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au delà de tout ce qui est un et au-dessus de l'unité même (2987*). »
ARTICLE VI. — Prodige d'égarement dans le ministre, qui veut trouver l'inégalité des personnes divines jusque dans le concile de Nicée.
XLVII. — Que le minisire prétend trouver l'inégalité du Père et du Fils dans ces paroles du symbole de Nice : Dieu de Dieu , lumière de lumière.
Loin de vouloir ouvrir les yeux pour apercevoir dans les anciens cette parfaite égalité du Père et du Fils, le ministre ne veut [tas la voir dans le concile de Nicée ; « et,» dil-il (2988), « ce qu'on y appelle le Fils de Dieu , lumière de lumière, est une preuve que le concile n'a pas condamné l'inégalité que les docteurs anciens ont mise entre le Père et le Fils ; » c'est-à-dire, comme on a vu , que ce concile n'a pas condamné une véritable et réelle inégalité en perfection et en opération , en sorte que celle du Fils soit vraiment et à la rigueur inférieure et ministérielle. Voilà, selon le ministre Jurieu , ce que le concile n'a pas voulu condamner , et cela parce qu'il est dit dans le symbole de cette sainte assemblée , que le Fils de Dieu est lumière de lumière. Tout autre que ce ministre aurait cru qu'on avait choisi ces paroles pour établir la parfaite égalité; puisque même elles étaient jointes avec celles-ci , Dieu de Dieu , vrai Dieu de vrai Dieu : n'y ayant rien au-dessus de ces expressions dans tout le langage humain, et tien par conséquent ne paraissant plus égal que d'appeler l'un Dieu et l'autre Dieu, l'un lumière et l'autre lumière, l'un vrai Dieu et l'autre vrai Dieu. Par la règle que nous avons souvent posée , de prendre ce qu'on dit do Dieu dans le sens le plus élevé , il faut entendre par cette lumière une lumière parfaitement pure , où il n'y ait point de ténèbres , comme dit saint Jean (1 Joan. i, 5); une lumière d'intelligence et de vérité simple, éternelle, infinie; une lumière qui soit Dieu , et qui soit vrai Dieu; c'est ce qu'on dit du Père et du Fils sans restriction et en parfaite égalité, dans un symbole où le ministre nous assure que l'inégalité n'est pas condamnée.
XLV1II. — Combien le ministre abuse de Tertullien , et combien son raisonnement est tiré par les cheveux.
Voyons sur quoi il se fonde. C'est , dit-il, que ces expressions sont prises de Tertullien qui a dit dans son Apologétique , que le Verbe « est un esprit né d'un esprit , un Dieu sorti d'un Dieu, et une lumière allumée à une lumière (2989), et tout cela veut dire inégalité , parce que cet auteur ajoute, que » le Fils est le rayon, c'est-à-dire , une portion -tirée du tout: le l'ère est toute la
substance, et le Fils est la portion dérivée de tout (2990) : » ce qui emporte, dit le ministre (2991) , inégalité manifeste. Que de chemin il faut faire pour venir de là au concile de Nicée, et à cette inégalité que le ministre veut y trouver à quelque prix que ce soit 1 II faut premièrement , qu'il soit bien constant que le ministre ait bien entendu Tertullien. Je n'en crois rien ; je crois qu'il se trompe : je crois que Tertullien a passé d'une comparaison à une autre, de celle du rayon à celle du flambeau allumé; je crois, dis-je, que celle parole, lumière allumée à une lumière, lumen de lumine accensum (2992), ne convient pas au rayon qu'on ne va pas allumer au soleil, mais qui en sort comme de lui-môme par une émanation naturelle, mais qu'elle s'entend d'un flambeau qu'on allume à un (lambeau déjà allumé, ou d'un feu que l'on continue et que l'on étend en lui approchant de la matière. C'est le sens de Tertullien ; je le maintiens, la suite le fait paraître, puisqu'il ajoute : Le fond de la matière demeure le même ; la flamme ne diminue pas , encore que vous l'attiriez sur plusieurs matières qui en empruntent les qualités. Voilà une matière allumée , d'où il s'en allume une autre; voilà la comparaison de saint Justin, où le ministre avait reconnu une égalité si parfaite. Tertullien emploie cette double comparaison pour prendre de l'une et de l'autre ce qu'elles avaient de meilleur, et soulager par ce moyen le plus qu'il pouvait les païens qu'il tâchait d'élever à la pureté de nos mystères. (Jue s'il est ainsi , s'il est vrai que le concile en disant , lumière de lumière , ait eu Tertullien en vue, bien éloigné d'avoir établi l'inégalité, il aura plutôt établi l'unité et l'égalité parfaite , ainsi que nous avons vu. Mais laissons-là cette explication ; n'incidentons pas avec un homme qui ne cherche qu'à tout embrouiller, et à s'arrêter en beau chemin. Je vous accorde, si vous le voulez, M. Jurieu, que Tertullien parle ici du rayon, vous êtes encore bien loin de votre compte; car , pour venir à votre prétendue inégalité, il faut que Tertullien soit inexorablement obligé à soutenir sa comparaison en toute rigueur, et qu'il s'engage à trouver dans la nature matérielle et dans le corps du soleil une image entière et parfaite de ce qui convient à Dieu. Il faut aussi le forcer à soutenir dans la signification la plus rigoureuse son terme de portion et de partie , encore qu'il ait dit d'ailleurs, comme on a vu (2993), que Dieu n'a point de parties et ne se divise pas. Et quand on aura fait voir, contre ce que nous avons démontré ailleurs, que Tertullien ait mis tous ces termes dans leur dernière et plus basse grossièreté, il faudra encore que le concile de Nicée^ ait pris ces expressions, lumière de lumière , non pas de saint Paul, comme nous verrons
(29871) Pwtng., I, 8.
(29»9) Apoluq., D.2I.
{-2990) Adv. Prax., n. 9.
(2991) Lelt. 6 de 1689, p. -45.
(2992) Apol., n. 27.
(2995) Ci-dessus, il. 15.
13» PART. \. THEOL. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS MX PROTESTANTS. I".n
qu'il « fait , m de la i ommune tradition qui les lui avait apportées, mais de Tertullien loutseul, et encore qu'en les prenant de lui, ce saint concile n'y .ni rien osé recliiici ; en sorte ipio le Fils de Dieu , dans l'intention «lu i oncile , ne soit au pied de la Ictire qu'une partie de la substance dirine, pendant que le Père en est le tout. Mais si cela est, nous allons bien loin; car tout è i'beure 2904), lo ministre nous accordait du moins que cette inégalité, que les anciens et Teriiillicn admettaient entre le Père et le Fils, n'emportait aucune diversité de substance (2095): mais ses niées sont changées . et il faut qu'entre le Père et le Fils il y ait , en ce qui regarde la substance, la même diversité qui se trouve entre le tout et la partie, en sorte que le consubstantiel de Nicée, qui a fait tant de bruit dans le inonde, ne sou plus qu'un consubstantiel en partie, et que le Fils de Dieu n'ait reçu qu'une partie de la substance de son Père. Nous voilà bien loin de notre roule. Nous croyions sur celte matière n'avoir à soutenir de variations que dans les Pères qui ont précédé le concile de Nicée; mais ce concile même n'en est pas exempt, et il a voulu expressément marquer qu'il ne voulait pas condamner la prétemine erreur de Tertullien , qui aura t'ait le Fi s inégal au Père jusqu'à n'être qu'une l oi hou de sa substance.
NLIX. — Le ministre veut trouver dans le concile de Nicée tout le contraire de ce que lis Pères qui y ont assisté y ont compris: passages de saint Athanase, de saint Ililuirc, d'Fusèbe de Césan'e.
Voici bien un autre prodige : c'est que, depuis le temps du concile jusqu'à M. Jurieu, personne n'en aura entendu le sens, puisque tous les Pères, sans en excepter aucun, y ont cru voir toute sorte d'inégalité entre le l'ère et le Fils si parfaitement exclue, que depuis il n'en a jamais été parlé. Ainsi les Pères mêmes qui ont assisté au concile de Nicée n'y auront rien compris : car distinctement ils excluent cette portion de substance et de lumière que le minisire veut qu'on y ait pris de Tertullien. Saint Atbanase a composé un traité exprès pour expliquer le symbole de Nicée; mais au lieu de ces portions de lumière ou de substance, il reconnaît dans le Fils la môme impassibilité et impartialité,ou indivisibilité, que dans le Père,xh«iupie (i99G) : ce qu'il explique ailleurs, en disant que le Verbe n'est pas une portion de la substance du Père (2997:. Il loue aussi Théogiiosle, un ancien auteur, pour avoir dit que le Fils n'était pas une portion de la substance paternelle (-2998) ; ce que cet auteur dit expressément pour expliquer la comparaison de la lumière. Et ce qui se dit de la lumière, se dit aussi de la substance , selon
(2994) Ci -dessus, n. 27.
(2996) Dt decr. Nie. syn., n. 23, lom I.
(2997) Oral. 2, nunc mal. I, in Arian., lom. I.
(2998) Oral. 5, nunc orat.2, in Ar., n. 33.
(2999) De decr. Me. mjii., n. 28.
samt Atbanase; puisqu'il assure que la I ,i lièrt en celte occasion n'est u ure chose </■<<• la substanct même (-2999) : et loin d'admettre dans le Fils de Dieu cette prétendue portion de lumière de Tertullien, il pousse les Miens par la comparais le la lumière, en
cette sorte : S'ils veulent dire que le Fils de Dieu n'a pas toujours été, ou qu'il n'a pus toute lu substance de son Père; qu'ils disent donc que le soleil n'a pas toujours eu son éclat, ou sa splendeur ei sou rayon, ou que cet éclat n'est pas de la propre substance de la lumière; on s'il en est, que ce n'en est qu'une portion et une division r"î000). Donc, ou les Pères de Nicée ne songeaient point a Tertullien; ou Tertullien ne prenait pas ce terme de portion à la rigueur; ou saint Athanase, qui a tant aidé à composer le symbole de Nicée, ne savait pas qu'on y avait mis cette pensée de Tertullien dans le dessein d'en taire un asile à l'erreur de l'inégalité.
Saint Hilaire, son contemporain et un si docte interprète du symbole de Nicée, rejette aussi en ternies formels avec horreur ce que les ariens imputaient au concile de Nicée; que te Fils élaii une portion détachée du tout (3001). C'est pourquoi en expliquant dans la suite l'endroit du symbole de Nicée dont nous parlons, et celle comparaison de la lumière, il en exclut positivement celte portion de substance (3002) : d'où il conclut, « que l'Eglise ne connaît point cette portion dans le Fils; mais qu'elle sait qu'un Dieu tout entier est sorti d'un Dieu tout entier: » qu'au reste, comme il n'y a rien en Dieu de corporel, qui dit Dieu, le dit dans sa totalité; » en sorte qu'en metlre une portion, c'est en mettre la plénitude : et ainsi, qu'en disant de Jésus-Christ qu'il est Dieu comme il est lumière de lumière , on l'ail voir que rien ne se perd dans cette génération; c'està-dire, que tout s'y donne sans diminution et sans partage, parce que le Fils n'est pas une extension de la substance du Père, mais une seule et même chose avec lui.
Eusèbe de Césarée, qui était présent au concile, dans la lettre qu'il écrivit à sou Eglise sur le mot de consubstantiel, raconte qu'en proposant les difficultés qu'il trouvait dans cette expression et dans celle de substance (3003), on lui avait répondu, que « sortir de la substance du Père ne signifiait autre chose que sortir de lui en telle sorte qu'on n'en soit pas une portion; » si bien qu'en tout et partout ce fondement d'inégalité qu'on tire de Tertullien était banni du symbole.
L. — Que la comparaison du soleil cl du rayon vient originairement de saint Paul, qui u expressément établi l'égalité.
.Mais , sans nous arrêter davantage au
(3000) Orat. 3, nunc 2. in Ar., ri. "3.
(3001) Lib. iv De Trin., n. 10. col. 852 cl seq.
(3002) Lib. vi De Trin.. n. 10
(3005) Sot., lib. i, c. 5
passage de Tertullien, à qui il ne paraît pas que le concile ait songé plutôt qu'à sain-t Hippoiyte où l'on trouve la même expresf ion (300i), ou aux autres anciens docteurs, et à la commune traditinii ; il fallait aller à la source d'où le concile et tous les auteurs avaient puisé celte belle comparaison de la lumière, et c'est l'apô re saint Paul qui dit, dans la divine Epitre aux Hébreux, que le Fils est lu splendeur et l'éclat de la gloire de son Père (Hebr. i, 3) ; car c'est en effet à ce passage que saint Athanase et les autres ont perpétuellement recours pour expliquer cette comparaison. Vouloir donc que cette expression, lumière de lumière, emporte inégalité, c'est s'en prendre, non point aux Pères et à Tertullien, mais à l'Apôtre même d'où elle est venue. Ainsi rien n'empêche plus que toute inégalité entre le Père et le Fils ne soit condamnée dans le symbole de Nicée. Car aussi pourquoi hésiter à condamner une erreur que saint Paul avait proscrite, en faisant le Fils chose égale à Dieu , non par usurpation (Philip, il, 6) ou par attentat, mais en véiité et par son droit? Et quelle honte au ministre de n'employer son esprit qu'à embrouiller les matières les plus claires, et à s'aveugler lui-même I
ARTiCLE VII. — Autre égarement du ministre sur le concile de Nicée, où il veut trouver les deux prétendues nativités du Verbe.
