‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 291 sur 325 · LIES DE BOSSL'ET · texte numérisé non relu

LIES DE BOSSL'ET

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que cette doctrine fasse secte, voilà le magistrat à chercher. Nous avons vu ce ministre trouver des exceptions à l'Evangile ; s'il y en a pour les'maiiages, pourquor non en d'autres points aussi importants? Voilà des questions que nous voyons nées; mais il v en a d'infinies que nous ne pouvons pas prévoir : car qui pourrait deviner tontes les rêveries des anabaptistes, des trembleurs et des fanatiques , ou tout ce que peuvent inventer les sectes présentes ou futures ? 11 n'y a qu'à voir dans Hornebeck et dans Hornius les nouvelles religions dont l'Angleterre, la Hollande et l'Allemagne sont inondées ; la mer agitée n'a pas plus de vagues; la terre ne produit pas plus d'épines et plus de chardons. L'Eglise , dira-t-on, décidera ; mais le magistrat n'en sera pas moins obligé à revoir les points résolus. 11 lui faudra perpétuellement rouler dans son esprit des dogmes de religion dans une Eglise qui ne cesse d'en produire continuellement de nouveaux, et il passera sa vie dans des disputes; ou, pour avoir plus tôt fait, il laissera tout le monde à sa bonne foi , au gré et selon les vœux des tolérants.

XCV1II. — Le ministre démontre aux lolércrnts quôler à la religion la force employée par le magistrat, c'est anéantir la Réforme qui n'a été établie que pur ce moyen.

À cela, il faut l'avouer, il n'y aura jamais de répartie selon les maximes de la Réforme; mais il n'y en a non plus à ce qu'objecte M. Jurieu. Vous voulez dire que les princes en matière de religion ne peuvent user de contrainte; et sur quoi subsiste donc notre Réforme ? Eu même temps il leur fait voir plus clair que le jour, et parles actes les plus .authentiques de leur religion, .i qu'en effet Genève, les Suisses, les républiques et villes libres, les électeurs et les I rinces de l'Empire, l'Angleterre et l'Ecosse, la Suède et le Danemark «(voilà, ce me semble, un dénombrement assez exact de tous les pays qui se vantent d'être réformés)» ont employé l'autorité du souverain magistrat pour abolir le papisme et pour rétablir la réformation (33V5). »

11 n'y a point à s'étonner après cela si les princes ont l'ait la loi dans la Réforme. Nous avons vu que Calvin s'est élevé inutilement contre cet abus (33iGi, le plus grand à son avis qu'on pût introduire dans la religion, sans y voir aucun remède. On s'en plaignait de tous côtés, et les plus zélés ministres s'écriaient : « Les laïques s'attribuent tout, et le magistrat s'est l'ait Pape. »

Mais pourquoi tant se récrier? Le magistrat avait raison de vouloir être le maître dans une religion que son autorité avait établie. Voilà cet ancien christianisme; voilà cette Eglise réformée sur le modèle de l'Eglise primitive , cette Eglise qui se vantait d'être sous la croix et dans 1 humiliation ,

(3545) Tub., lett. 8, p.490.

IÔ540) Yar.. !i\. v, col. 4M seqq.

1 loi PART. X. THEOL. POLEMIQUE, — PY.

pendant qu'elle ne songeait qu'à mettre l'autorité et laforce île son côté. Pour ache* vit le tableau, il ne Faudrait plus qu'ajouter les motifs particuliers de ces changements que nous avons démontrés ailleurs par le témoignage des chefs de la Réforme , c'està-dire la licence, le libertinage, la mutinerie des villes, qui de sujettes avaient entrepris de se rendre libres, les bénéfices devenus la proie des princes, et le reste qu'on peut revoir, pour peu qu'on «'il doute, dans ï Histoire des variations (33V7); mais nous n'en avons pas besoin pour l'affaire que nous traitons. Sans s'arrêter à tous ces motifs, les tolérants trouvent très- mauvais et trèsbonteux à la Réforme, qu'elle doive son établissement à l'autorité ou plutôt à la violence, et qu'on ait engagé les princes à la nouvelle religion en les rendant maîtres de tout, et mêmede la doctrine. «Nous croyons,» dit M. Jurieu (33i8), « mettre la Réforme à couvert quand nous prouvons que partout olle s'est laite par l'autorité des souverains. Mais voici des gens (les tolérants), qui nous enlèvent cette retraite, et qui disent que c'est là l'opprobre de la Réformation, de co qu'elle s'est laite par l'autorité des magistrats, « parce qu'en effet c'est ce qui /ait voir que c'est un ouvrage humain, qui doit sa naissance à l'autorité et aux intérêts temporels.

Mais le minisire oppose à des raisons si évidentes des faits qui ne le sont pas moins, « car il est vrai, » poursuit-il (3349), « que la Réforme s'est faite par l'autorité des souverains : ainsi s'est-elle faite à Genève par le sénat; en Suisse par le conseil souverain de chaque canton ; en Allemagne par les princes de. l'Empire; dans les Provinces-Unies par les états; en Danemark, en Suède, en Angleterre, en Ecosse par l'autorité des rois et des parlements; et cette autorité ne s'est pas resserrée à donner pleine libellé aux réformés : elle a passé jusqu'à, ôteb les églises aux papistes et à briser leurs images , à défendre l'exercice public de leur

CUlte, ET CELA GÉNÉRALEMENT PARTOUT; ft

même en plusieurs lieux cela est allé jusqu'à défendre par autorité l'exercice particulier du papisme. Que peuvent dire les tolérants? Le fait est certain. Voilà, » leur dit le ministre selon leurs principes, « non une partie, mais toute la réformation établie dans le monde par la violence, parla contrainte, pardes voies injustes et criminelles. Mais la conséquence en est terrible : ces Messieurs, » poursuit ce ministre, «sont de bonnes gens de vouloir bien demeurer dans une religion ainsi faite... Voilà notre réformation qu'on livre pieds et poings liés à toute la malignité de nos ennemis et à toute l'ignominie dont on la veut couvrir. Il y a bien apparence, «conclut-il, « que Dieu ait permis qu'un ouvrage, dans lequel euxmêmes reconnaissent le doigt de Dieu , frtl

AVERTISSEMENTS Al X PROTEST VN1 S. l^>*

fait universellement par des voies anlidiléiienues. »

XCIX. — La rébellion et la forée nécessaire aux protestants de France, selon le ministre.

Il paraissait ici une échappatoiro « pour la réformation de la France, qui s'est fado sans l'autorité des souverains : » mais le ministre v sait bien répondre: car, dit il (3350), « premièrement, c'est si peu de chose, qu'elle ne doit pas être comparée à tout le reste. Secondement, quoique la Réformation ait commencé en France sans l'autorité des souverains, cependant, elle ne s'est point établie sans l'autorité des grands; et,» poursuit-il, « si les rois de Navarre, les princes du sang et les grands du royaume ne s'en fussent mêlés » (en se révoltant contre leursrois, et en faisant nager leur patrie dans le sang des guerres civiles), « la véritable religion aurait entièrement succombé, comme elle a fait aujourd'hui. » Ne voilà-l-il pas une religion bien justifiée? La force et l'autorité sont si nécessaires à la Réforme, qu'au défaut de la puissance légitime il a fallu emprunter celle que les armes et la sédition donnent aux rebelles : mais enfin les faits sont constants, et les tolérants n'ont rien à y répliquer.

Vantez-vous, après cela, que pour attirer ce grand nombre qui a suivi la Réforme, il n'a fallu que montrer la lumière de l'Evangile, claire par elle-même, et écouter les réformateurs comme de nouveaux apôtres, du moins comme des hommes exlraordinairement envoyés pour ce grand ouvrage : les tolérants se riront de ces vains discours; et quelque violence que vous leur fassiez, ils sentiront bien, dans leur cœur, que vos vrais réformateurs sont les magistrats ignorants au gré de qui la Réforme a été construite.

C. — Le ministre démontre aux tolérants que les princes de la Réforme décident des matières de foi : décret des étals généraux. Cependant, les voilà pressés d'une étrange sorte, ou plutôt tous les protestants se j or-, tent mutuellement des coups mortels. L'un dit que la religion universellement introduite par l'autorité et la contrainte n'est pas une religion, mais une hypocrisie; et que forcer en cette sorte les consciences, c'est le pur et véritable antichristianisme. L'autre dit : Sortez donc de la Réforme, qui constamment n'a point eu un autre établissement : Vous êtes de bonnes ijens, de vouloir bien demeurer dans une religion ainsi faite (33ol). M. Jurieu ne demeure pas en si beau chemin : dans le besoin qu'il a d'une autorité pour fixer la religion, il prétend qu'il appartient au magistrat de décider de la foi ; et en cela, il faut avouer qu'il ne fait rien de nouveau. Malgré les anciennes maximes de la Réforme, il avait déjà enseigné ailleurs, comme nous l'avons démontré (3352), que

(5.~47) \'ar., liv. v, rot. it>2 seqq (3548) Lell. 8, p. 502.

13549) Ibid., 502, S03, 504.

13350) Pag. 505.

(5551) Jur., ibid., 500, 5(1» et suiv.

(5552i Var , liv. x.v, col. 'Ji7, 958 >i<|'|.

ŒUVRES COJIPLE

les synodes ne peuvent point prononcer de jugement en ces matières : que les pasteurs ne sont point des juges, ei qu'on les écoule seulement comme des experts. Il avait enrore enseigné que les confédérations, qui forment les Eglises particulières, sont des établissements arbitraires que les princes font et défont, augmentent et diminuent à leur gré, en sorte que tout dépend de leur autorité dans les Eglises. C'est ce qu'il avait appris de f.rolius : mais ce qu'il disait alors confusément et en général, il le confirme maintenant par des exemples (3353); et non content d'étaler avec soin les maximes outrées de son auteur, sans presque y rien ch mger, il accable les tolérants par an décret des états, où ils prononcent tout court sur la foi, sur la vocation, sur la prédestination : le fait est incontestable; les paroles du décret sont précises, et le ministre l'avoue (3354).

