‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 266 sur 325 · RAISONNEMENTS DE M. JCRIEU EN FAVETR DES GUERRES CIVILES DE RELIGION · texte numérisé non relu

RAISONNEMENTS DE M. JCRIEU EN FAVETR DES GUERRES CIVILES DE RELIGION

XXXI. — Etranges excès du ministre contre hi puissance publique.

Nous n'aurions pas un moindre avantage, si nous voulions attaquer les vaines maximes que le ministre appel le a son secours, et les frivoles raisonnements dont il les appuie. Le droit, dit-il (-2815), de la propre conservation est un droit inaliénable. S'il est ainsi, tout particulier injustement attaqué uanssa vie par la puissance publique a droit de prendre les armes, et personne ne peut lui ravir ce droit. Il ne sert de rien de répondre qu'il parle d'un peuple; car sans raisonner ici sur cette chimère qu'il propose, savoir ce qu'on pourrait faire contre un tyran qui voudrait tuer tout son peuple, et demeurer roi des arbres et des maisons sans habitants, il met expressément dans le même droit une grande partie du peuple qui verrait sa vie injustement attaquée ; et c'est pourquoi il soutient que les Chrétiens eussent pu armer contre leurs princes, s'ils en eussent eu les moyens; et par la même raison, que les protestants ont pu le faire, quoique les uns et les autres, loin d'être tout le peuple, n'en fussent que la plus petite partie. Que deviendront les Etats si oji

.s;; Lclt. 18, p 159.

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établit de telles maximes? Que deviendrontils, encore un coup, si ce n'est une boucherie et un théâtre perpétuel et toujours sanglant de guerres civiles? Car comme l'opinion fait le môme effet dans l'esprit des hommes que la vérité, toutes les fois qu'une partie du peuple s'imaginera qu'elle a raison contre la puissance publique, et que la punir do sa rébellion-, c'est s'attaquer injustement à sa vie, eile se croira en droit de prendre les armes, et soutiendra que le droit rie se conserver ne peut lui être ravi. Qu'on nuis montre que les Chrétiens persécutés aient jamais songé à ce prétendu droit, tët pour ne pas seulement parler du temps des persécutions ei de la cause de la religion, Antioche, la troisième ville du monde, qu'on appelait l'oeil de l'Orient, et par excellence Antioche la peuplée, se vit en péril d'être ruinée par Théodose le Grand, dont on avait renversé les statues. On pouvait dire qu'il n'était pas juste de punir toute une ville de l'attentat de quelques particuliers nui même étaient étrangers, ni de mêler l'innocent avec le coupable; et en effet saint Chrysostome (2846 met cette raison dans la bouche de Flavien, patriarche d'Anlioche, qui allait demander pardon à l'empereur pour tout le peuple. Mais cependant on ne disait point, que dis-je, on ne disait point? il ne venait pas seulement dans la pensée qu'il fût permis de défendre sa vie contre lé prince ; au contraire, on ne parlait à ce peuple que de l'obligation de révérer le magistrat (284-7) ; on lut disait qu'il avait a craindre In plus grande puissance qui fût sur la terre, et qu'il n'avait à invoquer que celle de Dieu <iui seule était au-dessus (2848). C'est ce que saint Chrysoslome inculquait sans cesse; tl ce Dérnostlièiie chrétien fit sur ce sujet ii*s homélies dignes, par leur éloquence, de l'ancienne Grèce, et dignes, par leur piété, des temps apostoliques. Mais pourquoi alléguer les Chrétiens instruits par la révélation céleste? Les païens, par leur simple raison naturelle, ont bmn vu qu'il fallait souffrir les violences des mauvais princes, en souhaiter de meilleurs, les supporter quels qu'ils fussent, espérer un temps plus serein pendant l'orage, et compiendre que la Providence, qui ne veut pas la ruine du genre humain ni de la nature, ne tient pas éternellement le peuple opprimé par un mauvais gouvernement, comme elle ne bat ] as l'univers d'une continuelle tempête. Les beaux jours pourront donc refaire ce que les mauvais auront gâté; et c'est vouloir trop de mal aux choses humaines, que de joindre aux maux d'un mauvais gouvernement uu remède plus mortel que le ma!

même, qui est la division intestine. Farces raisons, les païens ne permettaient pas à tout le peuple ce que M. Jurieu ose permettre à la plus petite partie contre la plus grande ; que dis-je ? ce qu'il ose permettre

