‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 283 sur 325 · VII. — Témoignage de M. Jurieu sur l'état · texte numérisé non relu

VII. — Témoignage de M. Jurieu sur l'état

de la religion en Hollande.

Combien est puissante cette secte dans le pays où écrit M. Jurieu, on peut le juger par la préface de son livre Des deux souverains. « Aujourd'hui , » dit-il (3167), « 16 monde est plein de ces indifférents, et particulièrement dans ces provinces: les sociniens et les remontrants le sont de profession : mille autres le sont d'i ticli liât ion . » Il ne faut donc point s'étonner si les réfugiés français sont enfin accouchés de ce nouveau dogme dans un pays si favorable à sa naissance; et on peut croire que le ministre ne parlerait pas de cette manière d'un pays qui lui adonné une retraite si avantageuse, si la force de la vérité ne l'y obligeait.

^ III. — Le ministre contraint de reconnaître le mal qu'il tâchait de déguiser.

C'est en vain qu'il s'efforce ailleurs de diminuer cette cabale de la jeunesse française en supprimant le grand nombre de

(3H15) Tab. du socin. ,\ell. I, p. 8.

(3464) Ibid., p. a, (S.

(3105) Tab.. lett. S, p. 470.

(5166) lbid.

(3IG7) Des droits des deux souverains. Avis au lecteur.

AVERTISSEMENTS Al \ PROTESTANTS. r.'i'.i

ministres qui la composent, a Le nombre, dit-il (8168), n'en est pas grand, et le soupçon ne doit pas tomber sur tant de bons pasteurs qui sont sortis de France. » Mais le mal éclate malgré lui ; ce qui lui fait dire à lui-même, « qu'on fait publiquement les éloges de ces livres qui établissent la charité dans la tolérance du paganisme, de l'idolétrie et du socinianisme : » et encore : « Notre langue n'était pas encore souillée de ces abominations : mais depuis notre dispersion, la terre est couverte de livres français qui établissent ces hérésies (3169). » Ainsi les indifférents n'osaient se déclarer étant en France, et on voit toujours que la dispersion a fait éclore le mal qu'ils tenaient caché. Depuis ce temps, poursuit-il (3170), « on voit passer dans les mains do tout le monde les pièces qui établissent, cette tolérance universelle, laquelle enferme la tolérance du socinianisme; et on voit sensiblement les tristes progrès que ces méchantes maximes font sur les esprits. » Le mal gagne déjà les parties nobles: « quand, dit-il (3171), le poison commence à passer aux parties nobles, il est temps d'aller aux remèdes, outre que le nombre de ces indifférents se multiplie plus qu'on ne l'ose dire : par où on voit tout ensemble nonseulement la grandeur du mal, mais encore qu'on n'ose le dire, de peur de faire paraître la faiblesse de la Réforme, que sa propre constitution entraine dans l'indifférence des religions. Cependant , quoiqu'on dissimule et qu'on n'ose pas avouer combien ces indifférents s'accroissent au milieu de la Réforme, on est forcé d'avouer que ce n'est rien de moins qu'un torrent dont il faut arrêter le cours. « Ce qui est très-certain, » poursuit le minisire (3172), « c'est qu'il est temps de s'opposer à ce torrent impur, et de découvrir les pernicieux desseins des disciples d'Episcopius et de Socin : il serait à craindre que nos jeunes gens ne se laissassent corrompre ; et il se trouverait que notre dispersion aurait servi à nous faire ramasser la crasse et la lie des autres religions. »

IX. — Progrès de l'indifférence dans les Etals protestants, selon M. Jurieu, et premièrement en Angleterre.

Il est bien aisé d'entendre ce qui l'a jeté dans cette crainte. En un mot, c'est qu'il appréhende que la dispersion déjà prête à enfanter, comme il disait, l'indifférence des religions, n'achève de se gâter dans les pays où la liberté de dogmatiser n'a point de bornes, et par là ne vienne en effet à ramasser en Angleterre et en Hollande la crasse des fausses religions, dont on sait que ces pays abondent. Car d'abord, pour ce qui re-

(5168) Tab.,

(3169) lbid.

lelt. G , p 8.

i) lbid.