Il est vrai qu'avant que de prononcer, les états ont écouté les ministres : mais il ne faut pas s'y tromper, ils les ont écoutés seulement comme conseillers : Lesquels, disent-ils, leur ont donne leirs conseils par écrit. Voilà donc le partage des pasteurs, <ln> est de donner leurs conseils : mais, à l'égard de l'autorité, l'Etat se l'attribue tout entière : « Sur quoi, » disent-ils, « usant de I autorité qui nous appartient, en qualité de souverains magistrats, selon l\ sainte parole de dieu, et en suivant les exemples des rois, princes et villes qui ont embrassé la réforma-iion de la religion » Us n'hésitent donc point à se rendre les arbitres de la religion, ils posent pour indubitable que tous les princes réformés ont celle puissance par la parole de Dieu et le droit divin.

CF. — Les tolérants et les intolérants se poussent à bout mutuellement : les uns, en prouvant que les princes ne doivent pas être les arbitres de la foi ; cl les autres, en démontrant que dans le fait ils le sont parmi les réformés.

Les tolérants s'y opposent, et ils ne peuvent souffrir que les princes soient reconnus pour chefs de la religion. Cette prétention des princes de la Réforme e.-t détruite par des raisons invincibles (335i*). Ce n est point aux potentats, mais aux apôtres et à leurs disciples que le Saint-Esprit a confié le dépôt de la foi (// 77m. n, 2. scq.) : si quelqu'un en doit juger, ce sont ceux à qui la prédication en est commise; en rendre les princes maîtres, c'est faire de nouveaux papes plus absolus que celui dont on voulait secouer le joug, et sacrifier la foi a la politique. Si ces raisons ne suffisent pas, les tolérants ont en main les écrits de Calvin et des autres réformateurs , qui ont attaqué

(3555) Leti. 8.

(3554) Ibid.. p. JO.i. i.Sl , 482, 485; De ap. Grot., i. m

(3554") Trari. île loler.

(55K5) Tab.. leu. 8.

TES DE BOSSU ET. UCl

cette autorité que les princes s'attribuaient : ils ont la décision expresse du svnode national de la Rochelle, de 1671, qui condamne en termes formels ceux qui soutiennent que le magistrat est le chef de l'Eglise, avec toutes les suites de cette doctrine que le ministre Jurieu entreprend de faire revivre dans le calvinisme. Il y a même encore aujourd'hui, parmi les protestants, un parti assez courageux pour soutenir en ce point les anciennes maximes du calvinisme et la liberté de l'Eglise : « Il y a, » dit notre ministre (3355), « les puritains et les rigides presbytériens, qui, en arrachant la juridiction au Pape et aux évêques, ont voulu la transférer au presbytère et aux synodes, mais avec tant de rigueur qu'ils ont prétendu que les magistrats n'avaient aucun droit de se mêler des affaires de l'Eglise qu'ils n'y fussent appelés, et que comme la juridiction civile appartient au seul magistrat, la juridiction ecclésiastique appartient uniquement aux pasteurs, aux consistoires et aux synodes. » Le môme ministre nous apprend que le clergé reformé des Provinces-Unies dans le fond est de cet avis : il remarque « les démêlés qui ont été de tout temps dans ce javs-ci, entre le magistrat et le clergé là-dessus (3356), et il ne veut pas qu'on oublie combien la politique de Grotius a causé de bruit et de murmures de la part du clergé (3357) : » jusqu'à faire regarder cet auteur, en effet plus jurisconsulte que théologien, comme l'oppresseur de l'EijIisc. Ainsi, à parler de bonne foi, c'est

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une question encore indécise, même dans la Réforme, si les princes ont ce droit ou s'ils l'usurpent : tout le clergé protestant des Pays-Bas le leur dénie; et ce parti est si fort, que le ministre déclare, par deux fois, qu'il ne veut pas entrer dans ce démêlé (3358). Mais visiblement il se moque, et tout en disant qu'il n'y entre pas, il déclare, « qu'il est certain, selon son sens, que pour le fond, la théologie de Grotius est fondée en raison et en pratique (3359). » Il donne aussi pour tout avéré, « que les princes sont chefs nés de l'Eglise chrétienne aussi bien que de la société civile, également maîtres de la religion comme de l'Etat (3360). Il semble oublier ce qu'il avait dit, que les empereurs, à la vérité, proscrivaient les hérétiques; mais ceux-là seulement que les conciles avaient condamnés (3361). Grotius l'a converti; et il approuve, à son exemple, <i que les empereurs, pour ne pas subir le joug tyrannique du clergé, aient fait quelquefois eux-mêmes des formulaires de foi pour la décision des controverses (3362), » indépendamment de l'Eglise : autrement on ne prouverait rien, et l'Eglise serait la maîtresse de la religion, contre la prétention de ces auteurs.

15558) Pa». 478, .184.

(3559) Pat;. 478.

(33110) Pas. 4G-2.

(3561) lbid., 424.

(5362) Pag. i88; Grot., Pict. ord., lie j«r. po— icsi. in sacr., i. III.

1406 PART. X. T1IEOL. POLEMIQUE,

il fout ici remarquer que ces exemples 'le formulaires do foi îles empereurs produits perGrotius, et approuvés, comme on voit, par son disciple Jurieu, sont les hénoliques, les types, les ectbèses, et les autres semblables décrets faits par les princes hérétiques, et déteslés unaniiiicment par les Orthodoxes. Voilà les exemples (pie nous produit le ministre après son maître' Grotius : voila l'excès où s'emporte ce flatteur des princes, quand il a besoin de leur autorité contre ses adversaires.

Cil. — Les tolérants sont en droit de nier que les magistrats soient les chefs de In

relit/ion, et M. Jurieu les autorise dans cette pensée.

Il ne tient rien toutefois ; la cause est en son entier; et si on laisse la liberté des sentiments, par les principes delà Réforme celui des tolérants remportera, li leur sera du moins permis de suivre en cette matière les sentiments du clergé protestant des Provinces-Unies : il leur sera, dis-je, permis de le suivre, puisque M. Jurieu, de peur de le condamner, fait semblant , comme on vient de voir, de ne pas entrer dans cette question. 11 passe encore plus avant en un autre endroit où il déclare « qu'ÈN bonne justice 1'Lglise devrait être maîtresse des censures et de la tolérance ecclésiastique, et l'Etat aussi maître de ses peines et de la tolérance civile (33G3). » Voilà donc par son sentiment les deux puissances établies maitresses chacune dans son détroit, selon que nous avons vu qu'il avait été décidé parles synodes ; et les décisions des magistrats, en matière de foi, n'ont point de lieu.

Clll. — Le même ministre leur ferme /abouche par des actes authentiques de la Reforme.

Mais enfin le ministre en a besoin : tout ce qu'il dit au contraire n'est que feinte ; et il sent bien dans le fond qu'il ne peut se passer d'autorité. Au reste il n'y a point de raisonnement à lui opposer. Les états ont décidé que c'est à eux à juger les points de foi. Nous en avons vu le décret exprès rapporté par ce ministre : nous avons vu que ce décret reconnaît le même droit dans tous les Etats protestants ; et si un seul décret ne suffit pas, le ministre en a une infinité à nous produire. En un mot, « tous les décrets d'union entre les provinces , comme est celui d'Utreclit, portant expressément que chaque province demeurera maîtresse de la religion, pour la régler et l'établir selon qu'elle jugera à propos (336i). » Pouvait-on assujettir en termes plus forts la religion à l'Etat : et quelle répliqué reslerat-il aux tolérants ?

CIV. — Conclusion : que les deux partis opposés triomphent mutuellement dans lu Réforme.

C'est ainsi que les deux partis ne se laissent mutuellement aucune défense. Les to-

(5565) Pag. i-2.S.

(5564) Pag 481.

(3565) Conrad. Item

Them., tlwot. S -2, p. 15.

lérants se soutiennent par les maximes constantes de la Réforme : les intolérants s'autorisent par des faits qui no sont pas munis incontestables : chaque parti l'emporte tour à tour. La Réforme a fait tout le contraire de ce qu'elle s'était proposé : elle se vantait de persuader les hommes par l'évidence de la vérité et de la parole de Dieu, sans am un mélange d'autorité humaine : c'était là sa maxime : mais dans le fait elle n'a pu ni s'établir ni se soutenir sans celle autorité qu'elle venait de détruire ; et l'autorité ecclésiastique ayant chez elle de trop débiles fondements, elle a senti qu'elle ne pouvait se fixer que par l'autorité des princes, en sorte que la religion, comme un ouvrage purement humain, n'ait plus de force que par eux, et qu'à dire vrai , elle ne soit plus qu'une politique. Ainsi la Réforme n'a point de principe, et par sa propre constitution elle estlivréeà une éternelle instabilité. CV. — L'indifférence des religions dans l'Allemagne protestante : principes de Strimésius et des autres, qu'un ne peut exiger d'aucun Chrétien que la souscription à l'Ecriture.

