LXXV. — La tolérance effroyable qu'on a pour M. Jurieu
Pour ce qui regarde la tolérance, il n'y a qu'à se souvenir avec quelle évidence nous venons de démontrer que ce ministre l'a autorisé même en voulant le combattre. F.t pour ne point répéter ce qu'on en a dit (3292), on ajoutera seulement que M. Jurieu est luimême le plus grand exemple qu'on puisse jamais proposer de la tolérance du parti. On lui tolère toutes les erreurs qu'on vient île voir, quoiqu'elles n'emportent rien moins qu'un renversement total des fondements du christianisme, et même des principes de la Réforme.
LXXVI. — On tolère â ce ministre de dire qu'on se peut sauver dans une eommu-
(5291) Avis surleTab., art. 3. 13292] M' Aven., pari, il, il. 105.
niofl socinienne : aveu du même ministre.
Ou lui tolère de dire qu'on se peut sauver dans une communion soiinienne : c'est une accusation que je lui a faite dans/'// istoire des variations et dans le /" Avertissement (3293). Il n'est pas nécessaire d'en révéler ici la preuve, pu isqu'a près a voir beaucoup chicané, le ministre a enfin passé condamnation. « Il conclut (l'évoque de Meaux) son /*' Avertissement par des preuves, que selon moi on peut-être sauvé dans une communion socinienne. 11 n'y a pas plus de bonne foi là-dedans que dans le reste. Si l'on pouvait conclure ouelque chose de mes écrits, ce serait qu'un nomme, qui sans être socinien et en délestant les hérésies sociniennes, vivrait dans la communion externe des sociniens n'en pouvant sortir, serait sauvé : c'est ce que je ne nie pas (329i). » 11 avoue donc en termes formels le crime dont on l'accuse, qui est qu'on se peut sauver dans une communion socinienne.
Car être à l'extérieur dans celte communion, c'est y recevoir les sacrements, c'est y assister au service, aux prêches, aux catéchismes, aux prières, comme font les autres, avec les marques extérieures de consentement : il n'y a point d'autres liens extérieurs de communion que ceux-là; or, si cela est permis, on ne sait plus ce que veulent dire ces paroles : Retirez-vous des lentes des impies [Xttin. xvi, 26) ; ni celles-ci de saint Paul : Je ne veux point que vous soyez en société avec les démons : vous ne pouvez boire le calice du Seigneur et le calice des démons : vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons (I Cor. x, 20) ; ni entin celles-ci du môme apôtre : Quelle communion q a t-il entre la justice et l'iniquité? ou quelle convention entre Jésus-Christ et Bélial! ou quel accord peut-il y avoir entre le temple de Dieu et les idoles'/ [Il Cor. vi, 14 ) S il est permis d'être unis par les liens extérieurs de la religion avec l'assemblée des impies, tous ces préceptes de l'Apôtre, toutes ces fortes expressions du Saint- Esprit , ne sont plus qu'un son inutile ; et le ministre manifestement les réduit à rien. Ainsi la limitation qu'il apporte à sa proposition en supposant que celui qu'il met dans une communion socinienne, n'y sera qu'extérieurement et détestera dans son cœur les hérésies de cette secte, ne sert qu'à les condamner davantage. Car un tel homme sera nécessairement un hypocrite, qui sans être socinien fera semblant de l'être : or c'est encore pis, s'il se peut, de sauver un tel hypocrite que de sauver un socinien, puisqu'on peut être socinien par ignorance et avec une espèce de bonne foi, au lieu qu'on ne peut être hypocrite que par une expresse perfidie et une malice déterminée. .
La condition qu'il appose, qu'on demeure innocemment à l'extérieur dans cette communion n en pouvant sortir, met le comble
(3293) Far., liv. xv, col. 925; I" Avert. n. ii,
(3294) Tab., kit. 6, p. 298.
UÎ3
MU
à l'impiélé. Car elle suppose qu'on est excusé rie se lier de communion avec les impies lorsqu'on ne peut en sortir, c'est-à-dire manifestement , lorsqu'on ne le peut sans mettre sa vie ou ses biens ou son honneur en péril : or, si on reçoit celle excuse , tous les exemples des martyrs sont des excès ; tous les préceptes de l'Evangile, qui obligent à mourir plu lot que de trahir la vérité de sa conscience, sont des préceptes oulrés , qui ne sont propres qu'à envoyer les gens de bien à la boucherie.
Que si enfin le ministre se sent forcé à répondre que cet homme, qui communie à l'extérieur avec les sociniens, n'en déleste pas seulement les erreurs dans sa conscience, mais déclare publiquement l'horreur qu'il en a, il renverse la supposition. Car cet homme très-constamment n'est plus dans la communion extérieure des sociniens, puisqu'il y renonce expressément par la profession qu'il fait d'une foi contraire. Un tel homme se gardera bien de faire la Cène avec eux , ni de prendre le pain sacré de la main de leurs pasteurs qu'il regarde comme des impies : et s'il assiste à leurs prêches, ce sera comme un étranger qui irait voir ce qui se passe dans leurs assemblées, ou qui entrerait, si l'on veut, dans une mosquée par simple curiosité.
Que si l'on assiste sérieusement au service des sociniens avec le même extérieur que les autres membres de leurs assemblées, et en un mot qu'on en fasse son culte ordinaire, on pourra assister de même au culte des mahométans ou des idolâtres : les Catholiques, les luthériens', les calvinistes pourront se tromper ainsi les uns les autres, sans préjudice de leur salut: et tout l'univers sera rempli de profanes et d'hypocrites, qu'on ne laissera pas de compter parmi les élus. Voilà où aboutit la doctrine du plus rude en apparence des intolérants; et il s'engage dans tous ces blasphèmes pendant qu'il tâche le plus de s'en justifier, tant il est secrètement dominé par cet esprit d'irréligion et d'indifierence.
