I. — Dessein de ce discours
Mes chers frères,
Les égarements de votre ministre nous ont menés plus loin que je ne pensais : il ne faut pas le quitter sans en examiner les causes, puisque même cette recherche nous conduit naturellement à la troisième partie de ce dernier Avertissement, où nous avons promis de représenter l'état présent de nos controverses et de toute la religion protestante.
Je dis djnc que ce qui produit les variations, les incertitudes, les égarements de ce ministre, et tous les autres excès de sa licencieuse théologie, c'est la constitution de la Réforme, qui n'a ni règle ni principe; et que par la même raison que tout le corps n'a rien de certain, la doctrine des particuliers ne peut être qu'irrégulière et contradictoire.
11. — Fondement de la Réforme, que l'Eglise n'est pas infaillible, et que ses décrets sont sujets à un nouvel examen.
Il ne faut point se jeter ici dans une longue controverse, mais seulement se souvenir que la Réforme a été bâtie sur ce fondement, qu'on pouvait retoucher toutes les
(5154) B.vsn., t. 1, pari, i, c. 1, p. I ,4.
OEt'VUES CO.MPL. 1)B HOSSIET. VIII.
décisions de l'Eglise et les rappeler à l'examen de l'Ecriture, parce que l'Eglise se pouvait tromper dans sa doctrine, et n'avait aucune promesse de l'assistance infaillible du Saint-Esprit, de sorte que ses sentimen's étaient des sentiments humains, sans qu'il restât sur la terre aucune autorité vivante et parlante, capable de déterminer le vrai sens de l'Ecriture, ni de fixer les esprits sur les dogmes qui composent le christianisme. Tel a été le fondement, tel a été le génie de la Réforme ; et Calvin l'a parfaitement expliqué, lorsque s'objectant à luimême que, par la doctrine qu'il enseignait, tous les jugements de l'Eglise, et ses conciles les plus anciens, les plus authentiques devenaient sujets à la révision, en soi te « que tout le monde indifféremment pût recevoir ou rejeter ce qu'ils auront établi : » il répond que leur « décision pouvait servir de préjugé, mais néanmoins dans le fond qu'elle n'empêchait pas l'exam. n (3155J. »
III. — On prédit d'abord à la Réforme que ce principe la mènerait à l'indifférence des religions.
Je n'ai pas besoin d'examiner si cette doctrine est bonne ou mauvaise : ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'aussitôt que Lu-
(3I">5) Inttit., liv. iv, c. 9.
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OEUVRES COMPLETES DE ISOSSl ET.