C'est ce qui paraît clairement dans tout le parti, de quelque côté qu'on le regarde : l'indifférence gagne partout, et les Français réfugiés en Allemagne dans les Etats de M. l'électeur de Brandebourg y trouvent autant cet esprit que nous l'avons vu en Angleterre et en Hollande. Je ne l'aurais pas voulu assurer, quelque rapport qu'on m'en eût fait de divers endroits, si je n'avais vu moi-même ce qu'on enseigne hautement dans l'académie de Francfort sur l'Oder. Mais on y débite publiquement 'jn petit écrit que le docteur Samuel Strimésius , un des professeurs en théologie de celte académie, met à la tête des thèses de théologie de Conrad Bergius, autrefois professeur en théologie de la même université , pour y servir de préface (3365). Ce docteur y propose sans façon la réunion , non-seulement « en particulier de tous les prolestants les uns avec les autres , mais encore plus universellement de tous ceux qui sont baptisés, en soumettant à l'examen de l'Ecriture tous les symboles (3366\ «c'est-à-dire toutes les professions de foi, « tous les décrets des conciles œcuméniques, quelque vénérables qu'ils soient par leur antiquité , par le consentement de la multitude, par une plus docte et plus exacte explication des dogmes, et par leur zèle singulier contre la fureur des hérétiques, >- et en se tenant simplement aux paroles de l'Ecriture (3367)-, dont on sait bien que les Chrétiens conviendront toujours, sans rien exiger de plus.

C'est ce qu'il déduit clairement i\c^ principes de la Réforme en eetle sorte. Il pose d'abord pour fondement avec tous les protestants « la clarté et l'intelligibilité de l'Ecriture si parfaite, qu'avec la grâce de Dieu

commune à tous, et sans aucune explication ajoutée au texte, soit publique , soit particulière, tout homme y peut trouver tout ce qu'il faut croire et faire pour être sauvé (3368); d'où il conclut que l'Ecriture est très-suffisante et très-rlaire, non-seulement en ce qui regarde le fond des dogmes , mais encore dans les façons de parler dont il les faut expliquer (3369) : ce qu'on ne peut nier, eonlinue-t-il, sans nier en même temps la clarté, la perfection et la .suffisance de l'Ecriture, et sans introduire avec le papisme la source de tous les maux et la torture des consciences. »

Sur ce fondement, il conclut, selon le raisonnement de Jean Bergius, qu'il appelle un grand théologien, et très-zélé pour la paix de l'Eglise (3370) : « Que si les sociniens ei les ariens persistent sans contention dans les expressions de l'Ecriture, sans les détourner ni les tronquer, et aussi sans y ajouter leurs explications et leurs conséquences ; on ne devrait pas les condamner, encore qu'ils ne voulussent pas recevoirnos explications ou nos façons de parler humaines; » c'est-à-dire, selon le style de ces docteurs, celles qui ne sont pas tirées de l'Ecriture. Car ils posent pour fondement, qu'on ne peut contraindre personne à « d'autres phrases ou expressions, qu'à celles de l'Ecriture (3371). Ce qu'il faut, dit Strimésius (3372), principalement appliquer aux. sociniens modérés, et aux autres qui doutent des dogmes fondamentaux, ou plutôt lies explications orthodoxes de ces dogmes; lesquels, poursuit cet auteur, on doit recevoir comme des infirmes dans la foi, quoiqu'ils révoquent en doute les propositions des orthodoxes qui ne se trouvent pas expressément dans l'Ecriture , et qu'ils se croient obligés à s'en abstenir par respect; pourvu qu'ils se renferment dans celles qui s'y trouvent, et qu'ils ne s'emportent pas , comme font les plus rigides d'entre eux , jusqu'à nier les choses que l'Ecriture ne nie pas. »

Ainsi, selon ce docteur et selon les autres docteurs de sa religion, qu'il cite en grand nombre pour ce sentiment, les sociniens qu'ils appellent modérés , qui "n'avouent non plus que les autres la divinité de Jésus-Christ ni celle du Saint-Esprit , ni l'Incarnation, ni le péché originel, ni la nécessité de la grâce, ni l'éternité des peines, ni tant d'autres articles de foi qui sont connus, ne diffèrent pas tant d'avec nous dans les dogmes fondamentaux, que dans l'expiication de ces dogmes ; ce qui oblige nécessairement à les recevoir au nombre des fidèles : et quand il faudrait reconnaître, ce qui en effet ne devrait pas être mis en contestation, qu'ils rejettent les articles fondamentaux, on n'a pas droit d'exiger d'eux, non plus que des ariens et des autres hé-

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reliques , qu'ils confessent avec les Pères de Nicée et île Constantinople, « que le Fils de Dieu soit de même substance que son Père, ou qu'il soit engendré de sa substance, ou qu'il ne soit pas tiré du néant, ou que le Saint-Esprit soit ce Seigneur égal au l'ère et au Fils, qu'il faille pour cette raison adorer et glorifier avec eux : » car tout cela constamment ne se lisant point expressément dans l'Ecriture, on tombe par tous ces discours, disent ces auteurs, dans le cas de vouloir parler mieux que Dieu même (3372*). En un mot, il faut effacer par un seul trait tout ce que les premiers conciles même œcuméniques ont inséré dans leurs symboles ou dans leurs anathématisuies, s'il ne se trouve dans l'Ecriture en termes formels. Car c'est là ce que les docteurs appellent parler « le langage de liabylone, établir une autorité humaine, et un autre nom que celui de Dieu (3373y, » n'y ayant rien de (dus absurde, disent-ils (3374), que de faire accroire « à celui qui sait tout, qu'il n'a pas eu la science dès mots lorsqu'il a inspiré les auteurs sacrés, ou que la lorce n'en était pas présente à son esprit, ou qu'il n'y a pas pris garde, ou qu'il n'a pu faire entrer son lecteur dans sa pensée; en sorte qu'il lui faille pardonner d'avoir parlé ignoramment et inconsidérément ; et que les hommes aient droit de soutenir qu'il fallait choisir d'autres termes que les siens pour faire bien entendre sa pensée, ou du moins pour éviter et convaincre les hérésies , et que les leurs enfin sont plus propres à conserver et à défendre ses vérités, que ceux dont il s'est -ervi lui-même : » ce qui , disent-ils (3375), « n'est autre chose que de vouloir enseigner Dieu et lui apprendre à parler de ses vérités, au lieu que nous le devrions apprendre de lui. »

Telle est la doctrine qu'on enseignait en Allemagne dans les académies de i Etat de Brandebourg : celle de Slrimésius , professeur en théologie de l'université de Franclort sur l'Oder; celle de Conrad Bergius, cidevant professeur en théologie de la même université, dont il publiait les écrits et recommandait la doctrine; celle de Jean Bergius, de Grégoire Franc, une des lumières de la même académie, comme il l'appelle; celle de Martin Hundius ; toute celle de Thomas Cartvrigt, Anglais; celle de l'académie de Duisbourg dans le duché de Clèves, et de plusieurs autres docteurs célèbres dans la Réforme, et qu'il cite aussi avec honneur. L'abrégé et le résultat de leur sentiment est « qu'il ne faut ni tenir ni appeler personne hérétique, lorsque dans les matières de la foi il souscrit à toutes les expressions et manières de parler de l'Ecriture, et qu'il n'ose rien affirmer ou nier au delà ; mais qu'il se croit obligé à s'abstenir de tout autre terme par une crainte religieuse el de

(5u7jj I'. 25, 28.

H6!) PART. i. THEOL. POLEMIQUE. —IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. liTO

peur de parler nui à propos dis cho os saintes ; et au contraire, on doit tenir pour schismatiques lous ceux qui séparent un tel homme, comme hérétique, de leurs assemblées et de leur culte [3376). <•

CVI. — Horribles inconvénients ds cette doctrine et des principes des protestants d'où

elle est tin t

On voit par là <>ù tous ces docteurs, la fleur du parti protestant , réduisent le christianisme contre les sociniens. Il n'est pas permis d'exiger d'eux la souscription des conciles de Nuée et de Constantmople, pour ne point ici parler des autres, ni de leur faire avouer en termes formels que le Saint-Esprit soit une personne et quelque chose de subsistant, ni qu'il soit égal au l'ère et au Fils, ni que le Fils lui-même soit proprement Dieu sans ligure et dans le sens latéral ; ni, en un mot, d'opposer aux fausses interprétations qu'ils donnent à l'Ecriture, d'autics paroles que celles dont ils abusent pour tromper les simples. Ils n'ont qu'à répondre que s'ils refusent ces expressions, nécessaires pour découvrir leurs équivoques , et qu'ils ne veuillent pas dire , par exemple, que le Père, le Fils et le Saint- Esprit soient vraiment et proprement un seul Dieu éternel, c'est par respect pour l'Ecriture et pour ses dogmes ; c'est pour ne point enseigner Dieu , ei entreprendre de parler mieux que lui de ses mystères : il faudra les recevoir dans les assemblées chrétiennes sans aucune note : ce seront ceux qui les refuseront qu'il faudra noter comme schismatiques, et mettre par conséquent dans ce rang les conciles de Micée et de Constantinople, et lous les autres qui i nt obligé de souscrire à leurs formules de foi sous peine d'analbème.

Il ne sert de rien de répondre qu'on les reçoit à la vérité, mais comme des infirmes dans la foi, car ce serait être trop novice en celte matière que d'ignorer que ces hérétiques n'en demandent pas davantage. Ces socinieus qu'on appelle modérés, c'est-à-dire dans la vérité, les plus déliés et les plus zélés de celle secte, ne vnus iront pas dire à découvert que le Fils ou le Saint-Esprit, à proprement parler, ne suni pas Dieu, ils vous diront simplement qu'ils n'osent assurer qu'ils le soient, ni mieux parler que le Saint-Esprit, ou se servir de termes qui ne soient pas dans l'Ecriture. Ils tiennent le même langage sur tous les autres mystères. Au reste, vous diront-ils avec un air de modestie qui vous surprendra, ils ne veulent fias faire !a loi, ni imposer à personne la nécessité de les en croire : trop heureux qu'on veuille bien les supporter, du moins à titre d'infirmes. Car, après tout, que leur importe sous quel nom ils s'insinuent dans les F'glises? Dès qu'on leur permet de douter, on lève toute l'horreur qu'on doit avoir de leurs dogmes : l'autorité de la foi est anéan-

(.")37(>i Conrad i, etc.

lie, et il n'y a plus qu'à tendre les bras à toutes les sectes.