LXXY1I. — La tolérance expressément accordée aux uriens : passage de M. Juricu qu'il a laissé sans réplique.
On peut voir sur ce sujet-là ce qui est écrit dans le livre xv' des Variations , et dans le premier Avertissement (3295) : mais on y peut voir encore de plus grands excès du minisire puisqu'on y trouve que « damner tous ces Chrétiens innombrables qui vivaient dans la communion externe de l'arianisme, dont les uns en détestaient les dogmes, les autres les ignoraient , les autres les toléraient en esprit de paix , les autres étaient retenus dans le silence par la crainte et par l'autorité : damner, dis-je, tous ces gens-là, c'est une opinion de bourreau, et qui est
("203) Var., liv. xv, col. 925 seq. ; I" Avert., n. H et suiv.
(529(5) Préj. lé /il., p. 22 ; Var., liv. xv, n. 80. (3397) Tab.,lM. I,p. 7;Préj. !{g., part l,c. I.
digne de la cruauté du papisme (3296). Le dogme des ariens est donc de ces dogmes qu'on peut tolérer en esprit de paix. On a objecté ce passage à M. Jurieu de tous côtés. Il n'y répond pas un seul mot ; et voilà, de son aveu, les ariens, c'est-à-dire, les ennemis de la divinité de Jésus-Christ et de celle du Saint-Esprit, parmi ceux qu'il faut comprendre dans la tolérance.
Il nous donne pour marque de socinianisme, de dire que cette secte était moins mauvaise que le papisme (3297) : et néanmoins il d t lui-même qu'il est [dus difficile de se sauver parmi les Catholiques, que parmi les ariens (3298), qui soutenaient les principaux dogmes des sociniens.
LXXV1II. — Les nestoriens et les eutychiens tolérés par ce ministre.
Si les ariens sont compris dans la tolérance, les nestoriens et les eutychiens ne pouvaient pas en être exclus. Le minis re les y reçoit en le rme formels, et met les sociétés où la confusion des deux natures et la distinction des Personnes sont soutenues en Jésus-Christ, au nombre des communions où Dieu se conserve des élus (3299).
Si cela est, cette merveilleuse sagesse de Dieu, que le ministre reconnaît dans les quaire premiers conciles, qui, dit-il, ont mis à l'abri les fondements de la foi, ne sera plus rien , puisque les erreurs condamnées par ces grands conciles n'empêchent pas le salut de ceux qui en seraient infectés, et ne les excluent pas de la tolérance.
Voilà donc, par la doctrine de votre ministre, la tolérance établie en faveur de ceux qui renversent les fondements de la foi, comme ceux qu'on a reconnus dans les quatre premiers conciles, qui, de l'aveu du ministre, et par les Confessions de foi de lous les protestants, sont les plus essentiels au christianisme
LXX1X. — La Réforme est obligée dépasser à M. Jurieu ses erreurs sur le goût et le sentiment.
Outre ces intolérables erreurs qu'on ne tolère qu'à lui , il y en a d'autres qu'il faut tolérer par les principes de la secte. Les tolérants s'étonnent qu'on lui laisse dire qu'on croit , parce qu'on veut croire ,par goût, par adhésion , pur sentiment, et non pas par discussion ni par examen des passages de l'Ecriture. Mais que pourrait reprendre dans cette doctrine un synode de protestants, puisqu'ils n'ont de déiioûment contre nous que celui-là? M. Jurieu leur dira : Voulez-vous obliger à la discussion ceux à qui leur expérience fait connaître qu'ils n'ont ni la capacité ni le loisir de le faire? Ils se moqueront de vous. Les renverrez-vous à l'autorité de l'Kglise? Vous renverserez votre Réforme. Ne voyez-vous donc pas plus clair
(5298) Sytl., p. 225; Var., liv. xv, roi. 9G8. (54991 Préj , c. t. p. 16; Sysl., p. IW, «50, 154; Far-, liv. xv.col. 910; lab., tell. 6, p. 198.
Wi PART X. THEOL. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS Al \ PROIES! ANTS. lii^
joe le jour, que le goût et le sentiment que
M. Cluu le et moi avons introduits, est le
seul refuge qui nous reste , el que si vous l<;
• condamnez tout est perdu pour la Réforme?
LXXX. Erreur de M Jurieu et de toute lu Reforme sur le mariage : exception à lu loi évangélique reconnue pur ce minisire.
Je ne m'étonne pas non plus qu'on laisse avancer à M. Jurieu tant d étranges propositions sur le mariage , c'est qu'en effet la Kélorme les soutient. Ce n'a pas été assez aux prétendus réformateurs d'abandonner la .sainte doctrine de toute l'Eglise d'Occident sur l'entière indissolubilité <iu mariage, même dans le cas d'adultère. Pour adoucir les difficultés du mariage, si grandes qu'elles faisaient ducaux apôtres: Maître, s'il est ainsi, il vont mil ux ne point se marier (Mattk. x\x, 10); on y permet tous les juins , pour beaucoup d'autres sujets, de rompre « des mariages faits et consommés dans toutes les formes , et de permettre à un mari et à une femme de prendre un autre époux et une autre épouse l'autre étant vivante [3300) , » et très-constamment vivante. Le ministre raplOrle un fameux arrêt de la cour de Hollande en l'an 1630 (3301) , où du consentement des parties présentes, on résolut un mariage contracté dans toutes les formes : un mari eut la liberté d'épouser une autre femme que la sienne , et sa femme de demeurer avec celui qu'elle avait épousé sur a fausse présomption de la mort de son véritable mari. La désertion est une autre cause de rompre le mariage. C'est la pratique constante de « l'Eglise de Genève, qui, » dit-il 3302), •<. est la source de notre droitcanon. On en a, » poursuit-il, « un exemple tout récent lont je crois que tout le monde a oui parler: on ne nommera pas les personnes à ause du scandale, » mais cependant quelque grand qu'il soit , on passe par-dessus ians les jugements. « On nommera, » conliiue-t-il :3303), «< la demoiselle Sève, qui, en 1077, épousa un nommé M. Misson, fiis d'un ninistre de Normandie , lequel, après avoir Jemeuré quelque temps avec elle, l'abandonna. Elle a obtenu permission de se remarier, ce qu'elle fit. » Je ne vois pas après :ela qu'on puisse s'empêcher de rompre les mariages pour des maladies incurables ou des incompatibilités aussi sans remède. Pour justifier ce libertinage, il suffit à M. Jurieu Je (lire que les maximes contraires « sont .•rises de la théologie romaine , selon laquelle le mariage est un sacrement (330i). » Un voit donc bien la raison qui a inspiré à la Réforme de crier avec tant de force contre le sacrement de mariage; elle voulait anéantir cette salutaire contrainte que Jésus-Christ avait établie dans les mariages chrétiens, et s'ouvrir une large porte à les casser. C'est donc inutilement que Jésus-Christ a pro-
(5300) Tab., Ici!. 6, p. 503.
