XV. — Que l'immutabilité du Fils de Dieu
parait aussi dans l'Ecriture.
Dira-t-il qu'on démontre bien dans les Ecritures la parfaite immutabilité de Dieu, mais non pas celle de son Fils? le Fils n'est donc pas Dieu, ou il est un autre Dieu que le Père; et il faudra reconnaître un Dieu qui ne le sera qu'imparfaitement. Mais que veut donc dire ce verset du Psaume, que saint Paul, assurément très-bon interprète, applique directement à la personne du Fils de Dieu : Pour vous, Seigneur, vous êtes toujours le même (Psal. ci, 26; Hebr. i, 10, 11), et toujours ce que vous êtes? Par où il nous fait entendre ce qu'il avait dit au commencement de l'Epître, qu'(7 était l'éclat de la gloire, et l'empreinte de la substance de son Père [Hebr. i , 3), par conséquent également grand, également éternel, également immuable en tout ce qu'il est.
XVI. — Que le ministre, rejette sa propre confession de foi, lorsiju'il ne veut pas reconnaître l'immutabilité de Dieu dans l'Ecriture.
Le ministre veut-il renoncer à convaincre les sociniens par tous les passages de l'E-
(2951) Legnt. pro Christ , ad cale. Op. S Jusl
(2952) Dial. cum Tryph.
(2953) Si.clt., Medutt PP., part, i, 1U, 108, etc. ; Jisr . Apol., i, n. 6 :
p. ', Dial.
fil M
Tryph.. supra. Ailien. apud Jusl.
Slrom., îv, 7; Hip., Collecl. Aitasi.
(295 i.) De Trin., cap. 4.
Clçh. Alex.,
Jior. PART. \. THEOL. POLEMIQUE. — IV.
cri tore 7 Mai> reut-il renoncer encore à prouver par l'Ecrit are -es proprei articles de loi? Lisons la confession des prétendus réformés, nous j trouverons à le tète, < iuo
JUeu est iiiir seule et simple lisent S, spirituelle, étemelle, immuable (2955). Il n'en font pas davantage : fermons le livre. Le ministre veut-il se dédire de la maxime constante de sa religion, que tous les ar icles de foi, principawœeat les articles aussi essentiels que celui-ci, sont prouvés, et clairement prouvés par l'Ecriture î 11 doit . donc, selon Itti-ii èuie, être bien prouvé par ' l'Ecriture, que Dieu est parfaitement immuable ; et si cette vérité y est claire contre M. Jurieu, les Pères à qui il la l'ait nier sont bien réfutés.
XVII. — Que les passages gui prouvent l'immutabilité de Dieu, la prouvent parfaite ; chicane du ministre.
Il lui reste pourtant encore une échappatoire : car il est vrai qu'il ne s'est pas engagé à nier qu'on puisse prouver par l'Ecriture l'immutabilité en général, niais la parfaite immutabilité (2956). Basse et pitoyable chicane s'il en fut jamais ; puisque ce nom d'immuable exclusif de tout changement consiste dans l'indiv sible comme celui d'éternel ; et ainsi de tous les noms divins il n'y en a point qui porte en lui-môme pi us sensiblement le caractère de perfection que celui-ci, où l'on voudrait mettre du plus ou du moins. On pourrait dire de môme, et à plus forte raison, qu'on prouvera bien par l'Ecriture que Dieu e^t bon, mais non pas parfaitement bon ; sage, mais non pas parfaitement sage; heureux, mais non pas parfaitement heureux ; et pour ne rien oublier, parfait, niais non pas parfaitement parfait : et au lieu que nous concevons qu'il faut étendre naturellement tout ce qui se dit île Dieu, et toujours l'élever au sens le plus haut, parce que, quoi qu'on puisse dire ou penser de sa perfection, l'on demeure toujours infiniment au-dessous de ce qu'il est ; ce nouveau docteur nous apprend, à l'exemple des sociniens, à tout ravilir et à tout restreindre; en sorte que, par les idées que D eu nous donne de lui-même dans son Ecriture, nous ne puissions pas méiue comprendresa parfaite immutabilité, c'est-à-dire, relui de ses attributs dont on peut moins le dépouiller, et sans lequel on ne -ait plus ce que Dieu serait, puisque même il ne serait pas véritablement éternel.