LI. — Anathématisme du concile de Nicée , où le ministre prétend trouver deux nativités dans le Verbe.
Mais ses erreurs vont croissant à mesure qu'il avance; car après avoir assuré que le décret du concile laisse en son entier cette criminelle inégalité, il passe outre, et il soutient que cette seconde génération, qui rend le Verbe parfait d'imparfait qu'il était auparavant, loin d'avoir été condamnée par celle sainte assemblée , est confirmée par ses anal/ièmcs (3005).
C'est encore ici un nouveau prodige , et dans le concile de Nicée une découverte que personne jusqu'au ministre n'avait jamais faite. Mais pour voir jusqu'où peut aller le travers d'une tèle qui ne sait pas modérer son feu, il faut encore considérer sur quoi il se fonde. C'est sur cet anathème du concile : « Si quelqu'un dit qu'il fut un temps que le Fils de Dieu n'était pas, ou qu'il n'était pas avant que de naître , et qu'il a été fait du néant , l'Eglise catholique et apostolique le déclare anathème (3006). » Voici donc comme le ministre raisonne (3007) : La seconde proposition arienne était celle-ci : Le Fils de Dieu n était pas avant que de naître. L'opposite très-calholique était donc qu'il était avant que de naître : ur cela ne pouvait s'entendre de sa première génération , puisque celle-là étant éternelle, il n'y avait rien devant ; il en faut
(500i) Hom. de Deo uno et (riit., passim. (ôOO.ï) P. ~273.
(3006) St/mb. Nie. ; Anatli. in Ep. Euseb. Cœsar., n. 4, in fine, Op. S. Atha^aj De decr. Nie. syn.,
OLUVKES COMPLETES DE BOSSLET. 1332
donc connaître une autre postérieure et dans le temps, qui est celle que le ministre attribue aux Pères, et à raison de laquelle le Fils de Dieu qui est éternel était avant que de naître.
LU. — Comment saint Atnahase et saint Hilaire ont entendu l' anathématisme du concile de Nicée dont le ministre abuse.
C'est bien ici s'égarer dans le grand chemin, et à force de raffiner, laisser échapper les vérités les plus palpables. Ces trois propositions des ariens, il fut un temps que le Fils de Dieu n'était pas ; el, il n'était pas avant que de naître ; et, il a été tiré du néant, visiblement ne signifiaient que la même chose en termes un peu différents. Saint Athanase en parlant aux ariens : « Lors,» dit-il (3008), «que vous avez dit : Le Fils nélait pas avant que de naître ; cela signifie la même chose que ce que vous avez dit aussi : Il fut un temps que le Fils n'était pus ; et l'une et l'autre de ces expressions signifient qu'il y a eu un temps devant que le Verbe rut. » La raison en est bien claire. Le but des ariens était de dire que tout ce qui naissait avait un commencement ; et par conséquent que si le Fils de Dieu naissait, comme on en était d'accord, sa naissance était précédée par quelque temps. Et le but des Catholiques était au contraire de dire, que le Fils de Dieu naissait à la vérité, mais de toute éternité, d'un Père qui n'était jamais sans Fils; et par conséquent, que le temps n'avait point précédé cette naissance. C'est la perpétuelle application que donne saint Athanase à cette proposition des ariens. Saint Hilaire dit aussi qu'ils se servaient des trois expressions (3009) : « 11 fut un temps qu'il n'était pas ; il n'était pas avant que de naître ; et il a été fait du néant, parce que la nativité semblant apporter avec elle celte condition, que celui qui n'était pas commençât à être, et qu'il naquit n'étant pas auparavant , ces hérétiques se servaient de cela pour assujettir au temps le Fils unique de Dieu. » Ainsi, vouloir trouver un autre sens dans ces anathématismes du concile, c'est y vouloir trouver un sens que les Pères de ce temps-là et ceux même qui y ont été présents, pour ne pas ici parler de la postérité, n'ont pas connu. FI pour comble de conviction, quoique je n'en aie peut-être que trop dit sur une si visible absurdité, je veux bien ajouter encore que les anathématismes du concile n'y ont été prononcés après le symbole que pour proscrire les erreurs contraires à la doctrine que le concile venait d'y établir. Le concile venait d'établir dans le symbole, que le Fils de Dieu était né devant tous les siècles. On convient qu'il voulait dire par là que sa naissance était éternelle; puisque dès que vous sortez de Ja mesure du temps, vous ne voyez plus devant vous que l'éternité. Que restait-il
loin. I.
(3008) Orat. adv. Ar., iiuuc oral. 1, n. Il, toin.I. (3000) Lib. n De Trin., u. 11, et alib.
r.53 PART. X. THEOL. POLEMIQUE, - IV. AVERTISSEMENTS \U\ PROTESTANTS. i SI
donc au concile, après avoir établi l'éternité ilf la naissance du Fils, que de frapper d'analhème ceux qui disnient que sa naisshii'T fut |irécédée par le temps, ou, ce qui est la même chose , qu'il n'était pas avant que de naître? Et si, comme le ministre le prétend, l'intention du concile eût été de dire <|ue le File de Dieu était effectivement amant gue de naître, puisqu'il a mis, comme on vient de voir, -a naissance dans l'éternité, il faudrait qu'il eût voulu dire qu'il était devant l'éternité, et que son être précédât l'éternité môme , puisqu'il précédait sa naissance qu'on supposait éternelle.
LUI. — Pourquoi on t'attache ici à réfuter des absurdités qui ne mériteraient que du mépris.
Voilà des absurdités dont je puis dire, sans exagérer, que ce ministre est seul capable. Mais encore que ce qu'il pense soit si insensé qu'il ne mériterait pas de réponse, comme j'ai affaire à un homme qui croit pouvoir soutenir et persuader au monde tout ce qui lui plaît, il faut une fois lui fermer la bouche, et faire voir au public jusqu'où il est capable de s'égarer. Si le concile de Nicée a connu et confirmé, comme il le prétend, ces deux prétendues naissances du Fils de Dieu, il faut faire diie à ce concile deux choses également absurdes et également opposées à ses décisions : la première que le Fils de Dieu est né m cable; la seconde qu'il est né trois fois, au lieu de ces deux nativités connues de tous les fidèles, l'une éternelle comme Dieu, l'autre temporelle connue homme.
LIV. — Que le ministre fait dire au concile de Xicée que le Fils de Dieu est muable, et que te concile dit formellement tout le contraire.
Que le Fils de Dieu soit muable dans la supposition de cette seconde nativité de M. Jurieu, on l'a vu (3010), et la chose parle d'elle-même, puisque par cette seconde nativité, qui est la parfaite, à comparaison de laquelle la première est une imparfaite conception, le Fils de Dieu est devenu Verbe et personne parfaitement née; ce qu'il n'était pas auparavant. Voilà donc ce qu'il faut trouver, non-seulement dans les anciens docteurs, mais encore dans le concile de Nicée, puisque, loin de condamner cette doctrine, on soutient qu'il la confirme par ses anathèmes. Mais c'est dans ces anathèmes ;'" que je trouve tout le contraire, puisqu'il y est expressément porté : « Si quelqu'un dit que le Fils de Dieu soit capable de changement ou de mutation, la sainte Eglise catholique et apostolique lui dénonce qu'il est anathènie (3011) ; » car il faut savoir que les ariens en tirant le Fils de Dieu du néant, concluaient de là que n'étant pas immuable
(3010) Ci-dfssus, n. 11.
(5011) Sijmb. flycœn., ubi siip.
(30121 Episl. Alex, ad omnes episc; an. Soc. 1,L
dans sa substance non plus que nous, n pouvait aussi comme nous recevoir quelque i liangemeiitdans ses qualités ; et en un mot, qu'il était d'une nature changeante. Par une raison contraire, les Pères de Nicée concluaient, que n'étant pas tiré du néant, mais delà substance de son Père, il était en toutet partout immuable et inaltérable comme lui (3012); ce qui condamne directement la prétention du ministre.
LV . — Que saint Athanase dit aussi trèsformellement que le Fils de Dieu est immuable comme son l'ère.
Et ce serait en vérité pousser trop loin l'ignorance et la témérité, que de ri ire qu'on ne connut pas même alors la parfaite immutabilité de Dieu, qu'on trouve à toutes les pages dans saint Athanase. Car il la fait consister en ce qu'on ne peut rien ajouter à la substance de Dieu : Si l'on pouvait, dit-il (3013), ajouter à Dieu d'être Père, il serait muable, c'est-à-dire il ne serait pas Dieu ; car, | oursuit-il, si c'était un bien d'être Père, et qu'il ne fût pas toujours en Dieu, dune le bien n'y serait pas toujours. Concluez de même, si c'est un bien au Fils délie Verbe, d'être personne parfaitement née et développée, d'acquérir cette nuuvelle manière d'être, qui fait la perfection de sa naissance, et que ce bien ne soit pas toujours en lui, le bien n'y est donc pas toujours ;d'où saint Athanase conclura qu'il n'est point l'image du Père, s'il ne luiest pas semblable et égal en ce quV/ est immuable et invariable ; car. poursuit-il ( 30li ), comment celui qui est changeant sera-l-il semblable à celui ne l'est pas? Il n'avait donc garde de s'imaginer que son Père l'eût engendré à deux fois, ou que le Fils pût acquérir quelque perfection, puisqu'il assure au contraire qu'il e^t sorti d'abord parfait du parfait, immuable de l'immuable, et qu'en naissant il tire de lui son invariabilité tout entière (3015). El la racine lie tout cela, c'est qu'il ne vient pas du néant ; i ar, dit-il (;;01G), « ce qui fait que les créatures sont d'une nature muable et capable d'altération, c'est qu'elles sont tirées du néant, et passent du non-être à l'être: >■ ce qui fait qu'ayant changé dans leur fond, elles peuvent aussi changer dans tout le reste. Mais au contraire, poursuit-il, le Fils de Dieu élant né de la substance de son Père, comme on ne peut pas dire sans impiété, que d'une substance immuable il se tire un Verbe changeant, il faut que le Fils de Dieu soit autant inaltérable que son Père rnême,.» à cause visiblement qu'il ne pouvait rien naître que de parfait d'une substance aussi parfaite que celle de Dieu, et que s'il y naissait quelque chose d'imparfait ou de muable, comme on suppose que serait son F'iis, il porterait son imperfection et sa mutabilité dans la substance de Dieu où il serait reçu.
(5015) Oral. '1 cont. Ar., nuiic oral, t, n. 28. (3014) Ibid.
i5015> Ath., Exp. fui. et De (1er. Sir , ubi sup. (3016) Oral. 1 Adi. Ar., n. 29.
LVÎ. — Suite du raisonnement de saint Athanase, et combien il est ruineux aux prétentions du ministre.
Qu'un homme qui raisonne ainsi, et qui jiose de tels principes, ait pu étant à Nicée y avoir appris, comme le veut M. Jurieu, qu'il l'aille faire naître deux fois le Fils de Dieu comme Dieu, afin qu'à sa seconde naissance il acquît ce qui manquerait à la première, ce serait un prodige de le penser. Au contraire, si ce grand homme était encore au monde, il dirait à notre ministre : Si le Verbe venait du néant, les ariens auraient raison de le faire changeant et flexible comme nous le sommes (3017) ; et de conclure ses changements accidentels, de celui qui lui serait arrivé dans sa substance : si donc, vous lui attribuez un changement, quel qu'il soit, vous le faites, comme eux, sortir du néant. Que si vous dites qu'il a pu changer une seule fois à la création du monde, et que sa nature ne résiste pas universellement à toute altération, pour petite qu'on l'imagine, saint Athanase vous demandera comme il demandait aux ariens, quelles bornes vous voulez donner à ces changements; s'il a changé une fois, quelle raison trouvezvous de ne le pas faire muable jusqu'à l'infini? C'est don»', continue ce Père, une impiété et un blasphème d'admettre dans le Fils de Dieu la moindre mutation, puisque la moindre, qui serait déjà en elle-même un grand mal, aurait encore celui de lui en attirer d'infinies.
LVII. — Que le Fils de Dieu comme Dieu est incapable d'être exalté, selon saint Athanase, tout au contraire du ministre, qui le fait croître en perfection.