à chaque particulier. Un tel homme, celui qui dirait qu'un souverain « a droit de faire violence à la vie d'une partie de son peuple, et que des sujets n'ont pas celui de se défendre et d'opposer la force à la violence, » sera réfuté par tous les hommes : car il n'y en a point qui ne croie être en droit de se conserver par toute voie, quand il est attaqué par une injuste violence (2849). Voilà donc non-seulement tout le peuple ou une partie du peuple, mais encore tout particulier légitimement armé contre la puissance publique, et en droit de se défendre contre elle par toute voie, sans rien excepter ni même ce qui fait le plus d'horreur à penser. M. Jurieu nous parle ici des flatteurs des prinre's, et il ne songe pas aux flatteurs des peuples. Tout flatteur, quel qu'il soit, est toujours un animal traître et odieux; mais s'il fallait comparer les flatteurs des rois avec ceux qui vont fl tter dans le cœur des peuples ce secret principe d'indocilité et celte liberté farouche qui est la cause des révoltes, je ne sais lequel serait le plus honteux. M. Jurieu a pris le dernier parti, et on ne peut pas plus bassement ni plus indignement flatter la populace, que de prodiguer, je ne dis pas à toul le peuple, mais encore a une partie et jusqu'aux particuliers, le droit d'armer contre le prince. Mais cela suit nécessairement du principe qu'il pose. « C'est en vain, » dit-il (2850), « qu'on raisonne sur les droits des souverains : c'est une question où nous ne voulons point entrer; mais il faut savoir seulement que les droits de Dieu, les droits du peuple et les droits du roi sont inséparables. Le bon sens le démontre ; et par conséquent un prince qui anéantit le droit de Dieu ou celui des peuples, par cela même anéantit ses propres droits. » De cette sorte, il n'est donc plus roi : on ne lui doit plus de sujétion : car, poursuit le séditieux ministre (2851), « on ne doit rien à celui qui ne rend rien à personne, ni à Dieu, ni aux hommes.» On ne peut pas pousser plus loin la témérité, et c'est à la face de tout l'univers renouveler la doctrine tant détestée de Jean Viclef et de Jean Hus, qui disent qu'on n'a plus de sujets dès qu'on cesse soi-même d'être sujet à Dieu. Voilà comme le ministre ne veut pas entrer dans cette question du droit des rois, pendant qu'il décide si hardiment contre ces droits sacrés* Un reste de conscience le retenait, et il n'osait entrer dans une matière où il se sentait des opinions si outrées; mais à la tin,-il est entraîné par l'esprit qui le possède, et il décide contre les rois tout ce qu'on peut avancer de plus outrageant ; car il conclut hardiment de son principe, que les Chrétiens sujets de l'empire romain pouvaient résister par les armes à Dioctétien ; « puisque, » dit-il, « si leurs empereurs, pour toute autiijscai.se que pour celle de religion, les eussent opprimés

(2846) Itom. 3 ad pop. An!., n. I, loin. Il

(2847) llom. (j.

(2848) Muni. 2, n. i.

(284?') Lett. ■>.

(2850) Lett. 9.

(2831) Ibhl.

PART. \. T.'IEOL. POLI

de la même manière, ils eussent été en droit de se défendre. ■ Pesez ces mots, pour toute autre nmsr: ce n'est pas seulement la cause .le la religion et de la conscience qui arme les sujets contre 1rs princes, c'esl encore t outc autre cause : et qu'est-ce qui ntesl pas

c pris dans des exi ressions aussi gêné*

raies? Voilai l'esprit an ministre; et bien que, rougissant de ses excès, il ait tâché d'apporter ailleurs de faibles tempéraments à ses séditieuses maximes,.son principesub* Bisle toujours; mais, par malheur pour -;i cause, ces Chrétiens si opprimés soue Dioctétien, loin de songer à cette défense, qu'on vont leur rendre légitime, ont démenti toutes les raisons dont on l'autorise, non-seulement parleurs discours, mais encore par leur patience; et on peut dire qu'ils n'ont pas moins scellé de leur sang les droits sacrés de l'autorité légitime sur lesquels Dieu a établi le repos du genre humain, que la foi et l'Evangile:

XXXII. — Toutes lès formes de gouvernement et toutes les assemblées légitimes également attaquées par le ministre.

Et il ne faut pas s'imaginer que le ministre en veuille seulement aux rois. Car son principe n'attaque pas moins toute autre puissance publique, souveraine ou subordonnée, quelque nom qu'elle ait et en quelque forme qu'elle s'exerce; puisque ce qui est permis contre les rois, le sera par conséquent contre un sénat, contre tout le corps des magistrats, contre des Etats, contre un parlement, lorsqu'on y fera des lois qui seront, ou qu'on croira être contraires à la religion et à la sûreté des sujets. Si on ne peut réunir tout le peuple contre cette assemblée ou contre ce corps, ce sera assez de soulever une ville ou une province qui soutiendra, non plusque le roi, mais que les juges, les magistrats, les pairs, si l'on veut, et même ses députés, supposé qu'elle en ait eu dans cette assemblée, en consentant à des lois iniques, ont excédé le pouvoir que le peuple leur avait donné ; ou en tout cas qu'ils en sont déchus, lorsqu'ils ont manqué de remire à Dieu et au peuple ce qu'ils leur devaient. Voilà jusqu'où M. Jurieu pousse lis choses par ses séditieux raisonnements. Il renverse toutes les puissances, et autant celles qu'il défend que celles qu'il attaque. Ce principe de rébellion, qui est caché dans le cœur des peuples, ne peut être déraciné qu'en Ôtanl jusque dans le fond, du moins aux paiticuliers en quelque nombre qu'ils soient, toute opinion qu'il puisse leur rester de la force, ni autre chose que les prières et la patience contre la puissance publique.