XVIII. — Si c'est faire Dieu immuable, que de ne le faire changer que dans les manières d'être ; que le minisire tombe dans les mêmes erreurs qu'il reprend dans les sociniens.
Le ministre en revient toujours à l'enfant, qui, sortant parfait du sein de sa mère, nacquiert pas par sa naissance un nouvel être, .nais une nouvelle manière d'être; et il croit
AVKKTISSF.MKNTS AIX PROTESTANTS. r.Or,
satisfaire à tout, en disant que ta teconék
naissance du Fifo de Dieu lui donne aussi comme à cet enfant non un nouvel être mais une nouvelle manière d'être (2957). Aveugle, qui ne voit pas que nous-mêmes, quand nous changeons de pensées et de sentiments, cous ne changeons pas autrement que dans des manières d'être. N'est- ! e donc pas une erreur d'attribuer u Dieu île tels changements T Ou bien sera-ce une erreur légère que l'Ecriture ne rejette pas 7 Bl nous faudra-t-il endurer cette tâche et crue ombre en Dieu malgré la parole de saint Jacques? 11 faudra donc, encore de ce coié-là donner gain de cause aux socinens, puisque lorsqu'ils font changer Dieu de situation ou de sentiment et de pensées, ce que M Jurieu trouve si mauvais avec raison (2958), ils répondront qu'après tout, ils ne font point changer Dieu, en lui dom ant ni un nouvel être ni une nouvelle subslance; mais en lui donnant seulement de nouvelles manères d'être, c'est-à-dire des mouvements, des sentiments et des pensées; ce ipii ne dérogerait pas, sekin le ministre Jurieu, à l'immulabilité que l'Ecriture nous a révélée. Mais tout cela est pitoyable ; puisqu'enlin ces manières d'être qu'on supposerait de nouveau eu Dieu, ou seraient peu dignes de sa nature: et en ce cas pourquoi les y mettre? on, si elles en sont dignes, elles sont par conséquent infinies, immenses, et en un mot vraiment divines, dignes de toute adoration et de tout honneur : auquel cas Dieu n'est plus Dieu, si elles ïui manquent un seul moment, comme il le faudrait supposer dans la doctrine que le ministre attribue aux saints. Car le Fils de Dieu serait-il, comme dit saint Paul, au-dessus de tout, Dieu éternellement béni (Rom. ix, 5), et par conséquent très-parfait, s'il attendait du temps sa dernière perfecton et quelque chose au-dessus de ce qu'il est dans l'éternité? Mais serait-il heureux, s'il avait encore à attendre et à désirer quelque chose ? Son Père le serait-il, s'il était lui-même sujet au changement, ou si son Fils, en qui il a mis ses complaisances, devait changer dans son sein, et qu'en attendant il manquât de la dernière perfection et de son bonheur accompli ? Et l'un et l'autre seraient-ils le Dieu tout-puissant et créateur, s'ils ne pouvaient rien créer, ni changer le non-être en être, sans se changer et s'altérer eux-mêmes? et si ces absurdités ne peuvent être réfutées par les Ecritures, comme l'assure M. Jurieu, quels secours laissera-t-il donc à notre ignorance? Les Catholiques auraient encore la tradition ; et il est vrai que pour expliquer et déterminer le sens de l'Ecriture même, les savants protestants se servent souvent de la manière dont elle a toujours été entendue dans l'Eglise chrétienne ; mais ce refuge leur est ôté comme tous les autres, puisqu'on ravit aujourd'hui aux trois premiers siècles la connaissance d'un
(2955) Conf.de foi, art. 1.
(29561 Tub., lett. 6, p. 268.
(2958) Tab. du soc, lett. I, 2, etc.
Dieu parfaitement immuable. Si dune on ne connaît Dieu et la perfection de ses principaux attributs, ni par les termes de l'Ecriture, ni par la foi de l'Eglise et de ses docteurs, où est cette perfection du christianisme que le ministre veut porter si haut? Et que devient le reproche qu'il fait aux sociniens d'en anéanti ries grandeurs (2959). Mais que sert à ce ministre de leur reprocher qu'ils nous font un Dieu dont Platon et les philosophes ne s'accommoderaient pas, et qu'ils trouveront au-dessous de leurs idées, s'il en vient à la fin lui-même à la même erreur ; et si pour connaître Dieu, il est contraint de nous renvoyer à nos lumières naturelles, qu'une mauvaise philosophie peut obscurcir (2960)? C'est donc enfin la philosophie qui doit redresser nos idées, et la foi ne nous suffit pas pour savoir ce qu'il faut croire de la perfection de la nature divine.
