XCII. — Que dans les passages de Terlullien
objectés par le ministre, la métaphore saute
aux yeux à toutes les lignes.
Et sans tant de raisonnements , qui oblim™ Prendret<>«Jours à la lettre Terlullien (JJ7JJ, le plus figure, pour ne pas dire 1<j plus outre de tous les auteurs? Car peut-on expliquer seulement six lignes dans les endroits dont il s r.-it, sans avoir cent fois recours à la figure ? Cette parole sonore que nous avons vue , n'est-ce pas une inévitable ligure, de l'aveu du ministre Jurieu ' meus agitait en lui-même, comme Terlullien le répète par deux fois (307V), et il travaillait en pensant à faire le monde :1e peut-il dire aJ1aJ?Ure' hl"lui dit dans les mômes lieux (JO 75), que rien n'est difficile à Dieu, el qu'à lui vouloir et pouvoir c'est la même chose ? Avant que Dieu eut parle, dit encore Terlullien, il médita ce qu il allait faire. N'v pensait-il pas auparavant et de toute éternité ? Aussitôt que Dieu voulut mettre au jour ce qu'il avait disposé, ilproférason Verbe. Ne pensa-t-il donc
encore un coup à son ouvrage, que lorsqu'il donna ses ordres pour l'exécuter ? Qui ne voit manifestement les mêmes façons de parler, qui font dire que Dieu se'repent ou qu il se fâche ? Mais si pour conserver dans ces expressions la majesté infinie du Père céleste, il faut nécessairement sortir du sens littéral et rigoureux, quelle peine peut-on avoir à les adoucir pour l'amour du Fils de Dieu ? Mais en les adoucissant, toul vous échappe: vos deux nativités s'en vont, puisque Terlullien est le seul où vous trouvez la parfaite nativité et la conception du Verbe, et qu enfin vo ,s n'avez point de plus ferme appui do votre cause.
XCIÏI. — Mauvaise foi du ministre qui objecte des passages de Terlullien que luimême il ne peut prendre au pied de la lettre. Mais il objecte que Terlullien a' dit des
(3071) Conl. Hermorj., n. 18; ib<d 4S (30/5) Adv. Prax., n. 10.
choses encore nlus dures, puisqu'il y a des passages où il ait que le Père seul était éternel, et que le Fils a eu un commencement (307G). Sans enlrer dans la discussion de ces passage*, on voit bien que le ministre les allègue à tort, puisque c'est évidemment contre lui-même ; car constamment ce qu'ils contiennent est si excessif, qu'on ne peut le soutenir nu pied de la lettre, que dans le sens des ariens, qui nient l'éternité du Fils de Dieu. Il faut donc ou les abandonner à ces hérétiques, ce que le ministre ne veut pas, ou bien les tempérer par quelque ligure, qui est pourtant précisément ce qu'il nous conteste.
XC1V. — Mauvaise foi du ministre évidemment démontrée par la réponse qu'il fait lui-même à Ttrtutlien.
Et pour montrer qu'il ne veut qu'amuser le monde, il ne faut qu'entendre ce qu'il dit lui-même sur ces passages de Tertullien : « C'était, » dit-il (3077), < un esprit de feu qui ne savait garder de mesure en rien, et qui outrait tout. En disputant avec sa chaleur ordinaire contre Hermogène qui faisait la matière éternelle, il a poussé sans bornes la théologie de son siècle sur la seconde généraiion du Fils, pour montrer que rien n'était, à parler proprement, éternel que le Père. Mais il ne faut pas s'imaginer qu'il ait eu dessein de nier cette existence éternelle qu'il donnait au Verbe dans le sein et dans le cœur de Dieu. » Tout ce discours aboutit à vouloir trouver de la justesse dans les mouvements d'une imagination, qu'on suppose si échauffée. Mais après tout, pour faire sentir au ministre la bizarrerie de ses pensées, demandons-lui ce qu'il prétend faire de Tertullien ? Un arien qui ne veuille pas que le Fils soit de même substance que son Père .' Cet auteur a dit cent fois le contraire : et le ministre en convient. Quoi donc ? Un fou qui ne crût pas que l'éternité fût de la substance de Dieu, ou qui crût qu'on pût Être Dieu sans être étemel ? Il a dit tout le contraire dans le propre livre d'où ist tiré le passage dont nous disputons. «Par où, a ditil (3078), « connait-on Dieu elle met-on dans son rang, que par son éternité?» Et ailleurs : « La substance de la divinité c'est l'éternité, qui est sans commencement et sans fin (3079). » Donc le Fils de Dieu étant Dieu, de même substance que Dieu, il faut qu'il soit éternel. Enfin, que voulez-vous donc que Tertullien ait pensé, lorsqu'il a dit que le Fils de Dieu n'était pas sans commence- '• cernent ? C'est, dites-vous, qu'il n'était pas sans commencement selon une manière d'être, eten qualité de Verbe, quoiqu'il fût sans commencement dans le fond de sa personne 'et en qualité de sagesse. D'abord cela est absurde, étale prendre au pied de la lettre, contre toutes les idées des Chrétien-. Mais [lassons tout au ministre. Supposé que Tertullien contre ses propres principes, et
l507"j Tub., 1,-n. 6, |P. 262;
lôUiS) Coin, lierai., h, i.