XXXIII. — Etat de la question imperlincmmenl posée, et l'autorité de Grotius vainement alléguée.

Au reste, notre ministre se tourmente en vain à prouver que le prince n'a pas le droit d'opprimer les peuples ni la religion. C&r

qui jamais a imaginé qu'un tel droit pûi trouver parmi les hommes, ni qu'il y eût un droit de rem • rser le droit même, c'està-dire une raison ; our agir contre la raison ; puisque le droit n'est autre < hose que la raison môme, et la raison la plus certaine, puisque c'est la raison reconnue par leçon*seulement d"s hommes? Ainsi, quand le ministre veut prouver qu'on n'a pas le droit de mal faire, pane que le peuplé, d'où vient tout le droit, n'a pas celui-là, et ne peut donner ce qtfîl n'a pas; il parlerait plus jusie et plus à fond, s'il disait qu'il ne peut donner ce qui n'est pas. L'état donc de la question est de savoir, non pas si le prince a droit de faire mal, ce que personne n'a jamais rêvé; mais en cas qu'il le fit et qu'il s'éloignât de la raison, si la raison permet aux particuliers de prendre les armes contre lui ; et s'il n'est pas plus utile au genre humain qu'il ne- reste aux particuliers aucun droit contre la puissance publique. Le ministre, qui soutient le contraire, a beau alléguer pour toute autorité un endroit de ('■rotins, où il permet, dans un étal, à la partie affligée de se défendre contre le prince et contre le tout, et n'excepte, je ne sais pourquoi, de cette défense, que la cause de la religion. « Je n'ose presque, » dit cet auteur (2832) (il parle en tremblant et n'est pas ferme en cet endroit comme dans les autres), « je n'ose, » dit-il, « presque condamner les particuliers, ou la plus petite partie du peuple qui aura usé de cette défense dans une extrême nécessité, sans perdre les égards qu'on doit avoir pour le public. » M. Jurieu a pris de lui les exemples de David et des Machabées dont nous lui avons démontré l'inutilité. Après qu'on lui a ôté les preuves que Grotius lui avait fournies, on lui laisse à examiner à lui-même si le nom de cet auteur lui suliît pour appuyer son sentiment, pendant que l'autorité et les exemples de l'Eglise primitive ne lui suffisent pas. Pour moi, je soutiens sans hésiter que c'est une contradiction et une illusion manifeste, que d'armer avec Grotius les particuliers contre le public, et de leur imposer en même temps la condition d'y avoir égard ; car c'est brouiller toutes les idées et vouloir allier les deux contraires. Le vrai égard pour le public, c'est que tout particulier doit lui sacrifier sa propre vie. Ainsi, sans nous arrêter au sentiment ni à Ja timidité d'un auteur habile d'ailleurs et bien intentionné, mais qui n'ose, en cette occasion, suivre ses propres principes, nous conclurons que le seul principe qui puisse fonder la stabilité des Etats, c'est que tout particulier, au hasard de sa propre vie, doit respecter l'exercice de la puissance légitime et la forme des jugements publics, ou, pour parler plus clairement, qu'aucun particulier ou aucun sujet, ni par conséquent quelque partie du peuple que ce soit (puisque celte partie du peuple ne peut être, à l'égard du prince et de l'autorité souve-

(2852) De jure belli ei prteis, lib. i, Gi, n. 7.

raine, qu'un amas île particuliers et de sujets), n'a droit de défense contre la puissance légitime, et que poser un autre principe, c'est, avec M. Jurieu, ébranler le fondement des Etats et se déclarer ennemi de la tranquillité publique.

XXXIV. — Qu'on n'a rien eu â répondre aux nouvelles preuves des assassinats autorises dans la Reforme.

J'ai achevé ma démonstration, et la Réforme est convaincue d'avoir eu dès son origine un esprit contraire à l'esprit du christianisme et à celui du martyre; a quoi on peut ajouter les assassinats concertés vi siblement dans le parti ; tel qu'a été celui de François, duc de Guise. M. Jurieu voudrait faire entendre que ce sont ici des choses rebattues qu'il nu faudrait plus retoucher; ce qui serait peut-être véritable, si l' Histoire des variations ne les avait pas établies par des preuves incontestables qui n'avaient jamais été assez relevées (-2853) Elles n'étaient pourtant pas fort cachées,, puisqu'or, les a prises dans Iïeze, dans les autres auteurs du parli, et dans une déclaration signée de Bèze et de l'Amiral, et envoyée à la reine. Voici donc 'es faits avoués par la Réforme: qu'on y parlait publiquement dans les prêches mêmes du duc de Guise, comme <Yi;n ennemi dont il était a souhaiter que la Réforme fût bientôt défaite; qu'aussi Pol trot ne se cacha pas du dessein qu'il avait conçu de l'assassiner à queique prix que ce fût, et qu'il en parlait hautement comme d'une chose certainement approuvée; que ce scélérat n'était pas le seul dans l'armée qui s'expliquât d'un tel dessein, mais que d'autres en parlaient de même, eu vu et au

su des généraux et des ministres, tant il passait pour constant qu'on approuvait cet attentat; qu'en effet, loin de reprendre l'oltrot ou les autres dont on connaissait les mauvais desseins, les ministres les laissaient agir, et continuaient leurs prêches scandaleux contre le duc; que l'Amiral demeure d'accord qu'il a su tout le complot ; qu'il n'en a point détourné l'auteur; qu'il a même approuvé ce noir dessein dans le tem