Et c'est aussi en cela, poursuit ce grand homme, qu'il est égal à Dieu, comme dit saint Paul, et en tout semblable à son Père. Car ce que dit le môme Apôtre danslemême lieu, que le Fils de Dieu sera exalté [Philip. u, 6), ne peut pas lui convenir en tant qu'il est Fils de Dieu, puisqu'à cet égard rien ne lui manque. « Il est parfait, » dit saint Athanase, « il n'a besoin de rien; il est si haut et si semblable à son Père, qu'on ne peut rien lui ajouter. » C'est donc selon la nature humaine seulement qu'il peut être élevé plus haut; et dire qu'il puisse être élevé, comme Fils de Dieu, c'estune diminution de la substance du Verbe. Voilà les idées des Pères qui ont assisté au concile de Nicée, et celles de saint Athanase qui en était l'âme. Mais s'ils se représentaient le Fils de Dieu tomme attendant avec le temps et dans une seconde nativité sa dernière perfection, il ne serait pas par sa nature incapable d'être mis plus haut, mémo comme Dieu, ni sans besoin et sans défaut de toute éternité, puisqu'il aurait eu encore à devenir Verbe, de sagesse qu'il était auparavant, c'est-àdire sans difficulté, à devenir quelque chose
de plus parfait et de plus formé qu'il n'avait été jusqu'alors. Que dira M. Jurieu ? Il faudra dire que c'était là le sentiment de saint Athanase, mais non pas celui du concile de Nicée, et que ce Père n'a pas entendu les définitions qu'on y faisait avec lui et par ses lumières.
LVIII. — Saint Alexandre d'Alexandrie, autre Père du concile de Nicée, raisonne sttr les mêmes fondements que saint Athanase.
Mais voici encore un autre Père de ce saint concile ; c'est saint Alexandre d'Alexandrie, l'évêqne de saint Alhnnase, celui qui excommunia Ariuset ses sectateurs. Comme le Père est parfait, dit-il, sans que. rien puisse ■manquer à sa perfection, il ne faut pas dégrader ou diminuer le Verbe, ni dire que rien lui manque, ou que rien lui puisse lui manquer en quelque état qu'on le considère, (carie mot grec signifie tout cela) puisque étant d'une nature immuable, il est parfait et en toutes façons sans défaut et sans besoin (3018). C'est ce que dit ce grand personnage ; et comme saint Athanase, il fonde son raisonnement sur ce que le Fils de Dieu n'est point tiré du néant, mais de la substance de son Père ; d'où ce grand évoque conclut qu'on ne peut lui rien ajouter, et finit son raisonnement par cette demande : Que peut-on donc ajouter à sa filiation, et que peut-on ajouter à sa sagesse? Mois M. Jurieu lui répondrait, selon la doctrine que ce ministre veut attribuer au concile de Nicée, qu'on peut ajouter à sa sagesse de le faire devenir Verbe, qui est quelque chose il i plus formé ; et qu'on peut ajouter à sa filiation ce dernier trait, qui le fait une personne parfaitement née, et parvenue à son être parfait.
Telle est la doctrine que ces grands personnages, saint Alexandre d'Alexandrie, et saint Athanase alors son diacre et depuis son successeur, portèrent au concile de Nicée. Saint Hilaire n'en dit pas moins qu'eux, puisque partout ii conclut pour l'immutabilité du Verbe, égale à celle du Père : et on veut après cela que nous croyions qu'on a confirmé à Nicée ces deux nativités qui mettent un changement dans sa personne ; et que les Pères de ce saint concile n'aient pas eu, non plus que les autres, cette idée parfaite de l'immutabilité, que nous avons aujourd'hui.
ARTICLE Vlll. — Suite îles égarements du minislre qtti fait établir au concile irois naissances du Fils de Dru, au lieu des deux <|u'il confesse, l'une du Fils comme Dieu, et l'autre comme homme.
L1X. — Que le concile de Nicée u suivi saint Jean, et n'a reconnu en Jésus-Christ que deux naissances suivant ses deux natures.
Quand il n'y aurait que ces trois naissait-
(3017) Oral. 2.4dr. .4>\, n. 29.
(3018; Alex. Alex., Epist. ad Alexand. Constanlinop.
PART. \. THEOL. POLEMIQUA — IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. r,:,8
ces qu'il faudrait faire attribuer h Jésiis- Clinst par le concile, c'en serait assea et trop pour confondre le ministre : car il fan» drail dire au pied de la lettre que Jésus- Christ est né trois fois, deux fuis comme Dieu, et une fois comme homme. Hais ou les Tries de Nicée auraient-ils prisées trois naissances? Lorsqu'ils tirent leur Bymbole, ils avaient devant les yeux le commencement de l'Evangile de saint Jean, où ils rencontraient d'abord cette naissance éternelle que les ariens contestaient au Fils de Dieu: Au commencement le Verdi était, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. ( Joan, i, I.) Le voilà Dieu, Fils unique de Dieu, toujours dans le sein de son l'ère ( Ibid., 14, 18;, comme il est expliqué un peu au-dessous. Après cette première el éternelle naissance, ils ne trouvaient que celle où il s'est fait homme ; elle Verbe a été fait chair (Ibid., H). Ils n'avaient donc garde de pensera une troisième naissance également réelle : et c'est pourquoi, en suivant le même ordre et le même progrès que saint Jean, ils disent du Fils de Dieu à son exemple, qu'iY est né avant tous les siècles, de la substance de son l'ère : d'où ils passent incontinent à la seconde naissance ; et il a été fait homme, sans songer seulement à cette troisième qu'on voudrait aujourd'hui leur faire confirmer.
LX. — Prophétie de Michée, qui s'accorde urée saint Jean : que le Fils de Dieu serait imparfait s'il naissait deux fois comme Dieu.
Un prophète, avant l'évangélisle, avait prédit ces deux nativités. Michée, dans cette admirable prophétie, qui étant rapportée dans saint Matthieu (Matlh. n, 6), était continuellement à la bouche et devant les yeux de tous les fidèles, avait dit : Et toi, Bethléem, le conducteur d'Israël sortira de toi; mais de peur qu'on ne s'arrêtât à cette naissance humaine, sans vouloir croire que le Sauveur sortit de [dus haut, il ajoute : El sa sortie est dès le commencement, dès les jours éternels (Midi, v, 2.) L'évangélisle et le prophète s'accordent à raconter comme d'une voix, ces deux nativités du Sauveur, l'une dans l'éternité, et l'autre dans le temps; l'une comme Dieu et l'autre comme homme; et la seule différence qu'il y a entre eux, c'est que l'un comme historien commence par la naissance éternelle, d'où il descend à la temporelle; et l'autre conduit d'abord | aile Saint-Esprit à la crèche de Bethléem, où il contemple Jésus-Christ nouvellement né du sein de sa mère, s'élève jusqu'au sein du Père éternel, où il était engendré devant tous les temps. Mais dans ce progrès admirable, ni l'un ni l'autre ne trouve, pour ainsi parler, en son chemin cette troisième nativité qu'on veut être si parfaite ; et le concile de Nicée, qui les suit tous deux, n'en fait non plus nulle mention, mais passe seulement, comme eus, de la naissance éter-
(.0019) Ain., De syn. et IIil., lili. iv De Trin.
nalle à la temporelle. Car aussi n'y ayant en Jésus-Christ que deux natures, il pouvait bien naître deux fois, mais non pas davantage ; et le faire naître deux fois selon sa nature divine, comme si le Père étemel n'avait pas pu (oui d'un coup l'engendrer partait, «'est attribuer au Père et au Fils tant de changement, et tout ensemble tant d'imperfection et tant de faiblesse, qu'une telle absurdité n'a pu durer dans l'esprit d'aucun homme de bon sens, pour ne pas dire d'un si grand concile.
LXI. — Que la doctrine des deux naissances est formellement rejetée par saint Alexandre d Alex tndrie.
Il e-4 vrai que nous trouvons dans la lettre d'Arius à saint Alexandre, son évoque, que quelques-uns, dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous, furent assez insensés pour avoir dit, en parlant du Fils de Dieu, qu'étant auparavant, il avait été dans la suite engendré et créé pour être Fils : mais nous lisons dans le même endroit qa' Alexandre les rejeta en pleine Eglise (3019) ; et maintenant M. Jurieu prétend qu'une si ridicule imagination que saint Alexandre avait rejetée en pleine Eglise, ait été continuée en plein concile, le même Alexandre présent, et ayant dans ce saint concile une autorité si éminente.
LXII. — Que le ministre rejette sa propre confession de foi, en accusant d'erreur le concile de Nicée.
Le ministre est donc convaincu d'avoir calomnié, non plus des docteurs particuliers, mais tout un concile œcuménique, et encore quel concile? Celui que les Chrétiens ont toujours le plus révéré, et celui qu'on reçoit expressément dans la profession de foi des prétendus réformés, puisqu'on y lit ces paroles : Nous avouons les trois symboles, des apôtres, de Nicée el d'Athanase, pour ce qu'ils sont conformes à la parole de Dieu (3020). Mais aujourd'hui un ministre de cette société, et celui à qui on remet d'un commun accord la défense de la cause, entreprend de convaincre le symbole de Nicée d'avoir pris le prétendu sens de 'i'ertullien, pour induire l'inégalité des personnes; et afin qu'il ne restât rien d'entier dans ce saint concile, il veut que ses anathèmes aient confirmé une seconde naissance du Fils de Dieu comme Dieu, poursuppléer au défaut et à l'imperfection qu'il reconnaît dans la première. C'est ainsi qu'il reçoit la foi. de Nicée comme conforme à l'Ecriture.
LXIU. — Que le ministre s'emporte sans aucunes bornes.
Il ne faut donc pas s'étonner si la foi île Nicée lui parait informe, puisqu'on y trouve encore tant d'arianisme. Mais celle des autres conciles ne lui paraîtra pas [dus parfaite, puisqu'on les commence toujours par \ confirmer la foi de Nicée, et à la poser
(302U) An, 5.
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pour fondement. Ne lui parlons pas davantage sur cette matière. Car enfin, après avoir faitarianiser non-seulemont les saints Pères et l'Eglise des trois premiers siècles, mais encore le concile de Nicée, entêté comme il est de sa seconde naissance, il la trouvera partout. Il soutiendra à David que c'était de cette naissance qu'il voulait parler, lorsqu'il faisait dire au Père éternel : Je t'ai engendré devant l'aurore (P.ial. cix, 3) ; car la première naissance n'était qu'une conception et et un vain effort du Père, qui n'avait pu tout à fait enfanter son Fils. Saint Jean ne s'en sauvera pas; et lorsqu'il a dit : .Au commencement le Verbe était, il faudra encore l'entendre de la seconde nativité, puisque, dans la premièie, il n'était pas Verbe, et qu'il n'était qu'une sapience qui attendait à devenir Verbe avec le temps, et sans exagération, il faut bien qu'il trouve en son cœur ces interprétations soutenables, puisqu'il veut que ces prétendus aiianisants ne puissent pas être réfutés par l'Ecriture; ou c'est qu'il ne pense pas à ce qu'il écrit, et qu'il ne faut plus prendre garde à ses vains discours.
ARTICLE IX. — Sur la distinction que fait le ministre entre la foi de l'Eglise et la théologie des Pères.
LXIV. — Qu'en l'état où le ministre représente la théologie des Pères, la foi de l'Eglise ne pouvait subsister.
Il est maintenant aisé de voir combien il impose au monde par sa belle distinction de théologie et de foi, dont il fait tout le détournent de son système. Il n'ose dire que l'Eglise ait varié dans sa foi, du moins suides articles si fondamentaux ; et il impute les erreurs des Pères, non pas à leur foi qui ne changeait pas, mais à leur théologie, toujours variable. U voudrait me faire accroire que cette rare distinction de théologie et de foi m'est inconnue. «Il faut, » dit-il (3021), «avoir le cœur.fait comme l'évêquede.Meaux, pour se moquer comme il fait de la distinction que j'ai dite qui est entre la foi de l'Eglise et la théologie de ses docteurs. » Visiblement il donne le change. Où a-t-il pris que je me moquasse d'une distinction si reçue? Je la reçois comme tout le monde; je reconnais de la différence entre la foi qui propose aux fidèles des vérités révélées, et la théologie qui tâche de les expliquer; et je sais (car aussi qui ne le sait pas?) que ces explications ne sont pas de foi. Ce que j'ai dit à AI. Jurieu, ce que je lui dis encore, et ce qu'il fait semblant de ne pas entendre, c'est que celte distinction ne lui sert de rien. Car je lui demande encore un coup, comme j'ai fait dans le premier Avertissement (3022), si ce qu'il appelle théologie des anciens « était une explication qui laissât eu son entier le fond des mystères, ou
bien une explication qui les détruisît en termes formels. Ce n'était pas, poursuivaisje, une explication qui laissât en son entier le fond des mystères, puisqu'on lui a démontré que selon lui, c'étaient les choses les plus essentielles, que les anciens ignoraient; » comme sont dans les lettres de l'année passée la distinction éternelle des trois personnes divines; et encore dans celle-ci leur égalité parfaite et l'immutabilité de l'être de Dieu. C'est donc le fond des mystères et des vérités catholiques que le ministre fait nier aux anciens; et il faut ou ne rien prouver, ou attribuer ces explications, c'est-à-dire ces ignorances et des erreurs si grossières, non point aux particuliers, mais à l'Eglise elle-même, puisque c'étaient des variations, non pas des particuliers, mais de l'Eglise en corps, dont il
13022) h'Avert., h. 21.