contre tout ce qu'il a dit dans les endroits qu'on a vus, ait voulu faire le Fils de Dieu niuable et né deux fois à la rigueur, aurat-il du moins raisonné juste ? Point du tout, dit M. Jurieu (3080), il aura toujours poussé sans bornes la théologie de son siècle ; et il demeurera pour certain qu'il n'a pas pu dire que le Fils de Dieu eûl commencé d être, puisqu'il a, selon lui-même, une subsistance éternelle. Mais poussons encore plus avant. Cet autpur n'a-t-il pas dit clairement en plusieurs endroits, et même contre Hermogène, qui est le livre dont il s'agit, que ce qui est éternel ne change en rien, ni en substance, ni en qualité, ni en accident, ni enfin eu quoique ce soif? Nous en avons vu les passages qui ne soutirent point de réplique (3081). Mettez qu'avec ces principes un homme entreprenne de dire, que celui qui est éternel naisse deus fois au pied de la lettre, et qu'une seconde naissance lui ùte ce qu'il avait, ou lui ajoute ce qu'il n'avait pas ; cela ne se peut, et l'humanité y résiste. On ne peut pas si ouvertement se contredire soi-même, ni oublier à l'instant ce qu'on vient d'écrire. En tout cas Tertullien se sera donc contredit ; il se sera donc oublié: il faudrait donc (tour cette fois laisser là ce dur Africain, sans faire un crime à toute l'Eglise des obscurités de son style et des irrégularités de ses pensées.
XCV. — On indique le vrai dénotaient du passage de Tertullien contre Hermogène; et on démontre manifestement la mauvaise foi du ministre.
Je ne parle pas en cette sorte de Tertullien dans l'opinion de ceux qui s'imaginent avoir droit de le mépriser, à cause que son style est forcé, et qu'il s'abandonne souvent a sa vive et trop ardente imagination; car il faut avoir perdu tout le goût de la vérité, pour ne pas sentir dans la plus grande partie do ses ouvrages, au milieu de tous ses défauts, une force de raisonnement iiui nous enlève, et sans sa triste sévérité, qui h la lin lui fit préférer les rêveries du faux prophète Montai! à l'Eglise catholique, le christianisme n'aurait guère eu de lumière plus éclatante. Je ne l'abandonne donc pas en cet endroit, et je croirais au contraire pouvoir faire voir, s'il en était question, que tout ce qu'il a de dur dans son livre contre Hermogène, il ne le dit pas selon sa croyance, mais en poussant son adversaire selon ses propres principes. Maintenant il me suffit de démontrer l'injustice de notre ministre, qui ne cite de bonne foi aucun des Pères qu'il produit, et qui renverse lui-même le témoignage qu'il tire de Tertullien, en voulant le prendre à la lettre, dans un endroit où il avoue qu'il est outré au delà de toute mesure.
XCVi. — Raisons du ministre pour exclure
la métaphore de Butins; absurdité manifeste
de ta première raison.
On A honte des pitoyable- raisons qu'il
(5070) .\d .Vn(., lib. il, c. 5.