CVU, — Démonstration que cette doctrine est inséparable du protestantisme, et nt peut être détruite que par les principes de VEglise catholique.

On voit donc en toutes manières que la pente de la Réforme c'esl I indifférence. Car, à ne point se flatter, elle doit sentir que la doctrine qu'on vient de voir est tirée de ses princi| es les plus essentiels et les plus intimes. Fn effet, que pourrait-elle répondre à ces docteurs, lorsqu ils objectent que d'imposer aux consciences la nécessité de souscrire à des expressions qui ne sont pas de l'Ecriture, c'est leur imposer un joug humain, c'est déroger à la plénitude et à la perfection des saints Livres, et les déclarer insuffisants à expliquer la doctrine de la foi; c'est attribuer d d'autres paroles qu'à celtes de Dira la force de soutenir les consciences chancelantes (3377)? .Mais si l'on admet ces raisonnements tirés du fond, et pour ainsi dire des entrailles du protestantisme, les fraudes des hérétiques n'ont] oint de remède, et l'Eglise leur est livrée en proie. Il faut donc avoir recours à d'autres maximes , il faut croire et confesser avec nous l'assistance perpétuelle de l'Esprit donné à l'Eglise, nonseulement pour conserver dans son trésor, mais encore pour interpréter les Ecritures. Car si l'on n'est assuré de cette assistance, l'Eglise pourra se tromper dans ses interprétations : on ne saura si le consubslanliel est bien ou mal ajouté au symbole : on ne pourra y souscrire avec une entière persuasion, ou, comme parie saint Paul, avec la plénitude de la foi [Rom. iv, 20; llebr. si, ■22; : on sera contraint d'en demeurer aux termes dont les hérétiques abusent, et on n'aura rien à dire à ceux qui offriront de souscrire à l'Ecriture, ce que nulle secte chrétienne ne refusera.

CVIIï. — \ainc réponse détruite : preuve, par le témoignage des réformateurs , que la doctrine des indifférents est du premier esprit de la Réforme : le consuùstantiel méprisé et les sociniens admis.

Il ne sert de rien de répliquer que ces auteurs, ou quelques-uns d'eux semblent reconnaître « qu'on a pu très-rarement et avec le consentement unanime de toule l'Eglise ajouter à l'Ecriture quelques locutions ou quelques phrases, à condition que l'équipollence de ces locutions avec celles de l'Ecriture serait manifeste et presque sans controverse (3378). » Car cela visiblement ce n'est aen dire, puisque si ce? expressions n'ajoutaient rien du tout à l'Ecriture, et ne servaient pas à serrer de plus près les hérétiques, on les introduirait en vain : et toujours, quoi qu'il eu soit, pour obliger les Chrétiens à les recevoir, il faudrait présupposer une entière et indubitable infailli-

(3378) Ibid., p. 25.

bîlité « dans le consentement unanime de l'Eglise, et môme dans un consentement qui serait presque sans controverse, » et de la plus grande partie : ce qui ne peut convenir avec l'esprit de la Réforme. C'est pourquoi dès son origine elle a répugné à toutes ces- additions et interprétations de l'Eglise. 11 n'y en eut jamais de plus nécessaire a fermer la bouche aux ennemis de la divinité de Jésus-Christ, que celle du eonsubstantiel. Voici néanmoins ce qu'en dit Luther (3379) : « Si mon âme a en aversion le terme de eonsubstantiel, il ne s'ensuit

pas que je sois hérétique Ne me dites

pas que ce terme a été reçu contre les ariens : plusieurs et des plus célèbres ne l'ont pas reçu, et saint Jérôme souhaitait qu'on l'abolît. » C'est imposer à saint Jérôme : c'est mentir à la face du soleil que de parler de celte sorte, à moins de vouloir compter parmi les plus excellents hommes de l'Eglise les ariens et les demi-ariens, qui seuls se sont opposés au eonsubstantiel de Nicée. Luther continue : « 11 faut conserver la pureté de l'Ecriture : que l'homme ne présume pas de prononcer de sa bouche quelque chose de plus clair et de plus pur que Dieu n'a fait de la sienne. Qui n'entend pas la parole de Dieu, lorsqu'il s'explique par lui-même des choses de Dieu, ne doit lias croire qu'il entende mieux l'homme, lorsqu'il parlera des choses qui lui sont étrangères. » C'est précisément ce que nous disaient les auteurs qu'on vient de citer; et on voit plus clair que le jour qu'ils n'ont fait que prendre le sens et répéter les paroles du chef de la Réforme. Il poursuit : « Personne ne parle mieux que celui qui entend le mieux le sujet dont il parle. Mais qui pourrait entendre les choses de Dieu mieux que Dieu même? Qu'est-ce que les hommes sont capables d'entendre dans les choses divines? Que le misérable mortel donne donc plutôt gloire à Dieu, en confessant qu'il n'entend pas ses paroles, et qu'il

CESSE DE LES PROFANER PAR DES TERMES NOU- VEAUX et particuliers, afin que l'aimable sagesse de Dieu nous demeure toute pure ■et dans sa forme naturelle. » On voit par là, qu'en conséquence des fondements sur lesquels il avait bâti sa réforme, il regarde comme opposé à la sagesse de Dieu le terme de eonsubstantiel ajouté à l'Ecriture dans le symbole de la foi, et traite de profanation •et de nouveauté celte addition si nécessaire du concile de Nicée.

■Selon ce même principe, Calvin a improuvé dans ce concile Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, comme nous l'avons remarqué ailleurs : et dans un autre endroit il donne pour règle, « que lorsqu'il s'agit de Dieu, nous ne devons pas être moins scrupuleux dans nos expressions que dans nos pensées, parce

que tout ce que nous pouvons penser par nous-mêmes d'un si grand objet n'est que folie, et tout ce que nous en pouvons dire est insipide (3380); » ce qui lui fait regarder les expressions qu'on ajoute à l'Ecriture, « comme étrangères, et comme une sourie de querelles et de disputes. » C'est encore ce que nous disent les sociniens surle terme de eonsubstantiel et sur celui de Trinité, bien qu'ils soient consacrés depuis tant de siècles par l'usage de tout ce qu'il y a eu de Chrétiens : en quoi ils suivent encore l'exemple de Luther, qui « ne trouve rien de plus froid que ce mot Trinité, qu'aussi on ne lit point dans l'Ecriture (3381). » C'était donc l'esprR de la Réforme, dès sa première origine, d'ôter à l'Eglise toutes les interprétations qu'elle ajoutait à l'Ecriture, quelque nécessaires qu'elles fussent, et de rompre toutes les barrières qu'elle avait mises entre elle et les hérétiques.

Conformément à cette doctrine de Luther et de Calvin, Zanchius un des principaux réformateurs donne pour règle qu'il « n'est pas permis d'interpréter l'Ecriture par d'autres termes que ceux dont elle se sert, et qu'en avoir usé autrement a été la cause de tous les maux de l'Eglise (3381*):» se servir de phrases humaines, c'est donner lieu selon lui à des sentiments humains (3382). Cet auteur, sans contestation un des premiers de la Réforme, ne se contente pas de poser le même fondement que Strimésius et les autres que nous avons cités, mais il en tire les mêmes conséquences en faveur des sociniens, puisque dans sa lettre à Grindal, archevêque d'Yorck, qu'il fait servir de préface au livre qu'il lui dédie sur la Trinité, il parle des sociniens en ces termes : « Quelques-uns d'entre eux sont tombés dans ce sentiment, non pas de hon cœur, mais par quelque sorte île religion, à cause qu'ils craignent que s'ils confessaient et adoraient Jésus-Christ comme vrai Dieu éternel, ils ne fussent jamais blasphémateurs et idolâtres. Il faut avoir quelque égard pour des gens de cette sorte, puisque Jésus-Christ est venu au monde pour eux, lui qui n'y est point venu pour les réprouvés (3383). «Voilà donc mau festement, selon cet auteur, ceux qui ne veulent ni croire ni adorer Jésus-Christ comme vrai Dieu éternel, exclus du nombre des réprouvés. Ils n'ont qu'à dire ce qu'ils disent tous, que c'est par crainte de blasphémer et d'idolâtrer : Zanchius les sauve; et tous nos docteurs allemands n'ont fait que le copier, comme on a vu.

11 est donc, encore une fois, plus clair que le jour, qu'en rejetant l'autorité et l'infaillibilité de l'Eglise, là Réforme a posé le fonnement de I indifférence des religions : de sorte que les protestants, qui entrent aujourd'hui en foule dans ce sentiment, ne

<3370) Cont. Litom.

(3580) histit., lib. i, c 13. n. 5.

(3381) f'osiilla mai. dont. Trin.

(538!-)Zam,ii., I. VIII, De script,,

(iiixbl. 12, c. 2,

rejç. 7.

(338.) Resp. ad Examen.

(3583; Za.nch , fcpisl. ad (,iind.

U75 VAUT. X. MlKOl.. POLEMIQUE. — IV AVLÏlTISSEMKNTS MX PROTESTANTS. U74

font que suivre les pas des réformateurs et prendre le vrai esprit de la Réforme.