XIX. — Yanteries du ministre, qui défie ses adversaires de yayer contre lui.
Il se dit maître en Israël, et il ignore ces choses; et pendant qu'il marche à tâtons, se heurtant à chaque pas, et contre tous les principes de la religion, il triomphe, et il ose dire : Je ne me pique de rien, que d'avoir des principes bien concertés (2961). Qu'il est modeste ! Il ne se pique de rien, que de raisonner toujours parfaitement juste. Si vous en doutez il est prêt à coucher en jeu quelque chose qui vaille la peine. Dans les affaires du monde le serment lait la décision; eu matière de théologie dorénavant ce sera ia gageure. Et enfin, qui que voussovez qui accusez M. Jurieu de contradiction, Catholiques et M. de Meaux, ou protestants (car on s'en mêle aussi parmi vous ; et, dit M. Jurieu, cela devient fort à la mode), mais enfin, qui que vous soyez, auteur de la Lettre de l'un passé, auteur de l'Avis venu de Suisse, auteur de l'Avis aux réfuyiés; M. de Beauval, qui vous déclarez, et cent autres qui n'osez vous nommer; il s'engage à confondre au jugement de six témoins. Peut-être s'il les choisit : si ce n'est qu'il se confonde luimême comme il fait à chaque page de ses écrits. Où rêve-t-on ces manières de défendre ces contradictions? Est-ce là comme on traite la théologie?
ARTICLE ML — Que le ministre détruit non-seulement l'immutabilité, mais encore la spiritualité de Dieu.
XX. — Que le Dieu des premiers siècles était selon le ministre, un Dieu qui s'étendait et se resserrait, et véritablement un corps.
Le ministre n'est pas moins clairement convaincu dans la seconde accusation dont il a voulu se défendre; c'est d'avoir fait dire aux anciens, non-seulement que Dieu était
(2939) Tab., lell. 2, 3, eut,
(-2900) Lell. 6. p. 208.
(Î961) Ibid., p. 309.
i'29(iv2) I". 2ti0.
muable, mais encore qu'il était divisible, et qu'il pouvait s'étendre et se resserrer (2962). Car qui peut douter de son sentiment après ce qu'on vient d'entendre des divisions et des portions de substance qu'il fait admettre aux anciens, dont il déclare néanmoins la doctrine pure de toutes erreurs contre les fondements de la foi ? C'est ce qu'il disait en 1689; et s'il voulait s'en dédire, il fallait donc, sans faire le fier, avouer son aveuglement : mais au contraire il y persiste; puisqu'il nous dit encore aujourd'hui dans cette sixième lettre du Tableau, où il prétend s'expliquer à fond et lever toutes les difficultés de son système, que cette naissance temporelle qu'il fait attribuer au Yeibe, par les anciens, selon eux, se fait « par voie d'expulsion, Dieu ayant poussé au-dehors ce qui était auparavant enveloppé dans son sein (2963) ; » qu'elle se fait « par un simjde développement et une extension de la substance divine, laquelle s'e-t étendue comme les rayons du soleil s'étendent quand il se lève" après avoir été caché (296i). » J'avoue qu'en quelques endroits par une secrète honte il tempère la dureté de ses expressions, en y ajoutant des pour ainsi dire, dont nous parlerons ailleurs; mais s'il voulait dire par là que ces expressions, et les autres de même nature, si on les trouvait dans quelques Pères, se devaient prendre figurément, et comme un faible bégaiement du langage humain, il ne fallait pas rejeter le dénoùment de liullus et les figures qu'il reconnaît dans ces discours. Que s'il persiste toujours, et à quelque prix que ce soit, à vouloir trouver dans les premiers siècles des variations etîectives, et que pour cela il s'attache opiniâtrement à prendre ces expressions sans ligure et sans métaphore, il demeurera convaincu par son propre aveu, au lieu de se corriger de ses premières idées qui lui faisaient dire en 1689, que les Pères faisaient Dieu corporel, de les avoir confirmées en leur faisant reconnaître encore aujourd'hui non-seulement un Dieu muable et changeant, mais encore un Dieu divisible, un Dieu qui s'étend et se resserre, en un mot, un Dieu qui est un corps.