(5080) Ibid,
^CUSlj Ci- dessus, d. 13
i:,t;.. PART. X. THEOL. POLEMIQUE. —IV.
oppose à Bullus, qui lui montrai! le grand chemin; les v >i-i : La première, onne prouve
pas 1rs métaphores, comme l''-- anciens «ml prouvé cette seconde naissance) ci cedéveloppementdu Verbe; car les métaphores sont îles faussetés prises ri prouvées dans le sens littéral ^W82). Voilà de ces faux principes qu'on jette ni l'air quand on ne sait ce qu on dit, ci qu'on ne veut qu'étourdir un lecteur; car le contraire île ce qu'il avance est incontestable. Ou prouve les similitudes et les comparaisons, soit qu'elles soient étendues, soit qu'elles soient abrégées et réduites eu métaphores, quand on les explique et qu'on en montre les convenances. On prouve tous les jouis aux Juifs que Jésus-Christ est cette étoile de Jacob que ut Baiaam (Num. xxiv, 17), cette Heur de la tige de Jessé que vit Isaïe [Isa. xi, l), celle pierre rejetée d'abord et ;>uis mise à Pangleque chanta David. (Psal. cxvh,22.)Nous prouvons très-bien aux protestants que l'Eglise esl la maison bâtie sur la pierre [Malt h. vu, 24, 25), c'est-à-dire qu'elle esl inébranlable, et la cité élevée sur une montagne (Mutlh. v, IV), c'est-à-dire qu'elle est toujours visible. Les protestants eux-mêmes prouvent lous les jours que les sacrements sont des sceaux de la grâce et de l'alliance, contre ceux qui n'y reconnaissent que desimpVes signes île confédération entre les fi èles. On prouve donc une métaphore et une ligure, lors pj'on prouve qu'une ligure explique parfaitement bien une vérité, cl qu'elle ëjiuise tout le sens d'un discours. Ainsi les Pères ont très-bien prouvé, non pas que le Verbe, qui est né de toute éternité, naisse de nouveau au commencement des temps, car cela porte son absurdité dans ses propres termes; mais que le Verbe qui était caché dans le sein de son Père a opéré au dehors, et qu'il a été manifesté, lorsque Dieu a commandé à l'univers de paraître; ce qui était en un certain sens produire son Verbe, et mettre au jour sa pensée, comme il a été expliqué souvent.
XCVII. — Faux axiome du ministre, qui dit qu'on ne se sert pas de métaphores avec les païens ni avec les hérétiques : il détruit luimême ce faux principe.
La seconde raison n'est pas meilleure : « En disputant contre les hérétiques, ou contre les païens ennemis du mystère de la Trinité, parler métaphoriquement ce sera't la dernière imprudence, el une inexactitude qui ne pourrait se supporter. » Au contraire, c'est précisément les esprits grossiers des païens qu'il fallait tâcher d'élever aux vérités intellectuelles par des expressions tirées des sens. Aussi lout est-il rempli de ces expressions dans ies livres qu'on a faits pour les instruire; et il faut n'avoir rien lu, ou n'avoir rien digéré, pour le nier. J'en dis autant des hérétiques. On a si peu évité les similitudes, ou, si l'on veut.
(508-2) Tab., leil. 6, p. 248.
(5082-) Jciî. ibid.
(508 i ) Tuer., Ado. Prax., cap. E>, V.
AVERTISSEMENTS MX PROTESTANTS. 1306
les métaphores, dans les écrits qu'on a faits pour les confondre, qu'on on a même inséra dans les symboles où on les coudai une, puisqu'on a ait dans celui de Nicée : Dieu de Dieu, lumière de lumière. Les hérétiques sont grossiers a leur manière, quoiqu'ils soient, 'cm oie plus opinifltres. Comme opiniâtres, on les abat par la parole de Dieu; comme grossiers, on se sert de tous les moyens, par où on tache d'élever les esprits infirmes ,:i la sublimité des mystères. Il n'y a donc rien de plus pitoyable, que de raisonner en celle sorte : « Terlnllien disputait contre Praxéas et contre des hérétiques qui niaient la Trinité; Théophile disputait contre des païens (3082*): » donc ils ne devaient point user de métaphores. Mais, au contraire, tout en est plein dans ces ouvrages, et entre autres on y voit en termes précis celle dont nous disputons. C'est dans le livre contre Praxéas, que Tertul lien attribue la seconde naissance du Fils a cette parole sonore et extérieure dont nous venons do parler. Le ministre en produit lui-même le passage (3083), et le traduit en ces termes : « Alors, » dit Terlullien (308V), « la parole reçut sabeauté et sou ornement, savoir la voix et le son, quand Dieu dit : Que la lumière soit; et c'est là la parfaite naissance de la parole. » Or c'est précisément de cette expression de Tertullien que le ministre a prononcé, comme on a vu, qu'il ne la faut pas entendre à la rigueur (3085). Il trouve la même expression dans le livre de Théophile contre les païens (3086). Ainsi, dans ces deux auteurs, cette seconde naissance est visiblement exprimée par une similitude : et le ministre songe si peu à ce qu'il dit, qu'il .exclut cette figure non-seulement des mêmes ouvrages, mais encore tics mêmes passages où il l'admet. XCVIII. — Que le ministre, pour éviter de
faire dire des absurdités aux anciens, leur
en fait dire de plus outrées.