(350 1) Pag, 504.
nonce i que l'homme ne sépare pas re que Dieu a uni. [Matth. xix, 6.) On prétend à la vérité qu'il \ a lui-même apporté une exi eption . et c'est celle du cas de l'adultère; mais la Réforme licencieuse ne s'en esi pas contentée, et n'a pas crainl d'ajouter à cetli unique exce| tion , qui peut avoir quelque couleur dans l'Evangile, une si grande multitude d'autres exceptions dont on n'j en trouve pas le moindre vestige, c'est-à-dire qu'on a excepté non-seulement , à ce qu'en prétend, selon l'Evangile, mais encore trèsexpressément contre l'Evangile; et M. Jurieu ne craint point de dire (3305) , •< que la bonne foi et les lois du prince sont les interprètes des exceptions qu'on peut apporter a la loi évangélique qui défend le divorce, et qu'elles suffisent pour mettre la conscience en repos. » Les consciences sont si endormies et les cœurs si appesantis dans la Réforme, qu'on y demeure en repos malgré les décisions de l'Evangile sur les exceptions qu'y apportent des lois et une autorité humaine. Ce n'est pas ici le sentiment d'un ministre particulier; c'est celui de Genève , d'où est né le droit canon de la Kéforme; c'est celui de l'Eglise anglicane, qui on est la principale partie , comme l'appelle notre ministre, et M. le Grand vient de faire voir a M. Rurnet, que selon les lois de celte Eglise « on lait divorce pour avoir abandonné le mariage, pour une trop longue absence, pour des inimitiés capitales, pour les mauvais traitements, et qu'on peut se remarier dans tous ces cas (3306). » Voilà quatre exceptions à l'Evangi-le tirées du code des lois ecclésiastiques d'Angleterre (3307), résolues et passées en loi dans une assemblée où prêchait Thomas Cranmer , archevêque de Cantorbe'ry , le grand réformateur de ce royaume. Quel mariage demeure en sûreté contre ces exceptions , puisqu'on reçoit jusqu'à celle qui se tire des aversions invincibles; ce qui enferme manifestement l'incompatibilité des humeurs? Je ne m'étonne donc plus si ce grand réformateur a rompu tant de mariages, et je m'étonne seulement qu'il ne l'a pas fait avec encore moins de façon. Sans recourir au Lévitique, qui , de l'aveu des plus grands auteurs île la Réforme, ne faisait loi que pour les Juifs; et sans acheter à prix d'argent tant de consultations contre le mariage de Henri et de Catherine, il n'y avait qu'à alléguer l'aversion implacable de ce roi. Mais peut-être qu'on n'osait encore, et que la Réforme n'avait pas acquis toute la force donl elle avait besoin contre l'Evangile. On trouverait néanmoins si l'on voulait ces exceptions dans les autres réformateurs , dans Un Luther, dans un Calvin , dans un Bucer, dans un Rèze. Voilà à quoi aboutit celte prétendue délicatesse de la Réforme. Elle se vante d'une observation étroite de l'Evangile; ella
(5305) Ibid., 308.
(5500) Lettre de il. le Grand à M. Bitrnct, p. 37 <.-,:,i!7) Leg. Ecc. Ang., c. 8, 'J , 10, 11; p. 'M dit Loin!., 1 1 , i i » .
(ELVRES COMPLETES DE BOSSl'ET.
1 liS
s'élèyc avec furour contre les Papes , sous prétexte qu'ils oui dispensé de la loi de Dieu, à quoi néanmoins il est certain qu'ils n'ont seulement jamais songé: et ( elle fausse régularité se termine enfin à trouver euxuiêmes des exceptions de la lui évangélique. Un ministre le dit hautement (3308) , et aucun synode, aucun consistoire , aucun ministre" ne l'en reprend. Il ne se trouve à relever celte erreur qu'un jeune avocat qu'il traite impunément avec le dernier mépris: pourquoi? parce que les minisires elles synodes, et les consistoires savent bien que ce ministre ne l'ait qu'établir Ta théologie commune de toutes les Eglises protestantes, et en particulier de celle de Genève, qui est la source du droit canon, c'est-à-dire de la licence effrénée du calvinisme.
LXX.XI. — Raisons qu'on a dans la Reforme de tolérer tous les excès de M. Jurieu.