les circonstances où

donné de l'argent à

son entreprise et faciliter sa fuite

et

il fut exécuté ; qu'il a

l'assassin pour l'aider

ue

dans

lui et les autres chefs du parti l'encourageaient par des réponses adroites, qui, sous prétexte de refus, portaient dans son cœur une secrète et puissante instigation à consommer l'entreprise, comme d'Aubigné, témoin oculaire et irréprochable d'ailleurs, le raconte dans son Histoire (285i) ; qu'on lui parlait en effet de vocations extraordinaires, pour lui laisser croire que l'instinct qui le poussait à ce noir assassinat était de son rang; que Rèze nous le représente comme un l.oinme poussé de Dieu par un secret mouvement dans le moment qu'il lit le coup; et que loisqu'il fut accompli, la joie

en éclata jusque dans les temples avec des actions de grâces et un ravissement si universel, qu'on voyait bien que chacun, loin de détester l'action , à quoi personne ne pensa, s'en fût plutôt fait honneur. Voilà les faits établis dans Y Histoire des varialions par des preuves si concluantes, que le ministre n'a pas seulement osé les combattre. Qui ne voit donc quel esprit c'était que l'esprit du christianisme réformé? et que voit-on de semblable dans toute l'histoire du vrai et ancien christianisme ? On n'y voit pas aussi des prédictions comme celles d'Anne du Bourg, ce martyr tant vanté dans a Réforme (2855), ni cette nouvelle manièie

lui d'accomplir les prophéties par des meurtres bien concertés. Tous ces faits, soutenus par des preuves invincibles dans Y Histoire des variations, sont demeurés et, quoi qu'on en dise, demeureront sans réplique; ou les répliques, je le dis sans crainte, achèveront la conviction. On en pourrait dire autant de l'assassinat commis hautement par les ministres puritains en la personne du cardinal Béton, sans même trop se soucier de le déguiser. L'histoire en est trop connue pour être ici répétée. Quelle espèce île réformateurs et de martyrs a produit ce nouvel Evangile! Mais la haine, le dépit, le désespoir et tout ce qu'il y a de plus outré dans les passions humaines, jusqu'à la rage que les auteurs du parti et M. Jurieu lui-même nous font voir dans le cœur des réformés, ne pouvaient pas produire d'autres fruits.

Ceux de nos frères errants qui sont de meilleure foi dans le parti, et se sentent le cœur éloigné de ces noirceurs, ne doivent pas croire que j'aie dessein de les leur imputer. A Dieu ne plaise ! le poison même ne nuit pas toujours également à ceux qui l'avaient. 11 en est de même de l'esprit don parti; et je connais beaucoup de nos prétendus réformés très-éloignés des sentiments que je viens de représenter. S'ils veulent conclure de là que ce ne soit pas là l'esprit de la secte, c'est à eux à examiner ce qu'ils auront à répondre aux preuves que je produis. Que s'ils n'ont rien à y répondre, non plus que M. Jurieu, qu'ils rendent grâces à Dieu de les avoir préservés de toutes les suites dis maximes du parti; et poussant encore plus loin leur reconnaissance, uu'ils se désabusent enfin d'une religion ou, sous le nom de réforme, 0!i a établi de tels principes et nourri de tels monstres.

XXXV. — Comment on peut accorder ces excès avec des sentiments de religion :

exemples des donatistes.

On demandera peut-être comment il peut arriver qu'on accorde ces noirs sentiments avec l'opinion qu'on a d'être réformé et même d'être martyr. Mais il faut montrer une fois à ceux qui n'entendent pas ce mystère d'iniquité et ces pr-ilbudcurs de Satan ;

(8853) l'ar., liv. x, pol. G7G cl suiv. (3854) Var., ibid.; IVAui , loin. I, liv.

ni, c

liv. x, col. G7i.

IM9 PART. X. TIIEOL. POLEMIQUE l\. AVERTISSEMENTS Al x PROTESTANTS. 12Ô0

il faut, dis-je, leur montrer, par un exemple terrible, ce que peut sur des esprits entêtés la réformation prise de travers. Les donat i-ii--. s'étaient imaginé qu'ils venaient rendre à l'Eglise sa première pureté; cl cette prévention aveugle leur inspira tant de haine non ire l'Eglise, lanl de fureur contre ses ministres,qu'on n'en peut lire les effets sans étonnement. Mais ce queje veux remarquer, c'est l'excès où ils s'emportèrent lorsque, réprimés par les lois des empereurs orthodoxes, ils mirent tout l'avantage de leur religion en ce qu'elle était persécutée, et entreprirent de donner aux Catholiques le caractère de persécuteurs. Car ils n oublièrent tien pour forcer les empereurs à ajouter la peine de mort à la privation des assemblées et du culte, et aux châtiments modérés dont on se servait pour lâcher du les ramener. Leur fureur, dit saint Augustin (2856), longtemps déchargée contre les Catholiques, .se tourna enlin contre eux-mêmes : ils se donnaient la mort qu'on leur refusait, tantôt en se précipitant du haut des rochers, tantôt en mettant le l'en dans les lieux où ils s'étaient renfermés. C'est ce que lit un évoque nommé (iauden e ; et après que la charité des Catholiques l'eut empêché de périr avec une partie de son peuple dans une entreprise si pleine de fureur, il tit un livre pour la soutenir. Ce que ce livre nous découvre, c'e>t dans l'esprit de la secte un aveugle désir de se donner de la gloire par une constance outrée, et à la fois de charger l'Eglise de la haine de tant de morts désespérés, comme si on y eût été forcé par ses mauvais traitements. Voilà qui est incroyable, mais certain. On peut voir, dans cet exemple, les funestes et secrets ressorts que remuent dans le cœur humain une fausse gloire, un faux esprit de réforme, une fausse religion, un entêtement de parti, et les aveugles passions qui l'accompagnent : et Dieu, en làchant la bride aux fureurs des hommes, permet quelquefois de tels excès, pour taire sentir à ceux qui s'y abandonnent le triste état où ils sont, et" ensemble faire éclater combien immense est la différence (lu courage forcené que la rage inspire, d'avec la constance véritable, t mjours réglée, toujours douce, tou.ours paisible et soumise aux ordres publics, telle qu'a été celle des mai tj rs.