La troisième et la dernière raison a déjà été touchée ; c'est, dit le ministre (3087), « que sur une simple métaphore, les anciens ne se seraient pas emportés à dire des choses si dures, eu disputant contre l'éternité de la matière. » Ces anciens, qui ont dit ces duretés au sujet de l'éternité de la matière, se réduisent à Terlullien, qui semble dire que le Fils de Dieu a eu un commencement, et qu'il n'y a que le Père qui soit éternel, et le ministre prétend que pour sauver cet esprit outré, comme il l'appelle, et couvrir les absurdités vraies ou apparentes de son discours, il faut lui en faire dire de plus excessives, n'y en ayant point de pareilles à celles de ces deux naissances, ni qui soient pleines d'ignorances, de contradictions et d'erreurs plus insensées.
XCIX.— Le ministre a senti lui-même que ses sentiments étaient outrés.
On voit donc qu'il n'y avait rien de plus.
(3086J lbid.
(3087) lab., lcll. 0, p. 218.
nature! que le sentiment de Bulius, et que le ministre y était entré en quelque façon. J'ai même remarqué qu'en attribuant à l'ancienne Eglise les absurdités de ces deux naissances, il n'a pu s'empêcher d'en fane paraître une secrète peine (3088: : c'est pourquoi bien qu'il eût dit et redit qu'il voulait prendre à la lettre et sans figure ces portions el ces extensions de la nature divine, il a fallu y ajouter des pour ainsi dire, qui adoucissaient la rigueur d'un dogme affreux. Celte seconde naissance s'est faite par voie d'expulsion , pour ainsi dire ,308;!); Dieu, pour ainsi dire, développant ee qui était renfermé dans ses entrailles (3090). Kt encore qu'il se propose dans tout son ouvrage de faire voir des changements véritables, el de nouvelles manières d'être réellement attribuées à Dieu par les saints Pères (autrementses variations prétendues de l'ancienne Eglise s'en iraient a rien), il afa'lu dire que ces manières d'être sont en quelque sorte nouvelles (3091 j ; c'està-dire qu'il a senti que son lecteur serait offensé 'les imperfections et des nouveautés qu'il faisait attribuer à Dieu par les anciens Pères. A la bonne heure, qu'il achève donc us se corriger, et qu'il laisse en repos les premiers siècles qui l'ont l'honneur du christianisme. On voit bien qu'il le faudrait faire, el donner gloire à Dieu en se rétractant : mais il faudrait donc se résoudre à ne plus parler des variations de l'ancienne Eglise ; et ce dangereux principe de M. de M eaux, q::e la religion ne varie jamais, demeurerait i n il ira niable.
C. — Le miyiistre, en accusant revécue de Mi aux de fourberie el de friponnerie, trompe visiblement son lecteur, el lui dissimule ce qui Hierait d'abord toute la difficulté.
îl s'élève ici contre moi une accusation, dont voici le litre à la tète de l'article iv : Fourberies de l'évéjue de Meaux (3092). Mais quelque rude que soit ce reproche, le ministre n'est pas encore content de lui-même; et examinant la conduite que j'ai tenue avec lui dans mon premier Avertissent ?nt : « On « peine, dit-il (3093), à nommer une telle conduite, mais il faut s'y résoudre : on ne saurait donc l'appeler autrement qu'une friponnerie insigne. » Vous le voyez; il a peine à lâcher ce mot, tant les injures lui coûtent à prononcer; mais après qu'il a surmonté celle répugnance, il répète plus aisément la seconde fois, la friponnerie de levique de Meaux; et on voit qu'il a île la complaisance . po-.ir cette noble expression. Le fondement de son discours est d'abord que je le renvoie au P. Petau et à Bulius tout ensemble, pour apprendre les vrais sentiments des Pères des trois premiers siècles : « Pour achever son portrait, « dit- il (309i), * M. de
(30881 ri .tissus, n. 88.
i5o.SC) ['. 237.