C'est à quoi il faudrait répondre, et non pas soutenir toujours que la foi de l'Eglise était entière, pendant que la théologie du siècle y était directement opposée. Encore s'il n'attribuait cette fausse théologie qu'à quelques Pères : « Mais, » dit-il (3023), «je n'en excepte aucun; c'était la théologie do tous les anciens avant le concile de Nicée ; » et c'était la théologie même du concile de Nicée, puisque loin de la condamner, ce grand concile la confirme par ses anathômes.
ARTICLE X. — La mauvaise foi du ministre dans les passages qu'il produit des saints docteurs des trois premiers siècles.
LXV. — Qu'il y a de la mauvaise foi à nous obliger à la discussion de ces passages
Une si visible calomnie faite en matière si grave au plus saint concile qu'ait vu la chrétienté depuis les apôtres, et à toute l'Eglise catholique qu'il représentait, vous peut faire juger, mes frères, de celles qu'il aura faites aux saints docteurs du ni' siècle. Il voudrait ici m 'obliger à lui répondre passage à passage, et à reprendre les texles des Pères qu'il a produits contre moi (3024 J; mais pourquoi ce long examen? Pour réfuter ce qu'il disait que les personnes n'étaient pas distinctes de toute éternité, ou que le Verbe n'était qu'un germe et une semence qui deyait s'avancer avec le temps à une existence actuelle? mais il le réfute lui-môme à présent, et il se dédit de ces absurdités. Que veut-il donc que je réfute? Son développement qui ne vaut pas mieux, et dont il se dédira quand cet écrit lui en aura fait voir l'extravagance, s'il peut trouver quelque autre moyen de sauver les variations de l'ancienne Eglise?Quand il saura bien ce qu'il veut dire, et que son système aura pris sa dernière forme, il sera' temps de le réfuter si le cas le demande; mais après tout je lui soutiens que celte discussion n'est pas nécessaire entre nous, il im-
(3023) Tab., tell. 6, p. 2S4 .
(3021) Ibid., p. 284, 285.
pute mon silence à faiblesse, el i! nie reproche qu'au lieu de répondre à m's passages et à toutes ses conséquences qu'il a réfutées lui-même, je n'en sors que par un Mlast (302.">) en vous disant d'un ton plaintif: « Hélas ! où en ôtes-vons, si vous avez besoin qu'on vous prouve que les articles les plus essentiels, même la Trinité et l'Incarnation, ont toujours été reconnus par l'Eglise chrétienne ! « Il est vrai, voilà mes paroles 3020); voilà cet hélas I dont il se moque. Il ne veut pas qu'il me soit permis de déplorer les tristes effets de la Réforme, qui ouvre tellement son sein à toutes sortes d'erreurs, qu'elle a besoin qu'on lui prouve les premiers principes. Mais si l'hélas l lui déplaît, voyons comme il répondra au raisonnement.
LXVI. — Vraie méthode de la dispute, où l'on ne doit jamais s'obliger à prouver les
vérités dont on est d'accord.
En vérité, étais-je obligé à prouver à M. Jurieu et aux prétendus réformés ce qu'ils supposent avec moi comme indubitable? Le ministre ne le dira pas. Jenesuis pas obligé de prouver aux luthériens la présence réelle, ni aux sociniens la venue et la mission de Jésus-Christ, ni aux calvinistes la Trinité et l'Incarnation ; autrement ce serait vouloir disputer sans fin contre le précepte de l'Vpotre, et renverser les fondements qu'on a posés. Cela est clair; passons outre. Le mystère de la Trinité étant, comme il est, le "fondement de la foi, par conséquent il est un de ceux qu'on a toujours crus. M. Jurieu en convient : « C'est, » dit-il (3027), « une calomnie que le ministre Jurieu ait nié que les mystères de la Trinité et de l'Incarnation fussent connus aux Pères. » Et il ajoute, « qu'il s'agit uniquement de savoir comment les anciens ont expliqué la manière de la génération du Fils. » Voilà donc sa résolution : que les Pères ont connu le fond du mystère, en sorte que leur erreur ne tombe que sur les manières de l'expliquer. Et si je montre au ministre que l'erreur qu'il leur attribue ne regarde pas les manières, mais le fond, il ne faudra pour le réfuter sans autre discussion que l'opposer à lui-même; mais la chose, est déjà faite et incontestable. Le mystère de la Trinité, c'est l'éternelle coexistence de trois personnes distinctes, égales et consubstantielles; et quelque partie qu'on rejette de cette définition, on nie le fond du mystère; or est-il que le ministre Jurieu a fait nier clairement aux Pères des trois premiers siècles, la distinction, la coexistence et l'égalité des trois personnes divines, comme on a vu; par conséquent il leur fait nier le fond du mystère.
LXVII. — Que cette méthode de supposer dans les disputes les choses dont on convient est celle de l'Apôtre.
Dhes-moi qu'y a-t-il de faible dans ce
(3025) Tnh., leit. 6, p. 288.
(ôO-iti, I" Averl , n. -2i.
AVERTISSEMENTS AUV PROTESTANTS. 1311 raisonnement 1 Est-ce qu'il faut toujours
tout prouver à tout le monde, et même tout ce dont on convient? C'est s'opposer directement ii saint Paul qui ne veut pas que les disputes soient interminables, mal entendues et tant règle ; mais qui ordonne en tenues exprès que nous persistions ilmis 1rs mêmes sentiment» (I Tim. i, 4-, 2; u, 23), et que nous marchions ensemble dans les mêmes choses où nous sommes déjà parvenus, demeurant fermes dans la même règle, en attendant (/ue Dieu révèle le reste (Philip, m i S, 16) à ceux qui ne l'ont pas encore connu. J'ai donc dû, mes très-chers frères, marcher avec vous dans la foi de la distinction, de l'égalité , de l'éternelle coexistence des trois personnes divines, comme dans la foi d'un mystère toujours confessé dans l'Eglise, et m'obl'ger à vous prouver la perpétuité de cette foi, c'est m'obliger à vous traiter comme si vous étiez sociniens; c'est contre le même saint Paul vous ramener au commencement de Jésus-Christ et jeter de nouveau le fondement que nous avions posé ensemble, (llebr. vi, 1.)
C'est encore la même erreur à M. Jurieu de vouloir me faire prouver que Dieu soit spirituel, qu'il soit 'immuable, et que ces attributs divins aient toujours été crus comme essentiels à la religion; car par sa Confession de foi, il doit le croire autant que nous, comme on a vu (3028). La même Confession de foi reconnaît aussi Yéijaiili des trois personnes (3029); et c'est là encore un de ces fondements dont le ministre suppose avec moi que l'Eglise n'a jamais douté. S'il le fait aujourd'hui révoquer en doute, non par deux ou trois docteurs, mais par tous ceux des trois premiers siècles, et même par le concile de Niuée, et qu'il ébranle tous les fondements que nous avons posés jusqu'à présent ensemble, je suis en droit de le rappeler à nos principes communs. Qu'il prenne donc son parti, qu'il se déclare ouvertement contre la perpétuité de la foi, de l'immutabilité, de la spiritualité, de la perfection toujours égale des trois personnes divines; alors je la combattrai comme socinien; mais tant qu'il sera calviniste, je ne suis obligé à lui opposer que sa propre confession de foi. Si j'en ai fait davantage, c'est par abondance de droit et pour l'instruction de ceux qui cherchent la vérité de bonne foi.
LXVIII. — Passage de saint Hippolyte, évéque et martyr, objecté par le ministre, mais qui sert de dénoùment à tous les autres qu'il produit.
C'est néanmoins sur ce fondement et parce que je n'ai pas voulu faire un volume pour prouver par tous les anciens ce qui devrait être constant entre nous, que le ministre me reproche mon ignorance (3030). Mais puisqu'il me force à entrer dans cette carrière, sans m'engagera une troplonguediscussion,
(5028) Conf., an. I.
(3029) Art. 6.
iô030i lab., Icll. G. p. •Mo.
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j'espère trouver le moyen de faire toucher au doigt sa mauvaise foi. Qu'ainsi ne soit; il nous vante saint Rippolyte, et non-seuleuient il n'est pas pour lui, mais encore il lui fera perdre tous ceux qu'il croyait avoir, puisqu'il nous donne le dénoûment pour les expliquer. Il en produit ces paroles de l'homélie qu'il a composée : De Deo uno et Irino : « Quand Dieu voulut, et de la manière qu'il voulut, il fit paraître, dans le temps qu'il avait défini, son Verbe par lequel il a fait toutes choses. » Eu entendant ces paroles suivant la nouvelle idée d'une seconde naissance, le ministre présuppose le Verbe déjà né pour la première fois et actuellement existant de toute éternité; il ne faut donc pas lui prouver ce qu'il avoue avec nous; et il n'y a qu'à lui faire voir que cette seconde naissance n'est que la manifestation au dehors du Verbe divin, et précisément la même chose que nous appelons aujourd'hui l'opération au dehors, par laquelle Dieu manifeste au dehors et lui et son Ver* be. La preuve en est sensible par ces paroles : «Quand Dieu voulut, et de la manière qu'il voulut, il fit paraître son Verbe; » et s'il reste quelque équivoque dans le mot de faire paraître, qui dans le grec quelquefois signifie produire, elle est ôtée par toute la suite, car le martyr continue : « Celui qui fait ce qu'il veut, quand il pense, il accomplit son dessein; quand il parle, il le montre; quand il forme son ouvrage, il met au jour sa sagesse ; » et un peu après : « Il engendrait doue le Verbe; et comme il l'avait en lui-môme où il était invisible, il l'a fait visible en créant le monde, a L'engendrer en cet endroit n'est donc autre chose que le faire paraître au dehors; ce n'est là ni un nouvel être ni rien de nouveau dans le Verbe; c'est de même qu'un architecte, qui ayant en son esprit son idée comme le plan intérieur de son bâtiment, que personne ne voyait que lui dans sa pensée, le rend visible à tout le monde, I enfante pour ainsi dire, et le met au jour quand il commence à élever son édifice. Tel est cet enfantement et cette génération du Verbe. Tout y regarde la créature à qui il devient visible, de l,i même manière que les perfections invisibles de Dieu sont vues dans ses œuvres. (Rom. i, 20.) Le Verbe ne change non plus que son l'ère, même dans ectie manifestation, et celle manifestation est attribuée spécialement au Verbe divin, parce qu'il est l'idée éternelle de cet architecte invisible; à quoi il faut ajouter, en suivant la comparaison, que comme l'architecte parle et ordonne, et que tout se range à sa voix qui n'est que l'expression, et comme la production au dehors de sa pensée, ainsi Dieu est représenté dans l'Ecriture comme proférant une parole, qui n'est autre que son Verbe manifesté et exprimé au dehors. C'est aussi ce qui fait dire à saint Hippolyte, que Dieu en prononçant celle parole, qui fut la pre-
(3051 ) Ci-dessus, n. 31.
(303-ii 11. pp., Coni. Bcr.c! Ihl., in Collect. Anatl.
mière qu'il ait proférée, Que la lumière soit, engendra de sa lumière, qui était le fond de son essence, la lumière qui était son Verbe, c'est-à-dire, comme on vient de voir, le produisit au dehors; et, pour user de ses propres termes, produisit à la créature son Seigneur ; car sans doute il n'en était le Seigneur qu'après qu'elle fut, et à parler proprement, le rien n'a pas de Seigneur. Par là, continue le saint, « Dieu rendit visible au monde celui qui n'était visible qu'à lui, et que le monde ne pouvait pas voir, afin qu'en le voyant après qu'il est apparu, il fût sauvé. » Voilà donc le dénoûment que j'avais promis ; toute cette production n'est que la manifestation du Verbe; c'est la manière dont on expliquait alors ce que nous appelons à présent l'opération au dehors, sans altération et sans changement de ce qui élait au dedans. Et lorsque le martyr ajoute après, que Dieu par ce moyen eut un assesseur distingue' de lui, il fait une allusion manifeste à celte sagesse dont avait parlé Salomon, qui fut son inséparable assistante quand il préparait les cicux et qu'il arrangeait le monde quelle composait avec lui (Prov. vin, 27, 30) ; non que ce Verbe ou cette sagesse commençât alors, c'e-t ce qu'on no voit nulle part; elle (ommenga seulement d'être l'assistante du Pèie, c'està-dire d'être associée à son 0j ération extérieure, que le saint appelle toujours manifestation, en disant que ce Verbe qui est au dedans la pensée et le sens de Dieu, à la manière qu'on a expliquée (3031), en se produisant au monde avait, été montré le Fils de Dieu. C'est par où conclut le martyr, où il est infiniment éloigné de ce nouvel être qu'on veut lui faire donner au Verbe, puisque lout son discours aboutit, non à le faire être ou à le faire changer en quelque sorte que ce soit, mais à montrer qu'il avait paru tel qu'il était, comme étant cetle Sagesse qui renouvelle toutes choses en demeurant toujours la même (Sap. vu, 27); et afin de nous en tenir aux expressions de notre martyr, comme étant ceverbe toujours parfait, dont, avant comme après son Incarnation, « la divinité est intime, incompréhensible, inaltérable, immuable, puissante par elle-même, et le seul bien d'une perfection et d'une puissance infinie (3032), » à qui pour cette raison il adresse en un autre endroit cetle parole : «Vous êtes celui qui êtes toujours; vous êtes comme votre Père, sans commencement et eoéternel au Saint-Esprit (3033).» Faites-lui dire après cela que leVerbe change ou que, comme un germe imparfait, il attend sa perfection d'une seconde naissance.