CIX. — Témoignage de Chiltinrjtrorth, célèbre protestant anglais, en faveur de l'indifférence.

M. Jurieu ne veut pas croire que les protestants d'Angleterre soient favorables a celle doctrine. Outre les preuves qu'on a tirées de l'aveu de ce ministre, i ai pris soin de faire traduire fidèlement de l'anglais le témoignage d'un des plus célèbres auteurs de l'Eglise anglicane, dont le livre, intitulé La religion des protestants une voie si'ire au salut, fut dédié par son auteur à Charles 1", et dans la suite s'est rendu célèbre par le grand nombre d'éditions qu'on en a laites, et depuis peu par les extraits qu'on en a donnés au public. Il pose pour fondement (338i), que « comme pour bien juger de la religion catholique, il faut la chercher non dans Bellarmin ou Baron i us, ou quelque autre de nos docteurs, et l'apprendre non de la Sorbonne, ni des Jésuites, ni des Dominicains et des autres compagnies particulières, mais du concile de Trente dont les Catholiques romains font tous profession de recevoir la doctrine ; ainsi pour connaître la religion des protestants, il ne faut prendre ni la doctrine de Luther, ni celle de Calvin ou de Mélanchthon, ni la Confession d'Augsbourg ou de Genève, ni le Catéthisme de Heidelberg, ni les Articles de l'Eglise anglicane, ni même V Harmonie de toutes les confessions protestantes ; mais ce à quoi ils souscrivent tous comme à une règle parfaite de leur foi et de leurs actions, c'est-à-dire la Bible. Oui la Bible, » conlinue-t-il, « la Hible selle est la religion des protestants : tout ce qu'ils croient au delà de la Bible et des conséquences nécessaires, incontestables et indubitables qui en résultent, est matière d'opinion et non matière de foi. » *.'oilà déjà, comme on voit, tous ceux qui se disent Chrétiens bien au large, de quelque secte qu'ils soient, puisqu'ils n'ont rien a ouscrire ni à recevoir comme de foi que )a Bible seule et ses conséquences incontestables et indubitables ; ce qui- ne ferme la porte à aucune secte. « C'est la mesure, » dit-il, « qu'il prend pour lui-même, c'est celle qu'il propose aux autres ; et je suis, » poursuit-il, « bien assuré que Dieu ne m'en demande pas davantage. »

Dans la suite il y appose la condition, non-seulement de croire que l'Ecriture est la parole de Dieu, mais aussi de tâcher d'en trouver le sens et d'y conformer sa vie(33iiô) : ce qui n'exclut encore aucun Chrétien, n'y en ayant point qui ne tâche, ou ne se vante lie tâcher de bien entendre l'Ecriture et d'en trouver le vrai sens, de soi te qu'on ne peut exclure nulle secte du christianisme, puisqu'elles professent toutes ce qui seul est jugé nécessaire et suffisant pour le salut. 11 appuie encore sur ce principe , en di-

(3584) Cnap.6. 11. .:.6.

lôJS.V Chap. 6, u. 37

sant : « Que les prolestants conviennent do ces trois articles : l°Que les livres de l'Ecriture dont on n'a jamais douté sont certainement la parole de Dieu; 2" que le sens que Dieu a eu dessein de renfermer dans ces livres est certainement vrai ; 3° qu'ils doivent faire tous leurs efforts pour croire l'Ecriture dans son vrai sens, et y conformer leur vie; d'où il conclut qu'aucune erreur ne peut nuire au salut de ceux qui sont disposés de celle sorte, puisque les vérités mêmes à l'égard desquelles ils sont dans l'erreur, ils ne laissent pas de les croire d'une foi implicite; el pourquoi, »demandet-il à un Catholique, « une foi implicite en Jésus-Christ et en sa parole ne suffirait-elle pas aussi bien qu'une foi implicite à votre Eglise (3386,?»

il n'y a personne qui n'entende la dilférence qu'il y a entre le Catholique qui dit, Je crois ce que croit l'Eglise, et notre protestant qui dit, Je crois ce que Jésus-Christ veut que je croie, et ce qu'il a voulu enseigner dans sa parole : car il est aisé de trouver ce que croit l'Eglise, dont les décisions expresses sur iliaque erreur sont entre les mains de tout ie monde; et s'il y reste quelque obscurité, elle est toujours vivante pour s'expliquer; de sorie qu'être disposé à croire ce que croit l'Eglise , c'est expressément se soumettre à renoncer à ses propres sentiments, s'ils sont contraires à ceux de l'Eglise qu'on peut apprendre aisément; ce qui emporte un renoncement à toute erreur qu'elle a co-idamnée. Mais le protestant qui erre esl bien éloigné de cette disposition, puisqu'il a beau dire : Je crois tout ce que veut Jésus-Christ et tout ce qui est dans sa parole : Jésus-Christ ne viendra pas le désabuser de son erreur, el l'Ecriture ne prendra non plus une autre forme que celle qu'elle a pour l'en tirer; tellement que celte foi implicite, qu'il se vante d'avoir en Jésus- Christ et à sa parole, n'est au fond qu'une indifférence pour tous les sens qu'on voudra donnera l'Ecriture; et se contenter d'une telle profession de foi, c'est expressément approuver toutes sortes de religions.

Ainsi dans celte demande du protestant, qui paraît si spécieuse, Pourquoi la foi implicite en Jésus-Christ n'est-elle pas aussi suffisante que la foi en votre Eglise f on peut voir quelle illusion est cachée dans les propositions qui ont la plus belle apparence. Mais sans disputer davantage, et pour s'attacher seulement à bien entendre notre docteur, il nous suffit d'avoir vu que celte foi dont il esl content, Je crois ce que veut Jésus-Christ, ou ce qu'enseigne l'Ecriture, n'est autre chose que dire : Je crois tout ce que je veux et tout ce qu'il me plait d'attribuer à Jésus-Christ el à sa parole : sans exclure de cette foi aucune religion ou aucune secte de celles qui reçoivent l'Ecriture sainte, pas même les Juifs, puisqu'ils peuvent dire, comme nous: Je crois tout ce que

(338G) Réf. à la Piéf. de son ndven., n. 26.

Dieu veut, et tout ce qp'il a fait dire du Messie par ses prophètes : ce qui enferme autant toute vérité, et en particulier la foi en Jésus-Christ, que la proposition dent notre protestant s'est contenté.

On peut encore former sur ce modèle une autre foi implicite que le mahométan et le déiste peut avoir comme le Juif et le Chrétien. Je crois tout ce qne Dieu sait, ou si l'on veut encore pousser plus loin, et donner jusqu'à l'athée, pour ainsi parler, une formule de foi implicite : Je crois tout ce qui est vrai, tout ce qui est conforme à la raison, ce qui implicitement comprend tout et même la foi thréliennne, puisque sans doute elle est conforme à la vérité , et que notre culte, comme dit saint Paul (Rom. xii, 1), est raisonnable.

Mais, pour nous restreindre aux termes de notre protestant anglais, on voit combien est vague sa foi implicite, Je crois Jésus- Christ et son Ecriture, et quelle indifférente elle établit; d'où « il conclut que dans les contradictions apparentes qui se rencontrent souvent entre l'Ecriture, la raison et l'autoritéd'une part, et l'Ecriture, la raison et l'autorité d'aulre part : si a cause de la diversité des tempéraments, des génies, de l'éducation et des préjugés inévitables, par lesquels tous les esprits sont différemment tournés, il arrive qu'ils embrassent des opinions différentes dont il ne se peut que quelques-unes ne soient erronées, c'est faire Dieu un tyran, et meitre l'homme au désespoir, que de dire qu'on soit damné pour cela; il suffit, dit-il, pour le salut, que chacun, autant que son devoir l'y oblige, tâche de croire l'Ecriture dans son vrai sens (3387). Ce qu'il appuie enfin de ce raisonnement : « En matière de religion, pour se soumettre il faut avoir un juge dont nous soyons obligés de croire que le jugement est juste ; en matière civile, il suflit d'être honnête homme pour pouvoir devenir juge, mais en fait de religion, il faut être infaillible. Ainsi, n'y awint point déjuge infaillible, seion les maximes communes de tous les protestants, il n'y a point de juge à qui on doive se soumettre en l'ait de religion. D'où il suit que dans ces matières chacun peut garder son sentiment Je puis, dit-il, garder mon sentiment sans vous faire tort, vous pouvez garder le vôtre sans me faire tort, et tout cela peut se faire sans nous apporier à nous-mêmes aucun préjudice (3388).»(lbid. c. 2, n. 17.)

CX. — Démonstration, par cet auteur, qu'il faut être Catholique ou indifférent : croire l'Eglise infaillible ou tomber dans l'indifférence des religions.

Ce qu'il dit, qu'il n'y a peint de juge infaillible en matière de religion, fait bien voir qu'il ne reconnaît point l'Ecriture pour un vrai juge : car d'ailleurs, il est bien certain qu'il la reconnaît [tour infaillible ; mais c'est qu'il entend bien que l'Errilure est une

(5587) Rép.à la Pri}., n. SB.

(Ôô88j tblft., c. -J, n. 17.

loi infaillible, et non pas un juge infaillible, puisqu'il ne faut qu'un peu de bon sens et de bonne foi, pour voir qu'un juge est celui qui prononce sur les différentes interprétations de la loi , ce que la loi elle-même visiblement ne fait pas, ni l'Ecriture non plus, il est maintenant aisé de concevoir tout le raisonnement de notre auteur, et le voici en bonne forme : Quelque évidence qu'on veuille poser dans l'Ecriture, elle n'est pas telle qu'il n'y ait diverses manières de l'entendre, dont quelques-unes sont des erreurs contre la foi ; c'est pourquoi il va deux règles suffisantes pour sauver les hommes: la première, de recevoir le texte de l'Ecriture avec toutes ses conséquences nécessaires, incontestables et indubitables ; la seconde, dans tout le resie où l'on pourrait errer contre la foi, de tâcher de croire l'Ecriture selon son vrai sens, sans se condamner les uns les autres, parce que pour condamner il faut être juge, et en matière de religion, juge infaillible : or il n'y a point de juge de cette sorte. L'Eglise n'est pas infaillible, chaque particulier l'est encore moins dans ses sentiments : donc qu'on ne se juge point les uns les autres, et que chacun demeure innocemment et impunément dans son sens; ce qui est en termes formels l'assurance du salut de chaque Chrétien dans sa religion, déduite manifestement de ce qu'il n'y a point de juge infaillible. 11 n'y a donc point de milieu entre croire l'Eglise infaillible et sauver tout le monde dans sa religion, et ne pas être Catholique, c'est nécessairement être indifférent.

