SECONDE PARTIE
QUE LE MINISTRE NE PEUT SE DEFENDRE d'APPROOVER LA TOLERANCE UNIVERSELLE.
CV. — Avantages que les tolérants tirent de pondre dans les formes, il dit trois choses.
la doctrine du ministre. La première, qu'il ne s'ensuit pas pour avoir
toléré des erreurs en un temps, et avant que Ce qu'il y a de plus raie dans le sentiment les matières soient bien éclaircies, qu'on les de .M. Juiieu, c'est que cette bizarre tliéo- doive tolérer dans un autre, et après l'éclairlogie, qu'un ne peut ni réfuter, ni condam- cisseruent. La seconde, que les anciens docn r, ni proscrire, et qu'aucun homme de leurs n'ont été ni ariens, ni sociniens; et bon sens ne peut juger ni hérétique ni ainsi que la tolérance qu'on a eue pour eux même dangereuse, tout d'un coup (je ne ne donnera aucun avantage à ces hérétiques. sais comment) devient entièrement intuléia- La troisième, qu'ils n'ont erré que par ignoble : n A Dieu ne plaise, » dit-il (3126), « que rance et par surprise , et | lutûi comme phije voulusse porter ma complaisance pouf losophes qu'autrement (3127).
cette théologie des anciens, jusqu'à l'adopter „,-., n , • • ... ....fc.j.viMM.-.'i
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ni même à la tolérer h jui su iui. « 11 veut v ,, ,- „,, ,„,,•„,„,„„,
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donc dire qu aulreloi> un aurait pu adopter, , / ■ . , ,.„„. ,„, .,,.„.,;,,,.„
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ou tout au munis tolérer celte théologie des '■■ , ' '
anciens; mais aujourd nui, a Dieu ne plaise : »"w« •
c'est-à-dire, qu'il la repousse jusqu'à l'hor- Mais dans toutes ses réponses il s'oubl e
reur. Qui comprendra ce mystère? Comment lui-même. Dans la première son principe et
cette théologie est-elle si lolérable et si in- vrai; on tolère avant l'éclaircissement ce
tolérable lout à la luis, si dangereuse et si qu'on ne peut plus tolérer après : je l'avoue,
peu dangereuse? Et pour trancher en un c'est notre doctrine. Quand nous l'avancions
mot, pourquoi ne pas tolérer encore au- autrefois, les protestants nous objectaient
jourd'liui une doctrine qui n'est condam- que nous faisions de nouveaux articles de
née par aucun concile; qui est approuvée loi. Nous répondions : Cela esifaux; nous
au contraire par celui de Nicée ; qui ne peut les éclaircissons, nous les déclarons; niais
être réfutée par l'Ecriture; qui n'a contie nous ne les faisons pas, à Dieu^ ne plaise,
elle ni Ls Pères, ni la tradition ou la foi de Après s'être longtemps moqué d'une si so-
tous le- siècles, puisqu'on lui donne d'abord lide réponse, il y faut venir a la lm , comme
les trois premiers siècles à remplir? Voici la à tant d'autres doctrines, que la Réforme
conséquence que le ministre a tant redoutée : avait d'abord rejetées si loin. Avouons donc
c'est ici qu'il se rend le chef des tolérants à M. Jurieu que son principe est certain , et
ses capitaux ennemis; et ils se vantent euv- prions-le de s'en souvenir en d'autres occa-
mfimesque jamais homme ne lésa plusfavo- sions, mais en celle-ci visiblement il a ou-
risés, que ce ministre qui s'échauffe tant blié ce qu'il vient de dire. Lue erreur e»t
contre leur doctrine. C'est en effet ce qu'on bien éclaircie, lorsqu'elle est bien réfutée
va voir plus clair que le jour. par les Ecritures, que la foi de tous les siècles y parait manifestement opposée, et qu à
CVI. — Trois réponses du ministre pour la lin elle est condamnée par l'autorité de
montrer que la doctrine, qui était tolérable l'Eglise et de ses conciles. Or M. Jurieu
dans les Pères, ne l'est plus à présent. vient de nous dire, qu'encore a présent l'erreur qu'il attribue aux trois premiers siècles
Le ministre propose la difficulté dans la ne peut être ni réfutée par l'Ecrïture, ni con-
septième lettre de son Tableau, et pour y ié- vaincue du moins par la tradition et par le
(3121) P. ~lïl. (5126) Tab . Icit. 6, p. 208
(,512a) P. 273. 13I27J Ibid., l.-tt. 7, \s. 5ol.
