‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 274 sur 325 · X13 PART. V. THEOL. 1'OI.F.MIOJ'E. —IV · texte numérisé non relu

X13 PART. V. THEOL. 1'OI.F.MIOJ'E. —IV

ont toujours été crus ? Comment donc en a-t-il pu ôler la foi aux trois premiers siècles de l'Eglise ?

Il t'imagine sauver tout cela par les souplesses de son esprit ; et il croit avoir résolu la difficulté, en disant que cette inégalité! ne suppose pas la diversité de substance (2972). Mais eu quoi donc scia l'inégalité? dans des accidents, des qualités, des manières d'être, et eu un mot dans quelques choses survenues a l'Ktre divin ? En sommes-nous réduits à reconnaître en Dieu de telles choses, et à nier la parfaite simplicité de son êtrs ? L'inégalité sera donc peut-être dans les propriétés personnelles, et ce sera quelque chose de plus d'èlre Père que d'être Fils ou Saint-Esprit ? Où est la foi de la Trinité, si cela est ? Que le ministre nous dise si l'inégalité reconnue dans sa propre confession de foi, n'est pas une égalité en tout et partout? et si cette égalité n'est pas un des londementsde la religion, et de ceux qui ont toujours été crus dans l'Eglise? Ce n'est donc pas secourir, mais achever d'abîmer l'Eglise des trois premiers siècles, si en lui faisant admettre une véritable inégalité entre les personnes divines, on ne trouve d'autre excuse a son erreur, que de lui faire penser que cette inégalité n'est pas dans la substance.

XXIX.— Que, selon lui, l'inégalité de trois personnes divines ne peut être réfutée par l'Ecriture.

Mais poussons encore plus loin le ministre, et demandons-lui si cette erreur de l'ancienne Eglise n'est pas du nombre de celles qu'on ne peut pas réfuter, selon lui, par l'Écriture? Sans doute elle est de ce nombre; car nous avons vu que cette inégalité est fondée sur cette double naissance, et sur ce que le Fils quoique éternel ne l'est pas en tout comme le Père : d'où il s'ensuit qu'à cet égard il lui cède en perfection ; et c'est pourquoi le ministre avoue non-seulement que I Eglise des trois premiers siècles a dit que les personnes étaient inégales, mais encore qu'e//e l'a dû dire selon ces principes invincibles et irréfutables qu'il reconnaît. Mais si cela est, il faut donc encore affaiblir, comme tous les autres passages, celui où saint Paul a dit que le Fils de Dieu n'a point réputé rapine d'être égal à Dieu (Philipp. 11,6); et il faudra expliquer, égal à Dieu en son essence, mais non pas dans sa personne; égal à Dieu dans le fond de l'être divin, mais non pas dans toutes ses suites. Il sera donc permis de dire encore, sans crainte d'être réfuté, que le Fils est inégal en opération et eu perfection à son Père ; et tellement permis, que le ministre qui ne peut donner de bornes à ses erreurs, nous dira bientôt que cette inégalité a été plutôt approuvée que condamnée dans le concile de Nuée. En vérité c'en est trop ; et on ne sait plus que penser d'un homme, que ni la rai-

AVEIVTISSEMK.NTS AFX PROTESTANTS. 1314

son, ni l'autorité, ni sa propre confession de foi ne peuvent retenir.

XXX. — Que, selon les anciens docteurs, la primauté d'origine n'emporte point d'inégalité entre les personnes divines.

Il serait donc temps d'ouvrir les jeux à de si étranges égarements de votre ministre; et au lieu de lui permettre de pousser à bout les principes pleins d'ignorance et d'impiété qu'il attribue à l'ancienne Eglise, il faudrait entendre au contraire que l'inégalité improprement dite et dans la façon de parler, est la seule qu'on poisse souffrir en Dieu ; encore est-il bien certain que les Pères no se servaient pas de ce terme, que l'expresse condamnation de saint Paul aurait rendu odieux et insoutenable. Que s'ils parlent d'une manière qui semble quelquefois viser là, le dénoûment y est natuiel. Qui met la bonté de Dieu en un certain sens et à notre manière d'entendre audessus de ses autres attributs, comme David a mis ses miséricordes au-dessus de tous ses ouvrages (Psal. cxliv, 9), parle bien en quelque façon par rapport à nous, mais non pas en toute rigueur. Ainsi l'inégalité que quelques Pères auront semblé mettre clans la façon de parler, entre les personnes divines, à cause de leur origine et de leur ordre, qui est la première raison que le ministre nous a alléguée, est supportable en ce sens, puisque le Père est et sera toujours le premier, le Fils toujours le second, et le Saint-Esprit toujours le troisième. Mais parce que cet ordre quoique immuable n'emporte point d'inégalité de perfection ni île culte, saint Clément d'Alexandrie le change dans cette belle hymne qu'il adresse au Fils de Dieu, puisqu'il dit : Louange et action de grâces au Père et au Fils, au Fils et au Père (2973) ; ce qu'il fait exprès pour nous marquer que si cet ordre est toujours fixe entre les personnes à raison de leur origine, il est indifférent, à le garder par rapport à leur perfection et à leur culte; et c'est pourquoi il avait dit, un peu au-dessus: Père gui êtes le conducteur d'Israël: Fils et Père, qui n'êtes tous deux qu'une même chose- Seigneur, et non pas, Seigneurs; pour nous faire entendre dans les personnes divines une même perfection, un même empire et un même culte. Au reste, ces sortes d'inégalités que l'on trouve en Dieu dans notre faible et imparfaite manière de nous exprimer, soit entre ses attributs, ou même entre les personnes divines, tellement compensées par d'autres endroits, qu'à la tin tout se trouve égal. Qu'il y ait, si vous voulez, dans le nom du Père quelque chose de plus majestueux que dans celui du Fils; ce qui a fait que saint Athanase et les autres n'ont pas craint d'entendre du Verbe même, selon la génération éternelle, ces paroles : Mon Père est plus grand que moi (Joan. xiv, 28); mais il y a d'autres côtés, c'est-à-dire, d'autres manières d'entendre ou d'envisager