5r.ni

ivn

garde l'Angleterre, « ces dispersés l'ont trouvée, » dit-il (3173), « sous des princes papistes ou sans religion, qui étaient bien aises de voir l'indifférence des religions et l'hérésie s'introduire parmi les protestants, afin de les ramener plus aisément à l'Eglise romaine. » C'est bien fait de charger de tout les princes papistes, car l'indifférence des religions était sans doute le meilleur moyen pour induire les esprits à la religion catholique, c'est-à-dire, à la plus sévère et la moins tolérante de toutes les religions. Mais laissons M. Jurieu raisonner comme il lui plaira.; laissons-lui caractériser à sa modo les deux derniers rois d'Angleterre; qu'il fasse, s'il peut, oublier à tout l'univers ce que Hornebec et Hornius, auteurs protestants, ont écrit des indépendants et des principes d'indifférence qu'ils ont laissés dans cette île ; et qu'il impute encore à l'Eglise romaine cette effroyable multiplicité de religions qui naissaient tous les jours, non pas sous ces deux rois que le ministre veut accuser de tout le désordre, mais durant la tyrannie de Crormvel, lorsque le puritanisme et le calvinisme vont été le plus dominants. Sans combattre les raisonnements de notre ministre, je me contente du fait qu'il avoue. Quoi qu'il en soit, l'indifférence des religions avait la vogue en Angleterre quanti les dispersés y sont arrivés; et si nous pressons le ministre de nous en dire la cause, il nous avouera franchement qae c'est qu'on y estime Episcopius. « C'est, » dit-il (3174), « ce qui a donné lieu aux hétérodoxes de deçà la mer de calomnier l'Eglise anglicane. Ils ont dit qu'on y expliquait publiquement Episcopius dans leurs universités, et qu'on n'y faisait pas de façon de tirer les sociniens du nombre des hérétiques. C'est, poursuit M. Jurieu, ce qui m'a été dit à moimême par une infinité de gens. Cette fausse accusation est le fruit du commerce trop étroit que quelques théologiens anglais ont eu avec les œuvres d'Episcopius. » A la fin donc il avouera que c'est par principes, à l'exemple d'Episcopius , que l'Angleterre devient indifférente ; ce n'est pourtant que quelques théologiens anglais ; car il faut tonjours exténuer le mal, et couvrir autant qu'on pourra la honte de la Réforme chancelante , qui ne sait plus ce qu'elle veut croire, ni presque môme si elle veut être chrétienne, puisqu'elle embrasse une indifférence qui, selon 51. Jurieu, ne tend à rien de moins qu'à renverser le christianisme. En effet, quoi qu'il puisse dire de ce petit nombre de théologiens défenseurs d'Episcopius, le nombre en est assez grand pour faire pensera une infinité de gens, qui en ont assuré M. Jurieu, que l'Angleterre ne faisait point de façon de déclarer son indifférence, et de tirer les sociniens du nombre des hérétiques.

(3173) Tr.b., lett. 6, p. 8.

(517i) Ibid., p. 10.

(3175; Ibid., lett. I , p. 8.

(3170) Druils des deux minier., Prcf.

X. — Progrès de ce même mal dans les Provinces-Unies, selon le même ministre.

Voilà pour ce qui regarde l'Angleterre, où l'on voit que les dispersés indifférents ont trouvé le champ assez libre : voyons ce qu'ils auront trouvé en Hollande. « Ils ont abusé, » dit notre ministre (3175), « de la tolérance politique qu'on avait ailleurs pour les différentes sectes : » nous entendons ce langage et la liberté de ces pays-là, qui a fait dire, comme on vient de voir, à M. Jurieu que tout est plein d'indifférents dans ces provinces (3176). M. Basnage ir'en a pas moins dit, puisqu'il nous assure que l'hérétique n'a rien à craindre dans ces bienheureuses contrées (3177) ; et sans besoin d'édits pour s'y maintenir, tout y est tranquille pour lui. Mais cette tolérance politique, dont on prétend que les dispersés ont abusé, va bien plus loin qu'on ne pense, puisque, selon M Jurieu (3178), ceux qui l'établissent « ne vont pas à moins qu'à ruiner les principes

du véritable christianisme à mettre tout

dans l'indifférence, et à ouvrir la porte aux opinions les plus libertines : » ce que le même ministre confirme en ajoutant un peu après (3179) que « par là on ouvre la porte au libertinage, et qu'on veut se frayer le chemin à l'indifférence des religions.»