ŒUVRES COMPLETES DE BOS.Sl'ET.
consentement de tous les siècles; et que, loin u'êlre condamné par aucun concile, elle
ne l'est pas même dans celui île Nicée, où la matière a été traitée, délibérée, décidée expressément, qu'au contraire elle y a été continuée. Il n'est dune encore arrivé à celte matière aucun nouvel éclaircissement, par où l'erreur des trois premiers siècles soit moins tolérante qu'alors. Bien plus, ce n'est pas môme une erreur contre la foi, puisque M. Jurieu nous apprend qu'elle ne peut être détruite que par les idées philosophiques que nous avons aujourd'hui. Or la foi n'est pas d'aujourd'hui; elle est de tous les temps ; la foi n'attend pas à se former ni à se régler par les idées philosophiques; et il est autant tolérable d'être mauvais philosophe, pourvu qu'on soit vrai fidèle, maintenant • pie dans les siècles précédents : el la raison est que la foi tient lieu de philosophie aux Chrétiens. Ainsi M. Jurieu ne sait ce qu'il dit, el on ne sait sur quoi appuyer son intolérance ; par conséquent voilà en un mot sa première raison par terre; la seconde ne tiendra pas plus longtemps.
GV1II. — Qu'en tolérant les erreurs qu'il attribuait aux trois premiers siècles en l'an l(J'-9. le ministre est contraint de tolérer une punir très-essentielle de l'arianisme et du socinianisme.
Les Pères n'étaient, dit-il, ni sociniens ni ariens; donc, pour les avoir tolérés, on ne doit pas pour cela avoir la même condescendance pour ces hérétiques. Il est aisé de lui répondre selon ses premières lettres. Les anciens à la vérité n'étaient ni ariens ni sociniens à la rigueur; mais ils disaient toutefois que les trois personnes divines n'étaient pas égales , qu'elles n'étaient pas distinctes les unes des autres de toute éternité ; que le Fils de Dieu n'était qu'un germe et une semence devenue personne dans la suite; et enfin, que la Trinité ne commença d'être qu'un peu avant la création de l'univers ; ce qui emportait une partie très-essentielle de l'arianisme etdu socinianisme. Il les eût pourtant tolérés avec ces erreurs, comme on a vu : il eût donc toléré une partie essentielle de l'erreur arienne et socinienne.
C1X. — Que le. ministre en se corrigeant dans ses tettres de 1C90, laisse les erreurs qu'il attribue aux trois premiers siècles également inloti râbles
Mais on dira qu'il s'est mieux expliqué dans les lettres de cette année, l'oint du tout, car il persisledans la même erreur sur l'inégalité des personnes, puisqu'il y soutient encore que les anciens, dont il reconnaît que la doctrine est irréprochable, font ie Fils et le Saint-Esprit inférieurs au Père en opération et en perfection; de vrais ministres au-dessous de lui , produits dans le temps, et si librement selon quelque chose qui est en eux, qu'ils pouvaient n'être pis
produits à cet égard; imparfaits dans l'éternité, et acquérant avec le temps leur entière. perfection; le Fils de Dieu en particulier devenu Verbe dans le temps, de sagesse qu'il était auparavai t. Voila ce que dit encore le ministre dans ses lettre-, où il prétend redresser son système, il est vrai qu'il s'est redressé en quelque façon sur la distinction des personnes : parlons franchement ; il s'est dédit, et au lieu que la Trinité n'était pas distincte d'abord, et selon ses premières lettres, par les secondes elle est seulement développée. Mais il ne se tire pas mieux d'affaire par cette solution, puisque de son propre aveu la divinité y demeure divisible, corporelle, et, sans contestation, muable; ce qui est une partie des plus essentielles de l'erreur socinienne, ou quelque chose de pis.
Il est ici arrivé à M. Jurieu ce qui lui arrive toujours, comme' à tous ceux qui se trompent et qui s'entêtent de leur erreur. Occupé et embarrassé de la dillicullé où il est, il oublie les autres. Il songe à parer le coup de l'arianisme des Pères ; et comme si la doctrine consistait toute en ce point, dans les autres il la laisse sans défense, et également exposée à des coups mortels. Parlons net : la spiritualité et l'immutabilité de. l'Etre divin ne sont pas moins essentielles à la perfection de Dieu, que la divinité de son Verbe. Si donc vous souffrez l'erreur qui attaque ces deux attributs divins, de l'un à l'autre on vous poussera sur tous les points; et dussiez-vous en périr, il vous faudra avaler tout le poison de la tolérance. Votre seconde raison n'est donc pas meilleure que la première. 11 ne vous reste que la troi- - ne, qui est sans comparaison la pire de toutes.