Suite de cette matière.
Il ne devait pas espérer de résoudre ces difficultés, en répondant que ce ne sont que des chicanes, et ensuite nous renvoyant « à la révélation et à la foi comme à la seulebarrière qu'on peut opposer au raisonnement (2965). » Car la foi ne nous apprend pas à dire qu'une substance qui s'étend , qui se divise, (jui se resserre et se développe, proprement et dans le sens littéral, ne soit pas un corps , ou que tout ce qui reçoit tous ces changements ne soit pas muable. La foi épure nos idées : la foi nous apprend à éloigner
I3H0 PART. \. THEOL. POLEtUQt E. - IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS.
île la génération «lu Verlie loul ce qu'il J B de bas et de corporel dans les générations vulgaires : la toi nous apprend à dire que si, par la faiblesse du lan^.-i^c humain, on evt contraint quelquefois de se servir d'expressions peu proportionnées à In grandeur du sujet, c'est une cireur de les prendre au pied de la lettre. Puisque M. Jurieu ne vint | SS suivie ces belles lumières, son sang est sur lui, ei son crime est inexcusable.
XXII. — Que les erreurs que le ministre attribue aux Pères ne sont pas des conséquences qu'il tire de leur doctrine, mais leurs propres propositions, selon lui-même.
Il ne fallait plus nous objecter que nous harcelions la théologie des Père», et que toutes ces difficultés que nous faisons, n'en sont que des conséquences qu'ils n'ont pas rues, et qu'ils auraient niées (2%G). Car il s'agit de savoir non pas si nous tirons bien les conséquences de la doctrine des Pères, mais si les Pères ont pu dire au sens littéral , comme veut M. Jurieu, (pie Dieu se développât et descendit, sans en faire formellement un corps, et qu'il devint au dedans ce qu'un peu auparavant il n'était pas, sans le faire formellement changeant et muable. Le ministre qui semble ici vouloir le nier, nous a déclaré tant de fois que les anciens faisaient Dieu muable et divisible qu'il ne peut plus s'excuser que par un exprès désaveu de ses sentiments. Ce ne sont donc fias ici des conséquences, et ce n'est pas moi qui harcèle la théologie des anciens; c'est lui qui la l'ait absurde et impie.
XXIII. — Que les enveloppements et développements que le ministre attribue aux Pères, ne se trouvent point dans leurs écrits.
Au reste, à entendre le ministre, on pourrait penser que ces enveloppements et ces développements , celte conception , ce sein paternel où le Verbe est renfermé pendant une éternité comme un enfant, et les autres expressions semblables, se trouvent à toutes les pages dans les écrits des anciens. Mais, mes frères, il ne faut pas vous laisser plus longtemps dans celle erreur. Je réponds à votre ministre selon ses pensées : mais dans le fond il faut vous dire que ces enveloppements et ces développements , qui font tant de bruit dans son système, sont ternies qu'il prête aux Pères; et vous verrez bientôt que leurs expressions prises dans leur sens naturel, ne portent pas dans l'esprit les basses idées que le ministre veut y trouver. Pour ce qui est de la conception, et de ces entrailles d'où le Verbe se doit éclore, on les tire d'un seul petit mot de Tertullien, à qui vous verrez aussi qu'on en fait beaucoup accroire; et vousserezétonnés qu'on attribue aux trois premiers siècles, non par conséquence, mais directement, des absurdités si étranges sur un fondement si léger.
ARTICLE IV. — Suite 'les blaspliè s du ministre, et
qu'il Ml la Trinité véritablement informe en iiiiitcs façons.
XXIV. — Que la foi de la Trinité a été informe , selon le ministre , durant jilus de tmis siècles entiers, et que ses propres excuses achèvent de l'abîmer.