XI. — Liaison de lu tolérance civile avec l'ecclésiastique et avec l'indifférence des religions, selon M. Jurieu.

Ainsi la tolérance civile, c'est-a-erre, . impunité accordée par le magistrat à toutes les sectes, dans l'esprit de ceux qui la soutiennent, est liée nécessairement avec la tolérance ecclésiastique ; et il ne faut pas regarder ces deux sortes de tolérances comme opposées l'une à l'autre, mais la dernière comme le prétexte dont l'autre se couvre. Si on se déclarait ouvertement |>our la tolérance ecclésiastique, c'est-à-dire, qu'on reconnût tous les hérétiques pour vrais membres et vrais enfants de l'Eglise, on marquerait trop évidemment l'indifférence des religions ; on fait donc semblant de se renfermer dans la tolérance civile. Qu'importe en effet à ceux qui tiennent toute religion pour indifférente, que l'Eglise les condamne?

Cette censure n'est à craindre qu'à ceux qui ont des Eglises, des chaires, ou des pensions ecclésiastiques à perdre : quant aux autres indifférents, pourvu que le magistrat les laisse en repos, ils jouiront tranquillement de la liberté qu'ils se donnent à eux-mêmes, de penser tout ce qu'il leur plaît, qui est le charme jiar où les esprits sont jetés dans ces opinions libertines. C'est pourquoi ils font tant de bruit, lorsqu'on excite conire eux le magistrat : mais leur dessein véritable est de cacher l'indifférence des religions

(3177) Basn., t. 1, c. 6, p. 492.

(3178) Tub., lett. 8, p. 509.

(3179) Ibid., p. iO:>.

1305 PART. X. THEOL. POLEMIQUE - IV. miséricordieuse de la tolé-

C'est ce qui l'ait dire h M. Jurieu « que de un les voiles derrière lesquels se cachent

sous I apparence ran«"«* civile

ton

[es indifférents, le dernier et le plus spécieui c'est celui de la tolérance civile (3180). » Elle ne fait donc pas, encore un coup, dans ia Réforme un parti opposé à celui de l'indifférence des religions, mais le voile sous lequel ne cachent les indifférents, el les masques dont ils se déguisent.

XII. — Nombre immense des défenseurs de la tolérance civile, selon M. Jurieu.

Mais si cela est, comme il est certain, et que le ministre le prouve par des arguments démonstratifs (3181), on peut juger combien est immense le nombre des indifférents dans la Réforme, puisqu'on y voit les défenseurs de la tolérance civile "se vanter publiquement qu'ils sont mille contre un (3182). Et que ce ne snit pas à tort .qu'ils s'en glorifient, l'embarras de M. Jurieu me le fait croire ; car écoutons ce qu'il leur répond : « Ils se font, » dit-il (3183). « un plaisir de voir je ne sais combien de gens qui paraissent les flatter; et cela leur fait dire qu'ils sont mille contre un ; mais depuis quel temps et en quel pays? Je leur soutiens qu'avant les sociniens el les anabaptistes, il n'y a pas eu un seul docteur de marque qui ait appuyé leur sentiment. » Il ne s'agit pas de savoir ce qu'on pensait sur la tolérance avant les sociniens et les anabaptistes, c'est-à-dire, si je ne me trompe, avant que le nombre en fût grossi au point qu'il est : il s'agit de répondre, s'il est vrai que les tolérants soient aujourd'hui mille contre un, comme ils s'en vantent ; le ministre n'ose le nier, et ne s'en tire qu'en biaisant : « Nous sommes, disentils, mille contre un : c'est, répond-il (318V), une fausseté, et je ne connais pas de gens fort distingués qui soient dans ce sentiment. » Quelque beau semblant qu'il lasse, et malgré le démenti qu'il leur donne, il biaise encore : les indifférents qu'il attaque se vantent, à ce qu'il dit, de la multitude, et il leur répond sur les gens de marque, sur la distinction des personnes. Mais si on lui demandait comment il définirait ces gens distingués, il biaiserait encore beaucoup davantage; et on ne voit que trop, quoi qu'il en soit, que l'indifférence prend une force invincible dans la Réforme, et que o'est là ce torrent impur auquel M. Jurieu s'oppose en vain.