CX. — Que le ministre, poussé par les Catholiques et les tolérants, ne peut se défendre contre eux que par des principes contradictoires
« Quand il serait vrai, dites-vous (3128), ce qui est très-faux, que ces anciens par ignorance (il ajoute après, ou par surprise) seraient tombés dans une erreur approchante de l'arianisme, il ne serait point vrai que ce fût la foi de l'Eglise d'alors; ce serait la théologie des philosophes chrétiens.» Songez-vous bien, .M. Jurieu, à ce que vous dites? Les tolérants vont vous accabler. Dans une hérésie aussi dangereuse que 1 arianisme,ou dans les erreurs approchantes, vous tolérez les Pères à cause de leur ignorance : c'est pour la même raison et en plus forts termes, que les tolérants vous demandent que vous tolériez les peuples. Si dans la grande lumière du christianisme, les docteurs de l'Eglise ont pu ignorer dans la nature divine sa parfaite immutabilité, el dans les personnes divines leur égalité entière , pourquoi ne voulez-vous pas qu'un peuple grossier puisse ignorer innocemment
(3!28) Lell. 7, p. ôyà.
, i77 PART. \. THEOL. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. 1378
las iin'iiii'.s choses ou d'autres aussi sublimes? Mais si ['immutabilité de Dieu, qui est m claire à la raison humaine, a été cachée bus maîtres de l'Eglise, pourquoi les disciples seront ils tenus à en savoir davanta ;e '■' el avec quelle justice les obligez-vous .;i concevoir «1rs m\ stries plus tmpém I r ; i ! i ! . ■ ■ '.'
Que faire dans relie occasion, puisqu'il faut n ;er de prim i| es, ou donner gain de cause aux tolérants? Mais voici encore vous un autre embarras. Dites-moi, que liez-vous quand vous avez étalé ces grossières erreurs des anciens? Assurément vous vouliez combattre cette dangereuse el ignorante maxime de l'évêque de Meaux, « que l'Eglise ne varie jamais dans l'exposition de la foi, et que la vérité catholique, venue de Dieu, a d'abord sa perfection (3129). » Pour détruire cette maxime, il lailait trouver quelque chose qu'on pût appeler la foi ile- I Eglise et la vérité catholique, oo. vous puissiez montrer quelque changement; et pour cela vous accusez d'erreurs capitales tous les anciens sans en excepter aucun. Il faut maintenant changer de langage : cela était bon contre l'évoque de Meaux; mais contre les tolérants ce n'est plus de même : et quand toute l'antiqui é serait tombée dans une erreur approchante de l'arianisme, « ce ne serait pas, selon vous, la foi de l'Eglise d'alors, mais seulement la théologie des philosophes chrétiens (3130).»
("XI. — Illusion du ministre, et démonstration plus manifeste de ses contradictions.
Le ministre se sera sans doute ébloui luimême, connue il lâche défaire les aultes, par cette nouvelle expression, la théologie des philosophes. Mais que lui sert d'exténuer par ce faible titre la qualité des saints Pères? Les tolérants, qu'il veut contenter par ce grossier artifice, sauront bien lui reprocher que ces philosophes chrétiens c'étaient les prêtres, c'étaient les évoques, les docteurs et les martyrs de l'Eglise :*enfin c'étaient ces savants de M. Jurieu, qui dans ces siècles d'ignorance « où le savoir était Si rare entre les Chrétiens, entraînaient la foule dans leur opinion (3131).» En un mot, ou c'était ici par la bouche de ces saints docteurs une exposition de la foi de toute l'Eglise; et le ministre ne peut s'empêcher du moins de la tolérer : pu c'était l'exposition de quelques particuliers; et il n'a point prouvé contre moi les variations de l'Eglise.
CX1I. — Etrange constitution des trois premiers siècles, où, selon le sentiment du ministre, ta foi du peuple demeurait pure, pendant que celle de tous les docteurs, sans en excepter aucun, était corrompue.
Mais voici la dernière ressource. Au milieu de ces pitoyables en eurs de tous les
(5129) Hist. des var., Préf., col. 521, 325 ; lab., 1*1 1.- <>, :iit. I, p. 277.
i".I50) Tab., leil. 7, p. 277.