C'eft donc en vain qu'on s'élève contre lui dans le parti et qu'on le défère aux synodes. Après tout, il ne soutient rien qui ne soit , ou de l'esprit de la Réforme ou nécessaire à sa défense. Mais quoi ! ces dogmes affreux contre l'immutabilité de Dieu et l'égalité des personnes divines ne répugnentils pas clairement aux Confessions de foi des prolestants ? ils y répugnent, je l'avoue, et j'en ai moi-même rapporté les témoignages; mais après tout, s'il eût supprimé ces endroits de sa doctrine , où vouliez-vous qu'il trouvât des variations? Et pour en montrer dans l'ancienne Eglise, ne fallait-il pas tout ensemble en accuser et en excuser les docteurs? Les accuser, pour montrer qu'on variait; et à la fois les excuser, pour n'élendre pas l'intolérance jusqu'à eux. Soutenir une telle cause sans se contredire soimême, esl-ce une chose possible? Mais les synodes auront encore de bien plus fortes raisons pour épargner M. Jurieu, le seul défenseur de la religion protestante. Pouvait-on se passer de lui dans un parti où l'on voulait soulever les peuples contre leur roi, et les enfants, si l'on eût pu, contre les pères ? 11 fallait bien assurer que Dieu s'en mêlait ; qui était plus affirmalif que noire ministre?» C'est être pélagien, » dit-il (3309!, « de ne pas vouloir apercevoir des miracles de la Providence dans les révolutions d'Angleterre, dans celle de Savoie et dans les délivrances de nos frères des vallées. » Dieu se déclarait visiblement pour la Réforme; la France allait succomber sous ces coups du ciel; et le nier, c'était alors une hérésie. Mais maintenant que sera-ce donc, et fauilia-t-il croire encore. tous ces miracles après ce que nous voyons? Il fallait un Jurieu pour pousser l'assurance jusque-là. Mais quel autre était plus capable d'émouvoir les peuples, que celui qui leur faisait voir jusque dans leur rage le soutien de leur foi (3310j ? Etait-il aisé de trouver
(3308) Jcn., Avis conl. M. de Beauv.
(3509, l.ell. 5, p. \-><J.
(35;0) Accomp. des provh.. Avis à Unis les Chrét.
un homme qui attaquât aussi hardiment et avec moins de mesure la majesté îles souverains? qui sût mieux allumer le feu d'une guerre civile? qui sût, pour tromper les peuples , si bien soutenir de faux miracles, ou débiter avec un plus grand air de confiance des prophéties qu'il avait prises dans son cœur? Pour cela, ne fallait-il pas avoir le courage de hasarder des prédictions, et de s'immoler pour le parti à la risée inévitable de tout l'univers? Mais quel autre l'eût voulu faire? Quel autre eût voulu donner à ses prédictions cet air mystérieux ilont notre prophète a paré les siennes, en feignant que par ses désirs , par l'ardeur et la persévérance de ses vœux , il s'était enfin ouvert l'entrée dans le secret des prophéties , et que s'il ne disait pas tout, c'est qu'il ne voulait pas tout dire? Il s'est vanté d'avoir prédit à un prince qu'avant que l'année lût révolue, il se verrait la couronne sur la tête. Sans doute, il avait trouvé l'Angleterre bien désignée dans \' Apocalypse , et I année 1689 y était clairement marquée. N'a-t-il pas été un grand prophète d'avoir promis un heureux succès à un prince qui remuait de si grands ressorts ? car, après tout, qu'avaitil à craindre en hasardant cette prédiction? ou quel ma! lui arrive-t-il pour avoir si mal deviné dans toutes les autres? Le prince qu'il voulait flatter avait bien parmi ses papiers de meilleurs prophéties que celles d'un ministre. Mais qui ne connaît l'usage que les hommes de ce caractère savent faire des prédictions, et combien cependant ils méprisent dans leur cœur , et les dupes qui les croient , et les fanatiques qui les rêvent, ou les séducteurs qui les inventent? M. Jurieu s'est mis au-dessus de tout cela ; il a sacrifié sa réputation à la politique du parti; ébloui du grand nom de prophète , qu'on lui a donné jusque dans des médailles, il ne peut encore s'en défaire; et après tant d'illusions dont tout le monde se moque dans son parti même, il ose encore prophétiser « que les rois de France, d'Espagne , l'empereur et tous les princes papistes doivent sans doute entrer quelque jour dans l'esprit où entrèrent les rois d'Angleterre, d'Ecosse, de Suède , de Danemark dans le siècle passé (3311). » 11 ne faut plus que vingt ou trente ans pour accomplir cette merveille , et tout s'y dispose, comme on voit. Si toutefois les succès ne répondent pas à son attente, et que les i-onquêles de son héros n'avancent pas, autant qu'il pense, le règne de mille ans après lequel il soupire, il s'est préparé une réponse contre les événements qui ne voudront pas cadrer assez juste On sera toujours reçu à dire que Dieu n'y prend oas garde de si près (3312), et lors même que tout sera manifestement contraire aux prédictions , M. Jurieu en tout cas sera toujours aussi grand prophète qu'un Cotterus et tant d'autres semblables trompeurs ccn-
(3311) Tnb.,\.l\. 8, p. 505, 50(>.
(531-2) Accomp, des vivph., Ans a tous les Chrét.
liitl PART. X. THEOL. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS U \ PROTESTANTS. Uftfl
vaincus de faux selon lui-môme, dont néanmoins il no laisse pas d'égaler les visions à relies d'Ezéchiel et d'Isaïe. Que diront «loue les synodes a un homme dont la Réforme ii tant do besoin? Luther n'y fut jamais plu»; nécessaire. Elle commençait à languir ; h la grâce de la nouveauté lui étant ôtée, il no faut pas s'étonner si, loin de faire de nouveaux progrès, elle reculait en arrière; le fait du moins est constant par M. Jurieu, qui vient de faire publiquement ce triste aveu: « La Réformation dans ce siècle n'est point avancée; elle était plutôt diminuée qu'augmentée (3313) ; » de peur qu'elle ne toinltât tout a fait, il en fallait revenir aux impétuosités , aux emportements, aux inspirations , aux prophéties de Luther. la complexion d'un Calvin pouvait bien avec son aigreur, avec son chagrin amer et dédaigneux, produire des emportements , des déchaînements, d'autres excès de cette nature, mais elle ne pouvait fournir ces ardeurs d'imagination qui font les prophètes des fausses religions. Il fallait quelqu'un qui sût émouvoir l'esprit des peuples, tromper lour crédulité , les pousser jusqu'au transport et à la fureur. Si le succès n'a pas répondu à la volonté; si par la puissante protection de Dieu il s'est trouvé dans le inonde une main plus forte que toutes celles qu'on a lâché vainement d'armer contre elle, ce n'est pas la faute de M. Jurieu, et lessynodes , qui n'ont rien à lui imputer, ne peuvent aussi rien faire de moins que de se taire comme ils font en sa faveur.
