'est pourquoi il reprend saint Pierre de s'être servi de son épée, et dit à lui et aux aut;es qui se mettaient en étal de l'imiter : Demeurez-en là; qui prend l'épée périt pari épée (Luc. xxu, 49, 50; Matlh. xxvi, 52; Juan, xvm, 11) , non pour défendre de s'en servir légitimement, mais pour défen-
(2837) Jcr , îbid.
1129 PART. \ ïillOI. POLEMIQUE. iY. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. 1250
ili i- île s'en servir dans de semblables occasions, et surtout contre la puissance publique. M. Julien o-*u dire que Jésus-Christ ne reprit saint Pierre de selre servi de l'épëc qu'à cause du temps où il le lit ('2838), qui était celui où, selon l'ordre de son Père, il fallait qu'il mourût; comme si dans une Butre occasion Jésus-Christ eût voulu permettre .;i ses disciples d'opposer la force aux puissances légitimés. Voilà ce que M. Juricu ose attribuer à Jésus-Christ. Socrale, un paie n*j aura bien connu qu'on est obligé d'obéir aux lois et aux magistrats de son I ays, quand même ils vous condamnent injustement (-2839) ; autrement, dit-il, il n'y aurait plus ni peuple, ni jugement, ni loi, ni Etal. Par ces solides maximes ce philosophe aura consenti à périr plutôt que d'anéantir les jugements publics par sa résistance, et n'aura pas voulu s'échapper de la prison contre l'autorité de ces lois, de peur de tomber après cette vie entre les mains des lois étemelles, lorsqu'elles prendront la défense des lois civiles leurs sœurs (car c'est ainsi qu'il parlait); et Jésus-Christ, qui rejette ceux dont ia justice n'est pas audessous de celle des païens (Mat th. v, 20), aura été moins juste et moins patient qu'un philosophe, et aura voulu montrer à ses disciples que la défense contre le public est légitime? Qui vit jamais un semblable attendit? et n'est-ce pas faire prêcher la révolte a Jésus-Christ même? Mais qui ne voit manifestemenlque ce qu'il blâme en cette occasion n'est pas seulement une résistance dans le temps où son Père voulait qu'il mourût, ce qui n'eût regardé que ses disciples, à qui il avait appris ce secret de Dieu ; mais en général une résistance qui le faisait mettre au rantj des méchants et des scélérats ? en un mot une résistance contre la puissance publique, contre laquelle un particulier, un sujet, qui était le personnage que Jésus- Christ voulait faire alors sur la terre, n'a point de défense. C'est pourquoi il répond juridiquement au conseil de Jérusalem, comme nous l'avons déjà dit, et il demeure d'accord que la puissance de vie et de mort, dont Pilate le menaçait (Joan. xix , 10, 11), lui venait d'en haut comme étant légitime et ordonnée de Dieu, ainsi que son Apôtre le dit après lui (Rom. xm) , et il ajoute que son royaume n'est pas de ce monde (Joan. xviu, 3G), non plus que les ministres dont la force le pourrait défendre contre l'injustice des hommes, alin que ses disciples entendent qu'il veut bien en tout et partout se laisser traiter comme un sujet, et leur enseigner en même temps ce qu'ils doivent aux magistrats même injustes et persécuteurs.
M. Jurieu ne rougit pas de nous alléguer cet exemple, et de mettre la défense de sa religion uans un attentat manifeste, dans un attentat déclaré tel par les prophètes qui l'ont pré, lit ; que Jésus-Christ, qui l'a vu, a réprouvé, et qu'il a môme ré, are par un
(2838) .lin., ibid.
285*JJ Plat., Vrilo.
miracle, do peur qu'on ne pût jamais le lui imputer, l'n tel exemple, qu est-ce autre chose qu'une parfaite démonstration de la doctrine opposée a celle que le ministre voulait soutenir ? et le tour qu'y donne M. Jurieu , une manifeste profanation des paroles de Jésus-Christ ?
SECOND hVKYll'l K. DliS MACHAIIKES.
XXI V. — Six circonstances de, l'Histoire
des Machnhccs , qui font voir (/ne leurs
guerres liaient légitimes et entreprises par
une inspiration particulière.
