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qu'on aura accordé au commentateur qu'il nul laisser croire et prêcher tout ce qu'on voudra, alors il demandera «ans plus île façon l'indifférence des religions, c'est-àdire, qu'on n'exclue personne du salut, et que chacun règle sa foi par sa conscience. Los tolérants mitigés ou dissimulés se récrieront contre cette dernière conséquence, qu'ils prolestent de ne jamais vouloir admettre-. Mais en ce point M. Juricii les pousse à bout, en leur disant !3339,> : «Quand un homme esi bien persuadé qu'un homme a la peste, qu'il peut perdre tout un pays et causer la mort à une infinité de gens, il ne Conseillera jamais qu'on mette un tel homme nu milieu de la foule, et qu'on permette à (oui le monde de l'approcher : et s'il permet à tous de h voir, ce sera une marque qu'il croira la maladie légère et nullement contagieuse. » La suite n est pas moins pressante. « Ils veulent que nous les croyions, quand ils disent qu'ils n'estiment pas qu'on peut être sauvé en toutes religions, et qu'il y a îles hérésies qui donnent la moi t. S'il- pensent cela, où est la char. lé de vouloir permettre à toutes sortes d'hérétiques de prêcher, pour infecter les âmes et pour les damner? »
XC1V. — Démonstration du ministre que la tolérance civile entraine l'autre.
Le ministre passe plus loin, et il démontre aux tolérants , par une autre voie , que selon les principes qu'ils supposent avec le commentateur, il n'est pas possible qu'ils s'en tiennent à la tolérance civile, où ils semblent vouloir se réduire; car, dit-il (3310;, « ce qu'ils promettent de plus spécieux dans leur tolérance civile, c'est la concorde entre les citoyens qui se supportent les uns les autres, et la paix dans les Etats; mais pour en venir à cette paix, il faut encore établir qu'on est sauvé en toutes religions. J'avoue, poursuit-il , qu'avec une telle théologie on pourrait fort bien nourrir la paix entre les diverses religions. Mais tandis que le papiste me regardera comme un damné, et que je regarderai le mahomélan comme un réprouvé et le socicien comme hors du christianisme, il sera impossible de nourrir la paix entre nous. Car nous ne saurions' aimer, souffrir ni tolérer ceux qui nous damnent. Nos messieurs sentent bien cela : c'est pourquoi très-assurément leur but est de nous porter à l'indifférence des religions, sans laquelle leur tolérance civile ne servirait de rien du tout à la paix de la société. »
XCV. — Les deux partis de la Réforme, se convainquent mutuellement.
Ainsi l'état où se trouve le parti protestant est que les intolérants et les tolérants se poussent également aux dernières absurdités, chacun selon ses principes. Les tolérants veulent conserver la liberté de leurs sentiments, et demeurer affranchis de toute
(5539) Tab.. loti. 8. [». Wï.
[3340] Ibid., p. 110.
AYEHTÏSSEMLNMS AUX PROTESTANTS. 1458
sorte d'autorité capable de les contraindre^
re qui en effet est le vrai esprit de la Réforme et le charme qui y a jeté tant de momie : M. Jurieu les pousse jusqu'à l'indifférence des religions. D'un autre coté, malgré les maximes de la Réforme, ce mii.islre sent qu'il a besoin sur la terre d'une autorité contraignante, et ne pouvant la trouver dans l'intérieur de son Eglise ni de ses synodes, il est contraint de recourir à celle des 1 rinces : et voilà en môme temps que les tolérants le poussent malgré qu'il en ait, et de principe en principe, jusqu'aux excès les plus odieux et les plus décriés dans la Héforme.
XCYL — Que, selon M. Jurieu, le magistrat de la Réforme ne peut punir tes hérétiques.
En effet , que .répondta-t-il à ce dernier raisonnement tout tiré deses principes et de faits constants? Si le magistrat, léformé emploie l'épée qu'il a en main pour gèner les consciences, ou il le fera à l'aveugle et sans connaissance du fond, sur la foi des décisions de son Eglise, ou il examinera par luimême le fond des doctrines qu'il entreprenne d'abolir. Le premier est absolument contraire aux principes de la Réforme, qui ne connaît point cette soumission aux décisions de l'Eglise : le magistrat de la prétendue Héforme serait plus soumis à l'autorité humaine, telle qu'est selon ses principes celle île l'Eglise, que le reste du peuple, et on tomberait dans l'inconvénient tant détesté par M. Jurieu, que les synodes seraient les juges, 'et les princes les exécuteurs et les bourreaux (33M). L'autre parti n'est pas moins absurde, parce que si le magistrat n'est point de ceux dont parle M. Jurieu, qui n'ont pas la capacité d'examiner les dogmes, il esi du moins de ceux qui n'en ont pas le loisir, et à qui pour cette raison la discussion ne convient pas.