(."loi ) Leil. 7, dc!689, |>. 49,
docteurs de l'Eglise, sans en excepter aucun, il veut que la foi demeure pure ; el, dit-il (3132), « ces spéculations vaines et guindées îles docteurs de ce temps- la n'empêchaient pas la pureté de la foi de l'Eglise, c'est .:i dire, du peuple ; cela ne pa a i pas jusqu'à lui.» Jamais il ne voudra voir la difficulté : car premièrement, quelle faiblesse de mettre l'Eglise el la pureté de la foi dans le peuple seul l« Cela, » dit il (3133), « n'emnêchait pas la pureté de la foi de l'Eglise, c est-à-dire, du peuple :» comme si les pasteurs el les docteurs , et encore des docteurs martyrs, n étaient pas du moins une partie do l'Eglise, si ce n'était pas la principale. Cela, dit-il, ne passait pas jusqu'au peuple. Maisquoil ne lisait-il pas les livres de ces docteurs? El qui a dit à M. Julien que ces docteurs n'enseignaient pas de vive voix ce qu'ils mettaient par écrit ? Je veux bien croire que les docteurs ne prêchaient pas au peuple leurs spéculations ruines cl guindées, comme les appelle le ministre : mais venons au fait. Par OÙ passait dans le peuple la perfection et l'immutabilité de Dieti avec l'égalité de ses personnes, pendant que ses docteurs ne les croyaient pas, et n'en avaient qu'une idée confuse et fausse? Est-ce peut-être que durant ces temps, et dans ces siècles que le ministre veut appeler les plus purs, le peuple se sauvait déjà, comme il l'imagine dans les sièi les les plus corrompus, en croyant bien pendant qu'on le prêchait mal, et 'en discernant le bon grain d'avec l'ivraie ? S'il est ainsi, ces siècles, dont on nous vante d'ailleurs la pureté, sont les plus impurs do tous, puisque les erreurs qu'on y enseignait étaient plus mortelles, puisque c'était l'essence de Dieu et l'égalité des personnes qu'on \ attaquait, puisqu'enfin on y renversait tous les fondements. Ces siècles avaient donc besoin d'un réformateur, et le ministre en convient par ces paroles : « Car, » ditil (3134), « il n'eût fallu qu'un seul homme pour faire revenir les anciens Pères, et pour les avertir seulement de l'incompatibilité de leur théo ogie avec la souveraine immutabiliéde Dieu. » Mais eniifa cet homme manquant, que pouvaient-ils faire ? l'Ecriture ne leur montrait pas ce divin attribut : ils ne furent pas assez philosophes pour le bien entendre; le peuple, moins philosophe encore , n'y voyait pas plus clair : que résultait-il de là, sinon que Dieu passât pour changeant, et la Trinité pour imparfaite?
CXÎIF. — Autres illusions du ministre : comme il fuit la difficulté : son mépris pour les premiers siècles, en faisant semblant de les honorer.
Le ministre croit m'étonner en me demandant si je prêche à mon peuple les notions, les relations, les propriétés des trois
(5155) Ibid.
(3134) Leil. 7, p. 550.
divines personnes; et il est assez ignorant pour se moquer en divers endroits de ces expressions de l'Ecole (3135). -Mais que veutil dire? Veut-il nier qu'au lien qu'il est commun au Père et nu Fils, par exemple, d'être Dieu et d'être éternel, il ne soit pas propre au Père d'être Père, comme au Fils d'être Fils, et que cela iin s'appelle pas des propriétés; ou qu'être Père, être Fils, et être l'Esprit du Père et du Fils, ne soient pas des termes relatifs; ou que les personnes divines n'aient [tas des caractères pour se distinguer , ou que ce ne soient pas caractères qu'on appelle notions? S'il lisait les anciens docteurs dans un autre esprit que celui de contention et de dispute, il aurait vu dans saint Alhanase, dans saint Augustin, dans tous les Pères, et dès le commencement de l'arianisme dans saint Alexandre d'Alexandrie, ces relations, ces propriétés, ces notions et ces caractères particuliers des personnes, il s'imagine que nous croyons avoir compris le mystère, quand nous avons expliqué ces termes; au lieu que dans l'usage de l'Ecole ce ne sont pas là des idées qui rendent les choses claires, ce qui est réservé à la vie future, mais des termes pour en parler correctement et éviter les erreurs. C'est pourquoi , lorsqu'il me demande si je prêche tout cela au peuple dans mes catéchismes, sans doute je prêche au peuple et aux plus petits de l'Eglise, selon le degré de capacité où ils sont parvenus, que ie l'ère n'a point de principe, c'est-àdire en autres termes qu'il est le premier, et qu'il ne faut point remonter jusqu'à l'infini : c'est cela et les autres choses aussi assurées qu'on appelle les notions, sans en faire un
OEUVKES COMPLETES DE COSSl'ET. I iSO
principaux articles de la religion chrétienne par une fausse et impure philosophie. Pour
comble d'aveuglement, ils ne lisaient que Platon, et ne lisaient point l'Ecriture, ou ils la lisaient sans application, et sans y apercevoir ce qu'elle avait de plus clair, c'est-àdire, les fondements de la religion.