(279Ô) Pœdatj., lib. m, cap. ult., in fine.

iris

)a vérité même, où l'inégalité se sépare. L'autorité de principe, comme l'appelle saint Augustin (297V, semble attribuer au Père quelque chose de principal et en quelque sorte plus grand : mais si on regarde le Fils comme la sages^e du Père, le Père scra-t-il plus grand que sa sagesse, que sa raison, que son Verbe et son éternelle pensée ? Et tout ce qui est en Dieu n'est-il pas égal, puisque tout ce qui est en Dieu est Dieu; et que s'il y avait quelque chose en Dieu qui fût moindre que Dieu même, il corromprait la perfection et la pureté de son être ?

XXXI. — En quel sens le Fils de Dieu est la sagesse et la raison de son Père, et que ce sens exclut l'inégalité.

Je sais qu'il ne faut pas croiie que le Père tire sa sagesse du Fils, ou qu'il n'y ait de sagesse en Dieu que celle qui prend naissance éternellement dans son sein : au contraire cette sagesse engendrée, comme l'appellent les Pères, ne naîtrait pas dans le sein de Dieu, s'il n'y avait primitivement dans la nature divine" une sagesse infinie, d'où vient par surabondance la sagesse qui est le Fils de Dieu; car nous-mêmes nous ne formons dans notre esprit nos raisonnements et nos pensées, ou ces paroles cachées et intérieures par lesquelles nous nous parlons à nous-mêmes, de nousmêmes et de toutes choses, qu'à cause qu'il y a en nous une raison primitive et un principe d'intelligence, d'où naissent continuellement et inépuisablement toutes nos pensées. A plus forte raison faut-il croire en Dieu une intelligence primitive et essentiel le, qui, résidant dans le Père comme dans la source, lait continuellement et inépuisableme t naître clans son sein son Verbe qui est son Fils, sa pensée éternellement subsi>tante, qui i>our la même raison est aussi très-bi<m appelée son intelligence et sa sagesse. C'est là du moins l'idée la moins imparfaite que nous pouvons nous foi mer apiès les saints Pères et après l'Ecriture même, de la génération du Fils de Dieu. Mais eu même temps cette pensée et cette parole intérieure conçue dan s l'esprit de Dieu, qui fait son perpétuel et inséparable entretien, ne peut lui ère inécale, puisqu'elle le comprend tout entier, et embrasse en ellemême toute la vérité qui est en lui : par conséquent est autant immense, autant intime et autant parfaite, comme elle est autant éternelle que le principe d'où elle sort, et ne dégénère point de sa plénitude.

XXXII. — // est aussi parfait d'élre le terme, que d'être le principe des émanations divines.

Il en faut dire autant du Saint-Esprit; et

on voit par cet endroit-là une égalité tout entière, à regarder même le Fils et le Saint- Esprit du côté de leur origine, qui est celui qui peut donner le plus lieu à l'infériorité.

Si on sait épurer ses vues, on connaîtra qu'en Dieu il n'y a pas plus de perfection à être le premier, qu'à être le second et le troisième, car il est d'une même dignité d'être comme le Saint-Es|-rit le terme dernier et le parfait accomplissement des émanations divines, que d'en être le commencement et le principe; puisque c'est faire dégénérer ces divines émanations, que de faire qu'elles se terminent à quelque chose de moins que le principe d'où elles dérivent. Ainsi le Père et le Saint-Es: rit, le premier principe et le terme, la première et la troisième personne, c'est-à-dire, celle qui produit, et celle qui ne produit pas à cause qu'elle conclut et qu'elle termine, étant d'une parfaite égalité, le Fils qui est au milieu, à cause qu'il lire de l'un et qu'il donne à l'autre, ne peut pas leur être inégal; et en quelque endroit qu'on porte sa vue, soit au Père qui est le principe, soit au Fils qui tient le milieu, soit au Saint- Esprit qui est le terme, on trouve tout également parfait, comme par- la communication de la même essence on trouve tout également un. Que si, dans une autre vue, saint Athanase et les autres saints ont reconnu dans le Père, même après le concile de Nieée, une espèce de prééminence, dira-t-on qu'ils aient affaibli la Trinité? On sait bien que non. Venons aux expressions formelles de l'Ecriture. Le Fils est envoyé par le Père, le Saint-Esprit par l'un et par l'autre; et il n'y a que le Père seul qui ne soit jamais envoyé. Dans notre façon de parler il y a là quelque dignité et quelque autorité particulière; mais si vous y en admettez une autre que celle d'auteur et de principe, vous errez. Prenez de la même sorte tout le reste qui se dit du Père et du Fils, vos sentiments seront justes.