XIII. — Preuve de la même chose par une lettre des réfugiés de France en Angleterre au synode d'Amsterdam de l'année dernière.

Mais les actes du synode Wallon, tenu à Amsterdam le 23 août et les jours suivants

do l'an 1(190, achèvent de démontrer combien ce torrent est entlé et impétueux. Trento-quatre ministres de fiance, réfugiés en Angleterre, se plaignent à ce synode « du scandale que leur causent ces ministres réfugiés, qui, étant infectés de diverses erreurs, travaillent, » disent-Us (3185), « à les semer parmi le peuple. Ces erreurs, poursuivent-ils, no vont à rien moins qu'à renverser le christianisme, puisque ce sont celles des pélagiens et des ariens, que les soi -iniens ont jointes à leurs systèmes dans ces derniers siècles. » On voit qu'ils parlent en mêmes termes que le ministre Jurieu, et qu'ils reconnaissent comme lui la ruine du christianisme dans ces erreurs. Mais le reste s'explique encore beaucoup mieux. « Il y en a, » continuent-ils, « qui soutiennent ouvertement ces erreurs ; il y en a d'autres qui se cachent sous le voile d'une tolérance sans bornes. Ceux-ci ne sont guère moins dangereux que les autres; et l'expérience a fait voir jusqu'ici que ceux qui ont affecté une si grande charité pour les sociniens, ont été sociniens eux-mêmes, ou n'ont point eu de religion. » Enfin le péril est si grand, « et la licence est venue à un tel point, qu'il n'est plus permis aux compagnies ecclésiastiques de dissimuler, et que ce serait rendre le mal incurable que de n'y apporter que des remèdes palliatifs. »

Il ne faut donc plus cacher l'état triomphant où l'indifférence, qui est une branche du socinianisme, se trouve aujourd'hui dans la Réforme sous le nom et sous la couleur de la tolérance, puisque les ministres qui sont à Londres crient à ceux qui sont en Hollande, qu'il est temps d'en venir aux derniers remèdes; et ce qu'il y ade plus remarquable dans leur plainte, c'est que nous ne voyons point, dans cette lettre du Londres, la souscription de plusieurs ministres des plus fameux que nous connaissons : on sait d'ailleurs que ces trente-quatre qui ont signé la lettre ne font qu'une très-petite partie des ministres réfugiés en Angleterre. Le silence des autres fait bien voir quel est le nombre qui prévaut, et ce que la France nourrissait, sans y penser, de sociniens ou d'indifférents cachés, pendant qu'elle tolérait la Réforme.

XIV. — Preuve de la même chose par le décret du synode, et par ce que M- Jurieu a écrit depuis.

Telle est la plainte que les trente-quatre réfugiés d'Angleterre portent au synode d'Amsterdam contre les indifférents, mais la réponse que fait le synode montre encore mieux combien est grand ce parti, puisqu'on en parle comme d'un torrent dont il faut arrêter le cours (3186). On voit même

(5180) Tab., lelt. 8, art. I, p. 598.

(5181) Ibid., el suiv.

(518-2) Ibid., 575, 405.

(51S5j Ibid.

(5185) Lettres écrites au syn. dWmit. par plus, min. réfug. à Londres: Tab., tell, 8, p. b'o'.K (5180) Tab., loti. 0, p. otiâ.

(JEi/YRES COMPLETES DE BOSSl'ET.

qu'en Angleterre res réfugiés dont on se plaint, poussent leur hardiesse jusqu'à débiter leurs impiétés en public, les préchant ouvertement; ce qui montre combien ils se sentent soutenus ; et en effet, on n'entend point dire qu'ils soient déposés.