Mais ce ministre se promet une victoire
plus assurée de l'exemple des Machabées ou
des Asnioiiéens , puisqu'il est certain qu'ils
secouèrent le joug des rois de Syrie, qui les
persécutaient pour leur religion. Il n'en
faut pas davantage à notre ministre pour
égaler la Réforme, et la nouvelle république
des Pays-Bas, au nouveau royaume de Judée
érigé par les Asmonéens (2840). Mais pour
se désabuser de cette comparaison , il ne
faut que lire l'histoire (// Machab. ii,iii),
et bien comprendre 1 état du peuple de
Dieu.
Premièrement, il est constant qu'Antiochus et les autres rois de Syrie ne ,->e proposaient r,en de moins que n'exterminer les Juifs, en faire passer toute la jeunesse au lil de l'épée, vendre tout le reste aux étrangers, en même temps donner à ces étrangers la terre que Dieu avait promise aux patriarches pour toute leur postérité, détruire la nation avec la religion qu'elle professait, et en éteindre la mémoire, profaner le lemple, y effacer le nom de Dieu, et y établir l'idole de Jupiter Olympien. (llMach. v, vi.î Voilà ce qu'on avait entrepris, et ce qu'un exécutait contre les Juifs avec une violence qui n'avait pi int de bornes.
Secondement, il n'est pas moins assuré que la religion et toute l'ancienne alliance était attachée au sang d'Abraham, à ses enfants selon la chair, à la terre de Chanaan, que Dieu leur avait donnée pour y habiter, au lieu choisi de Dieu pour y établir son temple, au ministère lévitique et au sacerdoce attaché au sang de Lévi et d'Aaron, comme toute l'alliance en général l'était à celui d'Abraham : en sorte que, sans tout cela, il n'y avait ni sacrifice, ni fête, ni aucun exercice de la religion. C'est pourquoi le peuple hébreu, selon les anciennes prophéties, ne devait être tiré de cette terre que deux fois; l'une sous Nabuchodonosor et dans la captivité de Babylone par un ordre exprès de Dieu, que le prophète Jérémie leur porta, et avec promesse d'y être rappelés bientôt après pour n'en être jamais chassés, selon que le même Jérémie et les autres prophètes le leur promettaient. [Jer. xxi, xxv, xxviii, xxix, xxx, xxxi, eic \ Telle e^t la première iransportation du peuple de Dieu hors de sa terre. La seconde et la dernière ei-l celle qui devait leur arn-
(2310) Loti. 9, p. 07
Iâ3
selon l'oracle tic Daniel après avoir mis à mort l'Oint de Dieu et le Saint des saints ( Dan. ix); qui devait être perpétuelle, et cmpoi lait aussi avec elle l'entière réprobation de l'alliance et de la religion judaïque.
Troisièmement, il était constant par là, que tant que l'ancienne alliance subsistait, il n'était non plus permis aux Juifs de se laisser transporter hors de leur terre, que de renoncer à tout le culte extérieur de leur religion ; et que consentir à la perte totale de la famille d'Abraham où celle d'Aaron était comprise, c'était consentir en même temps à l'extinction de la religion, de l'alliance et du sacerdoce. D'où il s'ensuit manifestement :
lui quatrième lieu, que, lorsque Dieu ne leur donnait aucun ordre d'abandonner la terre promise, où il avait établi le siège de la religion et de ralliante, ni ne leur montrait aucun moyen de conserver la race d'Abraham, que relui d'une résistance ouverte, comme il leur arriva manifestement dans cette cruelle persécution des rois de Syrie, c'était une nécessité absolue, et une suite indispensable 'te ieur religion, de se défendre.
