‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 282 sur 325 · I :.ss · texte numérisé non relu

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thcr et Calvin la firent paraître, on leur prédit qu'en renversant le fondement sur lequel se reposait la foi des peuples, les anriennes dérisions de l'Eglise ni? tiendraient pas plus que les dernières, puisque, si l'autorité en était divine, elle attirait un respect égal à tous les siècles ; et si elle ne l'était pas, l'antiquité des premières ne les mettait pas à couvert des inconvénients où toutes les choses humaines étaient exposées. Par ce moyen il était visible que les articles de foi s'en iraient les uns après les autres, que les esprits, une fois émus, et abandonnés à eux-mêmes, ne pourraient plus se donner de bornes : ainsi, que l'indifférence des religions serait le malheureux fruit des disputes qu'on excitait dans toute la chrétienté, et enfin le terme fatal où aboutirait la Réforme.

IV. — U expérience a justifié celte prédiction : le socinianisme a commencé avec la Réforme, et s'est accru avec elle.

L'expérience fit bientôt voir la vérité de celte prédiction. Les innovations de Luther attirèrent celles de Zwingle et de Calvin : on avait beau dire de part et d'autre que l'Ecriture était claire : on n'en disputait pas avec moins d'opiniâtreté, et personne ne cédait (3156). Quand les luthériens, qui étaient la lige de la Réforme, désespérant de ramener par la prétendue évidence des livres divins ceux qui la divisaient dans sa naissance, voulurent en venir à l'autorité et faire des décisions contre les nouveaux sacratnentaires, on leur demanda dé quel droit, et s'ils voulaient ramener l'autorité de l'Eglise dont ils avaient tous ensemble secoué le joug (3157). Le bon sens favorisait cette réplique : Mélanchthon, qui sentait le faible de son Eglise prétendue, empêchait autant qu'il pouvait qu'on ne fît ces décisions, que la propre constitution de la Réforme rendrait toujours méprisables : il ne voyait cependant aucun moyen ni de terminer les disputes ni de les empêcher de s'aecrotlre, si loin qu'il portât ses regards par sa prévoyance : il ne découvrait « que d'affreux combats de théologiens, et des guerres plus impitoyables que celles des Centaures (3158). » Les disputes sociniennes avaient déjà commencé de son temps : mais il connut bien, au mouvement qu'il remarquait dans les esprits, qu'elles seraient un jour poussées beaucoup plus loin : « Bon Dieu, » disait-il (3159), « quelle tragédie verra la postérité, si on vient un jour à remuer ces questions, si le Verbe, si le Saint-Esprit est une personnel » Il s'en est bien remué d'autres : presque tout le christianisme a été mis en question : les sociniens inondent toute la Réforme qui n'a point de barrière à leur opposer; et l'indifférence des religions s'y établit invinciblement par ce moyen.

V. — L'expert* nce découvre de plus en plus ce ma! de la Réforme : preuve par M. Jurieu : étal de la religion prétendue réformée en France.

Tour en être persuadé il ne faut qu'entendre M. Jurieu, et écouter les raisons qui l'obligent à entreprendre ce parti. C'est premièrement le nombre infini de ceux dont il est formé. Car il y range les tolérants, peuple immense dans 'la Réforme, qu'il appelle des indifférents, parce qu'ils vont à la tolérance universelle des religions sous la conduite d'Episcopius et de Socin.

On sait sur ce point la [tente de l'Angleterre et de la Hollande. Mais nous apprenons de M. Jurieu que nos prétendus rélormés n'étaient pas exempts d'un si grand mal. Ils n'osaient le faire paraître dans un royaume où les Catholiques les éclairaient de trop près pour leur permettre de donner un libre essor à leurs sentiments. Mais enfin, dit M. Jurieu, « le rideau a été tiré, l'or, a vu le fond de l'iniquité; et ces messieurs se sont presque entièrement découverts , depuis que la persécution les a dispersés en des lieux où ils ont cru pouvoir s'ouvrir avec liberté (31C0). ■> Voilà un aveu sincère, qui fait bien voir à la France ce qu'elle cachait dans son sein, i e; dant qu'elle y portait tant de ministres. Nous en soupçonnions quelque chose; et M. u'Huisseau, ministre de Saumur, célèbre dans la Kéforuie | our en avoir recueilli la disripline, publia il y a quinze ou vingt ans une Réunion du christianisme sur le pied de la tolérance universelle, sans en exclure aucuns hérétiques, pas même les sociniens. Ce ministre fut déj osé, et encore qu'on fût averti de bien des endroits, que ce feu couvait sous la cendre plutôt qu'il n'était éteint dans la Réforme, nous avions peine àcioire i;u'il y fût si grand. Mais aujourd'hui M. Jurieu nous ouvre les yeux : il nous apprend que M. Pajon, ministre d'Orléans, fameux dans son parti par sa Réponse aux Préjugés légitimes de M. Nicole contre les calvinistes (3161), et ceux qui établissaient avec lui toute l'opération de la grâce dans la seule proposition de la parole de Dieu, en niant l'opération et l'influence du Saint- Esprit dans les cœurs, étaient de ces sociniens et de ces indifférents tachés, qui, ditil, « formaient, dans les églises réformées de France, depuis quelques années, ce malheureux parti où l'on conjurait contre le christianisme (3102). Ce n'était donc plus seulement contie 1 Eglise romaine; c'était contre le christianisme en général que la Réforme s'armait secrètement. Le ministre voudrait bien nous faire accroire que la persécution qu'on faisait à la prétendue Réforme, l'empêchait de réprimer ces ennemis cachés de la religion chrétienne : mais au

rS156) Hisl. des fur., lib. II.

(5157) Yar., liv. vin.

(5158) Lib. iv, epist. 14; For., 18159) IbiU.

v, col. 48i.

(3IC0) Tab., leil. 1, p. 8.

(5101) Examen îles préjugés legitim t.

^ » 1 * > iî ■ Tub. du socin , ti u. I,j». 5.

contraire c'était manifestement la crainte des Catholiques qui 1rs tenait dans le silence; car n'y ayant que le calvinisme qui fût toléré dans io royaume) les nouveaux pélagiens, les nouveaux paulianistes, et en un mot les sociniens et les indifférents avaient tout à craindre. Ils n'avaient donc garde de paraître tant qu'ils étaient parmi nous; et aussi n'ont-ils éclaté qu'à leur dispersion, quand ils se sont trouvés dans des pays, où, comme dit M. Jurieu, ils ont eu la liberté de parler (3103), c'est-à-dire dans les pays où la Réforme dominait.

VI. — Combien les prétendus reformés tic France élevaient mal leur jeunesse.

Voilà donc manifestement cette cabale toute socinienne, comme l'appelle M. Jurieu (316-'»), qui ne tendait pas à moins qu'à ruiner le christianisme : la voilà, dis-je, fortifiée par le soutien qu'elle trouve dans les pays protestants, où les réfugiés de France ont été dispersés. « Les jeunes gens, dit notre ministre (3105), venus tout nouvellement de France, gros de la tolérance universelle de toutes les hérésies et de leur esprit de libertinage, ont cru que c'était iei le vrai temps et le vrai lieu d'en accoucher. » C'est ainsi que la jeunesse était élevée parmi nos prétendus réformés. Fille était grosse de l'in ■ différence des religions ; et ce monstre, que les lois du royaume ne lui permettaient pas d'enfanter en Fiance, a vu le jour , aussitôt que celle jeunesse libertine, "comme rappelle M. Jurieu (3166), a respiré en Hollande un air plus libre.

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