LXXX1I. — Que le minisire qui a besoin 4' autorité n'espère plus qu'en celle des princes, et qu'il est contraint de leur rendre le droit de persécuter dont il les avait privés.
Si cependant on méprise ces faibles synodes, et qu'une si timide politique achève de leur faire perdre le peu de crédit qu'ils avaient dans la Réforme, ce n'est pas là aussi que M. Jurieu met sa conlianc.e; c'est aux princes et aux magistrats qu'il a recours, et il leur rend le droit de persécuter qu'il leur avait ravi. J'avais autrefois demandé, dans une lettre particulière qu'il a imprimée, quelle raison on avait d'excepler les hérétiques du nombre de ces malfaiteurs «outre lesquels saint Paul a mis aux princes l'épée en main. Le ministre m'avait répondu : « Ce n'est pas à nous a vous montrer que les hérétiques ne sont pas de ce nombre : c'est à vous, messieurs les persécuteurs, à nous prouver qu'ils y sont compris (3314), car, » poursuivait-il (331V), « les malseniants et les malfaiteurs ne sont pas lamôme chose. » Alors donc le magistrat était sans pouvoir contre les malsentants, et ce n'était pas pour cela qu'il était lieutenant de Dieu. Mais maintenant cela est changé : les nrinces et les magistrats sont, dit-il ( 3315 ),
.< les images et les oints de Dieu et tes lieutenants en terre. » Sans doute, ils ont ces beaux litres dans les Ecritures, et pour nous arrêter au dernier, saint Paul nous les représente comme ordonnés de Dieu \ our lui faire rendie obéissance comme tet ministres et ses Ijeuti'iianls,y/iii ne partent pat sans cause Cépée qu'il leur a mise en main. « Mais ce sont d'étranges lieutenants de Dieu, » poursuit le ministre,' s'ils ne sont obligés à aucun devoir par rapport a Dieu en tant que magistrats : comment donc peUi-OII .s'imaginer qu'un magistrat chrétien, qui est lieutenant de Dieu, remplisse tous ses devoirs en conservant pour le temporel la société à la tèto de laquelle il se trouve, et qu'il ne soit pas obligé d'empêcher la révolte contre ce Dieu dont il est le lieutenant, alin que le peuple ne choisisse un autre Dieu ou ne serve le vrai Dieu autrement qu'il ne veut être servi ? » Le voilà donc redevenu lieutenant de Dieu contre ceux qui ne veulent pas le reconnaître ou reconnaître son vrai culte, et en un mot, contre les malsentants aussi bien que contre les malfaiteurs. Que si, pai Yt'pitre aux Romains, il est le ministre et le lieutenant de Dieu, contre les hérétiques aussi bien que contre les autres coupables; c'est donc contre eux aussi qu't'Z a l'épée en main; et l'évoque de Meaux n'avait pas tort lorsqu'il l'interprétait de celte sorte.
LXXX1II. — Bornes chimériques que le ministre veut donner au pouvoir des princes.
Le ministre a trouvé ici une belle distinction : c'est que le prince a l'épée en main contre les hérétiques ; mais pour les gêner seulement, pour les bannir, et non pas pour leur donner la mort. Mais les tolérants lui demandent où il a trouvé ces bornes qu'il donne & sa fantaisie au pouvoir des princes? Il n'était pas ici question de taire le doux, et de vouloir en apparence épargner le sang. Il ne fallait point, disent-ils, poser des principes d'où l'on tombe pas a pas dans les dernières rigueurs. Qu'ainsi ne soit, u'avez-vous pas dit que « ces aversions, que produit la diversité des religions, produisent aussi la guerre et la division, et quelles en sont une semence»(3316)? Quand vous le nieriez, le fait est trop criant pour être révoqué en doute. Si le parti hérétique devient inquiet, mutin et séditieux; s'il est à charge à l'Etat, et toujours prêt à enfanter les guerres civiles dont il porte la semence dans son sein, le prince ne pourra-t-il jamais en venir aux derniers remèdes, et porterat-il l'épée sans cause? (Rom. xm, 4.) Vou» vous aveuglez vous-même, si vous croyez pouvoir donner aux puissances légitimes des bornes que vous ne trouvez point dans les passages que vous produisez. Vous nous alléguez ce passage : Otez d'entre vous le méc liant (3311). Vous vous trompez d'adresser
(5313) Tub., leU. 8, p. 306.
(33U) Letl. pasi. de la l"a/ih., leU. \'
(531**) Leii. 2, p. Il, tbid.
(3315) lab., lelt. 8, p. 445, 446.
(5516) tbid., p. 519.