(5u92) lab., Icu. (î.
;5tS5) liid., [ ï< :
Meaux ne pouvait mieux faire que de joindre, comme il a fait, Bulius à Petau, comme travaillant à la même chose, puisque Bulius s'est occupé presque uniquement à réfuter Petau pied à pied. Ceux qui ont lu ces deux auteurs sont épouvantés d'une telle hardiesse (3093), » de faire aller ensemble deux auteurs si directement opposés.
11 dissimule que ce que j'allègue du P. Petau n'est pas son second tome que Bulius réfute, mais une préface postérieu-e dont Bulius ne parle qu'une seule fois et en passant: et si j'avais à me plaindre de la candeur de Bulius, ce serait pour avoir poussé le P. Petau, sans presque faire mention de cette préface où il s'explique, où il s'adoucit, où il se rétracte, si l'on veut; en un mot, où il enseigne la vérité à pleine bouche.
CI. — Que le ministre objecte en vain le P. Petau, qui s'est parfaitement expliqué dans la préface de son second toiue des Dogmes lh éoloy ii/ues .
Quelle réplique à un faitsi importanl?C'est une friponnerie, et, dit M. Jurieu (3096), on ne peut rien imai/iner de plus infâme que d'épargner le P. Petau, et d'accuser ce ministre qui dit beaucoup moins. Mais pourquoi allé, uer toujours le P. Petau, qui a dit là vérité tout entière dans un écrit postérieur? Que M. Jurieu l'imite, qu'il s'explique d'une manière dont la foi de la Trinité ne soit point blessée, nous oublierons ses erreurs : mais puisqu'au lieu de se corriger, plus il s'excuse, plus il s'embarrasse, et qu'il s'obstine à soutenir dans la Trinité de la mutabilité, (Je la corporalité et de l'imperfection, et ce qui est en cette matière le plus manifeste de tous les blasphèmes, une réelle et véritable inégalité; ou qu'il craigne la main de Dieu avec ses faux dogmes, ou qu'il cesse de les soutenir, et de favoriser les impies.
Cil. — Mauvaise foi du ministre, qui accuse le P. Petau d'avoir établi, dans sa préface, la foi de la Trinité, comme auraient fait les ariens et les sociniens.
Le ministre répond ici : « Que nous importe, après tout, ee qu'a dit le P. Pelau dans sa préface (3097)? » Mais c'est le comble de l'injustice, car c'est de même que s'il disait : que nous importe, quan 1 il s'agit de condamner un auteur, de lire ses derniers écrits, et de voira quoi, à la lin, il s'en est tenu? Mais entin, pour en venir à celte préface, « le P. Petau,» dit le ministre (3098), « y prouve la tradition constante de la foi de la Trinité dans les trois premiers siècles, coin i e un soeinien ou du moins un arien la pourrait prouver. » !l faut avoir oublié jusqu'au nom de la bonne foi et de la pudeur pour écrire ces paroles. Bulius, la
50981 'fut.
ir.eo PART. \. tu: OL. POLEMIQI ::.
