‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 275 sur 325 · XXXV. — Si l'on u pu dire ou* le Fils de Dieu · texte numérisé non relu

XXXV. — Si l'on u pu dire ou* le Fils de Dieu

est le conseiller et le ministre de ton l'ire, sans le faire inférieur et inégal.

Il en est de même du terme de ministre. On l'attribue sans difficulté au Fils de Dieu comme incarné; mais avant (pie de s'incarner, les anciens ont cru qu'il s'incarnait par avance en quelque façon, et s'accoutumait, pour ainsi'dire, à être homme lorsqu'il apparaissait aux patriarches sous une figure humaine. Accoutumés peut-être à lui donner ce litre de ministre à raison de la nature humaine qu'il avait prise, ou qu'il devait (Mendie et dont il prenait si souvent la forme extérieure, ils l'ont étendu jusqu'à l'origine du inonde lorsque Dieu a tout fait par son Verbe. C'est de même que lorsqu'ils ont dit que le Fils de Dieu élait dans la création de l'univers le conseiller de son Père, ou, comme ils parlent, son conseil et sa sagesse. Ces expressions sont visiblement fondées en partie sur les paroles de Salomon et d'es autres auteurs sacrés qui donnent à Dieu, à son exemple, une sagesse assistante et enfantée de son sein, avec laquelle il résout et il fait tout [Prov. \m;Sap. vu; Eccli. î); et en partie aussi sur Moïse lorsqu'il fait dire à Dieu, Faisons l'homme (Gen. i, 2G) : car c'est aussi ce qui a fait dire a tous les saints que Dieu tient conseil, mais avec ses égaux, puisqu'il dit fautons; par où il montre qu'il entend parler non à ce qui est fait, mais à ce qui fait avec lui. Sur ces paroles de Salomon et de Moïse, les Pères ont dit que Dieu tenait conseil avec son Fils, que son Fils était son conseiller; qu'il déterminait et arrangeait toutes choses avec lui. A la rigueur ces expressions tournent plutôt contre le Père que contre le Fils ; car celui dont on demande les conseils, à cet égard est supérieur à celui qui les demande. Mais en Dieu il faut entendre autrement les choses. Le Verbe est le conseil du Père, mais un conseil qu'il tire de son sein : il tient conseil avec lui, parce qu'il fait tout avec sagesse, qui est son Verbe, sa parole et sa pensée. C'est en ce sens qu'on l'appelle le conseiller de son Père. On voit bien qu'on l'appelle aussi dans le même sens son ministre; c'est pourquoi on fait marcher ces expressions d'un pas égal. Tertullien, par exemple, sur ces paroles : Faisons l'homme. dit que « Dieu par l'unité de la Trinité parlait avec le Fils et le Saint-Esprit comme avec ses ministres et ses conseillers. » Quasi cum ministris et arbitris (2977). Prenez ce terme à la rigueur, je dis même celui de ministre, vous nuisez autant au Père qu'au Fils, car il eura donc besoin de ministres comme les hommes, et il faudra qu'il emprunte une force étrangère. Reconnaissez donc qu'il faut adoucir ce mot, et en citer quelque chose même à l'égard du Père éternel. Otez-en donc le besoin, ôtez-en l'emprunt, vous trouverez que le Père se sert de son Fils, non pas comme il se sert de ses

(2077) Adv. l'rux., il. 12.

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anges, peuple naturellement sujet et créé ; mais il se sert de son Fils comme on se sert de sa raison et de sa sagesse. Voilà un beau ministère qu'il trouve toujours en lui-même et dans son sein, où il n'y a rien d'étranger ni d'emprunté, et qu'il emploie aussi non point par besoin, mais parce qu'il lui est toujours inséparablement uni.

XXXYI. — Ce que signifie le nom de ministre attribué au Fils de Dieu.