El néanmoins, en cinquième lieu, ils n'en sont venus à ce dernier et fatal remèue qu'une seule fois, et après une déclaration manifeste de la volonté de Dieu. Car auparavant, en quelque oppression qu'on les tint dans le su: crbe et cruel empire de Habylone, ils y demeurèrent paisibles et soumis, offiant à Dieu des vœux continuels pour cet empire et pour ses rois, selon l'ordre qu'ils en avaient reçu de Dieu par la bouihe de Jérémie et de Baruch. { Jerem. xxix, 7; Baruch. i, 11, 12.) Quand ils vient paraître Cyrus, qui devait être leur libérateur, eivore qu'il leur eût été non-seulement prédit, mais encore expressément nommé par leurs prophètes, ils ne se remuèrent pas en sa faveur, et attendirent en pat. cm e sa victoire d'où dépendait leur délivrais e; et quand Assuérus, un de ses successeurs, séduit par les aitili.es d'Aman, entreprit de détruire toute la nation, et de fermer par toute la terre la bouche de ceux qui louaient Dieu (Esthtr m, iv, xin, etc.), ils ne tirent aucun effort pour lui résister; parce que Mardochée, un prophète et un homme manifestement inspiré de Dieu, leur faisait voir une espérance assurée de protection eu la personne de la reine Lsther; en sorte qu'il ne leur restait qu'à prier Dieu dans le $ sac et dans la cendre qu'il conduisît les desseins de cette reine. Que si dans la suite ils prirent les armes |<our | unir l'injustice de leurs ennemis, ce fui par un édit exprès du roi [Eslher v, vu, vui); et Dieu le permit ainsi pour montrer que les fidèles naturellement ne troublaient point les Eut-, et n'y entreprenaient rien qu'avec l'ordre ne la puissance souveraine. Ils seraient donc demeurés aussi humbles et aussi soumis à Anliochus, si Dieu leur avait donné une semblable espérance, et un moyen aussi
naturel de fléchir le roi. Mats le temps était arrivé où il avait résolu de les sauver par d'autres voies, ainsi qu'il était marqué dans Daniel et Zacharie. [Pan. vu, vin, x, xi, xii ; Zach. xi, 7 seq.) Alors donc il inspira Mathathias, qui, poussé du même esprit que son ancêtre Plnnéès, c'est-à-dire, manifestement de l'esprit de Dieu (/ Mach. u, 2i seq.); du même esprit dont Moïse avait été poussé à tuer l'égyptien qui maltraitait les enfants d'Israël \Exod. n, 12), selon qu'il est expliqué dans les Actes (Act. vu, 2ï-, 25); du même esprit qui avait inciié Aod à enfoncer un coutean dans le sein d'Eglon, roi de Moab (Judic.m), et Jahcl, femme d'Héber, à attirer Sisara dans sa maison pour lui percer les tempes avec un clou (Judic. iv, 17 seq. ; v, 24 seq. ) ; du même esprit dont Judith était animée lorsqu'elle coupa la tête d'Holopherne {Judith vin) : Mathathias donc, poussé de cet esprit, perça d'un coup de poignard un Juif qui se présentait pour sa cri fier aux idoles, et l'immola sur l'autel où il allait sacrifier au Dieu étranger. (/ Mach. n, 23, 24.) Il enfonça le même poignard au sein de celui qui, par l'ordre d'Anliocluis, contraignait le peuple à ces sacrifices impies, et il leva l'étendard de la liberté en disant : Quiconque a le zèle de la loi, qu'il me suive, (lbid., 27 seq.) C'est donc ici manifestement une inspiration ext aordiuaire, telles que celles qu'on voit paraître si souvent dans l'Ecriture et ailleurs, il n'y a que des impies qui puissent nierde semblables inspirations extraordinaires; et si les hypocrites ou les fanatiques s'en vantent h tort, il ne s'ensuit pas que les vrais prophètes et les hommes vraiment poussés par l'esprit de Dieu se les attribuent vainement. Mathathias fut du nombre de ces hommes vraiment inspirés; il en soutint le caractère jusqu'à la mort, et il distribua entre ses enfants les fonctions auxquelles Dieu les destinait, avec une prédiction manifeste des grands succès qui leur étaient préparés. (/ Mach. n, i9. Ci seq.) La suite des événements justifia clairement que Mathathias était inspiré ; car, outre qu'il parut des signes et des illuminations surprenantes et miraculeuses dans le ciel, o:i vit paraître dans les combats, des anges qui soutenaient le peuple de Dieu, et en foudroyant les ennemis jetaient le désordre et la confusion dans leur armée. [Il Mach. x, 29, 30.) Le prophète Jérémie apparut à Judas Machabée dans un songe digne de toute croyance, et lui mit en main l'épée par laquelle il devait défaire les ennemis de son peuple, en lui disant: Recevez cette sainte e'pee et ce présent de Dieu, par lequel vous renverserez les ennemis de mon peuple d'Israël. (Il Mach. xv, 11,15 seq.) Tant de victoires miraculeuses, qui su virent cette céleste vision, firent bien voir qu'elle n'était pas vaine, et la vengeance divine fut si éclatante sur Anliochus, que luimême la reconnut, et fut contraint d'adorer, mais trop tard, la main de Dieu dans si n supplice. (/ Mnch. vi ; 11 Mach. ix, 12.) Qi e si nos réformés ne veulent uas reconnaître
u:,:> PART. X. THEOL. POLEMIQUE. -IV.