grand ennemi du P. Pelau, lui fait voir, dans le seul endroit qu'il cite de i etto préface (3099), que le P. Petau y a ri mu,
dans saint Justin, « une profession de la foi i '■ la i rinité, à laquelle il no si' peut rien ajouter, aussi pleine, aussi entière, aussi i Ificace qu'on ['aurait pu faire daus le eoncilo i!f Ni. ée : d'où s'ensuit, dans le Fils de Dieu, i.i communion ri l'identité de substance avec son Père, sans aucun partage, et en un mot la consubstantiaiité du Père et du Fils. » l.o ministre no rougit-il pas, après cela, d'avoir osé dire que le P. Pelau défend le mystère de In Trinité, comme aurait pu faire un arien et un socinienî Mais, sans nous arrêter à ce passage, il ne faut qu'ouvrir la préface du !'. Petau, pour voir qu'il entreprend d'y prouver que les anciens « conviennent avec nous dans le fond, dans la substance, dans la chose mémo du mystère de la Trinité, quoique non toujours dans la manière de parler; » qu'ils sont sur ce sujet sans aucune tache (3100) : qu'ils ont enseigné de Jésus-Christ, « qu'il était tout ensemble un Dieu infini et un homme qui a scs bornes; et que sa divinité demeurait toujours ce qu'elle était avant tous les siècles, infinie, incompréhensible, impassible, inaltérable, immuable, puissante par elle-même, subsistante, substantielle, et un bien d'une vertu infinie (3101) : ce qui était, ajoute le V. Pelau, une si pleine confession de loi de la Trinité, qu'aujourd'hui même, et après le concile de Nicée on ne pouvait la faire [dus claire (3102). » Voilà, selon M. Jurieu, établir la loi de la Trinité comité pouvait faire un arien. Enfin, le P. Petau remarque même, dans Origèiie,/adt'»jmïe'(fe lu Trinité adorable (3103); dans saint Denis d'Alexandrie, la coélernité et la consubstantiaiité du Fils; dans saint Grégoire Thaumaturge, un Pire parfait d'un Fils parfait; un'Saint- EsprAt parfait, image d'un Fils parfait; pour conclusion, la parfaite Trinité : et, en un mot, dans ces auteurs, la droite et pure confession de la Trinité (3IOi) : en sotte que, lorsqu'ils semblent s'éloigner do nous, c'est, selon ce Père (3105), ou bien avant la dispute, comme disait saint Jérôme (310(5), moins de précaution dans leurs discours, te substantiel de la foi demeurant le même jusque dans Tcrtullieu, dans Novatien, dans Arnobe, dans Lactance même, et dans les auteurs les plus durs (3107); ou en tout cas des ménagements, des condescendances; et, comme j ai lent les Grecs, des économies qui empêchaient de découvrir toujours aux païens, encore trop infirmes, Vintime et le secret du mystère avec la dernière précision et subtilité (3108). Par conséquent il est constant, selon le P. Petau, que toutes Jes
(3099) Def. [;d Nie, sel. 2, c. i, 55, p. 109; I'twf. in l. Il Tlteol. du<jm.} <•. 5, il. i;
(3100) Prœf., c. 1, ii. 10, 1-2; c. 2, S, etc.
(5101) Ibid., c. 1, n. "2.
(5102) Ibid.
(5105) Ibtd., n. 5.
(3404) Ibid., ». i, 5.
(3105! Ibid., c. 3, n. 0.
différences entre les anciens et nous dé| dont du stj le el de la méthode, jamais de la substance do la loi.
CIH.- -Que ce que le ministre objecte du P. Petau n de M. l'abbé II net, nommé évéque il Avranches, ne I ex( use pas.
Voilà d'abord une réponse qui l'orme la bouche : mais d'ailleurs, quand ce savant Jésuite ne so soi.ot pas expliqué lui-môme d'une manière aussi pure et aussi orthodoxe qu'on vient de I entendre, à Dieu ne plaise qu'il soit rien sorti de sa boui ho qui approche des égarements de M. Jurieu. (Je ministre croit me mettre aux mains avec les savants autours de ma communion, en proposant à chaque page le grand savoir du P. Petau et de M. Huet (3109) et me reprochant en même temps « que si j'avais traversé comme eux le pays de l'antiquité, je n'aurais pas fait dos avances si téméraires; mais qu'aussi je no savais rien d'original dans l'histoire de l'Eglise, et que ni je n'avais vu par moi-même les variations des anciens, ni bien examiné les modernes qui «nt traité de cette matière. » C'est ainsi qu'il m'oppose ces deux savants hommes. Mais quelle preuve nous donne-t-il de leur grand savoir dans les ouvrages dos Pères? J'en rougis pour lui : c'est qu'ils les ont faits ce qu'ils ne sont pas, de son aveu propre; c'est-à-dire, le P. Pelau formellement arien, et M. Huet, guère moins (3110). C'o't ainsi qu'il met le savoir de ces deux fameux auteurs, en ce qu'ils ont imputé aux Pères dos erreurs, dont lui-même il les excuse. Pour moi, je ne veux disputer du savoir ni avec les vivants, ni avec les morts; mais aussi, c'est trop se moquer de ne les faire savants que par les fautes dont on les accuse, et de ne prouver leurs voyages dans ces vastes pays de l'antiquité, que parce qu'ils s'y sont souvent déroutés. Je lui ai montré le contraire du P. Petau par sa savante préface. Pour ce qui regarde M. Huet, avec lequel il veut me commettre, il se trompe : je l'ai vu dès sa première jeunesse prendre rang parmi les savants hommes de son siècle ; et définis, j'ai eu les moyens de me confirmer dans l'opinion que j'avais de son savoir, durant douze ans que nous avons vécu ensemble. Je suis instruit de ses sentiments, et je sais qu'il ne prétend pas avoir fait arianiser ces saints docteurs, comme le ministre l'en accuse. A peine a-i-il prononcé quoique censure, qu'il l'adoucit un peu après, il entreprend de faire voir, dans les locutions les plus dures de son Origène même (3111), comme sont celles de créature, et dans les autres, «qu'on le peut aisément justifier; que la dispute est plus dans les mots que
(5100) Hier., apol. I, uunc apol. 2, ad Ihifui., ion.. IV, part. n.