Après avoir ôié du côté du Père ce qui blesserait sa divinité dans le terme de ministre , faites-en autant du côté du Fils. Olez du nom de ministre l'intériorité et la sujétion, il ne restera dans le Fils qu'une personne subsistante, une personne distinguée, une personne envoyée, qui reçoit tout de son Père, dans lequel réside la source de l'autorité, parce qu'il est en effet l'auteur et le principe de son Verbe, d'où vient aussi le mot d'autorité : en un mot, il restera une personne par qui le Père fait tout à môme titre qu'il fait tout par sa raison. Tout cela est une suite naturelle de la foi, qui nous apprend qu'il y a en Dieu une raison et une sagesse engendrée, en laquelle nous découvrons la fécondité et la plénitude infinie de l'Etre divin. Voilà enfin ce qui restera dans le titre de ministre, à en ôter tout le reste comme le marc et la lie, et après cet épurement il n'y aura rien en ce terme que de véritable, et qui ne convienne parfaitement à la dignité du Père et du Fils.

XXXVII. ■ — Que les Pères qui se sont servis du mot de ministre ont bien su en bannir l'imperfection qui raccompagne nuturellemenU

C'est donc ainsi que les anciens ont quelquefois donné au Fils de Dieu, et au Saint- Esprit le nom de ministre du Père ; et non pas [tour li ur attribuer, comme fait M. Jurieu (2978), une opération inégale ; car cela est de la crasse du langage humain, et de cette rouille dont il faut purifier ses lèvres lorsqu'on veut parler de Dieu. Et c'est pourquoi ces saints docteurs, qu'on veut faire passer pour si ignorants, ont bien à la vérité employé quelquefois le mot de ministre en l'épurant a la manière qu'on vient de voir; mais si d'autres fois ils l'ont regardé avec cette imperfection naturelle au langage humain, ils l'ont aussi pour cette raison exclu des discours où ils parlaient du Fils de Dieu, puisqu'ils ont dit « que Dieu nous a envoyé [tour nous sauver, non pas comme on pourrait croire, un de ses ministres, ou quelque ange, ou quelque puissance du ciel qui soit proposée au gouvernement de la terre, mais le Créateur lui-même et l'ouvrier de toutes choses.... comme un roi qui envoie son fils roi comme lui, et comme un Dieu qui envoie un Dieu (2979).

XXXVIII. — Pourquoi on ne se sert plus de ce terme et quel en a été' l'usage contre ceux qui niaient que le Fils de Dieu fût une personne.

Au reste, on ne se sert plus maintenant de ce terme de ministre, parce que les ariens en ont abusé: mais il a eu son usage en ce temps. Les noétiens et les sabelliens voulaient croire que Dieu agissait par son Verbe, comme un architecte agit par son art ; mais comme l'art dans un architecte n'est pas une personne subsistante, et n'est qu'un mode ou un accident, ou une annexe de l'âme, comme on voudra l'appeler, ces hérétiques croyaient que le Verbe était la sagesse, ou l'idée et l'art de Dieu, de la même sorte, sans être une personne distinguée. Les orthodoxes les rejetaient, en faisant de cette sagesse divine un ministre, qui était par conséquent une personne distinguée du Père. Mais telle est la hauteur, et, pour ainsi dire, la délicatesse de la vérité de Dieu, que le langage humain n'y peut toucher sans la blesser par quelque endroit. C'est ainsi qu'en expliquant la distinction et l'origne du Fils, il est à craindre que vous n'y mettiez quelque chose qui se ressente de l'inférieur. Mais après tout si vous attendez à parler de Dieu que vous ayez trouvé des paroles dignes de lui, vous n'en parlerez jamais. Parlez-en donc, en attendant, comme vous pourrez, et résolvez-vous à dire toujours quelque chose qui ne porte pas où vous tendez, c'est-à-dire, au plus parfait. Dans cette faiblesse de votre discours, vous vous sauvez en songeant que vous aurez toujours à vous élever au-dessus des termes où vous ressentirez de l'imperfection, puisque dans l'extrême pauvreté de notre langage, il faudra même s'élever au-dessus de ceux que vous trouverez les plus parfaits.

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