si grand mystère; et moque sans songer à
le ministre, qui s en ce qu'il dit, ies doit
prêcher comme nous, en d'autres termes peut-êire, mais toujours dans le même sens. Sans donc s'arrêter à ces chicanes, il faudrait une fois répondie à noire demande, qui est-ce qui prêchait au peuple l'égalité des personnes et l'immuable \ erfection de l'Etre divin, pendant que tous les docteurs croyaient le contraire? Le ministre dit à pleine bouche : « Nous trouvons dans ies premiers siècles une beaucoup plus grande pureté que dans les âges suivants, et nous nous faisons honneur de notre conformité avec eux (313li). » Cela est bon pour s'en l'aire honneur, et pour faire croire au peuple qu'on a réformé l'Eglise sur le plan de ces premiers siècles. Mais cependant s'il faut trouver des variations dans la foi de l'an-
cienne Eglise, c est là qu on les cherche; s'il faut donner des exemples des plus pauvres théologiens qui furent jamais, c'est là qu'on les prend. Ils ont si peu prolité du bonheur d'être si voisins des temps apostoliques, qu'aussitôt après que les apôtres ont eu les yeux fermés, ils ont obscurci les
C\1V. — Que le ministre permet tout aux tolérants, en approuvant qu'on ait dit que le Fils de Dieu a été fait.
Pour ne rien omettre de considérable, il reste à examiner si en bonne théologie, et sans blesser la foi, le ministre a pu approuver ce qu'il attribue à Tertullien, que Dieu a fait son image et son Verbe (3137), qui est son Fils. Il y a là deux questions; l'une si Tertullien l'a dit; l'autre quand il l'aurait dit, s'il était permis de le suivre. Le dernier n'a pas de difficulté par les principes communsdes protestants comme des Catholiques, puisque nous recevons les uns et les autres le symbole de Nicée, où il est dit expressément du Fils de Dieu, engendré et non fait. Dire donc qu'il a été fait, c'est aller contre la foi de Nicée qui nous sert de fondement aux uns et aux autres. J'en pourrais demeurer là, si le ministre en m'insultant à cet endroit sur mon esprit déclamatoire, dont il veut qu'on trouve ici un si grand exemple (3138), n'avait mérité qu'on découvrit son injuste fierté. Disons-lui donc qu'il n'y avait rien de plus manifeste que ce qu'il a voulu embrouiller ici. Dès le premier mot de saint Jean, le Verbe est celui par qui a été fait tout ce qui a été fait. (Joan. i, 3.) Il est donc visiblement exclu par là du nombre d?s choses faites. Comme remarque saint Alhanase, on nous dit bien qu'(7 a été fait Christ. qui! a été fait Seigneur (Act. H, 36), qu'»' o été fuit homme ou fait chair (Joan. i, IV), mais jamais qu il a été fait Verbe, ni qu'il a été fait Fils : au contraire, il était Verbe et il a été fait homme, par une visible opposition entre ce que le Verbe était naturellement, et ce qu il a été fait par la volonté de Dieu. Mais il faut ici répéter ce qu'un proposant de quatre jours n'ignore pas, et que le ministre sait bien en sa conscience, puisqu'il a même bien su que quarante ans , comme il le compte, après les apôtres, Atbénagore avait nié que le Fils fût sorti du sein de son Père comme une chose faite (3139) assurant , au contraire, qu'il a été engendré (3l'i0), comme l'Ecriture ledit perpétuellement. 11 cite aussi de saint ] renée ce passage mémorable où il oppose les hommes qui ont été faits , au Verbe dont la coexistence est éternelle (314-1). Ainsi il voit bien qu'il a tort, et que le langage contraire à celui qu'il tient est établi dans l'Eglise dès l'origine du christianisme. Pourquoi donc a-t-il approuvé, après tant de témoignages , et après la foi de Nicée, ce qu'il l'ail duc à Tertullien,
(513S) Tnb l5i56) l'ont (51 57) Lell.
lell. 6 p. 238, 270, 286.