LXIX. — Passage d'Alhénagore embrouillé et falsifié par le ministre.
Voilà donc déjà un passage dont le ministre abusait, qui devient un dénoûment de la question ; en voici un autre dont il
cit. Fabric. Hamb. 1710, p. «G-2.
(3033) De Antich., Bibt. PP., mm. VA.
abuse encore davantage (3034), el dont néanmoins nous tirerons une nouvelle lumière. C'est celui d'Alhénagore , philosophe athénien, et l'auteur d'uiio des plus belles et des plus anciennes apologies de la religion chrétienne. Pour l'entendre il faut supposer que ce philosophe chrétien ayant a répondre ;in reproche de l'athéisme qu'on faisait alors aui fidèles, donne aux païens une idée du Dieu parfaitement un que les Chrétiens serraient en trois personnes, et leur expose mit le mystère de la Trinité ce qu'ils en pouvaient porter d'abord. Sun discours a trois parties. H commence a exposer dans la première qu'il n'y a point d'inconvénient que Dieu ait un Fils, parce qu'il ne faut pas s'en imaginer la naissance à la manière de celle des enfants des dieux dans les Tables. «Mais le Fils de Dieu, «dit cet auteur (3035), « est le Verbe ou la raison du Père en idée, en opération ou en efficace ; car par ce Verbe ont été créées toutes choses , le Père et le Fils n'étant qu'un, et le Fils étant dans le Père connue le Père est dans le Fils par l'unité et par la vertu de l'esprit; c'est ainsi que l'intelligence ou la pensée et la parole du Père est le Fils de Dieu. » Voilà une belle génération que ce docte Athénien nous représente dans la première partie de ce passage. Si l'on veut voir maintenant la traduction du ministre, dans sa lettre de 1689 (3036), tout y paraîtra défiguré; on y verra l'unité du Père et du Fils supprimée , et ce qui regarde le Saint-Esprit tellement déguisé qu'on ne l'y reconnaît plus. Mais comme il s'est réveillé et qu'il a réformé sa version dans son Tableau [3031), pardonnons lui cette faute, qui demeure seulement en témoignage de la négligence extrême avec laquelle il avait d'abord jeté ce passage sur le papier. Voici la suite et la seconde partie du discours d'Athénagore , qui, après avoir parlé plus en général de la personne du Fils et de la manière dont tout le monde avait été créé par lui , achève d'en donner l'idée autant qu'il fallait en ce lieu par des paroles que le ministre traduit en cette sorte : « Que si par la pénétration de votre esprit vous croyez être capables de contempler ce que c'est que le Fils, je vous le dirai en pieu de paroles. La première génération est au Père, qui n'est point engendré. Car dès le commencement Dieu étant un entendement éternel , a eu son Verbe en soi-même , parce qu'il était toujours raisonnable. Mais il était (ce Verbe) comme couché et courbé sur les choses matérielles destituées de forme.:
quand il a mêlé les choses spirituelles avec les plus grossières, s'avançant en forme et en acte, c'est-à-dire, ajoute le traducteur, en venant à une existence actuelle. » Telle est la traduction du ministre, il n'y a point de difficulté dans la première période; mais le rote n'a ni sens ni construction : jamais philosophe n'avait tenu.de discours si peu
suivi, et jamais pour un Athénien rien n'avait été plus obscur. Car que veut dire ce I irlic couché et courbé sur la matière , dont aussi il n'y a nulle mention dans l'auteur ? Pourquoi au lieu des choses légère* , mettre les choses spirituelle» dont H n'était pas question? Et que signifie ce mélange des choses spirituelles mec les grossières ? Que veut dire aussi cette belle phra.se : La première génération est au Père gui n'est point engendré? 11 est encore bien certain que l'original n'a point engendré, mais fait : ce que je ne prouve pas, pane que le ministre en convient et qu'il a encore réformé cette fausseté dans son Tableau (3038J. .Mais le reste, à quoi il n'a pas touché, est inexcusable, comme on le va découvrir dans notre version que voici: « Si vous croyez pouvoir comprendre ce que c'est que le Fils, je vous dirai qu'il est la première production de sou Pèie, non pas qu'il ait été fait, puisque dès le commencement Dieu étant une intelligence éternelle et étant toujours raisonnable, il avait toujours en lui-même sa raison (ou son Verbe); mais à cause que ce Verbe ayant sous lui, à la manière d'un chariot (qu'il devait conduire), toutes les choses matérielles, la nature informe et la terre, les choses légères étant mêlées avec les épaisses (et la nature étant encore en confusion), il s'était avancé pour en être l'acte et la l'orme. » 11 n'y a rien là que de suivi : car après avoir observé que le Fils était la production de son Père, il était naturel d'ajouter qu'il en était la production, non pas comme une chose faite , ymipenov , ce que le ministre avait supprimé , mais comme étant toujours naturellement, en qualité de raison, en Dieu qui est tout intelligence. Le reste ne suit pas moins bien. La matière ou les premiers éléments , comme un chariot encore mal attelé et sans conducteur, étaient soumis au Verbe de Dieu qui allait prendre les rênes : et toutes choses étant mêlées , le Verbe s'était avancé non pour acquérir l'existence actuelle, que le ministre à toute force voulait lui donner (car il l'avait éternelle et parfaite dans le sein de Dieu comme la raison et le Verbe de cette éternelle intelligence); mais pour être l'acte el la forme, le moteur, le conducteur et l'àme, pourainsi parler , de la nature confuse. Rien ne se dément là dedans : c'est une allusion manifeste au commencement de la Genèse, où nous voyons pêle-mêle le ciel et la terre avec le souille porté dessus , ce qu'Athénagore exprimait par le mélange confus des choses légères et épaisses. Quand le Verbe s'avance ensuite pour débrouiller ce mélange, c'est encore une allusion à la paiolo que Dieu prononça pour faire naître la lumière, le firmament et le reste ; car tous les anciens sont d'accord que cette parole est le Verbe même comme exprimé au dehors par son opération extérieure, ainsi qu'on a
(3. 54) l.eii. 0, »!e 1689, p. 43.
(5035) Atiien., L'y. pro Christ., n. 10, ad Cale. p. S. Jus t. p. 28U et seq.
(5030) Leitj (i, p. 45.
(5037) lab., le.it. 6, p. 150.
vu. De celte: sorte tout était confus avant que le Verbe parût, et tout se range en son lieu à sa présence. C'est donc lui qui étant déjà le Verbe de Dieu comme son idée et son efficace, ainsi qu'Aihénagore le venait de dire, devient l'idée ou la forme et l'acte de cette matière confuse vers laquelle il s'avance pour l'arranger, ce qui est infiniment éloigné de cette existence actuelle qu'on veut lui donner à lui-même.
LXX. — Suite du passage d'Athénagore qui en fait tout le dénoùment , et que le ministre supprime.
On voit dans ces expressions ce qu'on a vu dans celle de saint Hippolyte, c'est-à-dire cette opération au dehors qui est spécialement attribuée au Verbe, pour montrer que Dieu n'agit point par une aveugle puissance, mais toujours par intelligence et par sagesse; et c'est ce qui est encore exprimé dans les paroles suivantes qui font la troisième partie du passage d'Athénagore. Après avoir exposé comme le Verbe s'avance par snn opération vers la matière confuse pour la former, il prouve son exposition par l'Ecriture en cette sorte : Et, dit-il, l'esprit prophétique s'accorde arec mon discours , lorsqu'il dit (ou lorsqu'il fait dire au Verbe dans les Proverbes de Salomon) : Le Sciyneur m'a créé le commencement de ses voies. [Prov. vin, 21.) Le ministre traduit cet endroit, dont il croit pouvoir se servir pour son dessein, à cause du terme de création qui semblait induire dans le Verbe une nouvelle existence au commencement de l'univers , ainsi que le ministre le pensait alors; mais il supprime le reste du passage d'Athénagore qui aurait fait voir le contraire. Cet auteur poursuit donc ainsi : « L'esprit prophétique s'accorde avec mon discours, lorsqu'il dit : Dieu m'a créé... lit quant à ce qui regarde ce même esprit prophétique qui agit dans les hommes inspirés, nous disons qu'il est une émanation de Dieu, et qu'en découlant de lui (sur les prophètes qu'il inspire) , il retourne à lui par réflexion comme le rayon du soleil. » C'est en etlet le propre de l'inspiration de nous ramener à Dieu qui en est la source comme de l'Esprit qui la donne ; par où l'on voit clairement que, sais parler de l'émanation éternelle du Saint-Esprit, où les païens à qui il écrit n'auraient rien compris, Athénagore fait connaître cette personne divine par son émanation et son effusion temporelle sur les prophètes, c'est-à-dire par l'opération qu'elle y exerce; comme il venait de fane connaître le Verbe par celle qu'il exerçait clans la création de l'univers; ce qu'il finit en disant : « Qui ne sera donc étonné qu'on nous lasse passer pour athées, nous qui reconnaissons Dieu le Père, Dieu le Fils et le Saint-Esprit ? »
Le ministre n'a qu'à dire maintenant que le Saint-Esprit n'était |ias , ou qu'il n'était pas parfait avant qu'il inspirât les prophètes, ou que par cette inspiration, qui n'est qu'une effusion du Saint-Esprit au dehors , il ac-
quiert quelque nouvel être ou quelque nouvelle manière d'être, et s'il a honte de le penser et de faire changer le Saint-Esprit à cause qu'il change en mieux les prophètes qu'il inspire, il doit entendre de la même sorte celte création, c'est-à-dire cette production au dehors du Verbe qui était toujours, et qui, sans changer lui-même, a changé toute la nature en mieux.
LXX1. — Dessein d'Athénagore dans ce passage, qui fait un nouveau, dénoùment de la doctrine des Pères.
On voit maintenant assez clairement tout le dessein d'Athénagore , qui , pour empêcher les païens de nous mettre au rang des athées , entreprend de leur donner quelque idée du Dieu que nous servons en trois personnes, dont il ajoute qu'il fallait connaître l'unité et les différences (Prov. vm, 31) ; et comme ils ne pouvaient pas entrer dans le fond d'un si haut mystère ni dans l'éternelle émanation du Fils et du Saint- Esprit, il se contente de faire connaître ces deux divines personnes par les opérations que l'Ecriture leur attribue au dehors, c'està-dire le Fils parla création, et le Saint- Esprit par l'inspiration prophétique.
C'étaient là deux grands caractères du Fils et du Saint-Esprit : l'un comme sagesse du Père est reconnu pour l'auteur de la création qui est un ouvrage de sagesse, et l'autre comme son esprit est reconnu pour l'auteur de l'inspiration prophétique, qui est aussi le caractère qu'on lui donne partout, et même dans le symbo'le de Constantinople, où sa divinité est définie : Je crois, dit-on, aie Saint-Esprit, qui a parlé par les prophètes; et c'est pourquoi Aihénagoie le caractérise, comme font aussi les auti'ps Pères , par le titre d'esprit prophétique. Il ne pouvait donc rien faire de plus convenable que de désigner ces deux personnes par leurs opérations extérieures, ni parmi ces opérations en choisir deux plus marquées que la création de l'univers et l'inspiration des prophètes; ce qui fait voir plus clair que le jour que cette production du Verbe divin n'est en ce lieu que l'opération par laquelle il se déclare au dehors ; et c'est encore ici un dénoùment de la doctrine des Pères.
LXXII. — Comment te Fils de Dieu est créé selon quelques Pères : autre dénoùment de leur doctrine.
Je ne m'arrêterai point au défaut de la version des Septante, qui font dire à la Sagesse divine dans cet endroit des Proverbes de Salomon : Dieu m'a créée. On sait qu'il ne s'agissait, comme Eusèbe de Césarée l'a bien remarqué, que d'un lettre pour une autre, d'un iota pour un êta , < pour u, et d'un i'vc at, qui signifie m'a créée, pour un é'/Tiio-E , qui signifie m'a p obsédée. L'hébreu porte, comme saint Jérôme l'a établi dans notre Vulgale : Le Seigneur m'a possédée, c'est-à-dire , selon la phrase de la langue sainte, m'a engendrée ; ce qui convenait par»
J.-JO PART. X. THEOI-. POLEMIQUE. — IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. CIO
faiteiuent à la sagesse engendrée , qui était le Fils de Dieu ; qui dit aussi dans la suite : / 1 it aMmes n'étaient pas encore quand j'ai
été conçue dans le sein de Dieu, et j'ai été enfantée devant 1rs collines, devant (pic la terre eût été formée , cl que Dieu l'eût posée sur ses fondements. (Prov. vin, 2k, 25.) La génération du Fils de Dieu se présentait clairement dans ces paroles, et redressait les idées que lo terme de création aurait pu donner ; et c'est pourquoi les anciens n'hésitaient pas à appeler constamment le Fils de Dieu, non pas un ouvrage, mais un Fils, non pas une créature , mais une personne engendrée avant tous lessiècles. Mais Vêxcm, le créé, de l'ancienne version on engagea quelques-uns, non à mettre le Fils de Dieu au rang des créatures, niais a dire que la sagesse, éternellement conçue dans le sein de Dieu , avait été créée en quelque façon, lorsqu'elle s'était imprimée, et, pour ainsi dire tigurée elle-même dans son ouvrage, à la m anière qu'un architecte forme dans son édifice une image de la sagesse et de l'art qui le fait agir: car c'est en cette manière qu'en contemplant attentivement une architecture bien entendue, nous disons que cet ouvrage est sage, qu'il y a là de la sagesse, c'est-à-dire de la justesse, de la proportion, et dans la parfaite convenance des parties, une belle et sage simplicité En cette sorte, outre la sagesse créatrice, on reconnaît dans l'univers une sagesse créée et une expression si vive du Verbe de Dieu, qu'on dirait qu'il s'est transmis lui-même tout entier dans son ouvrage, ou que cet ouvrage n'est autre chose que le Verbe produit au dehors.