CXI. — Distinction des < r'reurs fondamentales d'arec les autres, selon cet auteur : nouvelle démonstration qu'on ne peut éviter l'indifférence que par les principes des Catholiques.

1! ne faut pourtant pas dissimuler, qu'en disant que chacun se sauve dans son sentiment, notre auteur y apporte la restriction, « que la différence qui sera entre nous ne concerne aucune chose nécessaire au salut, et que nous aimions tellement la vérité, que nous ayons soin d'en instruire notre conscience, et que nous la suivions constamment (3389). » Mais il faut voir quelles sont ces choses nécessaires au salut, et voici comment il les explique. « Touchant la difficulté de distinguer les erreurs damnables d'avec celles qui ne damnent pas, et les vérités fondamentales d'avec celles qui ne sont pas fondamentales, je répondsque la dispute qui est entre les protestants sur cette question, peut être facilement terminée. Car ou l'erreur dont on parle est tout à l'ait involontaire, ou elle est volontaire à l'égard de sa cause. Si la cause de l'erreur est quelque faute volontaire et évitable, l'erreur même est rriminelle, et par conséquent damnable en elle-même. Mais si je ne suis coupable d'aucune faute de cette nature, si j'aime la

(5589) Ibiit., c. 5. n. 5-2.

1477 PART. X. TI1E0L. POLEMIQUE. IV. AVERTISSEMENTS MX PROTESTANTS. 1 1 7«

VÉRITÉ, SI JK LA C11KHC1II'. AVI'.l. SOIN, si jl' 110

prends point conseil -de fa rli.nr et du -•.•ing

pour choisir nies opinions, nui is do Dieu seul et nu la raison qu'il m'a donnée; si, dis-je, je suis disposé de (elle sorte, et que cependant, par un etl'et de l'infirmité humaine, je tombe dans l'erreur, cette erreur ne peut pas être ëaranable. «Voilàen termes formels la distinction des erreurs fondamentales et non fondamentales établie , non du côté des objets do la religion, ou sur la nature môme de ces erreurs, mais sur la disposiiion île ceux qui y sont ; el ce qui tranche en un mot la question des articles fondamentaux, cet auteur les réduit tous a celui-ci, de croire l'Ecriture, et de lâcher de la croire dans son vrai sens (3390) : voilà, dit-il, en un mot, le catalogue des articles fondamentaux, et ce qui suffit au, salut de tout homme : où l'on voit une tolérance parfaite, et le salut accordé sur le fondement commun des indifférents, qui est de sauver tous ceux qui se servent de leur raison pour . chercher la vérité dans l'Ecriture.

Il n'y a qu'un seul remède à une si dangereuse maladie qui tend manifestement à l'extinction du christianisme el de toute religion : c'est de rechercher la vérité non par sa seule raison, mais avec l'Eglise, sous son autorité, sous sa conduite. Car s'il y a au monde un fait constant, c'est que la chercher tout seul, môme dans la sainte Ecriture, par son propre esprit, par son propre raisonnement, et non pas avec le corps et dans l'unité de l'Eglise, c'est la source de tous les schismes et de toutes les hérésies : et s'il y a un moyen solide d'éviter ce mal et toute innovation dans la foi, c'est celui de soumettre, non pas Dieu et son Ecriture, comme on voudrait nous faire accroire que nous le pratiquons, mais son sentiment particulier sur l'intelligence de cette Ecriture à celui de l'Eglise universelle, et s'il y a un besoin pressant que l'expérience nous rende sensible, c'est celui que nous avons d'un tel secours.

CXII. — Par le mépris des principes catholiques, le protestant anglais est plongé dans l'indifférence ; M. Burnet dans le mène sentiment; nulle sortie de cet abîme que par la foi de l'Eglise catholique.

Faute de vouloir s'en servir, notre protestant anglais, avec son amour prétendu pour la raison, pour la vérité, pour l'Ecriture , est tombé comme les autres dans l'abîme de l'indifférence : comme les autres il a ôté à l'Eglise le moyen de discerner et Ue convaincre les hérétiques, en la réduisant avec eux aux termes précis de l'Ecriture, et bannissant les interprétations qu'elle oppose aux mauvais sens qu'on lui donne. » Cette présomption, » dit il (3390*), « avec laquelle on attribue le sens des hommes aux paroles de Dieu, le sens particulier des hommes aux expressions générales du Saint-Esprit, et on oblige la conscience à

15300) llép. à la Prêf., n, 27.

les recevoir SOU s peine de mort et de damnation; cette vaine imagination, que nous pouvons mieux parler des choses de Dieu

que par les paroles do Dieu ; cet orgueil

qui nous porte à ranoniser nos propres interprétations; et ;i user de tyrannie pour les faire recevoir aux autres; cette manière dont on ose restri indre la parole de Dieu, la tirer me son étendue et de sa généralité, et ôier à l'entendement des hommes cette liberté que Jésus-Christ et les apôtres lui ont laissée : tout cela, dis-je, est et a toujours été la SEULE SOURCE DE TOUS LES

schismes de l'Eglise ; c'est ce qui les tend immortels, c'est ce qui met le feu dans tout le monde chrétien, c'est ce qui déchire en pièces non-seulement la robe, mais encore les entrailles et les membres de Jésus- Chrrst, au grand plaisir des Turcs et des Juifs, ridente Turca,nec dolente Judœo. Otez cette muraille de séparation, et en un moment toi s les Chrétiens seront unis : ôlèz ces manières de persécuter, de brûler, do maudire, de damnerles hommes, parce qu'ils ne souscrivent pas aux paroles des hommes comme aux paroles deDieu : demandez seulement aux Chrétiens de croire en Jésus- Christ, et de n'appeler leur maître qui que ce soit que lui seul. Que ceux qui de bouche renoncent à l'infaillibilité, y renoncent aussi par leurs actions; rétablissez les Chrétiens en leur pleine et entière liberté, de ne captiver leur entendement qu'a l'Ecrituue seule : et alors comme les rivières quand elles ont un libre passage courent toutes à l'Océan, ainsi l'on peut espérer de la bénédiction de Dieu, que cette liberté universelle réduira incontinent tout lo monde chrétien à la vérité et a l'unité. »

A qui en veut ce docteur, sinon manifestement à ceux qui voudraient obliger les ariens, les pélagiens, les sociniens et tous les autres hérétiques, de dire que Jésus- Christ est Dieu éternel? que le Père, le Fils el le Saint-Esprit sont un seul Dieu souverainement et uniquement adorable, d'une môme majesté et d'une même nature? à dire que Dieu et l'homme en Jésus-Christ sont une même et seule personne, à qui est due une seule et même adoration avec le Père el le Saint-Esprit? à dire qu'il y a un péché originel véritablement transmis de notre premier père jusqu'à nous? à dire que la grâce intérieure est absolument nécessaire à chaque action de piété? à dire que les damnés auront à souffrir la peine d'un feu éternel autrement que saint Jude ne l'a dit des habitants de Sodomo et de Gomorrhe (Jud. 1), ou autres choses semblables? et en un mot, à qui en veut-il, si ce n'est a ceux qui voudraient pousser les hérétiques,quels qu'ils soient, au delà des expressions de l'Ecriture qu'ils détournent, comme dit saint Pierre (Il Petr. m, 16) , à un mauvais sens, et les tirer de leur étendue et de leur généralité, comme parle notre Anglais?

C'est sur ce pied qu'il travaillait h "la réu-

t/."!l0-) lbid., cli i, n 16.

CEI VUES COMPLETES DK BOSSU KT.

nion du christianisme : sur le pied de M. d'Huisseau, ministre de t-aumur, que nos prétendus réformés ont condamné ; très - bien selon les principes de l'Eglise catholique, mais très-mal selon les principes de la Réforme; très-bien en présupposant que l'Egli>e est infaillible dans ses interprétations, et qu'elle a droit d'obliger tous les Chrétiens à s'y soumettre, mais très-mal en s'altribuant à eux-mêmes par leurs actions une infaillibilité qu'ils renonçaient en paroles, selon que leur reproche cet Anglais : car c'est en présupposant cette autorité et infaillibilité de l'Eglise qu'ils condamnent des Chrétiens prêts à souscrire à l'Ecriture sainte et à toutes ses expressions, sans en refuser aucune, sans aussi y rien ajouter; pour cette raison seulement qu'ils ne veulent passe soumettre aux interprétations de l'Eglise, ni renoncer à la liberté qu'ils [irétendent que Dieu a donnée de s'en tenir précisément à la parole de l'Ecriture dans sa généralité.

C'est ainsi, comme l'on a vu, que l'ont enten lu non-seulement Striniésius et les auteurs qu'il allègue, mais encore dès l'origine de la Réforme, Luther, Calvin, Zanchius, et les protestants anglais comme les autres. Chillingworth , qui est celui qu'on vient d'entendre, en esl une preuve convaincante, parce que son livre a paru avec une approbation authentique et des éloges extraordinaires des théologiens d'Oxford. Aussi estce un des plus suivis de tous les docteurs. Il s'est formé en Angleterre sur ses principes une secte qui est répandue dans toute l'Eglise anglicane protestante, où l'on ne parle que de paix et de charité universelle. Les défenseurs de celle paix se donnent euxmêmes le nom de Lalituclinariens , pour exprimer l'étendue de leur tolérance, qu'ils appellent charité et modération, qui est le titre spécieux dont on couvre la tolérance universelle. On ne (.eut nier que celte doctrine ne se rende commune en Angleterre, el s'il faut parmi ceux qui la défendent à présent que je produise un auteur connu, je nommerai sans hésiter M. Burnet. C'est lui qui, pour lier les mains au magistral sur les affaires de la religion, donne pour principe général que « nos pensées qui regardent Dieu, el les actions qui sont les effets de ces pensées, ne sont point de son ressort (3391J.» M. Jurieu, qui montre aujourd'hui tant de zèle pour l'autorité du magistrat, n'a qu'à s'attaquer à cet auteur. Mais il lui dira beaucoup d'autres choses qui lui déplairont davantage. Il lui dira que l'hérésie n'est rien du tout « que l'opiniâirelé dans une erreur après être convaimu que c'e.-t une erreur (3392).» (e qui réduit l'hérésie à rien, puisque, selon cette définition, il n'y a rien en soi qui soit hérétique, el par conséquent aucune cireur cpi'il ne faille tolérer. Il lui diia « que selon les principes de l' Eglise

(3301) Préf. fur Lact., p. ES.