DE I.A SOUVERAINETÉ DU PEUPLE : PRINCIPE DE LA POLITIQUE DE M. JURIEU : PROFANATION DE LÉCR1TURE P>UR LÉTARMR.

XXXVI. — Dessein du ministre de prouver par l'Ecriture lu souveraineté' de tous les peuples du monde.

La politique de M. Jurieu, a la Iraiter par raisonnement, cous engagerait à de trop longs et de trop \agues discours; ainsi, sans vouloir entrer dan- celle matière, et encore moins dans la discussion de tous les gouver-

(2S.->lb Auc, episl. 173. n. 5 ; 185, il. 12; 201, n. S, loin. Il; Hetrac ., Hl>. u, cap. ■'>'•'. lom. I: Contra Gaudent., lit», i, n. 52elseq., loin. IX.

nements, qui sonl infinis, j'entreprends seulement d'examiner le prodigieux abus que ce minisire fait de l'Ecriture, quand il sen sert pour bure dominer partout une espèce d'état populaire qu'il règle a sa mode.

Il traite celte matière dans ses lettre w i wii ci wui; ei après avoir consumé le temps à plusieurs raisonnements et distinctions inutiles, il vient enlin à s'en rap orti r & l'Histoire sainte, non-seulement comme à la règle lu plut certaine, mais encore comme a la seule qu'on puisse suivre; « puisqu'il n'y a, » dit-ii 28S1] , « que les autorités du qui puissent faire quelque impression sur les es; rits. » C'est aussi par la qu'il se vante de pouvoir montrer qu'en toute- soi Li > de gouvernements le peuple est le principal souverain, ou plutôt le seul souverain en dernier res-ort; puisque la souveraineté y demeure toujours, non-seulement comme dans sa source, mais encore comme d.uis le premier et principal sujet où elle réside. Voici par où le ministre commence sa preuve.

XXXVII. — Erreur de M. Jurieu sur les premiers temps du peuple hébreu.

« Dieu, dit-il f2858\ s'était fait roi comme immédiat du peuple hébreu : el cette nation, durant environ trois cents ans, n'a eu aucun souverain sur terre, ni roi, ni juge souverain, ni gouverneur. » Il n'y a rien de tel que de trancher net; et cela donne un air de savant qui éblouit un lecteur. Mais je demande à M. Jurieu, que veulent donc dire ces paroles de tout le peuple à Josué : Nous vous obéirons en toutes choses comme nous tirons obéi à Moïse: i/ui ne vous obura pas mourra? (Josue i, 17, 18.) Ce qui prouve la suprême autorité, non-seulement en la personne de Aloï-e, mais encore en celle de Josué. Est-ce là ce qu'on appelle n'avoir aucun juge ni magistrat souverain? Les autres juges, que Dieu susciiait de temps en temps, n'eurent pas une moindre autocité, et il n'y avait point d'appel de leurs jugements. Ceux qui ne se déférèrent pas à Gé'déon furent punis d'une moit cruelle. (Judic. vin, 2o.) Samuel ne jugea pas seulement le peuple avec une autorité que personne ne contredisait, mais il donna encore la même autorité à ses enfants [1 Beg. vu, 15; vin, 1) : et la loi même défendait sous peine de mort de désobéir au juge qui serait établi. (Peut, xvii, 12.) C'est donc une erreur grossière de vouloir nous dire que le peuple de Dieu n'eut ni juge souverain ni gouverneur durant trois cents ans. U est vrai qu'il n'y avait point de succession réglée : Dieu pourvoyait an gouvernement selon les besoins; et encore qu'il soit écrit qu'en un certain temps et avant qu'il y eût des rois chacun faisait comme il voulait [Judic. xvn, 6 ; xvm, 1 seq.), il en est bien dit autant du temps de Moïse [Deut. xii, 8); et cela doit être entendu

(2857) Jin.Jeît. 17, p. 151, 133.

p2858; Ibid., \>. 131.

Mj[

avec les restrictions qu'il n'est pas ici question d'examiner.

XXXVIII. — Autre erreur du ministre, qui prétend que le peuple fit Sait! son premier r. i. et était en droit de le faire.