ces signes divins, a cause qu'ils son lires des livres des Machabées qniUne reçoive ni pas pour canoniques ; sans leur opposer ici l'autorité il" l'Eglise, qui les a mis dans son canon il y ;i tant de siècles, je me contente de l'aveu do leurs auteurs qui respectent ces livres, comme contenant une histoire véritable et digne de tout respect, où Dieu a étalé magnifiquement la puissance <le son bras et les conseils de sa providence pour la conservation de son peuple élu. Que si M. Jurieu ou quelque autre aussi emporté que lui refusaient à des livres si anciens la vénération qui leur est due, il n'y aurait qu'à leur demander d'où ils ont donc pris l'histoire des Machabées qu'ils nous opposent? One s'ils sont contraints d'avouer que les Mvres que nous leur citons sont les véritables originaux d'où Jo-èphe et tous les Juifs ont tiré cette admirable histoire, il faut ou la rejeter comme fabuleuse, OU la recevoir avec tontes les merveilleuses circonstances dont elle est revêtue. Et il ne faut point s'étonner que Josèphe en ait supprimé une partie, puisqu'on sait qu'il dissimulait ou déguisait les miracles les plus certains, de peur d'épouvanter les gentils pour qui il écrivait. Si les protestants veulent se ranger parmi les infidèles, et refuser leur croyance aux miracles dont Dieu se servait pour déclarer sa volonté à son peuple, nous ne voulons pas les imiter, et nous soutenons, avec l'histoire originale de la guerre des Machabées, qu'elle ne fut entreprise qu'avec une manifeste inspiration de Dieu.
Mutin, en sixième lieu, Dieu, qui avait résolu d'accumuler tous les droits pour établir le nouveau royaume qu'il érigea en Judée sous les iVachabées, tit concourir à ce dessein les rois de Syrie, qui accordèrent à Jonathas et à Simon, avec l'entier affranchissement de leur peuple, non-seulement toutes les marques, mais encore tous les effets de la souveraineté; ce qui fut aussi accepté et confirmé par le commun consentement de tous les Juifs. (/ Mach. xi, xn seq.)
XXV.— Différence extrême des Machabées et . des protestants dans l'état de la religion et dans celui des personnes.
Je veux bien accorder à M. Jurieu et aux Provinces-Unies, si elles veulent, qu'elles ont eu en quelque chose un succès pareil à ce nouveau royaume de Judée, puisqu'à la fin les rois d'Espagne leurs souverains ont consenti à leur affranchissement. Bien plus, afin que les choses soient plus semblables, puisqu'on regardant ces provinces comme imitatrices du nouveau royaume de Judée, il faut aussi regarder les princes d'Orange comme les nouveaux Machabées qui ont érigé cet Etat, je n'empêche pas qu'on ne dise qu'à l'exemple des Asmonéens, ces princes se sont faits les souverains du peuple qu'ils ont affranchi, et qu'ils peuvent s'en ilire les vrais rois, comme ils y ont déjà de gré ou de force l'autorité absolue. Si les Provinces-Unies donnent enfin leur consentement à celte souveraineté, il sera vrai que
la lin des princes d'Orange sera à ] ou près semblable de ce côté-là à colle des Machabées •• mais il y aura toujours une différence infinie dans les commencements des uns et des antres. Car, quelque dévoué qu'on soit ii la maison d'Orange, on ne dira jamais sérieusement ni que le prince d'Orange Guillaume I" ait été un homme manifestement inspiré, un Phinéès, un Malhalhias, un Judas le Machabée , qui ne respirait que la piété; ni que la Hollande, dont il conduisait les troupes, fût le seul peuple où, par une alliance particulière Dieu eût établi lareligion et ses sacrements; ni que la religion qu'il soutenait fût la seule cause qui lui Ht prendre les armes, puisque, sans parler de ses desseins ambitieux si bien marqués dans toutes les histoires, il cacha si longtemps lui-même sa religion, et donna tout autre prétexte à ses entreprises; ni que lui et ses successeurs n'aient jamais rien attenté pour subjuguer ceux qui leur avaient confié la défense de leur liberté. Il faudrait donc laisser là l'exemple des Machabées, et pour ne plus parler ici de la vaine Batterie que le ministre Jurieu fait aux Provinces-Unies, je soutiens que l'action des Machabées et des Juifs qui les ont suivis, étant extraordinaire et venant d'un ordre spécial de Dieu dans un cas et un état particulier, ne peut être tirée à conséquence pour d'autres cas et d'autres états. Kn un mot, il n'\ a rien do semblable