(35I7i tbid , p. 437. -,
OEuyres cojipl. ue lio-suiiT. S 111.
aux prinres ce précepte de l'Apôtre, qui visiblement ne s'entend que des censures ecclésiastiques; triais si vous voulez l'étendre aux magistrats, et que ce soit à eux à ôter le méchant, laissez donc à leur prudence le moyen de l'ôter. Qui vous a donné le pouvoir île les réduire à des peines légères, à des gènes, à des prisons, peut-être au bannissement tout au plus? II faut, disent toujours les tolérants (3318), ou, comme nous, leurôtcr tout pouvoir de contraindre les hérétiques; ou, comme les Catholiques, leur permettre d'en user selon l'exigence des cas. Car s'ils jugent par leur prudence que ce ne soit pas assez ôter le méchant que de le bannir, pour faire pulluler ailleurs ses impiétés, comme celles de Ncstoriusse sont répandues en Orient par son ex.il et celui de ses adhérents, qui ê'es-vous pour donner des bornes à leur puissance? Et espérezvous de réduire à des règles invariables ce qui dépend des cas et des circonstances? Aussi ne savez-vous où vous renfermer; et vous le faites clairement paraître par ces paroles : « Dieu veut qu'on use de clémence avecles idolâtres et les hérétiques, et qu'on épargne leur vie autant qu'il se peut (3319).» C'est éluder manifestement la dilliculté; car quelqu'un a-t-il jamais dit que la clémence fut interdite aux souverains, ou qu'ils ne soient pas obligés à épargner autant qu'il se peut la vie humaine? Si la seule règle qu'on peut leur donner selon vous, est de {épargner autant qu'il se peut, il ne faut donc pas, comme vous faites, diminuer leur pouvoir; mais leur laNserexauiiner ce qu'ils peuvent faire avec raison.
LXXX1V. — Le ministre Ole lui-même les bornes qu'il voulait donner à la puissance publique.
Mais, direz-vous, la douceur chrétienne doit prévaloir. Sans doute, vous répliqueront les tolérants, dans tous les cas où vousmême vous ne la jugez pas préjudiciable. Mais vous permettez qu'on procède « jusqu'à la peine de mort, lorsqu'il y a des preuves suffisantes de malignité, de mauvaise foi, de dessein de troubler l'Eglise et l'Etat, et enûn d'impiété et de blasphème conjoint avec audace, impudence et mépris des lois (3320). » Vous ajoutez que « la plupart des hérésiarques sont impies, et ne se révoltent contre la foi que par un motif d'ambition, d'orgueil, de domination : quand dans ces dispositions ils fiassent jusqu'à l'outrage et au blasphème, l'Eglise doit les abandonner au magistral pour en user selon sa prudence. » C'est ce que dit le ministre : ceux qui abandonnent les hérésiarques à la prudence dit magistrat jusqu'aux dernières rigueurs, n'ont pas d'autres motifs que ceuxlà : il ne reste qu'à tirer de là le traitement qu'on peut fa re aux partisans de ces héré-
(5518) luMre venue de Suisse.
(3313) Letl. 8, p. 486.
(5321) Un. 8, |> 452, 435.
16322.) I" Ann., leit. 2, p. H.
liaî
siarques.et enfin aux imitateurs de leur séditieuse et indocile fierté. Pourquoi donc disputer plus longtemps contre un homme qui détruit lui-même ses principes? Il avoue qu'il y a des provinces des Pays-Bas, « qui n'ont pas môme de connivence pour les papistes. Quand on les découvre,» dit-il (3321), « on ne les protège pas contre la violence des peuples. » On entend bien ce langage : mais vaut-il mieux abandonner à la violence ceux qu'on prétend hérétiques, et les laisser déchirer à une aveugle fureur, que de les soumettre aux jugemens réguliers du magistrat? On voit donc que ce ministre ne sait ce qu'il dit. Il n'y a qu'à l'écouler sur le sujet de Servct. Tantôt il n'approuve pas que Genève l'ait condamné au feu à la poursuite de Calvin : il en -dédit ses docteurs, et il décide que c'était là un reste de papisme (3322) ; mais quelquefois il revient de cette extrême mollesse : et dit-il (3323), « ceux qui condamnent si hautement le supplice de Servet ne savent pas toutes les circonstances de son crime. » Laissons donc peser ces circonstances au magistral. L'Etat est maître de ses peines, dit-il en un autre endroit (3321), et c'est aux princes aies régler selon leur prudence.
LXXXV. — Le ministre produit un passage de l'Apocalypse qui fait contre lui.
Mais tous les grands arguments de la Réforme doivent toujours être tirés de Y Apocalypse. Pour bannir éternellement la peine de mort dans le cas de religion, voici comme parle le ministre (3325) : « N'aura-t-on jamais honte de cette barbarie anlichrétienne? et ne reconnaîtra- t-on jamais que c'est le caractère de la bêle de {'Apocalypse, qui s'enivre du sang des saints, qui dévore leur chair, qui leur fait la guerre, qui les surmonte, et qui à cause de cela est appelée bête, lion, ours, léopard? Car il faut avoir renoncé à la raison, à l'humanité, et être devenu une bè;e pour en user envers les Chrétiens comme l'Iiglise romaine en use envers nous. » Voi.à donc en apparence tous les Chrétiens àcouvertdu derniersupplice. Cela irait bien pour les tolérants, si la suite de son passage et de son interprétation n'en ruinait pas le commencement; car selon lui (3326), les dix rois qui détruiront la prostituée (Apoc. xvn, 6) seront des rois réformés : et que feront-ils pour « réformer la religion dans leurs Etats? Ils haïront la prostituée; ils la désoleront; ils la dépouilleront; ils en mangeront les chairs et ils la consumeront par le feu. Et les oiseaux du ciel seront appelés pour manger les chairs des rois et les chairs des capitaines et les chairs des braves soldats, et celles des chevaux et des cavaliers, et des petits et des grands, et des esclaves et des hommes libres. » (Apoe. xix, 17, 18.) Voilà, ce
(2525) Ibid., p. 422.
(3525) /" Ami., letl. 2, p. 12.