On voit donc en toutes manières que la doctrine des anciens docteurs n'est, au fond, que la même chose que la nôtre, puisque ce qu'on appelle parmi nous l'opération extérieure de Dieu agissant par son Verbe, c'est ce qu'ils appelaient dans leur langage la sortie du Verbe, son progrès, son avancement vers la créature, sa création au dehors à la manière qu'on vient de voir; et en ce sens une espèce de génération et de production, qui n'est en effet que sa manifestation , est piécisément la même chose que saint Athanase a depuis si divinement expliquée dans sa cinquième oraison contre les ariens (3039).
LXXlil. — Témérité du ministre, qui accuse les anciens Pères de sortir de la simplicité de l'Ecriture : quel a été le platonisme de ces saints docteurs.
Si je n'avais autre chose à faire, je montrerais au ministre sa témérité, lorsqu'il accuse Alhénagore et les autres Pères d'être sortis de la simplicité de l'Ecriture, en tentant d'expliquer le mystère (3040). Car on peut voir aisément qu'ils n'ont fait que
(5059) Atha.n., oral. 5 in Arian., mine oral. 4, n. 12, loin. 1.
(5040) Lett. 6, de 10S9, p. 45.
(5042) Tab., lell. G, p. 285.
suivre les Proverbes de Salomon et les livres
Sapientiaux, comme on les appelle, dont saiDl Jean avait ramassé tonte la théologie en un seul mot lorsqu'il avait dit : Au commencement la parole était. Je pourrais aussi remarquer, contre ceux qui les font tant nlatoniser, qu'en ce qui regarde le Verbe, ils en trouvent plus dans un chapitre de ces livres divins, qu'on n'eu pourrait recueillir de tous les endroits dispersés dans les dialogues de Platon : ce que je dis non pas pour nier qu'il ne convînt à ces saints docteurs de présenter aux païens des idées nui paraissaient assez convenables à une philosophie qui tenait le premier rang parmi eux, mais pour montrer au ministre qu'ils avaient de meilleurs originaux devant les yeux.
LXXIV. — Mauvaise foi du ministre, qui attribue sa double nativité à des auteurs d'où il n'a pu tirer aucun passage: saint Justin, saint [renée, saint Hippolyle.
Au reste, pour en revenir aux passages qu'il a cités des saints docteurs, on peut juger par les deux qu'on a vus, avec quelle témérité il a produit tous les autres. Une autre marque de son imprudence, pour ne rien dire de pis, est qu'en nommant les défenseurs de sa double nativité, il déclare qu'i7 n'en excepte aucun des Pères (3041). jusqu'à citer pour cette doctrine saint Irérée, où il ne s'en trouve pas le moindre vestige, et saint Justin qui n'en dit non plus un seul mot (3042). Ce n'est pas que je veuille dire qu'il soit sans difficulté. Il y a des difficultés aisées à résoudre par les principes qu'on a posés, ou par d'autres qui ne sont pas de ce lieu, des difficultés en tout cas qui regardent M. Jurieu elles prétendus réformés aussi bien que nous, en sorte qu'ils n'ont pas droit d'exiger de nous que nousayons à les leur résoudre. Mais pour celte difficulté de M. Jurieu qui régarde les deux naissances, lui-même il ne produit aucun passage de ce saint. Il est vrai qu'il cite pour cette doctrine, quoiqu'à tort, Tatien, disciple de ce martyr, et il dit qu'il l'avait apprise de son maître (3043). Mais s'il avait tout appris d'un si excellent docteur, il en aurait donc appris la détestable hérésie des encratites , dont ce malheureux disciple a été le chef depuis le martyre de »on maître (30U).
11 m'insulte néanmoins par ces grands noms, et lorsque je lui reproche qu'il a corrompu la foi de la Trinité, « M. de Meaux doit savoir, » dit-il (3045), « ^ue ces éloges ne tombent pas sur moi, mais sur ses saints et sur ses martyrs. » Il les appelle mes martyrs, comme il a coutume de me dire avec le même dédain, son Père Petau (3046j ; mais en quelque sorte qu'il me les donne, en colère ou autrement, je les reçois. Il nomme ensuite parmi mes saints et mes martyrs,
(5045) Jlb., lett. 6, de 1689.
(304 i) Epiph., haer. 46.
(5046) P. 28 t. 2SW.
i 5 1 OEUVRES COMPLETES OE BOSSl'ET
saint Justin, saint Irénée, suint Hippolyte, dont on a vu que les deux premiers ne disent rien de ce qu'il prétend, et le troisième en dit ce qu'on vient d'entendre, c'est-à-dire ce qui doit confondre le ministre.
LXXV. — Mauvaise foi du ministre sur le sujet de saint Cyprien.
Venons à saint Cyprien. Le ministre le comprendra-t-il panïii les auteurs de cette double nativité? Oui et non. Il l'y comprendra, car il dit : et moi je n'en excepte aucun. Il ne l'y comprendra pas; car il est forcé d'avouer qu'il y a d'autres auteurs, comme pur exemple saint Cyprien, où cette théologie ne se trouve pas ; mais il ne les exemple pas pour cela de cette double génération, puisque cela vient, dit-il, de ce qu'ils n'ont pas eu l'occasion d'en parler. Mais saint Cyprien a eu la même occasion d'en parler que les autres, puisque comme les autres il a expliqué de' Jésus-Clirisl cette parole des Proverbes: Dieu m' a créé, qu'il traduisait de même manière qu'on le faisait en son temps (304-7). 11 n'en a pourtant pas conclu celte douille génération de Jésus-Christ comme Dieu ; et s'il le fait naître deux fois, c'est à cause qu'ayant été dès le commencement le Fils de Dieu, il devait naître encore une fois selon la chair (3048); par où il s'arrête manifestement à le faire naître deux fois, une fois comme Fils de Dieu, et une autre fois comme Fils de l'homme: et s'il n'a jamais parlé de cette troisième naissance, que le ministre tout seul veut imaginer comme véritable dans le sens littéral, ce n'est pas manque d'occasion, mais c'est que ni lui ni les autres ne songeaient seulement pas à cette chimère.
Tous ceux qui font Dieu spirituel et immuable, et qui en particulier font le Fils de Dieu incapable de changement, s'opposent directement à cette double génération, qui le fait une portion inégale de la substance du Père; un fds engendré ù deux fois, formellement imparfait, el venant avec le temps à sa perfection à la manière d'un fruit qui a besoin de mûrir. Mais où ne trouve-l-on pas cette immutabilité et indivisibilité, puisque nous l'avons montrée partout, et même dans les auteurs, à qui on veut attribuer cette naissance imparfaite ? C'est donc qu'eux-mêmes ne la croyaient pas; personne ne la croyait parmi les Pères: cette seconde nativité n'est qu'une similitude qu'on prend trop grossièrement au pied de la lettre. Il ne faut donc pas demander qu'on montre dans les trois premiers siècles une réfutation expresse d'une chimère qui n'y fut jamais : en ne l'a non plus réfutée dans les siècles suivants ; car on n'y songeait seulement pas, parce qu'on ne trouvait tout au plus une erreur si insensée, que dans quelques extravagants qu'on ne connaît point, et que jamais on n'a crus dignes d'êlre réfutés. Si le raisonnement du ministre avait lieu, il n'y aurait donc qu'à imaginer dans la suite toutes sortes d'extravagances, et à leur donner du crédit, sous prétexte qu'on ne pourrait démontrer qu'elle eût élé réfutée. C'est donc une erreur grossière de parler ici de réfutation, et c'est assez que nous montrions à notre ministre, que ses idées ridicules répugnent directement à celles des Pères dès l'origine du christianisme.
LXXVI4T. — Antre faux raisonnement du ministre sur Tcrtuttien et saint Cyprien.
LXXV1. — Mauvaise foi du ministre sur le sujet des autres Pères.
Il nous allègue une autre raison du silence de quelques Pères sur cette double génération ; ou c'est peut-être, dit-il, qu'ils étaient plus modérés que les autres. Mais si à titre de modération ou autrement, il n'ose pas se promettre de trouver dans tous les anciens sa seconde nativité, il ne fallait donc, pas trancher si net; et moi je n'en excepte aucun: car c'est là trop visiblement assurer ce qu'on avoue qu'on ne sait pas, et contre sa. propre conscience vouloir trouver des erreurs qu'on puisse imputer à l'Eglise.
LXXVI1. — Injustice du ministre, qui veut qu'on lui montre dans les premiers siècles la réfutation expresse d'une chimère qui n'y fut jamais.
C'est ce qui lui fait ajouter, qu'il ne faut pas faire deux classes des anciens auteurs, parce qu'on ne lit rien chez ceux qui se taisent <le cette double génération, qui condamne directement, ou indirectement ce que les autres ont écrit là- dessus (3049). Quelle erreur !
Il revient à saint Cyprien :« Et il n'est pas apparent, » dit-il (3050), « que saint Cyprien, par exemple, qui vénérait si fort Tertullien et qui l'appelait son maître, le regardât comme un ennemi de la divinité de Jésus- Christ. » Mais trouve-t il bien plus apparent que saint Cyprien regardât son maître comme un ennemi déclaré de la perfection et de l'immutabilité du Fils de Dieu, ou qu'il trouvât bon qu'on l'appelât Dieu en le faisant imparfait, et en lui faisant attendre du temps sa dernière perfection? 11 faut donc dire que saint Cyprien n'y aura pas vu ces erreurs non plus que les antres, et qu'il n'aura pas fait à Tertullien un crime d'une métaphore ou d'une similitude. Ainsi nous pouvons conclure sans crainte que le ministre n'entend pas les Pères qu'il a cités, et que c'est par un aveugle entêtement de trouver des variations qu'il les implique dans l'erreur.
LXXIX. — .4rcc quelle mauvaise foi le minisire a rangé parmi les errants saint Clément d'Alexandrie : passage de ce saint prêtre.
Il met au rang de ses partisans sur la
(5047) Lili. il, Tesl. ail Qui,-., c.
(Ô048) Ibid., cap. 8.
(3050) Ibid.
i.-.H-, PAUT. X. THEOL. POLEMIQUE. IV.
iloubl ;| ration sainl Clément d'Alexandrie (30SQ, où il n'y en a pas un seul Irait. il cite !c I'. Petau [3052), qui trouve bien dans ce Père des locutions incommodes, irais non pas sur le sujet que uous traitons. Mais je demande à lu. Jurieu : osern-t-il mettre cet auteur parmi ceux qui ne combattent m directement ni indirectement la prétendue erreur des anciens? Quoi doncl ne combat-il pas l'inégalité et l'imperfection du Fils . lui i|iii l'appelle en an end ■ I vraiment Dieu et égalait Seigneur de imitts chosi : et en d'autres, toujours par-
la i et | arlail -tuent un avec son Père? .Mais poussons ii bout cet article de Clément Alexandrin. Vprès tout, que blâmera-t-on dans cet auteur? Ce qu'on 3 blâme le plus en cette matière, c'est d'avoir appelé le Fils une nature très-proche du seul ïoiit'Puissant. Mais pesons toutes ces paroles, une nature, une chose née : d'où vient le mot de nature en grec comme en latin, pû«ç, une chose naturelle a Dieu. Qu'y a-l-il là do mauvais? Le Fils de Dieu n'est-il pas de ce caractère, c'est-à-dire Fils par nature, et non par adoption ? Ce qui t'ait dire à saint Athaiiase, que le Père n'engendre pas son Verbe par volonté et par libre arbitre, ruais par nature (3054); et que la fécondité est naturelle dans Dieu (305i*), quoiqu'elle soit, dans une autre vue, propre et personnelle dans le Père. On a donc pu et on a dû regarder dans le Fils de Dieu sa naissance comme lui étant naturelle. Le mal serait, si l'on voulait dire qu'il est d'une autre nature, c'est-à-dire, d'une autre essence, ou d'une autre substance que son l'ère ; niais ce saint prêtre d'Alexandrie a exclu formellement cette idée, et surtout dans les endroits où il a dit, comme on a vu, que le Père et le Fils sont un , et un de l'unité la plus parfaite. Pendant qu'il pense comme nous, est-ce un crime de :ie pas toujours parler de même? Mais il a dit que le Verbe est une nature, ou, comme nous l'entendons, une clio,-e naturelle en Dieu, et tres-pruche du seul Tout-Puissant, icpo<ttx=<TTàm. où est le mal de celte expression'' C'est qu'au lieu de dire Irès-prothe, il fallait dire un aveu lui. Il l'a dit aussi comme on a vu : regardez-le selon la substance, il est un; regardez-le comme distingué, il est très-proche; et remarquez que ce très-proche doit être traduit, très-uni h Dieu, et une chose qui lui convient trèsparfaitement ; car tout cela est renfermé dans le terme, izpo7-yj<j-:ù.:i). Ce n'est rien d'étranger au Père, puisau'il est son Fils, et son Fils qui ne sort jamais du sein paterne!, qui est toujours dans le Père, comme le Père est toujours dans le Fils. Qu'y a-t-il là que de vrai? Et pouvait -on mieux exprimer cel apud Deum de saint Jean, qui signifie tout ensemble, et en grec comme en latin, être en
(5051) P. 2ÔL
(503:2) Lib. 1 De Trin , c. i n. i; ibid.,c.5. n. 7. (3055) Cleh., in Protrepl. Vitt. up., n. OU. i'i. (5'Joi) Oral, i, in Arc, mute oral. 5, n. 01 et «eq., loin. I.