entre les Juifs d'alors et nos réformés, ni dans l'état de la religion ni dans l'état des personnes. Car, dans la religion Chrétienne, il n'y aaucun lieu ni aucune race qu'on soit obligé de conserver à peine de laisser périr la religion et l'alliance. Au lieu de dire, comme pouvaient faire les Juifs, Il faut sauver notre vie pour sauver la religion; il faudrait dire au contraire, selon les maximes de Jésus-Christ, Il faut mourir pour l'étendre : c'est par la mort et la corruption que ce grain se multiplie, et ce n'est pas le sang transmis à une longue postérité qui fait fructifier l'Evangile, mais c'est plutôt le sang répandu pour le confesser : ainsi la religion ne peut jamais être parmi nous en l'état et dans la nécessité où elle était sous les Machabées. L'état des personnes est encore plus dissemblable que celui de la religion. Les Machabées voyaient toute leur nation attaquée ensemble, et prêle à périr tout entière comme par un seul coup: mais nos réformés, loin de combattre pour toute la nation dont ils étaient, n'en faisaient ijue la plus petite partie, qui avait entrepris d'accabler l'autre et de lui faire la loi. Les Machabées et les Juifs qui les suivaient, loin de vouloir forcer leurs compatriotes à corriger la religion dans laquelle ils étaient nés, ne demandaient que de vivre dans le même culte oùleurs pères les avaient élevés : mais nos rebelles condamnaient les siècles passés, et ne cherchaient qu'à détruire la religion où leurs pères étaient morts, quoiqu'eux-mêmes ils l'eussentsucée avec le lait. Les Machabées combattaient afin qu'on leur laissât la possession du sain'
ŒUVRKS GOHFLETES Dï UOSSILT
temple où, leurs pèies servaient Dieu : nos rebelles renonçaient aux temples et aux autels de leurs pères, quoique ce fût le vrai Dieu qu'ils y adorassent; ou, s'ils les voulaient avoir, c'était en les enlevant à leurs anciens et légitimes possesseurs, et encore en y changeant tout leculte pour lequel la structure même de ces édifices sacrés faisait voir qu'ils étaient bâtis : en quoi ils étaient semblables, non point aux Machabées défenseurs du temple, mais aux gentils qui en étaient les profanateurs; puisque, si- ceux-ci profanaient le temple en y mettant leurs idoles, nos réformés, pour avoir occasion de profaner aussi les temples de leurs pères, faisaient semblant d'oublier qu'ils étaient tiédies au Dieu vivant; et autant qu'il était en eux, ils en faisaient des temples d'idoles en appelant de ce nom les images érigées par nos pères pour honorer la mémoire des mystères de Jésus-Christ et celle de ses saints. Bien loin qu'on puisse dire que le ministère de la religion fût corrompu et interrompu par les Machabées, ils étaient eux-mêmes revêtus de l'ancien sacerdoce de la nation, où ils étaient élevés par la succession naturelle et selon les lois établies : nos rebelles disaient au contraire que sans égard à la succession, ni à ceux qu'elle nietta't en possession du ministère sacré, il en fallait dresser un autre : ce qui était renoncer à la ligne du sacerdoce et à la suite de la religion, ou plutôt à la religion dans son fond, puisque la religion ne peut subsister sans cette suite. On voit bien, selon ces principes, qu'il y a pu avoir dans les Machabées, qui venaient dans la succession légitime et dans l'ordre établi de Dieu, un instinct particulier de son Saint-Esprit pour entreprendre quelque chose d'extraordinaire; mais au contraire l'espiit dont étaient agités ceux qui menaient nos réformés au combat et en commandaient les armées, étant entièrement détaché de l'ordre établi de Dieu et de la succession du sacerdoce, ne pouvait être qu'un esprit de rébellion et de schisme. Aussi l'Esprit de Dieu parait-il si peu dans les capitaines île la Réforme, que loin d'oser dire qu'ils fussent des hommes pleins de Dieu, comme étaient un Mathalhias et ses enfants, M. Jurieu n'a osé dire que ce fussent de vrais ge:.s de bien selon les règles de l'Evangile, ni autre chose tout au plus, selon lui-même, quedes héros à la manière du monde : de sorte (pie ce serait se jouer manifestement de la foi publique, de reconnaître ici la moindre apparence d'un instinct divin et prophétique. Aussi n'y en avait-il ni marque ni nécessité; ni, en un mot, rien de semblable entre les Machabées et les protestants, que le simple extérieur d'avoir pris les armes.