Il ne faut pas s'imaginer que ce mai ne soit qu'en Angleterre. Les réfugiés de ce pays-là écrivent au synode Wallon qu'il y en a en Hollande de ce caractère (3187] ; et le synode lui-même parle ainsi dans sa décision : « Nous apprenons par les mémoires et les instructions de plusieurs Eglises, que quelques esprits inquiets et téméraires sèment dans le public et dans le particulier des erreurs capitales, et d'autant plus dangereuses que, sous le nom affecté de la charité et de la tolérance, elles tendent à faire glisser dans l'âme îles simples le poison du socinianisme et l'indifférence des religions. » Les avis ne viennent donc pas d'Angleterre seulement, mais encore de plusieurs Eglises des Pays-Bas protestants; le mal se répand partout en deçà et au delà des mers ; et on exhorte les fidèles à résister courageusement a ce torrent f 3188). G'esl donc toujours un torrent dont le cours menace la Réforme; le synode aussi n'épargne rien de ce qui dépend de sa lumière et de son autorité; il suspend, il excommunie; il suscite de tous côtés des observateurs pour veiller sur ce qui se dit, non -seulement dans les chaires, mais encore dans les conversations; il autorise autant qu'il se peut les dénonciateurs; il fait en un mot ce que la Réforme a tant blâmé dans la conduite de Rome, et ce qu'elle a tant appelé une tyrannie, une gène cîes consciences. Encore n'est-ce pas assez, et voici à quoi les exhorte M. Jurieu : « 11 est juste, » leur dit-il (3189), « afin que peu de gens soient suspects, que vous employiez des voies sûres et non équivoques pour distinguer les innocents des coupables. Les mesures que vous avez prises dans votre dernière assemblée (c'est celle dont on vient de voir ta sévérité , quelque bien concertées qu'elles paraissent, ne se trouvent pas encore suffisantes pour découvrir les ennemis de nos vérités, et pour soumettre ces esprits qui méprisent vos derniers règlements avec tant de hauteur. C'est pourquoi j'espère, » poursuit-il, « que dans votre prochaine assemblée, vous prendrez des résolutions encore plus fortes et plus efficaces pour arrêter le mal ; » par où nous voyons tout ensemble et le peu d'effet du synode d'Amsterdam, et les nouvelles rigueurs qu'on prépare, non plus pour punir les tolérants déclarés, mais pour les discerner et les découvrir comme gens qui se cachent. La Réforme change de méthode; tout s'y échauffe; ceux qu'on ne pourra convaincre d'être hérétiques seront punis comme suspects, et rien ne sera à couvert île l'inquisition que M. Jurieu veut établir.

(5189) Tub.. tell. S, |>. 5JT.

XV. — Rapport du socinianisme avec l'indifférence des religions, selon M. Jurieu ; le socinianisme, selon lui, est une religion de plain-pied.

On demandera peut-être ici quel rapport il y a ou de l'indifférence au socinianisme, ou dusocinianismeàl'indifférenee : c'est ceque M. Jurieu explique très-nettement, lorsqu'il dit que la méthode des sociniens, qu'il entreprend de combattre , est d'insinuer d'abord « qu'il ne s'agit de rien d'important entre eux et les autres protestants qui ont abandonné le papisme; que ce sont des disputes très-légères, et qu'on peut croire là-dessus tout ce que l'on veut (3190). Quand cela est fait,» continue-t-il,« et qu'ils ont persuadé que le socinianisme est une religion où l'on peut se sauver, il ne leur est pas difficile d'achever et de pousser les esprits dans la religion socinienne, parce que le socinianisme est une religion de plain-pied, qui lève toutes les difficultés, et aplanit toutes les hauteurs; ce qui fait, » conclutil, « qu'on est bien aise de trouver un lieu où l'on puisse se sauver, sans être obligé de croire tant de choses qui incommodent l'esprit et le cœur. » On ôte tous les mystères, ou éteint les feux éternels, et on ne "cherche qu'à se mettre au lar^e. C'est ainsi que l'indifférence et le socinianisme sont liés; et il est aisé de comprendre que ce torrent débordé de sociniens ou d'indifférents dont la Réforme se plaint elle-même, et qu'elle ne peut retenir, entraine naturellement les esprits à celte religion de plain-pied qui aplanit toutes les hauteurs du christianisme.

XVI. — Que la constitution de l'Eglise catholique s'appose à toutes ces nouveautés ; vaine réponse du minisire, qui tâche de faire croire qu'elle est attaquée du même mal que la Réforme.