Cet élat du peuple de Dieu sous les juges est plus important qu'on ne pense : et si M. Jurieu y avait pris garde, il n'aurait pas attribué au peuple l'établissement de la royauté au temps de Samuel et de Saùl. « Quand, dit-il (2839), le peuple voulut avoir lui roi, Dieu lui eu donna un. Il 11 1 ee qu'il put pour l'en détourner; le peuple persévéra et Dieu céda. Qu'est-ce que cela signifie, sinon que l'autorité des rois dépend des peuples; et que les peuples sont naturellement mailles de leur gouvernement pour lui donner telle forme que bon leur 1 semble ? » Je te veux bien lorsqu'on imaginera un peuple dans l'anarchie ; mais le peuple hébreu en était bien loin, puisqu'il avait en Samuel un magistrat souverain; et c'est à M. Jurieu une erreur extrême et d'une extrême conséquence, que de vouloir rendre le peuple maître de son sort en cet étal. Aussi, loin d'entreprendre de se faire un roi, ou de changer par eux-mêmes la forme de ce gouvernement, ils s'adressent à Samuel, en lui disant: Vous êtes âgé, et vos enfants ne marchent pas dans vus voies: établissez-nous un roi qui nous juge comme en ont les autres nations. (7 Reij. vin, i, 5.) Ils en usèrent d'une autre manière envers Jepblé. Venez, lui dirent-ils (Judic. xi, 6), et soyez notre prince; parce qu'alors la judicaiure, pour parler aiiiM, éiail vacante, et le peuple pouvait disposer de sa liberté; mais il ne se sentait pas en cet état sous Samuel; et c'est aussi à lui qu'ils s'adressent

(FL'VKES COMPLETES ltfc. BOSSIEÏ.

chargé du gouvernement, et à ia même ma-

pour changer le gouvernement. Le infime peuple avait Uit autrefois à Gédéon : Dominez sur nous, vous et cotre fils (Judic. vin, 22) ; où, s'ils semblent vouloir disposer du gouvernement sous un prince déjà établi, il faut remarquer (pue c'était en sa laveur; puisque, loin de lui ôler son auld'iié, ils ne voulaient que l'augmenter et la rendre héréditaire dans sa famille. Et néanmoins ce n'était ici qu'une simple proposition de la part du peuple à Gédéon même; et pour avoir son effet, on peut dire qu'il y fallait non-seulement l'acceptation, mais encore l'autorisation de ce prince ; à plus forte raison la fallait-il pour ôter au prime même son autorité. C'est pourquoi le peuple eut raison de s'adresser à Samuel en lui disant-. Etablissez-nous un roi (1 Reg. \m, 5); et Dieu même reconnut le droit de Samuel, lorsqu'il lui dit: Ecoute la roix de ce peuple, et établis un roi sur eux [Ibid., 22); et un peu après, Samuel parla en celte sorte au peuple qui lui demandait un roi Jbid., 10,22): c'était donc toujours a lui qu'on le demandait. Que si Samuel consulte Dieu sur ce qu'il avait à faire, il le fait comme

mère que les rois l'ont fait en ceul rencontres. Ce lut lui qui sacra le nouveau roi (7 Iteg. x, 1 seq.j; ce fut lui qui tit faire au peuple tout ce qu'il fallait, qui tit venir les tribus et les familles les unes après les autres, qui leur appliqua le sort que Dieu ava:t chow comme le moyen de déclarer sa volonté sur celui qu'il destinait à la royauté; et tout cela, comme il le déclare, en exécution de la demande qu'ils lui avaient faile : Donnez- nous un roi. M. Jurieu brouille encore ici à son ordinaire ; « Le sort, » dit-il (2800), « est une espèce d'élection libre : car encore que la volonté ne concoure pas librement au choix du sujet sur lequel le choix tombe, elle concourt librement à laisser faire le choix au sort, et à confirmer ce que e sort a fait : » fausse subtilité, que le texte sacré dément, puisque le sort n'est pas ici choisi par le peuple, mais commandé par Samuel. Anssi, lorsque le sort se fut déclaré ci que Saiil eul paru, Samuel ne d.t pas au peuple : Voyez celui que vous avez choisi ; mais il leur dit : Voyez celui que te Seigneur a choisi (7 Reg. x, 2i) ; par où aussi s'en va en fumée l'imagination du ministre, qui voudrait nous faire accroire que Dieu avait lais>é au peuple la liberté ou l'autorité de confirmer ce que le sert avait fait: au lieu que, sans demander sa confirmation ni son suffrage, Samuel leur dit décisivement, comme on vient d'entendre : Voilà le roi que le Seigneur vous a donné. Ce fut emore Samuel qui déclara à tout te peuple la toi de la royauté, et la fit rédiger par écrit, et la mit devant te Seigneur, il Reg. x, 25.) Le peuple en tout cela ne l'ait qu'obéir aux ordres qui lui sont portés en cette occasion, comme dans toutes les autres, par son magistrat légitime ; et l'obéissance est si peu remise à la discrétion du peu [de, qu'au contra ire il est écrit en termes formels, qu il n'y eut que les enfants de Déliai qui nu prisèrent Saiït [Ibid., 27); c'est-àdire, qu'on ne pouvait résister que par un esprit de révolte.