(■359-2) lbid., p. 37.

(o393) lbid., p. 59.

(33!)4i lbid.. p 59, 40.

romaine qui se croit infaillible, l'intolérance est plus aisée à soutenir (3393), « mais qu'elle ne peut subsister dans une liglise comme la leur, « qui ne prétend rien davantage qu'un pouvoir d'ordre et de gouvernement, et qui ne nie pas qu'elle ne puisse se tromper. » 11 conclura de ce principe « qu'on ne doit pas Être trop prompt à juger mal de ceux qui sont d'un autre sentiment que nous, ou agir avec eux d'une manière rigoureuse, puisqu'lL EST POSSIBLE QC ILS AIENT

raison et ytE nous AYONS tort (339i) ; » ce qui lui fait appeler la rigueur de ce qu'on appelle l'Eglise anglicane envers les nonconformistes , LA RAGE D'tNE PERSÉCUTION INSENSÉE (3393).

Pour sauver les variations qu'on impute aux prolestants, il répond qu'ils n'ont jamais varié sur le Symbole des apôtres ni sur les dix commandements (3396); deux pièces où sont contenus tous les articles de foi, le reste qu'on a inséré dans les Confessions de foi des protestants, n'étant selon lui que des vérités théologiques dont les principes de la Réforme ne permettent pas qu'on impose les décisions aux autres hommes , ai qu'on les oblige à les signer ni à en jurer l'observation.

Voilà bien pour M. Jurieu un autre adversaire qu'un M. Huet, et que les autres ministres qu'il étonne par ses injures , qu'il accable par la crainte d'être déposés. Ceiuici méprise autant ses censures que ses emportements et sa véhémence; et s'étant si hautement déclaré pour la tolérance universelle, il ne trouvera pas mauvais que M. Papin lende publiques les lettres qu'il lui a écrites pourauloriser cette doctrine, et le discours de Strimésius qu'on vient de citer, c'est-à-dire, l'indifférence la plus déclarée qu'on ait jamais vue.

Il ne rcsie plus maintenant que de trancher en un mol une équivoque de quelques-uns de ces docteurs protestants qui ne veulent pas qu'on les mette au nombre des indifférents', parce que, disent-ils, bien éloignés d'admettre l'indifférence des religions, ils reconnaissent qu'il yen a une meilleure que les autres, plus certaine, plus vraie, si l'on veut, à laquelle il faut tâcher de parvenir par l'intelligence de J'Ecrilure, qui est la prolestante ou la réformée : mais tout cela c'est se moquer, puisqu'on a vu ■m'en tâchant et en s'etforçant, à la manière qu'ils disent, de bien entendre l'Ecriture, on n'en esl pas moins sauvé, bjen qu'on demeure toujours et jusqu'au dernier scupir comme on était, qui est précisément ce qu'on appelle l'indifférence "des religions, puisque dans le fond on se sauve en toutes; et l'expérience fait voir qu'il n'y a ni ne peut y avoir aucun remède à un si grand mal, qu'en croyant avec les Catholiques que jamais on ne tâche et on ne s'efforce comme il faut, jusqu'à ce qu'on vienne enfin par ses

(5595) lbid., p. -1G, 47

(539e) Rem. sur lès méih. du clergé de Fiance. Ueih. ili.

U8I PART. X. THEOL. POLEMIQUE, IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. H.xî

dn genre humain voulait introduire sous prétexte <lr piété, c'est le vrai mystère d'iniquité ( Il Thrss. u, 7), c'est-à-dire la i lus dangereuse hypocrisie sous couleur du rendre respect à la parole do Dieu, et | ar là l'indifférence des religions, afin de préparer la voie à la grande apostasie qui doit arriver, et à la révélation de l'Antéchrist (Ikid.) : et tout cola fondé sur cette maxime, que les interprétations de l'Eglise ne pouvant être oins infaillibles qu'elle-même, il demeure libre aux Chrétiens de rejeter les plus authentiques, et de ne se réserver que le simple texte, à condition de le tourmenter et le tordre à sa fantaisie, jusqu'à ce qu'enfin ou l'ait forcée ne plus violenter le sens humain: qui est le but où se termine le socinianisme, et comme on a vu, le parfait accomplissement de la réforme des protestants.

C'est par là aussi qu'il s'élève de tous côtés au milieu d'eux tant de sectes de fanatiques, parce que d'un côté étant constant que l'Ecriture, dont on abu^e en tant de manières, a besoin d'interprétation ; el de l'autre, celles de i'F.glise paraissant douteuses ou suspectes aux protestants par les principes de la secte ; on est contraint, pour avoir un interprète infaillible, de s'attribuer une inspiration, uninstinctvenu du Saint-Esprit; d'où l'on est mené pas à pas au mépris du texte sacré, comme l'expérience le fait voir; tous ces inspirés prétendant enfin être affranchis de la lettre, comme d'une sujétion contraire à la liberté des enfants de Dieu ; et ainsi, par la plus grossière de toutes les illusions, une révérence mal entendue de l'Ecriture conduit enfin les esprits à la mépriser.

Pour éviter ces extrémités si visiblement pernicieuses, l'Eglise catholique, toujours assurée de l'esprit qui l'anime et la dirige, n'a aussi jamais hésité adonner dès les premiers temps comme authentiques ses interprétations unanimes : en quoi, loin de croire qu'elle eût dérogé à l'autorité des livres saints, elle a au contraire toujours regardé ses explications comme étant le pur esprit de l'Ecriture, et ses traditions constantes et universelles comme faisant avec l'Ecriture un seul et infime corps de révélation.

efforts à soumettre de bonne foi son jugement à i elui de l'Eglise.

Après cela, mes ehers frères, il no faut point s'étonner que tout tende dans votre Réforme à l'indifférence des religions, ni qu'une infinité de gens aient dit à M. Jurieu que l'Eglise anglicane, qu'il appelle l'honneur de la Réforme, y tende visiblement comme les autres, puisque nous venons de

voir dans ses principaux docteurs des témoignages si précis de ce sentiment,

CXII1. — L'indépendantisme sorti de cette source : autres sectes : le mépris de l' Ecriture inévitable sans les interprétations de l'Eglise.

Sans encore sortir de l'Angleterre, la secte des indépendants est venue manifestement de la même source ; et Jean Hornebeck, un des plus célèbres docteurs de l'académie d'Utrecht, en est un bon témoin, lorsqu'il écrit dans le livre où il fait lo recueil des sectes (3397) : « Qu'ils rejettent toutes les formules, tous les catéchismes, tous les symboles, même celui des apôtres. Ils croient, » dit-il, « qu'il faut éloigner toutes ces choses comme apocryphes, pour ne s'en tenir qu'à la seule et unique parole de Dieu.» Un autre, que le même auteur met au rang des enthousiastes ou ['retendus inspirés, qui n'était point ignorant principalement en hébreu, ni de mauvaise vie, disait « qu'il n'y avait plus d'Eglise depuis les apôtres, parce qu'il n'y avait plus d'infaillibilité sur la terre, et que les docteurs qui n'en avaient point ne s'en vantaient pas moins de parler au nom de Dieu. » Un autre concluait de là, « que jusqu'à ce qu'on fût convenu quelle doctrine on aurait à suivre, il fallait établir des assemblées où l'on ne lût que le simple texte de l'Ecriture sans glose ni expositions; qu'on ne prononcerait autre chose dans les chaires, et que tous les livres de religion, excepté l'Ecriture seule, seraient portés au magistrat (3398). » Sur ce fondement il faisait le plan d'une Eglise non partiale : il avait même composé un livre sous ce titre, et un autre qu'il intitulait la Diminution des sectes. C'était visiblement le même dessein où sont entrés les docteurs qu'on vient de produire. 11 n'y avait, pour unir les sectes, que de permettre de croire, de dire et d'écrire tout ce qu'on voudrait. C'est sauver tous les hérétiques sans les convertir, sans les ramener à la tige d'où toutes les sectes sont sorties, sans y songer seulement : et au contraire, en laissant oublier aux Chrétiens, s'il se pouvait, ce principe d'unité sur leque! lo Fils de Dieu a fondé son Eglise, pour substituer à sa place le caractère de division, qui est dans le royaume de Satan le principe de sa désolation inévitable, conformément à cette parole : Tout royaume divisé en lui même sera désolé, et tes maisons en tomberont les unes sur les autres. (Luc. xi, 17.) On voit par là quels prodiges l'ennemi

CXIV. — Illusion de ceux qui, faisant peu d'estime des dogmes, ne vantent que les bonnes mœurs.

C'est le seul moyen laissé aux fidèles, dans une doctrine aussi haute que celle du christianisme, et dans une aussi grande profondeur que celle de l'Ecriture, d'entretenir parmi eux l'unité que leur ordonne saint Paul, en leur disant : Soyez d'un même cœur et d'une même âme, ayant tous les mêmes sentiments. (Philip, ii, 2. ) Ce qui devait commencer par la foi, puisque le même saint Paul a dit encore : Un seul corps et un seul esprit : un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. (Ephes. iv, h, 5.) Pour trouver