Ce n'est pas non [dus une conséquence, mais un dogme exprès de M. Jurieu, de dire qu'au iu" siècle , et bien avant dans te iv* , la Trinité était encore informe , et que les personnes divines passaient véritablement pour inégales. (;'est sur cela qu'il nie reproche de m être emporté à des invectives, des exclamations et des pauvretés qui font honte à la raison humaine (2967V .Mais ici, comme dans le reste, vous allez voir que plus il s'échauffe, plus visiblement il a tort. « L'évoque de Meaux se récrie, » conlinue-til, « suree quej'ai ditquece mystère demeura informe jusqu'au premier concile île Nieée, et môme jusqu'à celui de Coiistantinople. Mais ajoute-t-il, un enfant aurait entendu cela; et tout le monde comprend que tout cela signilie que l'explication du mystère de la Trinité et de 1'lncaination demeura imparfaite et informe jusqu'au concile de Constantinople. » C'est aussi ce que j'entendais; et je suis content de cet aveu. Il poursuit : « Car pour le mystère en soi-même, ou tel qu'il est dans l'Ecriture sainte, il a toujours été tel qu'il doit être et dans sa perfection.» Vous le voyez , mes chers frères ; ce docteur fait semblant île croire, qu'on lui objecte que la Trinité ne fut formée qu'au concile de Conslantinople, et que ce concile va mis la dernière main. Mais, pour me servir de ses paroles, un enfant verrait que c'est de la foi de la Trinité que je lui parle : c'est celte foi que je lui reproche de laisser informe jusqu'au concile de Conslantinople ; et il demeure d'accord qu'elle l'était. L'explication de la Trinité était, dit-il, imparfaite et informe jusqu'à ce temps. Ou n'y connaissait rien; on n'y voyait rien ; car c'est ce que veu' dire informe : imparfait ne vaut pas mieux, car la foi est toujours parfaite dans l'Eglise. Ce n'est pas assez de dire avec le ministre, que le mystère est parfait dans l'Ecriture; car il faut que cette Ecriture soit entendue. Par qui, sinon par l'Eglise? L'Eglise a donc toujours très-bien entendu ce qu'il faut croire de ce mystère. Si la preuve en est plus claire après les disputes, la déclaration plus solennelle, l'explication plus expresse, il ne s'ensuit pas qu'auparavant la foi des Chrétiens ne soit pas formée sur un mystère qui en l'ait le fondement, ou ce qui est encore pis, qu'elle soit informe. Elle est formée dans son fond, dira-t-il, et je lui réponds : Que lui manquait-il donc? Des accidents? Est-ce assez pour dire qu'elle était informe, ou, comme il parle du mystère de la grâce, entièrement informe? H n'y a que lui qui parle ainsi, parce qu'il espère toujours sortir par subtilité de toutes les absurdités où il s'en-
(2936; Tab., lcit. 6, p. -2(i9, 285.
(2987) lab., ku.ti, p. 204, -282.
gage, et faire croire au monde tout ce qu'il voudra. Mais il se trompe. Tout le monde voit que la foi de la Trinité n'était pas même formée, selon lui, dans son fond, lorsqu'on reconnaissait de l'imperfection, de ladivisi- ' bilité, du changement, une véritable inégalité dans les personnes divines. Car le ministre ne peut pas nier que le contraire n'appartienne au fond de la foi, or le contraire, selon Jui, n'était pas connu dans les trois premiers siècles ; donc la foi de la Trinité n'était pas même alors formée dans son fond. Elle ne l'était même pas dans l'Ecriture, puisque, selon le ministre, encore à présent on ne peut pas réfuter par l'Ecriture l'erreur quMI attribue aux Pères. 11 ne sait donc ce qu'il dit, et il contredit en tout point sa propre doctrine.
XXV. — Que la Trinité est informe en ellemême, selon le ministre, et ne s'est formée qu'avec le temps.
Mais lorsqu'il se glorifie d'avoir du moins reconnu que le mystère de la Trinité a toujours eu en lui-même la perfection qu'il devait avoir, il s'embrouille plus que jamais; puisque, selon la doctrine qu'il tolère dans les saints Pères, et qu'il ne croit pas pouvoir réfuter, il devait avec le temps survenir au Fils une seconde naissance plus parfaite que la première, et un dernier développement qui fit la perfection de son être. Ce n'est donc pas seulement l'explication; c'est le mystère en lui-même qui est imparfait durant toute l'éternité, et jusqu'au commencement de la création, et qui est tel, selon des principes qu'on ne peut réfuter. C'est ce que dit le ministre, et il demeure plus que jamais dans le blasplième qu'il avait cru éviter.