(5526) Tab., k'il. 8, p. 505, ïCf.
mo semblé, assez de carnage, assez dé sang i épan lu, assez de i bairs dévorées, assez de feux allumés : mais, selon M. Jurieu, tout cela sera l'ouvrage îles rois réformés : c'est par là que s'accomplira la Réformation, jusqu'ici trop faiblement commencée; la Réforme fera souffrir iniis ces maux à des Chrétiens sans doute, puisque ce sera à îles j <r« justes ; ce ne sera pas seulement sur des particuliers, n:ais sur tonte l'Eglise romaine qu'où exercera ces cruautés. Il ne re'sle phis qu'à dire qu'il n'appartient qu'aux rois île la Réforme d'user de l'épéeconlre les sectes qu'ils croient mauvaises, et que tout leur est permis contre la prostituée. Mais s'il ne lient qu'à trouver des noms odieux pont les sociétés hérétiques et rebelles, rEcritureen fournirait d'assez forts pour animer contre elle;" le zèle des princes catholiques.
LXXXVI. — Les réfo rm es tolérants et intolérants se poussent de part et d'autre à l'absurdité' : les tolérants commencent et tournent contre le ministre toutes les raisons dont Use sert contre les Catholiques.
Au reste, afin que M. Jurieu n'aille pas ici se jeter à l'écart, cl renouveler toutes les' plaintes des protestants contre la France; ce n'est pas là de quoi il s'agit, niais en général de la question de la tolérance civile; c'est-à-dire que! droit peut avoir le magistral d'établir des peines contre les hérétiques. C'est sur cette grande question que les protestants sont partagés : et je ne craindrai point d'assurer qu'ils se poussent à bout les uns les autres. Les tolérants poussent à bout M. Jurieu, en lui démontrant qu'il se contredit lui-même, et qu'il faut ou abandonner la doctrine de l'intolérance, ou permettre au magistrat autant les derniers supplices qu'il lui défend, que les moindres peines qu'il lui permet (3327) ; car aussi, lui dit-on, où a-t-il pris et où ont pris les intolérants mitigés ces bornes arbitraires qu'ils veulent donner à un pouvoir qu'ils reconnaissent établi de Dieu en termes indéfinis"? Ou il faut prendre les preuves dans toute leur force, ou il faut les abandonner toul à fait. Vous croyez fermer la bouche à M. de Meauxen lui disant (33-28): « Si l'Eglise a droit d'implorer le bras séculier pour la punition des hérétiques, pourquoi saint Paul dit-il simplement -.Evite l'homme hérétique? {TH. m, 10.) Que ne dit-il, livre-le au bras séculier, afin qu'il soit brûlé? Saint Paul ne savait-il pas que dans peu les princes seraient Chrétiens, e! qu'ils auraient le glaive en main? n 'a-t-il donc donné des préceptes que pour le temps et pour l'état présent? » On vous rend vos propres paroles. Saint Paul ne savait-il pas que le magistrat allait devenir Chrétien? Pourquoi donc, n'ajoulet-il pas à l'obligation d'éviter l'homme hérétique celle de le gêner, de le contraindre
(5337) Comm. pliilus., Lctl. venue de Suisse ; Ajtot. des tirais tolér.
(5528) I" Ami , lctl. 2.
C.-2!)) Apot. des tolér., Letl. venue de Suisse. (J330) fab., lu. 3. |>. 454, 152, 4M) cl suiv.
dans l'c\ei le -a religion, el enûn de le
bannir -'il refuse de se taire [3329)? Il vmis plail maintenant de nous objecter l'es exem| les des nus d'Israël qui brisaient 1rs idoles, chassaient et punissaient 1rs idolâtres 3330 .Mais ne les punissaient-ils pas jusqu'à emploj er contre eux le dernier supplice? Qui a borné sur cela le pouvoir des souverains ? c'est, dit-on, qu'en ce temps-là et sous l'ancien Testament l'idolâtrie était la vraie félonie contre Dieu, qui était alors le vrai Roi de son peuple : et le ministre répond : « Est-ce qh'aujonrd'hcri Dieu n'est pas le Roi di s nations chrétiennes tout autrement qu'il ne l'est des peuples païens et in&Jèles? Retournera rinfWélitéet au paganisme, ou à l'idolâtrie, n'est-ce pas aujourd'hui félonie et rébellion contre Dieu ? » Pourquoi donc n'emploiera l-on pas le même supplice contre le même crime? El en est -On quitte pour dire sans preuve, comme fait M. Jurieu (3331 ) que Dieu maintenant a relâché de sa sévérité el ië ses droits? Où est donc écrit ce relâchement ? Et en quel endroit voyons-nous que la puissance publique ait été affaiblie parl'Evangile?
LXXXYII. — Suite des contradictions du ministre : exemple des Sadducéens.
Lorsqu'il s'agissait de blâmer les persécutions du papisme, le ministre nous alléguait la tolérance qu'on avait eue autrefois pour les Sadducéens dans le .judaïsme, et il disait que le Fils de Dieu ne s'y était pas opposé (3332). Si cet argument prouve quelque chose , il prouve non seulement qu'on doit épargner les derniers supplices , mais encore jusqu'aux moindres peines, puisqu'on n:en imposait aucune aux Sadducéens. Il prouve même beaucoup davantage, puisque, de l'aveu du ministre (3333), on vivait avec les Sadducéens dans le même temple et dans la même communion. Ainsi il est manifeste que cet argument prouve trop, et par conséquent ne prouve rien. Cela est certain , cela est clair; mais le ministre ne veut jamais avoir failli. Pour soutenir son argument des Sadducéens, il attaque jusqu'à la maxime : Qui prouve trop, ne prouve rien; c'est-'i-dire , que vous arrêtez où il vous plaît la force de vos raisonnements, et que vous ne donnez à celte monnaie que le prix que vous voulez.
LXXXVIH. — Irrévérence du ministre contre Jésus-Christ.
Eh passant nous remarquerons , sur cet argument des Sadducéens, cette étrange expression de notre ministre, que pour certaines raisons Noire-Seigneur Jésus-Christ s'est beaucoup moins déchaîné contre les Sadducéens que contre les Pharisiens (3334). Je vous demande si un homme sage a jamais parlé de la sorte? N'est-ce fias faire d : notre
(7>r.o->) llist. di^pGmsme, part, a, -c. 8; lelt. S,
p. lit), 120 el suiv.