(5107) Ibid., o. S, n. 1, 3, 5.
(31U8) Ibid., c. 5. n. 5; /" Aven., n. 28. (3!0'J) P. 273.
(5110) lab., leit, G, p. 291.
(5111) Origeh.,c. 2, .j 2, n. 10, 17, 21 2S.
dans les choses; que si on le condamne en expliquant ses paroles précisément et à la rigueur, on prendra des sentiments plus équitables en pénétrant sa pensée. » Il est même très-assuré qu'il ne traitait pas expiés cette question, et qu'il n'a parlé des autres Pères que par rapport à Origène, ou pour l'éclaircir ou pour l'excuser. Enfin, il est si peu clair que ce prélat fasse Origène ennemi de la consubstantialité du Fils de Dieu, que pour justifier ce Père sur cette matière, le protestant anglais qui nous a donné son Traité de l'oraison , nous renvoie également à M. Huet et à Bullus (3112'. Je n'en dirai pas davantage : un si savant homme n'a pas besoin d'une main étrangère pour le défendre, et si quelque jour il lui prend envie de réfuter les louanges que le ministre lui donne, il lui fera bien sentir que ce n'est pas a lui qu'il faut s'attaquer. Mais, après tout, quand il serait véritable que le P. Petau, autrefois, et M. Huet aujourd'hui, auraient aussi maltraité les anciens que le prétend M. Jurieu, leur ont-ils fait dire, comme lui, que la nature divine est changeante, divisible et corporelle? Ont-ils dit que la perfection de l'Etre divin, sa spiritualité et son immutabilité n'étaient pas connues alors? que l'opinion constante et régnante était opposée à la foi de la Providence? et les autres impiétés par où le ministre fait voir, qu'on ôtait à Dieu, dans les premiers siècles, non-seulement ses personnes, mais ce qui est pis, son essence propre, et les attributs les plus essentiels à la nature divine, que les païens mêmes connaissaient? Quand donc le ministre assure que j'épargne les savants de mon parti, et que je ie poursuis en toute rigueur, lui qui en a dit infiniment moins (3113), il jette eu l'air ses paroles sans en connaître la force, puisqu'il n'y a rien eu jusqu'ici qui ait égalé ses égarements sur ce sujet. H se vante « d'avoir dit en propres terme-, dans ses lettres de 1689, que les anciens faisaient la Trinité éternelle, tant à l'égard de la substance que des personnes (3114). «Mais il y a dit précisément le contraire, puisqu'il y a dit, comme on a vu (3115), que le Fils*de Dieu n'était dins le sein du Père que « comme un germe, et une semence qui s'était changée en personne un peu devant la création. » Lorsqu'il blâme le P. Petau d'avoir dit « que le Fils de Dieu n'était pas une personne distincte du Père dès l'éternité (3116), » il le blâme de. sa propre erreur; et lui-même l'assurait ainsi, il u'v a pas encore deux ans, connue on a vu (3117). Si le P. Petau est blâmable, selon lui, d'avoir fait arianiser quelques Pères, nonnulli, ou de les avoir tous comptés, très-peu exceptés, entre ces
prétendus ariens (3118); que dira t-on du ministre, qui, méprisant tout tempérament et tout correctif, ose dire, à pleine bouche • et moi, je n'en excepte aucun' 11 n'en excepte ni n'en exempte aucun d'avoir dit que le Fils de Dieu, comme Verbe, avait deux nativités actuelles et véritables, l'une imparfaite dans l'éternité, et l'autre parfaite dans le temps (31 19) ; ainsi qu'il avait acquis, dans le temps, un être développé et parfait, et que de sagesse de Dieu il était devenu son Verbe (3120); qu'il était donc imparfait, aussi bien que le Saint-Esprit, de toute éternité; et que sur ce fondement les anciens, non -seulement av; ient dit, mais avaient du dire (3121) qu'il y avait, entre les personnes divines, une véritable et réelle inégalité; en sorte que l'une fût inférieure à l'autre, non-seulement à raison de son origine, mais encore à raison de sa perfection. Où était donc la vérité de la foi, quand tous les Pères enseignaient unanimement cette doctrine, sans en excepter un seul? Ceux qui en ont dit, à ce qu'il prétend, infiniment moins que lui, se sont-ils emportés à cet excès?