XCVII. — L'exemple des empereurs catholiques alléijué par le ministre Jurieu, ne prouve rien dans la Réforme, dont la constitution est contraire à celle de l'ancienne Eglise.
L'exemple des empereurs chrétiens que Je ministre propose aux magistrats de la Réforme est inutile. Il est vrai que ces empereurs, comme dit M. Jurieu, « ont proscrit et relégué aux extrémités de l'empire les hérétiques dont la doctrine avait été condamnée par les conciles; » mais c'est qu'après que les conciles avaient prononcé, ces princes religieux en recevaient la sentence comme sortie de la bouche de Dieu même, ainsi que l'empereur Constantin reçut le décret de Nicée (33i2) ; mais c'est qu'ils ne croyaient pas qu'il fût permis de douter ou de disputer lorsque l'Eglise s'était expliquée dans ses conciles; et ils disaient que chercher encore après leurs décisions, c'était vouloir trouver le mensonge , comme
(5541) /-«.-lni-..lctt. 2. p. il.
5342) Kit., Ilist. ceci., lib. \, c. 5.
1i59 ouvres coup;.
Marcien le déclarait du concile de Chalcé-
douie (33i3). En un mol, ils vivaient dans une Eglise, où, comme nous l'avons dit souven} dans ce discours , comme nous l'avons démontré ailleurs et sans que personne nous ait contredit (3344), on prenait pour • règle de la foi qu'il fallait tenir aujourd'hui celle qu'on tenait hier, où la souveraine raison était de dire : Nous baptisons dans la même foi dans laquelle nous avons clé baptisés , et nous croyons dignes tl'analhème tous ceux qui, en condamnant leurs prédécesseurs, croient avoir trouvé l'erreur en règne dans l'Eglise de Jésus-Christ. En ces temps et selon ces principes , il est aisé de régler la foi, puisque tout dépend du fait de 1 innovation dont tout le monde est témoin. Ma;s comme la Réferme a quitté ce principe salutaire et cet inviolable fondement de la foi des peuples, il faut que son magi;-trat , comme les aiHres, et plus que les autres, examina Imites les questions naissantes; autrement il se mettrait au hasard de tourmenter des innocents, et de prêter son ministère à l'injustice. Ne lui parlons pas de .uthérianisme, d'arminianisme, ni du socinianisme vulgaire, encore qu'il y ait pour lui dans toutes ces sectes des labyrinthes inexplicables , puisqu'il ne lui est jamais permis de supposer que la Réforme n'ait pu »e tromper dans tous ses synodes et dans toutes ses confessions de foi. Tantôt on lui prouvera, par une fine critique, qu'un passage et | uis un autre ont été fourrés dans i Evangile. 11 ne saura où cela va , et il est clair que cela va à tout. Tantôt on lui fera voir que ni 'es prophètes, ni les évangélistes, ni les apôtres n'ont été véritablement inspirés ; qu'il ne faut point d'inspiration pour raisonner comme fait un saint Paul, et qu'il en faut encore moins pour raconter ce qu'on a vu, comme a fait un saint Matthieu; en un mot, qu'il n'y a rien de certainement inspiré que ce qui est sorti de la propre bouche du Sauveur, encore s'est-il accommodé aux opinions du vulgaire, en citant les prophètes et les autres écrivains sacrés comme vraiment inspirés de Dieu, quoiqu'ils ne le fussent pas. Tout cela c'est impiété, dira-t-on; c'est néanmoins de quoi il s'agit aujourd'hui avec les soeiniens ; mais laissons-les là. Le magistrat n'aura pas meilleur marché des autres docteurs. Les ennemis déclarés de la grâce intérieure, c'est-àdire les pélagiens , très-bons protestants d'ailleurs, lui demanderont la même tolérance qu'on accorde aux derni-pélagiens en la personne de ceux delà confession d'Augsbourg : M. Jurieu l'assure déjà qu'il faut prêcher à la pélagienne ; le même lui dira qu'on ne peut prouver par l'Ecriture l'immutabilité de Dieu, ni par conséquent condamner ceux qui la nient, et qui assurent sur ce fondement l'inégalité des trois personnes divines. Si on vient à s'opiniâtrer, et
(55Î5) Eiicl. Vul.et Marc, Cour. CnaLcd., p. m, |). 5; edit. Labli., I, IV, col. 4S»i.
(33H) /•■ Mai., m. *<J, îO, 31 el suiv.