G, de 1689 , p:ig. 44; 1" Avert.,
(5159) Tnb., lelt. 6, o. 25.
(3140) Ibid., 252.
(5141) Iiien., lil). n, c. 45; al. 25. n. 3.
1581 PART. \ TIIEOL. POLEMIQUE.
quo Dieu a fait son Fils et s,>n VerbeîC'est parce qu'il ne songe pa< à ce qu'il dit , et qu'en matière de foi il n'a nulle exactitude. Et pourquoi le soutient-il ? C'est parce qu'il ne veuljaraaisavouersafaiite.il nous allègue pour toute raison que souvent faire, signifie engendrer en notre langue 3142); ce (]ii*il prouve par cette noble façon de parler, (jur 1rs homme» font (1rs enfants, <t 1rs animaux <lrs petits. Ainsi malgré l'Ecriture , malgré la tradition, malgré la foi de Nicée, il dira quand il lui plaira (j'ai honte de le répéter) que Dieu a fait un Fils, et portera jusque dans le ciel la plus basse façon de parler de notre langue; au lieu qu'il fallait songer qu'il s'agit ici non d'une phrase vulgaire, mais du langage ecclésiastique . qui formé sur l'Ecriture et l'usage île tous les .siècles, doit être sacré aux Chrétiens , surtout depuis qu'il est consacré par un aussi grand concile que celui de Nicée. Cependant je suis un déctamateur, parce que je veux obliger un professeur en théologie à parler correctement; et il fait semblant de croire que c'est sur celte seule témérité que je me plains qu'on lui souffre tout dans son parti, comme si tout ce qu'il écrit depuis deux ans, principalement sur cette matière, n'était pas plein d'erreurs si insupportables qu'il n'y a qu'à s'étonner de ce qu'on les soutlYe.
Pour ce qui regarde Tertuilien, quand il lui serait échappé d'employer une fois ou deux le mot défaire, au lieu de celui d'eitgendrer, il faudrait mettre cette négligence parmi celles que saint Alhanase a remarij"4ss dans les écrits de quelques anciens (•Jlio) i ù une bonne intention supplée à une expression trop simple et. trop peu précaulionnée. Car au reste, Tertuilien, dans le livre le plus suspect, qui est celui contre Her/nogène, a bien montré qu'a l'exemple des outres Pères, il exceptait le Fils de Dieu du nombre des choses faites, comme celui par qui tout était fait (3144); et il ne dit pas absolument dons son livre contre Praxéas ce que le ministre lui a fait dire, que Dieu a fait son Fils et son Verbe. On peut bien dire, comme je l'ai remarqué (3145), que Dieu est fait, non absolument, mais, comme dit le Psalmiste, qu'il est fait notre recours et notre refuge. (Psal. ix, 10.) Il est clair par toute la suite, que le faire de Tertuilien (3146) se dit en ce sens. Ce que le ministre ajoute, qu'ici faire signifie former, n'est pas meilleur, et ne sert qu'à faire voir de plus en plus qu'on se jette d'un embarras dans un autre, quand on veut toujours avoir raison; car ou ne dira non plus dans le langage correct que Dieu ait formé son Fils ni son Saint-Esprit, parce que cela ressent quelque chose qui était informe auparavant : et il n'y a que M. Jurieu qu'une telle idée accommode. On dit, avec l'Ecriture, que le Fils est engendré, qu'il est né; et par un terme
(3142) 1res., 1. il, p. 28G.
(3143) ('rat. 3 et 4.
(3144) Cap. 19 et seq.