XXXIX. — Suite des erreurs du ministre. Second exemple, qui est celui de David et d'Isboseth.

11 faut donc déjà rayer ce grand exemple, par lequel M. Jurieu a voulu montrer indéfiniment que le peuple fait les rois, et qu'il est en son pouvoir de changer la forme du gouvernement. Tout le contraire paraît; mais le ministre, qui, comme on voit, réussit si mal dans l'exemple du premier roi, qui

était Saul, ne laisoime pas mieux sur le second, qui fut David. « Dieu, » dit-il (2801), « avait fait oindre David pour roi par Samuel; cependant il ne voulut point violer le droit du peuple pour l'élection d'un roi, et nonobstant ce choix que Dieu avait fait, David eut besoin d'être choisi par le peuple. » Voici un étrange théologien, qui veut toujours qu'un homme que Dieu fait roi, ait

(2859j Jrr... feu. 11 (i8C0) it-V.

(2861) Ibid., p. L52

1x53 PART. \. riIKOL POLEMIQI E

encore besoin du peuple pour avoir ce titre. La preuve en est pitoyable : C'est pourquoi,

dit-il, David monta en Hébron, et ceu.r de

Juda vinrent et oignirent là David pour roi tur la maison de Juda. (il Reg, n, 2, 'i.) Mais (jin lui a < 1 1 1 que ce n'est pas la une installation et une reconnaissance d'un roi déjà établi, on tout .-m moins déjà désigné de Dieu avec mi droit certain à la ueccssionî puisque, comme nous l'avons vu, tout li1 peuple i'i Saûl lui-même, aussi bien que Joiuuli.'is son (ils atné l'avaient reconnu; et David se porta tellement pour roi, incontinent après la mort de Saûl, que comme roi il vengea son prédécess.arf7/fleg'., i 18,16, 18), et récompensa ceux de Jabès Galaad. (Il Reg., n,6, 7.) Il paraît môme que tout Israël l'aurait reconnu sans Abner, général fies armées sous Saûl, qui fit régner Isboseth fils de ce prince sur les dix tribus. (Ibid., 8,9.)

Le ministre veut qu'on croie qu'Isboseth fut roi légitime, parce que les dix tribus lui avaient donné la puissance souveraine, et que les peuples sont les maîtres de leur souveraineté, et la donnent à qui bon leur semble (2862). Quoi 1 contre l'ordre exprès de Dieu, qui avait donné à David tout le royaume de Saûl? C'en est trop, et le ministre s'oublie tout à fait : mais voyons encore que Ile fut la suite de ce choix de Dieu. Lorsqu'Abner voulut établir le règne de David sur les dis tribus, il lui fait parler en cette sorte: A qui est la terre, si ce n'est à vous ? Entendez-vous arec moi, et je vous ramènerai tout Israël (II Reg. ni , 12) , comme on ramène le troupeau à son pasteur et des sujets à leur roi. Mais que dit-il encore aux. principaux d'Israël qui reconnaissaient Isboseth ? Hier et avant-hier vous cherchiez David afin qu'il régnât sur vous. (Il Reg. m, 17.) Il y avait sept ans qu'Isboseth régnait ; et on voit jusqu'aux derniers jours dans les dix tribus qui le reconnaissent un perpétuel espiit de retour à David comme à leur roi , et à un roi que Dieu leur avait donné , ainsi qu'Abner venait de le répéter (lbid. , 18) ; ce oui fait voir qu'ils ne demeuraient sous Isboseth que par force , à cause d'Abner et des troupes qu'il commandait. Aussi dès la première proposition , tout Israël et Benjamin même, qui était la tribu d'Isboseth. consentirent à se soumeitre à David comme à leur roi iégitime, et Abner leur dit : J'amènerai tout Israël au roi mon Seigneur. (Ibid. , 19, 20, 21.) On sait la suite de l'histoire, et comme les deux capitaines qui commandaient la garde d'Isboseth, en apportèrent la tête à David ; on sait aussi que David leur rendit le salaire qu'ils méritaient , comme il avait fait à l'Amalécite qui s'était vanté d'avoir tué Saiil ; car i) les fit mourir sans miséricorde , comme il avait lait celui-ci (// Reg. iv , 2, 8) ; mais le discours qu'il tinta l'un et aux autres fut bien différent; puisqu'il dit à l'Amalécite qui se vantait d avoir tué Satil : Comment n'as-t i pas craint de

l\. AVERTISSEMENTS Al \ PROTESTANTS. I M

mettre la main sur t'oint du Seigneur pour le tuer/ sou sang sera sur ta tête , parce que tu as osé dire : J'ai tué t'oint du Seigneur (II Reg. i, IV, 16 ) Parla-t-il de la môme manière aux deux ca >i laines qui se vantaient d'avoir fail un semblable traitement à Isboseth ? Poiui du tout. Vive le Seigneur, leur dit-il (// Reg. iv , 9, 10, 11), j'ai fait tuer relui qui pensait m'apporter une agréable nouvelle en nu- disant : Saiil est mort de ma main: combien plutôt punirai je deux scélérats gui ont tué sur son lit un homme innocent? il n'oublie rien, comme on voit, pour exagérer leur crime. Mais reprochc-t il a ces