XXVI. — Exemple du respect de l'ancien peuple envers les rois impies et persécuteurs ; et que ce sont là les seuls- exemples i/ue l'Eijiise s'est proposes , comme ceux qui établissaient lu conduite ordinaire.
C'est pourquoi nous ne voyons pas que
l'Eglise persécutée par les princes infidèles ou hérétiques, se soit avisée de I "exempte des Machabées pour s'animera la résistance. 11 était trop clair que cet exemple était extraordinaire, dans un cas et dans un état tout particulier, manifestement divin dans ses effets et dans ses causes; en sorte que, pour s'en servir, il fallait pouvoir dire et justifier qu'on était manifestement et particulièrement inspiré de Dieu. Mais pour connaître la vraie tradition de l'ancien peuple, qui devait servir de fondement à celle du nouveau, il ne fallait que considérer sa pratique continuelle dès son origine : car, à commencer par le temps de sa servitude enEgvpte, il est certain qu'il n'employa pour s'en délivrer que ses gémissements et ses prières. (Exod. v et seq.) (Jue si Dieu employa des voies plus fortes, ce furent tout autant de coups de sa main toute-puissante et tle son bras étendu, comme | ar l'Ecriture, sans que ni le peuple, ni MoLe qui le conduisait, songeassent jamais ni à se défendre par ia force, ni à s'échapi er ne l'Egypte d'eux-mêmes ou à main armée; en sorte que Dieu les laissa dans l'obéissam e des rois qui les avaient reçus dans leur royaume, se réservant de les délivrer ; ar un coup île sa souveraine puissance. Nuis aurons lieu dans la suite d'examiner leur conduite sous leurs rois, et les droits de la monarchie que Dieu avait établie parmi eux. Mais on peut voir, en attendant, quelle obéissance eux et leurs prophètes crurent toujours devoir à ces rois ; puisque sous des rois impies, tels qu'étaient un Achab, un Achaz, un Manassès, quoiqu'ils fissent mourir les prophètes, et qu'ils contraignissent le peuple à un culte impie, en sorte que les fidèles étaient contraints de se cacher; pendant que toutes les villes et Jérusalem ellemême regorgaient de sang innocent, comme il arriva sous Manassès : un Elie, un Elis , un l^aïe, un Osée, et les autres saints | rophètes, qui criaient si haut contre les égarements de ces pr nces , ne songaient | as seulement à leur contester l'obéissance qui leur était due. Le peuple saint fut aussi | aisible sous le joug de fer de Babylone, comme nous avons déjà vu; et pour ne point répéter ce que j'ai dit, ni prévenir ce que j'ai à dire dans la suite sur ce sujet, on voit régner dans ce peuple les mêmes maximes que te peuple chrétien en a aussi retenues, de rendre à ses rois, quels qu'ils fussent, un tuièle et inviolable service. C'est par toute celte conduite du peuple de Dieu qu'il fallait juger du droit que Dieu même avait étauli parmi eux. S'il a voulu une seule fois s'en dispenser sous les Machabées avec les restrictions et dans les conjonctures particulières qu'on vient de voir, il a marqué i lajrement que ce n'était pas le droit établi, ma s L'exception de ce droit faite par sa main souveraine; et c'est pourquoi, sans se fonder sur ce cas extraordinaire, l'Eglise chrétienne s'est l'ail une règle de la pratique constante de tout le reste des temps : de sorte qu'on l eut assurer comme une vérité incontestable,