(5145) /•■ Aven., n. 12.
plus général qui convient aussi au Fils, on
dit que le Sailil-I'lspri I procède. DiOU, qui
dispense comme il lui plaît selon les règles de sa sagesse la révélation de ses mystères, n'a pas voulu que nous en sussions davantage sur la procession du Saint-Esprit. On
lit pas qu'il est né, car il serait Fils ; et
e Fils de Dieu ne serait pas unique comme I l'est selon l'Ecriture ; et c'est pourquoi le ministre ne devait pas dire en parlant du Fils ou du Saint Es rit, que les anciens les faisaient produits librement à regard de leur seconde naissance (3147); car jamais ni dans l'Ecriture, ni dans les auteurs ecclésiastiques, il n'entendra parler de la nativité du Saint-Esprit, ni de la première, ni de la seconde, puisqu'il en veut donner jusqu'à deux à celui qui n'en a pas même une seule. Un homme qui tranche si fort du théologien, et qui s'érige en arbitre de la théologie de son parti, où il dit tout ce qu'il lui plaît sans être repris, ne devait pas ignorer ces exactitudes du langage théologique formé sur l'Ecriture et sur l'usage de tous les siècles. Ainsi manifestement il ne lui reste aucune réplique contre les tolérants. Il n'y a plus de proposition si hardie et si téméraire contre la personne du Fils de Dieu, qui ne doivo passer, s'il est permis non de tolérer, mois d'approuver expressément celle qui le met ou rang des choses faites. Si le symbole de Nicée n'est pas une règle, on dira et on pensera impunément tout ce qui viendra dans l'esprit; on sera contraint de se payer des plus vaines subtilités ; etee qu'on aura souffert ou ministre Jurieu, le grand défenseur de la cause, sera la loi du parti.
CXV. — Que le ministre qui n'en peut plus, substitue les calomnies aux bonnes raisons.
Enfin, ma preuve est complète. 11 est plus clair que le jour que le ministre n'a pu établir les variations qu'il cherchait dans l'ancienne Eglise, sans renverser tous les fondements de sa propre communion. Son argument foudroyant s'en va enfumée : il ne faut plus qu'il cherche de variations dans la véritable Eglise, puisque celle ci qu'il croyait la plus certaine lui échappe ; et tous ses efforts n'ont abouti qu à donner gain de cause aux tolérants : ainsi il tombe à leurs pieds défait par lui-même, et percé de tous les coups qu'il a voulu me porter.
Cependant, pour élourdir le lecteur, il mot les emportements et les vanteries à la place des raisons. Car, à l'entendre, je suis accablé sous ce terrible argument :«M.deMeaux n'y répond, » dit-il (314-8), «que par des puérilités et par des injures. 11 a fait précisément comme une bête de charge, qui tombant écrasée sous son fardeau, crève, et en mourant jette des ruades pour crever ce qu'elle atteint. » Je n'ai rien à lui répliquer, sinon
(3146) Adv. Prax., n. 9.
(3147) Tub., lctl. C, p. 205.
(3148) lbid., p. 280.
1585 OEUVRES COMPLETES DE BOSSCET. r.Si
qu'il a toujours de nobles idées. Vous pou- dont il est capable, et après les avoir tremyez juger par vous-mêmes, mes chers frè- pés dans le venin de la plus noire calomnie, res, si je me donne une seule fois la liberté dit à peu près dans le même esprit : Je n'en de m'épaivher eu des laits particuliers , ou sais rien, je ne le garantis pas : mais s'il de sortir des bornes d'une légitime réfuta- n'en savait rien, il fallait se taire, et n allélion. Riais pour lui, qui le peut porter à ra- guer pas, comme il le fait, pour toute preuve conter tant de faits visiblement calomnieux des oui dire, ou quand il lui plaît, la réptequi ne font rien à notre dispute si ce n'est tation (3151), à qui il lait raconter ce qu .1 qu'il veut la changer en une querelle d'in- veut et qu'on n appelle pas en jugement. jures? '■ Son zèle,» dit le ministre (c'est de Mais puisqu'il ne veut pas nommer ses moi qu'il parle), «paraît grand pour la divinité auteurs ni ces gens de ma communion, qui de Jésus-Christ ; qui n'en serait édifié? il y lui ont rendu de si mauvais témoignages de a pourtant des gins qui croient que tout ma foi, je veux apprendre ce secret au puceia n'est qu'une comédie; car des person- blic. Un religieux, curé dans mon diocèse nés de la communion de lévêque de Meaux dont je l'ai chassé, non pas, comme il s'en lui ont rendu méchant témoignage de sa est vanté, à cause qu'il penchait à la Réfoi. » Mais par quelle règle de l'Evangile lui forme prétendue, car je ne