Pour exténuer un mal à qui la Réforme prépare déjà d'extrêmes remèdes, le ministre vomirait nous faire accroire qu'il nous est commun avec elle. « La communion de Rome a senti, » dit-il (3191), « ce torrent d'impiété qui a presqueinondé toute l'Eglise ; ce qui a obligé ses auteurs à écrire plusieurs ouvrages pour prouver la vérité de la religion chrétienne. » Sur ce fondement il nous donne « des déistes à la cour et de? sociniens dans l'Eglise en assez grand nombre; » en sorte que nous n'avons rien à reprocher à la Réforme de ce côté-là. Pour rendre les choses égales, il faudrait encore nous nommer les royaumes catholiques où l'on prêche publiquement le socinianisme et l'indifférence, les conciles qu'on y tient contre ces erreurs, et les moyens extraordinaires dont on croit y avoir besoin pour en exterminer les sectateurs. Du moins peut-on assurer que les sociniens font peu de bruit dans le

Cl 9<n P. 12, 13.

(3191) T36.,lcit. 1, p. II,

159 J PART. \ THEOL. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS \l \ PROTESTANTS;

moule, et pour moi qui pourrais peut-être un rencontrer quelques-uns, s'il \ en avait dans l'Eglise autant que dil le ministre, je n'eu puis pas nommer un seul Mais après tout, et pour le prendre de plus haut, la question n'est i as de savoir si le nombre des indifférents, c'est-à-dire celui îles impies, s'augmente dans la chrétienté, et s'il peut y en avoir de cachés parmi nous; ce qu'il r.uii examiner, c'est d'où celte race est venue, do quel principe elle est née, et pourquoi elle se déclare hautement parmi les protestants. D]abord on avouera, pour peu qu'on ait de bonne loi, que l'Eglise romaine .v est opposée par sa propre constitution. Une Eglise qui pose pour fondement qu'il n'y a de vio ni do salut que dans sa communion, sans doute est opposée par sa nature à l'indifférence dos religions ; une Eglise qui a pour règle île la loi, qu'elle doit avoiraujourd'hui celle qu'elle avait hier, qui croit que celle d'hier est celle de tous les siècles passés et futurs, en sorte que la vérité régnera éternellement dans sa communion, et qu'il y a une promesse divine qui l'en assure, est incompatible pur son propre fonds avec toutes les nouveautés, et d'autant plus opposée à celle des sociniens et des tolérants ou indifférents, que leurs innovations sont plus hardies. Qu'on vienne dire a une telle Eglise qu'elle no doit pas adorer le Fils de Dieu autant que le Père, ou que Jésus-Christ n'est pas proprement un rédempteur qui ait vraiment satisfait pour elle et payé un prix infini ; ou que l'enfer n'est pas éternel comme la béatitude qui nous est promise ; ou qu'on puisse trouver son salut autre part qu'avec Jésus- Christ et son Eglise, elle bouchera ses oreilles pour ne point ouïr de tels blasphèmes, et repoussera de toute sa force ces novateurs avec un concours universel : il faut qu'ils sortent ou qu'ils se cachent si bien, qu'il ne leur reste d'asile que celui de l'hypocrisie, qui se condamne elle-même à des ténèbies éternelles. Voilà où en sont réduits tous les novateurs dans l'Eglise catholique. Qu'on laisse reposer les peuples sur cette foi et sur la promesse divine, jamais les nouveautés ne seront seulement écoutées; m..is que l'on commence à dire avec la Réforme, qu'il y a sept ou huit cents ans, [dus ou moins, que l'erreur et l'idolâtrie régnent dans l'Eglise, c'en est fait : la chaîne est rompue; la promesse est anéantie; on ne tient plus à la succession. L'Antéchrist, qui ne commençait qu'au vu" ou vin' siècle, si l'on veut, prendra naissance au vr et en la personne de saint Léon; si l'on veut, la corruption aura commencé au concile de Nicée; ce sera plutôt, si l'on veut, et dès le temps qu'on a condamné Paul de Samosate, qui niait la préexistence du Fils de Dieu; il n'y a (dus de digues à opposer à cette pente secrète qui porte l'esprit de l'homme à cette religion de plain-pied qui supprime tout l'exercice de la foi :et tout devient indifférent.

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