CIV. — Que le ministre se distingue de tous les auteurs qui accusent les Pères d'arianiser, en ce qu'il met cette doctrine audessus de toute censure; ce que ni Catholiques ni protestants n'avaient osé faire avant lui.
Mais voici enfin le comble de l'aveuglement et l'endroit fatal au ministre. Ceux qui ont fait selon lui arianiser les Pères, en ont-ils conclu comme lui , que la doctrine arienne fût tolérable.ou qu'elle n'eût jamais été condamnée dans les conciles , ou enfin qu'elle ne pût être réfutée par l'Ecriture? Tout au contraire, ils ont regardé ces sentiments comme condamnables et condamnés effectivement dans le concile de Nicée. M. .Uirieu est l'unique et l'incomparable, qui non content de faire enseigner en termes formels à tous les Pères des trois premiers siècles, sans en excepter aucun, la divisibilité et la mutabilité de la nature divine avec l'imperfection et l'inégalité des personnes, ose dire encore dans la sixième lettre de 1689, que ce n'est pas là une variation essentielle : et en 1690, « que l'erreur des anciens est une méchante philosophie, qui ne ruine pas les fondements (3122); que cette théologie, pour être un peu trop platonicienne, ne passera jamais pour être hérétique, ni même pour dangereuse dans un esprit sage (3123); » qu'elle n'a jamais été condamnée dans aucun concile; que le concile de Nicée avait expressément marqué dans son symbole, qu'il ne voulait pas condaiieiicr l'inégalité que les anciens docteurs avaient mise entre le Père
(3112) Quoi Origenes de Filii ôpoovfftu recte senfit, consulatiircl. Hiietiusin Origen. cl'Uiillus im- Bicr Nota au p. 58 Lai. interpret.
(3113) Jiii., lett. S, p. 291.
loi 14) P. 292.
"d 15 Ci-dessus, ii. 4, o, 6.
(51 17) Ci-dessus, n
(5120) Ibid., p. 285.
(5122' Tub., lelt. 0,
art. 4, p
1573 PART. X. THEOL. POLEMIQUE. — IV. AVERTISSEMENTS Al X PROTESTANTS. l'"i
et le Fils (3124), el que loin île condamner s'esl réduit en lermt'S formels è des sentila seconde uatù lé qu'ils attribunieni au menls si orthodoxes , ni.iis encore de son Verbe, ils lu confirment par leur anolhème Seultel et des autres protestants qui oui le :»! :>"i! • enfin non-seulemi ni que celle doc- plus maltraité ces Pères, ptiisqu'auruii d'eus triiit- n'avait point été condamnéo, mais en- n'a jamais pensé è exempter île la censure core qu'elle n'élaii pas condamnable, puis- des conciles et de toute condamnation, la qu'elle ne pouvait môme Are réfutée par les doctrine qu'ils leur attribuent. On voit Ecritures. Voilà ce qu'a dit celui qui pré- maintenant ce que c'est que ces insignes fri- I 'inJ ii avoir dit infiniment moins que les ponneries que le ministre n rougit pas do autres, pendant qu'il s'élève au-dessus d'eus m'imputer, et on voit mit qui je pourrais tous par des singularités qui lui sont si pro- faire retomber ce reproche, si je n'avais près, qu'on n'en a jamais approché parmi cens honte de répéter des expressions si brutales, qui l'uni profession de la foi de la Trinité. Je qu'au défaut de L'équité el de la raison une ne lui fais donc point d'injustice de le dis- bonne éducation aurait supprimées, tinguer, je ne dirai pas du P. Petau, qui