XXXIII. — L'inégalité' de nos idées ne conclut pas l'inégalité dans leur objet.

En parlant même des créatures, encore que notre langage soit plus proportionné à leur état, nous ne savons pas toujours adjuger bien juste la perfection. La racine par sa vertu vaut mieux que les branches ; dans la beauté, les branches l'emportent; dans une certaine vue l'arbre est plus noble que le fruit qu'il porte; dans une autre vue le fruit prévaut, puisqu'il fait l'honneur de l'arbre. Pour nous servir de la comparaison la plus ordinaire des saints Pères, et de celle dont le ministre abuse le plus, comme on verra, le soleil nous paraîtra d'un côté plus parfait que son rayon; mais d'un autre côté, sans le rayon qui connaîtrait le soleil? qui porterait dans tout l'univers sa lumière et sa vertu? Une même chose à divers regards est plus parfaite ou moins parfaite qu'elle-même. On est contraint de parler ainsi tant qu'on n'entend pas la venté parfaitement et par son fond, c'est-àdire, dans tout le cours d° cette vie. Jusqu'à tant que nous voyions Dieu tel qu'il est, en voyant par une seule pensée, si l'on peut

(297 i) Tract. 31 in Joan., n. I et seq , loin. III, part. n.

rn PART. V. THEOL. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS, luis

junior de la sorte, celui dont l'essence est l'unité, et jusqu'à tant que nous voyons les trois personne* divines dans le centre de. relie unité incompréhensible; contraints, pour ainsi dire, de la partager en conceptions différentes tirées des choses humaines, nous ne parviendrons jamais à comprendre celte égalité du tout. Nommer seulement l'égalité, nommer la grandeur qui en est le fondement, c'est déjà dégénérer de la sublimité de ce premier être ; et le seul moyen qui nous reste do rectifier nos pensées, quand nous croyons apercevoir du plus et du moins en Dieu et dans les personnes divines, c'est de faire toujours retomber ce plus et ce inoins sur nos pensées, et jamais sur l'objet.

XXXIV. — Si l'on a pu dire que le Fils était engendré pur le conseil et lu volonté de son l'ère, sans détruire l'égalité de l'un et de l'autre.

Vous paraissez étonné de ce que saint Justin a dit, que le Fils de Dieu est engendré par le conseil et la volonté de son Père (2975) : ne parlez point de Dieu; ou avant que tle lui appliquer les termes vulgaires, dépouillez-les auparavant do toute imperfection. Vous dites que Dieu se repent, qu'il est en colère, vous lui donnez des bras et des mains; si vous notez de ces expressions tout ce qui se ressent de l'humaniié, en sorte qu'il ne vous reste dans les bras et dans les mains que l'action et la force, dans la colère, qu'une puissante et efficace volonté de punir les crimes, et ainsi du reste, vous errez. A cet exemple, si vous ôlez du mot de conseil l'incertitude et l'indétermination, que vous y restera-t-il, si ce n'est la raison et l'intelligence? Vous direz donc que le Fils de Dieu ne procède pas de son Père par une effusion aveugle, comme le rayon procède du soleil et le fleuve de sa source, mais par intelligence : et si vous appelez ici la volonté du Père pour exclure la nécessité; cette nécessité, que vous voulez exclure, est une nécessité aveugle et fatale qui ne convient point à Dieu. Il ne faut point souffrir en Dieu une nécessité qui soit hors de lui, qui lui soit supérieure, qui le domine : une telle nécessité n'est point en Dieu, il est lui-même sa nécessité, il veut sa nécessité il veut son être propre, il n'y a rien en Dieu que Dieu ne veuille, ainsi il veut produire son Fils en la même manière qu'il veut être, c^est ainsi qu'il lé produit volontairement; c'est ainsi qu'il le produit par conseil. Si vous entendez par ces expressions qu'il produise quelque chose en lui-même qu'il puisse ne las produire, comme il peut ne pas produire es créatures, vous renversez le fondement; si vous le faites dire aux anciens, vous le .eur faites renverser, et si vous dites encore avec M. Jurieu (2976), qu'on ne peut réfuter cette erreur, vous y participez visiblement.

(3073) Juii., Tab.. lelt., 6 p. 2"29.

(2976) Juk. ibid.

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