traîtres , en ie il a lait à l'Amalécite, qu'ils

avaient attenté sur l'oint du Seigneur? leur dit-il du moins qu'ils ont fait mourir leur légitime seigneur? Rien moins que cela. Il reproche à rAmalécilC d'avoir versé le sang d'un roi ; et à ceux-ci d'avoir répandu celui d'un homme innocent à leur égard, qu'ils avaient tué dans son lit sans qu il fit de mal h personne, et qui même , à le prendre de plus haut, ne s'était mis sur le trône qu'à la persuasion d'Abner avec nue prétention vraisemblable, et comme nous parlons, avec un litre coloré, puisqu'il était (ils de Saiil. M. Jurieu ne voit tien de tout cela , et au lieu qu'il faut tout peser dans un livre aussi précis et aussi profond , pour ne pas dire aussi divin que l'Ecriture, il marche toujours devant lai, entêté de la puissance du peuple, dont à quelque prix que ce soit il veut trouver des exemples, et croit encore avoir tout gagné quand il nous demande, si l'Ecriture traite le pis de Saiil de roi illégitime, ouïes dix tribus de rebelles (28G3j , pour s'être soumises a son empire? Comme si nous ne pouvions pas lui demander à no re tour si l'Eglise traite de rebelles les mêmes tribus, lorsqu'elles se soumirent à David? Pouvaient-elles abandonner Isboseth, si c'était un roi , fi/s de roi et héritier légitime de son père, élu selon le droit de toutes les couronnes successives , comme parle M. Jurieu? Mais David est-il traité d'u.-urpateur pour avoir dépossédé un roi si légitimement établi? Car assurément un roi légitime ne peut être abandonné sans félonie; et David n'aurait pu le dépouiller sans être usurpateur. Il le serait donc selon le ministre eu recevant Abner et les dix tribus sous son obéissance, pendant qu'Isboseth leur roi légitime vivait encore. Or bien ceriainement ni les dix tribus ne furenl infidèles en se soumettant à David , ni David sucré roi | aiordre de Dieu n'a été usurpateur ni tyran. Qui ne voit donc qu'il faut dire nécessairement (pie David était le roi légitime de tout lsr»ël, et qu'on n'avait pu reconnaître Isooseth que par attentat ou par erreur?

XL. — Troisième exemple du ministre : celui d'Absalom , et augmentation d'absurdités.

Je ne sais plus ce qu'on peut penser de ce ministre après de tels égarements; mais

i- ■ ^ lm.,

ibid.

(2865) Ibid.

OF.L'VRES COMPLETES DE BOSSl'ET.

voici un troisième exemple qui met le comble à ses erreurs. Le rebelle Absalon était défait et tué, mais David n'osait se fier à un peuple ingrat, où la crainte d'être puni de son infidélité pouvail encore entretenir l'esprit de révolte. En effet les rebelles effrayés, au lieu de venir demander pardon au roi, et se ranger comme ils devaient sous ses étendards , s'étaient retirés dans leurs maisons avec un airde mécontentement, (lllieg. xix, 9.) Quelques-uns parlaient pour David, mais trop faiblement encore ; et le mouvement fut si grand , qu'un peu après, Séba , flls de Bochri, souleva le peuple, de manière que, si on ne se fût dépêché de l'accabler, cette dernière révolte eût été plus dangereuse que celle d'Absalon. (7/ Reg. xx , 6.) Avant donc que de retourner à Jérusalem , David voulut reconnaître la disposition du peuple, et faisait parler aux uns et aux autres pour les rappeler à leur devoir. Il n'en faut pas davantage pour faire dire au ministre , que « David ne voulut remonter sur le trône, que par la même autorité par laquelle il y é.ait premièrement monté (2864), » c'est-à-dire, parcelle du peuple. Mais quoi I David n'était-il pas demeuré roi malgré la rébellion , et Absalon n'était-il pas un usurpateur ? « Oui, u dit M. Jurieu, « c'était un infâme usurpateur, et le peuple était rebelle.» Qu'attendait donc David, selon ce ministre? Avait-il besoin de l'autorité d'un peuple rebelle pour se remettre sur son trône et rentrer dans son palais ? Non, sans doute : et il est visible que, s'il différait, c'était pour mieux assurer les choses avant que de se remettre entièrement entre les mains des rebelles. Mais cette raison est trop naturelle pour notre minisire. «David, » dit-il « (2865), aimait mieux avouer, par celte conduite, que les peuples sont maîtres de leurs couronnes, et qu'Us les ôtent et qu'ils les donnent àqui ils veulent. » Quoi 1 même des peuples rebelle- ont tant de pouvoir, etsous un roi légitime? et dans un attentat aussi étrange que celui d'un fils contre un père, il fallait encore adorer le droit du peuple? N'eût-ce pas été flatter la rébellion au lieu de l'éteindre, et soulever un peuple qu'il fallait aiiattre ? Le ministre ne rougit pas d'un tel excès. Il en est averti par ses confrères , mais au lieu de s'en corriger il y persiste : c'est que le peuple a le droit, dit-il ^2866), et quoiqu'il en ait abuse', en sorte que ce qu'ira fait soit un attentat manifeste , qui par conséquent le rend punissable , et rend du moins ce qu'il a entrepris-de nul effet, il faut respecter cet attentat ; un prince chassé , mais à la fin victorieux , n'osera user de son droit qu'avec le consentement tt l'autorité des rebelles, et, au lieu de les punir, il faudra encore qu'il leur demande pardon de sa victoire. Voilà, mes frères, les maximes qu'on nous prêche; voilà comme on traite l'Ecriture sainte. Où en sommes-nous, si on écoute de tels songes?

(2864) Juijcii. 17, p. 152.

(2865) lbi.t.

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