[5054") Oral. 5, ibid.
Oeuvres comp. de Bosse et. VIII.
A.VEKT1SSEUENTS AUX PROTESTANTS. t5H
Dieu, ôlro avec Dieu, être au| rès de Dieu mi chez Dieu, c'est-à-dire, être quelquu chose qui lui soit très-proche et très-inséparablement uni. Et pour ce qui est d'avoir appelé le Père le seul Tout-Puissant, les moindres théologiens savent que ce n'est rien , puisque Jésas-Christ a d t lui-même : Or c'est la vie éternelle de vous connaître, à mon Père, vous qui êtes le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que vous avex envoyé (Joan. xvn, .'! ; où il ne craint point d'appeler son Père le seul vrai Dieu, avec autant d'énergie que co savant prêtre l'appelle leseulTo tt-Puissant. Je n'ai pas besoin ici de rappeler celte doi trine commune , qu'en parlais! du Père ou du F'ils ou du Saint- Esprit, le seul n'est | a< exclusives personnes inséparables de Dieu, niais de celles qui lui sont étrangères : c'est pourquoi saint Clément d'Alexandrie, qui appelle ici le l'ère le seul Tout- Puissant, reconnaît ailleurs, connue on a vu (30o5), la toute-puissance du Fils, et l'appelle même formellement le seul Dieu, comme le ministre l'avoue (3056). « Hommes, » dit-il (3057), « croyez en celui qui est Dieu et homme : mortels, croyez en celui qui est mort, et qui est le seul Dieu de tous les hommes, s Le Père n'en est pas moins Dieu, comme le F'ils n'en est pas moins toutnmissant.
Après que ces difficultés sont dissipées, la divinité de Jésus-Christ va luire comme le soleil dans saint Clément d'Alexandrie (3058) : « La très-parfaite, très-souveraine, très-dominante et très-bienfaisante nature du Verbe est très-proche, très-convenante, très-intimement unie au seul toutpuissant. C'est la souveraine excellence qui dispose tout selon la volonté de son Père, en sorte que l'univers est parfaitement gouverné, parce que celui qui le gouverne, agissant par une indomptable et inépuisable puissance, regarde toujours les raisons cachées, «et les secrets desseins de Dieu. « Car le Fils de Dieu ne quitte jamais la hauteur d'où il contemple toutes choses; il ne se divise, ni ne se partage, ni ne passe d'un lieu à un autre : il est partout tout entier sans que rien puisse le contenir, tout pensée, tout œil, tout plein de la lumière paternelle, et tout lumière lui-même; voyant tout, écoutant tout, sachant tout ; » c'est-à-dire, sans difficulté , le sachant toujours, «et pénétrant par puissance toutes les puissances ; à qui tous les anges et tous les dieux sont soumis. » Si !e ministre avait vu cinq cents endroits qu'on trouve dans cet excellent auteur, de cette élévation et de cette force, il n'en mépriserait pas comme il fait la théologie (3059). File renverse son système par les fondements. Si le Fils de fiieu est une chose naturellement très-parfaite et toujours immuable, il n'a donc pas en besoin de naître deux fois pour arriver
(■ôOo'i) Ci-ilessus, n. 5iî. 46.
(3036) Jub , p. 253.
(3057) Ci.i.m., in t'rotrep.
■3;i5.S) Slrem.lib. vu. mit.
OELYRES COMPLETES DE liOSSUET.
lao6
à sa perfection. Si son immutabilité exclut jusqu'au moindre changement quant aux lieux et quant aux pensées, c'est en vain qu'on veut lui faire acquérir de nouvelles manières d'être. L'inégalité n'est pas moins excluse, puisque saint Clément Alexandrin vient de le faire si pénétrant, si puissant, et. s'il est permis de parler en cette sorte, si immense , que le Père ne peut l'être davantage. 5-e ministre a donn cité témérairement cet auteur comme tant d'autres, et il ne veut qu'éblouir le monde par de grands noms.
LXXX — Mauvaise foi du ministre sur le sujet de Bullus, protestant anglais, qu'on lui avait objecté dans le premier Avertissement.
Sans entrer dans tout ce détail, qui ne m'était pas nécessaire, dès mon premier Avertissement je lui ôtais en un mot tous les anciens en le renvoyant à Bullus, de qui il pouvait apprendre le véritable dénoûment de tous leurs passages. Mais' sa mauvaise loi parait ici comme partout ailleurs. D'abord il n'a pas osé avouer que Bullus me favorisât, ni qu'un si savant protestant lui enlevât tout d'un coup tous ses auteurs sans lui en laisser un seul : et c'est pourquoi il dit d'abord dans son avis à M. de Beauval (3060) : « Un œuf n'est pas plus semblable à un œuf, que les observations de Bullus le sont aux miennes. >■ On ne peut pas porter plus loin le méninge; et pour le voir en un mot, il ne faut que considérer que cette seconde nativité de quelques anciens se doit entendre selon Bullus (3061), non d'une nativité véritable et proprement dite, mais d'une nativité figurée et métaphorique, qui nu signifiait autre chose que sa manifestation et sa sortie au dehors par son opération : ce que Bullus met en thèse positivement, et ce qu'il répète à toutes les pages (3062), tomme le parfait dénoûment de la théologie de ces siècles. Or, comme cette solution renverse tout le système du ministre, il s'y oppose de toute sa force, en sorte que Bullus disant que tout cela s'entend en ligure, le ministre Jurieu dit au contraire et entreprend de prouver que cela s'entend à la lettre (3063 : et voila comme ces deux auteurs se ressemblent.
Par la même raison on pourrait dire que le Catholique et le calviniste ont le même sentiment sur la présence de Jé>us-Christ dans l'Eucharistie, parce que si l'un la met en vérité, l'autre la met en ligure. Les soeiniens seront aussi de même doctrine que nous, parce que Jésus-Christ est tigurément selon eux ce qu'il est proprement selon nous , Dieu béni aux siècles des siècles {Rom. ix , 3) : l'affirmation et la négation, les lumières et les ténèbres ne seront plus qu'un ; et le ministre trouvera tout en toules choses.
LXXX1. — prodigieuse dijférence entre la doctrine de Bullus et celle de M. Jurieu, qui veut lui être semblable.
Il a bien fallu se dédire d'une si visible absurdité; mais c'est toujours de mauvaise foi : car au lieu que, dans l'avis à M. de Beauval , Bullus et Jurieu étaient deux œufs si semblables qu'il n'y avait nulle différence, dans la sixième lettre du Tableau M. Jurieu se contente qu'il n'y ait pai dans le fond grande différence (306i). Mais quelle plus grande différence veut-il trouver, que celle du sens figuré au sens propre? que celle qui met en Dieu de l'imperfection et du changement, et celle qui n'y en met pas? que celle qui introduit des variations dans les sentiments, et celle qui n'en reconnaît que dans les expressions? que relie qui donne au christianisme une suite toujours uniforme, et celle qui commet les ) ères avec les enfants, les premiers siècles avec, la postérité, qui donne enfin une face hideuse au commencement de la religion et à toute l'Eglise chrétienne.
ARTICLE XL ■ — Que selon ses propres principes le ministre devait recevoir le dénoùmeiit de Bullus, et qu'il tombe manifestement dans l'extravagance.
LXXXII. — Que le caractère de comparaison qui ss trouve dans les passages dont le ministre abusait, ne lui permettait pas de les prendre au pied de la lettre.
Mais pourquoi vouloir obliger le ministre Jurieu, un si grand original en matière de théologie, à suivre les sentiments de Bullus? Je le dirai en un mot, c'est qu'il devait s'y obliger lui-même, pour n'avoir point à dire cent absurdités qu'on vient d'entendre, avec cent autres qu'on découvrira dans la suite; ci si l'on veut parler plus à fond, c'e^t que le sentiment de Bullus portait, surtout dans un homme qui comme M. Jurieu fait profession de reconnaître la divinité de Jésus- Christ, un caractère manifeste de vérité qu'on ne pouvait rejeter sans extravagance. Car d'abord tous les endroits dont le minisire abuse étaient constamment des comparaisons, des similitudes, ou si vous voulez, des métaphores, puisque les métaphores ne sont autre chose que des similitudes abrégées, et encore des similitudes tirées des choses sen-^ sibles pour les transporter aux divines. De là venaient ces extensions, ces portions de lumière, et les autres choses semblables que nous avons observées; c'était si peu des expressions précises et littérales, qu'on eu cherchait d'autres pour redresser ce qu'elles pouvaient avoir de défectueux; et le caractère de similitude y était si marqué, qu'il n'y a rien, comme on a vu, de si ridicule à notre ministre que d'avoir voulu pousser à bout tes comparaisons.
(5061) Def. fid Sic, secl. 5, c. 5, § 3, p. 5"
(5Uli"2) Secl. '2, c. t>, § 1, 7, c. 5, §6, ele
(5063) Jur., Tab.. Irti. 6, p 248, 258, '266.
«357 PART. X. TIIEOL. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. 1353
LXXXI1I. — Que visiblement des comparaiions liras des opérations de notre âme n'étaient encore qu'un bégaiement en les comparant à la naissance du Verbe.
Celles qu'on lire de l'Ame, qui est un es- 1 1 il que Dieu a fait à son image, sont plus pures, mais toujours infiniment disproportionnées à la nature divine. L'architecte) avons-nous dit, répand son idée h toul son art sur son ouvrage : ce qu'il a mis au dehors est en quelque façon ce qu'il avait conçu au dedans; toul cela peut s'appliquer à Dieu lorsqu'il produit I" monde par son Verbe; mais il faut y apporter les distinctions nécessaires, car toul cela ilaus le fond n'e^t ipio similitude et métaphore môme à l'égard de l'architecte mortel, qui à la rigueur L'aide toujours sa pensée, et ne la met pas hors de lui quand il bâtit; à plus forte raison loul cela n'est que bégaiement et imperfection à l'égard de Dieu.
LXXXIV. — Que toute la suite du discours des Pères conduisait naturellement l'esprit au sens figuré et métaphorique.
Mais la comparaison que les Pères pressent le plus est celle de notre pensée et de notre parole, ou comme parle la théologie, de nus deux i aroles ; l'intérieure par laquelle nous nous entretenons en nous-mêmes, et l'extérieure par laquelle nous nous exprimons au dehors. Tous les Pères ont entendu, après l'Ecriture, que le Fils de Dieu était sou Verbe, sa parole intérieure, son éternelle pensée, et sa raison subsistante, parce que verbe, parole et raison, c'est la même chose; et pour la parole extérieure ils la trouvaient attribuée à Dieu au commencement de la Genèse, lorsqu'il dit : Que lu lumière soit, et la lumière fut; qu'il se fasse une étendue, ou un firmament, et il se fit une étendue, ou un firmament (Gen.i,3 seq.); et ainsi du reste. Il est bien clair que cette expression de la Genèse, qui fait prononcer à Dieu une parole extérieure, est une similitude qui nous représente en Dieu la plus parfaite, la plus eflicace, et pour ainsi dire, la plus royale, et en môme temps la plus vive et la plus intellectuelle manière de l'aire les choses, lorsqu'il n'en coûte que de commander, et qu'à la voix du souverain, qui demeure tranquille dans son trône, tout un grand empire se remue. Ainsi Dieu commande par son Verbe; et non-seulement toute la nature, et autant l'insensible que la raisonnable, mais encore le néant même obéit. Une si belle similitude méritait bien d'être continuée, mais en la continuant il fallait toujours se souvenir de son origine. On a suivi la comparaison en disant que cette parole. Que ta lumière soit, et les autres de même nature, étaient en Dieu comme en nous l'image de la pensée; qu'en élisant -.Que la lumière soit, Dieu avait produit au dehors ce qu'il avait au dedans, son idée, son intel-
(5QG'i) Ci dessus, n. U6 et suiv.