(5333) Lolt. X, ibi,t.
• ù M". D P.ig. 4U).
Sauveur comme un lion furieux qui rompt ses liens et se déchaîne lui-même contre ceux dont il reprend les excès? On voit donc que cet auteur emporté ne songe pas même à ce qu'il doit à Jésus-Christ, et s'abandonne à l'ardeur de son imagination.
Mais revenons à la tolérance.
LXXXIX. — Les tolérants objectent au ministre Jurieu un passage exprès du ministre Claude.
Les tolérants démontrent a M. Jurieu nonseulement qu'il se contredit lui-même, mais encore qu'il contredit les principaux docteurs de la Réforme, puisque M. Claude ne craint pas d'assurer « que saint Augustin flétrit sa mémoire, lorsqu'il soutint qu'il fallait persécuter les hérétiques, et les contraindre à la foi orthodoxe, ou bien les exterminer; qui est, » poursuit ce ministre, « un sentiment fort terrible et fort inhumain (3335). » Saint Augustin ne proposait fias les derniers supplices ; et s'il voulait qu'on exterminât les donatistes , ce n'était que par les moyens que M. Jurieu approuve à présent. Si donc c'est le sentiment des principaux docteurs de la Réforme, que saint Augustin a flétri sa mémoire par relie doctrine, les tolérants concluent de même, que M, Jurieu se déshonore en conseillant des rigueurs qu'il avait autrefois tant condamnées.
XC. — Les tolérants prouvent au ministre qu'il ne doit pas plus épargner les sociétés entières que les particulières.
C'est en vain qu'il semble quelquefois vouloir épargner les sociétés déjà établies : car les tolérants prouvent au contraire, « que , s'il est vrai qu'on soit en droit de poursuivre un hérétique qui vient semer ses sentiments dans un lieu où il n'a aucun exercice, à plus forte raison doit-on travailler à l'extirpation des sociétés entières, parce que plus une société est nombreuse, plus elle a de docteurs , et plus aussi elle est en état de tout gâter et de tout perdre par le venin de ses hérésies (3336). »
XCI. — Le ministre détruit lui-même le vain argument que la Réforme, tirait de ses persécutions.
Par tels et semblables raisonnements les tolérants démontrent à M. Jurieu que la persécution qu'il veut établir n'a point de bornes, et qu'avec tout le beau semblant de son intolérance mitigée, il en viendrait bientôt au sang, pour peu qu'on lui résistât ou qu'il fût le maître. Avec une telle doctrine, si les protestants l'embrassent, il leur faudra bientôt changer leur ton plaintif, et les aigres lamentations, par lesquelles dès leur naissance ils ont tâché d'émouvoir tome la terre. Ils ne se vanteront plus d'être
(3555) M. Claude, De la leci.'dcs PP; h.-it de Suisse, p. 20.
l355G) Ltit. de Suisse, p. 115.
lioC
cette Eglise posée sous la croix, que Jésus- Christ préfère à toutes les autres : les sociétés des hérétiques jouiront du même privilège : la Réforme persécutée deviendra persécutrice, et la souffrance ne sera plus qu'un signe équivoque du véritable christianisme.
XCI1. — Le ministre de son côté pottsse à bout les tolérants, et leur démontre qu'ils sont obligés à tolérer les mahométans et les païens, aussi bien que les hérétiques de la religion chrétienne.
M. Jurieu d'autre côté ne poussera pas moins les tolérants ; car, quelque mine qu'ils Cassent, il les forcera à approuver tout le Commentaire philosophique, c'est-à-dire , à confesser premièrement que le magistrat doit la liberté de conscience à toutes les sectes, et non-seulement à la socinienne, mais encore à la mahométane ; car ou la règle est générale, que le magistrat ne peut contraindre les consciences, ou s'il y a des exceptions, on ne sait plus à quoi s'en tenir ni où s'arrêter.
Les tolérants se moquent de M. Jurieu, quand il dit que la tolérance n'est due qu'à ceux qui reçoivent les trois symboles (3337, : car ils le poussent à bout en lui demandant où sont écrites ces bornes, Mais s'ils réduisent la tolérance à ceux qui font profession de reconnaître Jésus-Christ pour le Messie, il leur demandera à son tour où est écrite cette exception. Si le magistrat est persuadé qu'il n'a point d'autorité sur la religion, ou, comme parlent les tolérants, que la conscience n'est pas de son ressort, et qu'il s'élève sous son empire quelques dévols de l'Alcoran, pourra-t-il leur refuser une mosquée (3338)? Voilà déjà une conséquence du Commentaire philosophique qu'il faut recevoir : maison n'en demeurera pas là ; car le subtil commentateur revient à la charge : et si , dit-il, ce socinien , ce mahométan se croit obligé en conscience de prêcher sa doctrine et de se faire convertisseur, il faudra bien le laisser faire, pourvu qu'il se comporte modestement et qu'il ne soit point séditieux ; autrement on le gênerait dans sa conscience, ce qui par la supposition n'est pas permis. Voilà donc tous les Elats obligés à tolérer les piédicants de toutes les sectes, c'est-à-dire, à supporter la séduction , sous prétexte qu'elle fera la modeste jusqu'à ce qu'elle ait pris racine, et qu'elle ait acquis assez de force pour altaquer ou pour opprimer tout ce qui pourra s'opposer à ses desseins. Ou s'il est permis de prévoir et de prévenir ce mal , il est donc permis de l'étouffer dès sa naissance, aussi bien que de le réprimer dans son progrès ; et la tolérance n'est plus qu'un nom en l'air.
XC11I. — Le ministre force les tolnants à l indifférence des religions.
Mais quand on sera venu a cet aveu et
(5337; /" Ami., Iett. 2, p. 1! ; De l'un., ir. 6, c. 0.
15538) Coin, philos., cli. 7 cl sniv.