ARTICLE V. — Atilre blasphème du ministre. — L'inégalité «lans les personnes divines. — Principes pour expliquer les passages dont il abuse. XXI I. — Que le ministre rend les personnes divines véritablement inégales.
Il se débarrasse encore plus mal du crime de rendre inégales les trois personnes divines, qui est le plus manifeste de tous les blasphèmes; puisque les anciens, qu'il tolère, et qui n'ont pas renversé le fondement de la foi (car il faut toujours se souvenir que c'est là son sentiment, et même qu'on ne peut les réluter), ces « anciens, dis-je, ont eu, selon lui, jusqu'au iv' siècle, une autre fausse pensée sur le sujet des personnes de la Trinité; c'est qu'ils y ont mis de l'inégalité (2968). » Voilà ce qu'il enseignait en 1689, et loin de le révoquer, il enchérit audessus dans la sixième lettre de son Tableau, en soutenant non-seulement que ces saints docteurs ont mis cette inégalité entre les personnes divines, mais encore qu'ils l'y ont dû mettre (-2969). J'entends bien qu'il expliquera qu'ils l'y ont dû mettre selon leur théologie : et c'est le comble de l'impiété, puisqu'on mettant, comme il a fait, leur
(2908) Lell. ti, do 168y, p. 15, /" Averl., n. lu. c-vo'J' P. âui.
théologie au-dessus de toute attaque, ri a rendu l'erreur invincible. Mais si les personnes divines sout inégales dans leur perfection, le culte qu'on leur rend doit l'être aussi : on ne leur rend donc, pas le même culte, puisqu'il n'y a point d'Inégalité dans ce qui est un : quel autre que M. Jurieu peut concilier ce sentiment avec le fondement de la religion ?
XXVII. ■ — Que leur inégalité est une inégalité en perfection et en opération.
Mais voyons encore comment il le fait : « Cette inégalité, » dit-il (2970), « ne consiste point dans la diversité de la substance ; mais premièrement, dans l'ordre, parce que le Père est la première personne et la source. » C'est ce que nous croyons autant que les Pères; et ce n'est pas là une véritable inégalité : mais en voici de plus essentielles. « En second lieu,» poursuit-il, « l'inégalité est dans les temps et les moments, parce que le Père était éternel absolument; au lieu que le Fils n'était éternel qu'à l'égard de sa première génération, et non à l'égard de cette manière d'être développé, qu'il acquit avant la création. » 11 est donc véritablement et réellement inégal d'une inégalité de perfection, puisqu'il n'est pas éternel en tout comme le Père. Il continue : « en troisième lieu, l'inégalité se trouvait à l'égard des opérations; car les ancien» croyaient que Dieu se servait de son Verbe et de son Fils comme de ses ministres. » Leur opération n'est donc pas une, puisque celle du Père et celle du Fils sont inégales, et que la seconde est ministérielle. « FJntin, en quatrième lieu, ils ont mis cette différence entre le Père et les autres deux personnes, qu'elles ont été produites librement: en sorte que le Fils et le Saint-Esprit sont des êtres nécessaires comme Dieu à l'égard de leur substance, et de l'être coéternel et enveloppé, Dieu les a produits librement, comme il a produit les créatures. » Selon cette supposition, il y a quelque chose er. Dieu qui n'est pas digne de Dieu, puisque Dieu peut s'en passer, comme il peut se passer des créatures. Telle est la théologie que le ministre appelle bizarre; mais en mémo temps invincible, puisqu'il n'y a pas moyen de la réfuter, mais encore moins de la condamner et de lui refuser la tolérance.
XXV111. — Que te ministre renverse sa propre confession de foi.
Il ne veut pas que nous disions que c'est là parmi les Chrétiens un prodige de doctrine, une impiété, un blasphème, qui par l'inégalité de la perfection introduit l'inégalité, dans l'adoration des trois personnes. Je l'appelle encore ici à sa propre confession de foi, où il est expressément porté, que toutes les trois personnes sont d'une même essence, éternité, puissance et éyatitéfâini). Cet article n'est-i! pas un de ceux qu'on appelle fondamentaux, et qui
r2971; An, 0.