(StHiti) Adv. i'rux., n. 5, 6, 7.
ligenee, s. m Verbe, en un mut, qui esi son Fils; qu'il l'avait proféré, prononcé, manifesté au dehors, h la manière que nous l'avons vu (3065); qu'alors il l'avait créé, engendré, enfanté eu q elque façon ; ce »r un discours que nous prononçons après r
médité, esl en quelque sorte la | roduction et
l'enfantement de notre esprit. On sent bien naturellement que toul cela esl la suite d'une comparaison ; mais le ministre veut tout prendre rigoureusement. En poussant la comparaison, Tertullien dit que celte prononciation extérieure où Dieu profère cequ'il pensait, en disant, Que la lumière soit faite, et le reste, est la parfaite nativité du Verbe (:50G0) : lô ministre conclut de là que le Verbe en toute rigueur est vraiment enfanté. Mais comme Tertullien attribue la perfection à cette seconde nativité, à cause qu'en un certain sens et à notre manière d'entendre, une chose est regardée comme plus parfaite lorsqu'elle se manifeste par son action; le ministre s'obstine encore à dire au pied de la lettre que le Verbe change, et acquiert sa perfection par cette seconde naissance, et parce que le même auteur ajoute après, que le Verbe par ce moyen est sorti du sein de son Père, ou pour mettre ses propres paroles (car il ne faut point obscurcir les choses par trop de délicatesse), qu'il est sorti de la matrice de son cœur (3007), le ministre conclut encore qu'avant que Dieu eût parlé, le Verbe était dans son sein, mais seulement comme conçu; au lieu que par sa parole il a été vraiment engendré et mis au jour. Voilà dans Tertullien tout le fondement de ces enveloppements et développements tant vantés, et de cette double naissance qu'on veut prendre au pied de la lettre. Et parce que cet auteur a entassé comparaison sur comparaison, et métaphore sur métaphore, pour trouver parmi les anciens des variations plus que dans les termes, il faudra leur faire tout dire à la lettre, et embrouiller toute leur théologie. Ne voilà-t-il pas une rare imagination et une chose bien difficile à entendre, que le dénoûment de Bullus qui re^tte ce» idées?
LXXXV.— - Démonstration manifeste que tout ici se deiait entendre par similitude.
Mais enfin je vais vous forcer à le recevoir, car cette parfaite nativité de Tertullien n'arrive qu'à ces paroles : Que la lumière soit faite; ce fut alors et à cette voix, que, dit Tertullien (30G8' , le Verbe reçut son ornement et sa parfaite nativité ; ce sont les mots de cet auteur. Mais cette parole, Que la lumière soit,\\e se l'ait entendre qu'après qu'il a été dit : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. [Gen. i, 1.) Le ciel et la terre étaient donc que le Verbe n'était pas encore, ou en tout cas il n'avait pas son être distinct, comme vous le vouliez en 1689, ou son être développé, comme vous l'avez mieux aimé en 1090? Le Verbe était donc aussi alors informe
(3067) Ibid.
^30:i8j Adv. Piax.. a. 7.
que le monde? Mais par qui donc avaient été laits le ciel et la terre? N'est-ce pas encore parle Verbe? et saint Jean en a-t-il tropdit lorsqu'il a prononcé : Toutes choses ont été faites parlai; et pour appuyer davantage, sans lui n'en n'a été fait de ce qui a été fv.it? (Joan. i,3.) .Mois si vous êtes forcé, par cette parole de sais t Jean, à dire que dès ce premier commencement !e ciel et la terre ont eu par le Verbe tout ce qu'ils avaient d'existence; le Verbe les a-t-il faits ava:;t que d'être lui-même, ou avant que d'être partait ou formé et développé, comme vous parlez? Est-ce qu'il s'élevait à sa perfection, à mesure qu'il perfectionnait son ouvrage? Ou bien est-ce qu'il est venu à trois fois et non plus à deux, une fuis dans l'éternité; faible embryon qui avait besoin du sein de son Père, d'où par un premier ctfort il commença à le produire lorsqu'il créa en confusion le ciel et la terre pour l'enfanter tout à fait lorsqu'il produisit la lumière? Quoi ! vous n'ouvrez pas encore les yeux, et vous n'apercevez pas qu'en toutes ces choses il n'\ a point d'autre dénoûment que des significations mystiques, c'est-à-dire des similitudes? En vérité vous êtes outré, et on ne peut plus raisonner avec vous.
LXXXVI. — S'il est possible que Tcrlaliien et les autres Pères aient pensé les extravagances que le minisire leur impute.
Mais pourquoi , me dira-t-on, ne voulezvous pas que Tertullien ail pu penser des extravagances? Si c'était Tertullien tout seul, quoiqu'il n'y ait aucune apparence qu'il en ait pensé de si énormes, ce ne serait pas la peine de disputer pour ce seul auteur. Mais puisque vous ne voulez excepter île ces folles imaginations aucun auteurdes trois premiers siècles, vous mettez en vérité trop d'insensés à la tète de l'Fglise chrétienne, et vous donnez à la religion un trop faible commencement.
LX XXVII. — Q-ic Yexplication qu'on a donnée à Tertullien sert ù plus forte raison pour les autres Pères.
Au surplus, il ne faut pas s'imaginer que le dénoûment qu'on vient de voir ne serve que pour Tertullien; au contraire je n'ai choisi cet auteurqu'à cause que c'est lui qui, par son style ou ferme ou dur, comme on voudra l'appeler, enfonce le plus ses traits, et appuie le plus fortement sur ces deux naissances, étant même le seul qui nous a nommé cette parfaite nativité qu'on vient n'entendre, de sorte qu'on ne peut douter que le dénoûment qu'on emploie pour Tertullien, à plus forte raison ne serve aux ;tulres, au nombre de cinq ou six qui ont eu à peu près la même pensée; et en voici une raison qui ne laissera aucune réplique au ministre.
(5069) Tr.icr., Adv. Prax., n. 7.
(5069*) Tubl., leil. U, [i. 2S0.
LXXXVH1. — Ateu du ministre, qu'on ne peu! entendre Tertullien et les autres Pères
son:: avoir recours au sens fujuré.
Le même Tertullien, lorsque Dieu proféra ces mots, Que la lumière soit faite, dit qu'il proféra une parole sonore (3069), comme le traduit M. Jurieu (3009*), vox et sonus oris ; aer offensus inteliiyibilis auditu. Le ministre croit trouver la même chose dans Lactance, dans saint Hippolyte et dans Théophile d'Antioche, qui selon lui, ont admis cette parole sonore, c'est-à-dire sans dillicu lié, comme il en convient, une parole externe et proféré: à l'extérieur. Mais a-t-il pris au pied de la lettre les ex, ressi ins de ces Pères ? Point du tout : il a bien su dire qu'on voit bien que cela ne se doit pas prendre à la rigueur, comme u fait le P. Petau ; on le voit bien par l'absurdité excessive de ce sentiment, qui ne peut jamais être tombée dans une tète sensée. Pourquoi donc n'ouvrir pas les yeux h de semblables absurdités qu'il attribue lui-même à ces Pèies ? Pourquoi ne 1 as recourir à une figure qu'il a déjà reconnue en cette même occasion dans ee^ auteurs? Et ; ourquoi s'obstiner toujours à leur faire dire, au sens littéral, que le Verbe naisse imparfait dans le sein de Dieu; que sou Père ou n'ait pas pu ou n'ait pas voulu lui donner sa perfection d'abord ?
LXXXIX. — Que toutes les locutions d--s Pères déterminaient l'esprit au sens f\guré.
La suite même des choses excluait ce dernier sens. Les mêmes qui ont employé dans leurs interprétations cette parole résonnante, l'ont considérée comme un corps et un revêtissement que Dieu donnait à son Verbe, de même que nos paroles sont une espèce de corps et de revêtissement que nous donnons à nos pensées. En suivant la comparaison, et pour donner plus de substance, ou, si l'on veut, [dus de corps à cette parole résonnante par laquelle on veut que Dieu ail créé la lumière; quelques-uns lui ont attribué une subsistance durable, semblable à celle que nous donnons à nos pensées et à nos paroles, lorsque nous les mettons par écrit. Tout cela est-il vrai à la rigueur? Dieu a-t-il écrit ce qu'il disait ''Mais a-t-il effectivement parlé ? à qui, .et en quelle langue? à la matière qui était muette et sourde? ou aux hommes qui n étaient pas ? ou aux anges à qui il ait donné pour cela des oreilles comme à nous? Forcé par l'absurdité d'une telle imagination, le ministre reconnaît ici une figure dont l'esprit est en (ieux mots, que Dieu agit au dehors par son Verbe qui est son Fils; qu'il agit en coinmandaui, c'est-à-dire, avec un pouvoir absolu; que le Verbe par qui il commande, et qui est lui-même son commandement ainsi qu'il est sa parole, est une personne (3070 ; et que la même vertu par laquelle il a une
(5 701 Ci ili ssus, n. Û0.
'"'V'I1'' le mle' subsiste éteraellemenl
pour l" conserver.
XC. r Principe du ministre, qui ne veut pas W™ Prenne es Pères pour des insensés; qi avec sa double générait n il (es fait plus insensés que ceux qui tes font ariens
,'""r Passer A bout le ministre par sus
K1?,? Principes, roici «'» '<^<» comme il
°n f les anciens ont reconnu le Fils
« Dieu éternel, non plus engerme etensemen-
"./onjnleild.saitenl689,carilnerapS ^d'™ depuis, mais en existence et en >ersonne s:« Ce ■serau, . dit-i (3071),» une erreur ■ d f croire comme ils ont cru qu'il est cendré de la substance du Père sans croire 10 il sou éternel. » Il a raison, car pour Pn venir à celte folie, il faudrait croire' el substance de Dieu ne serait pas éternelle
J/:,"" c," I frait séparer Pson £ il !
passons outre, cela est trop clair pour nous
en pariant des mômes Pores (3072), «qu'il g^Çro'reque ceux qui errent ne sont pas tous , et que ce serait l'être, et se contredire
;.;;;;;; ;;:;;-e:olV;,,erede\ln-e.[)soh1^ ' ' PJrt. !!•'« le Fils est une même subs-
leî?nd?n?m. ?S.l00ë,erne,au W«. et dire
lie mi , 2 ;,,Ur;' comrflencé. ». A la bonne
foieSfon? „?Ul.-i°n0 |,US t1ue Ics anciens £; ' '" «s, ni qil ls se contredisent d'une manière fol le: mais s. c'est une absurdité de être tnZ?LSm de.mÔ0,e «obslance sans « ■ ; m , ' °" ''" °" soit coétern'el, etque jepen. a ton ait commencé, ce n'en est pas u.,e moudre ni moins sensible, que de croire quon sou de même substance, sans Zo re
Kct1nnaUSSie,nt0utetPa,tôutde Se
Perlei tion ; que de croire qu'on soit éternel
«Ç«o«re qu'on le.soitWen tout "S qu on est; que de croire avec tous les Pères quon m t immuable, et qu'on change cependant , que la substance soit indivisible el «|uonnent,re au pied de la lettre qu'une »oi Ho ; ou quon s'enveloppe et se développe un de l'autre, sans être des corps et sans changer ; quede croire enfin, qu'on soit Dieu sans être parfait, et qu'on soit parfait ou heureux orsqu on manque de quel, nie cb, se ; ou m, il n arrive point de changement dans la substance du Père, lorsqu'il survient quelque chose à son Fils qui est dans son
fcfi» °VlUe ,e Pèrene soit Pas d'abord parfaitement Père, et qu'il laisse mûrir son Fils
Ïn|8.SeVrr?i11?8 ' C0U1QJe UMe ,llè!>e imP«'S-
sante ; et toutes les extravagances aussi brutales qu impies que nous avons vues.
XC1. —Que l'erreur que le minisire attribue aux Pères est la folie la plus manifeste qu onpûtjamais imaginer, et que lesocrniamsme ou l arianisme ne sont rien en comparaison.
.Je maintiens que les ariens et les socimens n ont rien de si insensé que cette doctrine ; car on peut bien avoir cru, ou avec
(3073) Adv. Prax., n. 7.
AVEKTISSEME.NTS AUX PROTESTANTS. 1303 les orthodoxes, que le Fils de Dieu fût nt- de toute éternité par une seule et même nais sance.ouquil fût nétoutà fait el toul Pnht dans le temps, et vraiment tiré du néant «oilà deux extrémités inflniment opposées" mais quon peut tenirsépaiémentl'une et l'autre, sinon avec vérité, du moins avec des principes en que que sorte suivis: mais qu'en sunposant le Fils de Dieu éternel et de même substance que pieu, on le supposât en même emps si imparfait .qu'il ne pût venir d'abord ootentier, et qu'il lui fallût du temps pour le meure à terme ou que son Père le changeât lui-même volontairement dans son sein, et I avançât a sa perfection avec le temps : c est attribuer au Père et au Fils tant d'impuissance tant d'imperfection, et un si pitoyable changement, qu'on no peut l'avoir pensé de cette sorte, comme le ministre le tait penser non à trois ou a quatre inconnus, mais a tous les Pères des trois premiers siècles, sans une folie consommée.