lui ai jamais reest-il permis d'inventer de tels mensonges? marqué ce sentiment, mais parce que sou- Esl-ce qu'il croit que dès qu'on n'est pas de vent convaincu d'être incapable de son emmême religion, ou qu on écrit contre quel- | loi, il m'a supplié lui-même de l'en déqu'un sur cette matière, il n'y a plus, je ne charger; ce curé, ne pouvant souffrir la rédirai pas de mesures , d'honnêteté et de gularité de son cloître où je le renvoyais, bienséance, mais de vérité à garder, en sorte s'est réfugié entre les bras de M. Jurieu, qu'on puisse mentir impunément, et impu- qui s'en vante dans sa lettre pastorale contre ter tout ce qu'on veut à son adversaire? ou M. Papin : « Plus d'ecclésiastiques, » dit-il bien, quand ou n'en peut plus, qu'on soit en (3152), « se sont venus jeter entre nos bras droit pour se délasser, de lui dire qu il ne depuis la persécution, qu'il n'y en a eu en croit pas la divinité de Jésus-Christ et qu'il quatre-vingts ans de paix. » Nous connaisfait de la religion une comédie? « Des gens sons quelques-uns de ces malheureux ecde ma communion me rendent mauvais té- clésiastiques, qui nous avouent tons les jours moignage sur ma foi. » Qui sont-ils ces gens avec, larmes et gémissements, qu'en eti'et ils de ma communion ? Depuis vingt ans que ont été chercher dans le sein de la Réforme je suis évêque, quoique indigne, et depuis de quoi contenter leur libertinage. Parmi trente ou trente-cinq ans que je prêche 1 E- les ecclésiastiques que M. Juiieu se glorifie vaneile, ma foi n'a jamais souffert aucun d'avoir reçus entre ses bras, celui-ci, tout reproche. Je suis dans la communion et la misérable qu'il e>t, a été l'un des plus imtharité du Pape, de tous les évêques, des portants; et c'est lui qui sous la main de ce ] rêtres, des religieux, des docteurs, et enfin ministre a publié un libelle contre moi, où i.le tout le monde sans exception ; et jamais il avance entre autres choses dignes de reon n'a ouï de ma bouche ni remarqué dans marque, que je ne crois pas la transsubstanmes écrits une parole ambiguë, ni un seul dation, à cause, dit-il, qu'il m'a vu à la trait qui blessât la révérence des mystères, campagne, et dans ma chapelle domestique, Si le ministre en sait quelqu'un, qu'il 1ère- entendre la messe quelquefois avec un ha- !cve ; s'il n'en sait point, lui est-il permis hibernent un peu [dus i isé que ceux qu'on d'inventer ce qu'il lui plaît? Et qu'il ne s'i- porte en public, quoique toujours long et magine pas en être quitte pour avoir ici régulier, et que ma robe (car il descend jusajouté « : Je ne me rends pas garant de ces qu'à ces bassesses) n'était pas assez boutonouï dire : seulement puis-je dire que le zèle née à son gré ; d'où il conclut et répète trois qu il fait paraître pour les mystères ne me ou quatre fois, qu'il n'est pas possible que persuade pas qu'il en soit persuadé (31V9). » je croie au mystère de la transsubstantia- Voilà son style. Un peu après, sur le sujet tion. Voilà cet homme de ma communion, du landgrave, il ose m accuserde chosesque qui à son grand malheur n'en e.-t plus : le l'honnêteté et la pudeur ne me permettent voilà, dis-je, celui qui rend un mauvais tépas de répéter. Comme il sait bien que ce moignage de ma foi : c'est le même qui a sont là des discours en l'air et des calomnies raconté à M. Jurieu tout ce qu'il rapporte sans fondements, il apaise sa conscience et de ma conduite; c'est le même qui lui a dit se prépare une échappatoire en disant : « je encore que je menais les gens à la messe à n'en sais rien :je veux croire qu'on lui fait coups de barre (3153) : car il rapporte dans tort (3150 . » Il me semble que j'entends son libelle qu'il m'a vu en pleine rue me- ( «'lui qui en frappant de sa tance et en jet-ant nacer et charger d'injures les prétendus réles traits de ses calomnies, s'il est surpris formés qui ne voulaient pas m'en croire, dans le crime de nuire frauduleusement à s n avec un emportement qui tenait de la fjprockain, dit : Je l'ai fait en riant. (Prov. reur. M. Basnage a relevé cette historiette, xxvi, 19.) Celui-ci, après avoir lancé ses traits fausse en foutes ses parties, et l'a jugée diavec toute la violence et toute la malignité gne d'être placée dans sa préface à la tète
(31 19) Tab., lui. C, p. 5.)0. (31S2) Un. past. conl. Pop., p. I.
tJl.Vi) lokl. i:.!.''5) Tab., leti. 6.