'3397) Summa controv., lili. \, De Kroin., (3598) Summu controv., etc., p. 436, 137,

OEuY'HES ÇOMPL. DE BosSLtiT. VIII. Wl

Îi83

cette imite de

uas

multiplicité

a foi dons une si effroyable, le sentiments et de sectes, on voit à quoi il faut réduire la foi chrétienne, cl dans quelle généralité il faut prendre l'Keriture. Nos indifférents, qui en ont honte, et dos divisions où l'on tombe par la méthode qu'ils proposent pour entendre ce divin livre, croient y trouver un remède en faisant peu de cas des dogmes spéculatifs et abstraits, comme ils les appellent, et ne vantant que la doctrine des mœurs. C'est la maxime de ces latitudinaristes dont nous venons de parler, qui disent que c'est dans les mœurs qu'il faut rétrécir la voie du ciel en la dilatant pour les dogmes. Tout consiste à bien vivre, disent nos indifférents ; et l'Ecriture n'a là-dessus aucune obscurité, ni le christianisme aucun partage. Mais c'est encore, sous le prétexte de la piété, la plus fine et la plus dangereuse hypocrisie. Car d'abord, pourquoi no vouloir pas que captiver son intelligence, sous des mystères impénétrables à l'esprit humain, soit une chose qui appartienne à la doctrine des mœurs, et une partie principale du culte de Dieu, puisque c'est un des sacrifices qui coûte le plus a la nature, et qui est en soi des plus parfaits? Et pourquoi ne sera-ce pas encore un des exercices de la charité, de réduire les vrais Chrétiens à la môme foi, en rendant obéissance à la môme Eglise, et par là étouffer les dissensions, les inimitiés, (es aigreurs et les autres maux de celte nature, parmi lesquels saint Paul a compté les hérésies et les sectes (Galat. v, 20), comme une source immortelle des divisions que l'esprit de Jésus-Christ devait éteindre ? C'est de cela néan moins que nos parfaits Chrétiens font peu d'élat : et ils ne parlent que de bien vivre, comme si bien croire n'en était pas le fondement. Mais pour nous restreindre simplement à ce qu'ils appellent les mœurs, où ils semblent vouloir renfermer toute la religion, les sociniens et les autres qui les vantent tant, n'ont-ils pas été les premiers à censurer les commencements de la Réforme, où l'on avait refroidi la pratique des bonnes œuvres, en enseignant clairement qu'elles n'étaient pas nécessaires à la justification ni au salut, non pas même l'amour de Dieu, mais la seule foi des promesses, ainsi que nous l'avons souvent démontré ? Les mômes sociniens ne prouvaient-ils pas invinciblement, aussi bien que les Catholiques, qu'il n'y a rien de plus pernicieux aux bonnes mœurs, que l'inamissibilité de la justice, la certitude du salut, et enfin l'imputation de la justice de Jésus-Christ de la manière dont on l'enseignait dans la Héforme ? C'en est assez pour les convaincre qu'il peut se trouver dans l'Ecriture, sur les mœurs comme sur les dogmes, de ces généralités où se cachent tant d'opinions et tant d'erreurs différentes. Que si l'on se met à raisonner ( et on ne le fait que trop ) sur la

(3599) Soc, in cap. I Epist. ni Jean, il, 6; l. I l!ib. Frai., p. I9i; Ibid., lui v, 14, p. 211-2; lbi'1 , quod regni Pol., cic. 2, p. 194, etc.

doctrine des mœurs, sur les inimitiés, sur les usures, sur la mortification, sur le mensonge, sur la chasteté, sur les mariages, avec ce principe qu'il faut réduire l'Ecriture sainte à la droite raison, où n'ira-t-on pas î N'a-t-on pas vu la polygamie enseignée par les protestants, et en spéculation et en pratique? Et ne scra-t-il pas aussi facile de persuader aux hommes, que Dieu n'a pas voulu porter leurs obligations au delà des règles du bon sens, que de leur persuader qu'il n'a pas voulu porter leur croyance au delà du bon raisonnement? Mais quand on en sera là, que sera-ce que ce bon sens dans les mœurs, sinon ce qu'a déjà été ce bon raisonnement dans la croyance, c'est-;:dire ce qu'il plaira à un chacun? Ainsi nous p rdrons tout l'avantage des décisions de Jésus-Christ: l'autorité de sa parole, sujette à des interprétations arbitraires, ne fixera non plus nos agitations, que ferait la liberté naturelle de notie raisonnement; et nous nous reverrons replongés dans les disputes interminables, qui ont fait tourner la tête aux philosophes. De cette sorte, il faudra tolérer ceux qui erreront dans les mœurs comme ceux qui erreront sur les mystères, et réduire le christianisme, comme font plusieurs, à la généralité de l'amour de Dieu et du prochain, en quelque sorte qu'on l'applique et qu'on le tourne après cela. Combien ont dogmalisé les anabaptistes et tes autres enthousiastes ou prétendus inspii 'es, sur les serments, sur les châtiments, sur la manière de prier, sur les mariages, sur la magistrature et sur tout le gouvernement ecclésiastique et séculier, choses si essentielles à la vie chrétienne? Les sociniens, qui ne vantent avec les indifférents que la bonne vie et la voie étroite dans les mœurs, combien se mettent-ils au large lorsqu'ils ne soumettent aux peines de la damnation et à la privation de la vie éternelle que les habitudes vicieuses? Jusque-là que Socin luimême n'a pas craint dédire, « que le meurtrier, ou l'homicide qui est jugé digne U«e mort, et qui ne peut avoir de part à la vie éternelle, n'est pas celui qui a tué un homme ou qui a commis un acte cl'homiciue, mais celui cjui a contracté quelque habitude d'un si grand crime (3399). * Jl » va rien de plus inculqué dans ses ouvrages que cette doctrine. C'est aussi le sentiment de la plupart de ses disciples, et entre autres de Creilius un des plus célèbres, et qui est estimé parmi eux un des plus réguliers sur la doctrine des mœurs : et néanmoins il fait consister dans l'habitude la nature du péché qui exclut de la vie éternelle (3i00) : et encore plus expressément il distingue deux sortes Oe péchés, « dont les premiers, » dit-il, « sont très-griefs et très-énormes de leur nature ou en approchent beaucoup, dans lesquels celui qui espère la vie éternelle et qui a la crainte de Dieu, ou ne tombe jamais, ou il

(5i0t>) fc'.'/i. Chris! , I; sp cul ô, S:u in quant.

c .'. , !. IV, p. 287,

1183 PART. \. rHEOL PO] E! QUE IV,

D'y tomba que lorsqu'il est fort pressé p«ï les désirs de la i hair, ou faute >'.'> penser et par quelque soi te u" rn) : i voit

d'abord que ces ; ô( liés, quelque énormes qu'il les représente, ne lui paraissent incomibles ni avec la crainte de Dieu , ni avec l'esi érance du salut, que lorsqu'on y tombe souvent et avec une malice déterminée. « Et pour les autres ; 1 1 nés, o continue- t-il, « qui ne sonl i as si énoi mes el où l'on lombe plus facilement, comme la colère-, lu désir (\r* voluptés illicites qui ne va point jusqu'à l'acto, el l'ambition désordonnée :sion ne les combat pas dans leur naissance et qu'un leur lâche la bride, je ne crois pas qu'un puisse espérer le salut. Mais si l'on combat avec sa passion el qu'on s'occupe à la réprimer, en sorte qu'on gagne deux choses sur soi-même, l'une souvent de l'éteindre et la bannir de son esprit, l'antre île l'affaiblir et d'en empocher en quelque sorte l'effet : je b'ôte pas à un tel homme l'espérance du salut. »

On voit par là de quelle indulgence il use envers les péchés. Car pour ce qui regarde les j 1 1 us énormes, lors môme qu'on les commet en effet, il ne veut pas qu'ils excluent la crainte de Dieu ni l'espérance du salut, si l'on y tombe rarement, et que ce soitpartmporlemcn! et par quelque sorte d' inconsidération : car il ne veut môme pas que l'inconsidéralion soit pleine et entière; et pour les péchés de pensée, de consentement ou de volonté, tel qu'est par exemple le désir d'un plaisir illicite, encore que Jésus-Christ ait égalé ce désir à un adultère (Mat th. v, 28), selon ce nouveau docteur, pour ne pas être damné par un tel crime, il suffît de ne pas lâcher tout à fait la bride à sa convoitise, et d'en empêcher, comme il le dit, non pas entièrement, mais en quelque sorte l'effet, qui est un des plus grands affaiblissements qu'on pût inventer de la doctrine de l'Evangile. Mais de peur encore d'en dire trop, ou de rendre trop difficile le chemin du ciel, il excuse ces sortes de pécheurs lorsqu'ils sont entraînés au péché /Kir de violentes tentations venues ou du naturel ou de l'habitude, il est vrai qu'il \ ajoute lieux conditions : l'une, de n'avoir îxis eu en soi-même plusieurs de ces dispositions criminelles ; l'autre, d'en récompenser le péché par. d'excellentes vertus, comme font lu charité et l'aumône. .Mais cela lui parait encure trop dur : « et quand,* dit-il, »on aurait plusieurs de ces mauvaises dispositions et qu'on n'aurait point sic ces excellentes vertus, .je n'oserais ni accorder ni refuser le salut à des hommes qui seraient e:i cet état. «

il n'est pas ici question de les sauver do la damnation par une sincère et véritable pénitence de leurs fautes : car c'est de quoi on-ne parle pas dans tous ces discours; et on sait que tous les péchés, même les plus

(340!) Soc. Tnici de magisi . Cont. Pal , I. II, p. 5; Wolzog., lustr. cil mit. tecl. -Y. T., c. i,-2, I. F, p. 251, 290; Amwl. ail quœ*t. de m:i,ji:,i., H'i.t , 0 '> ri snq;

,:,:«■) Soc, '. ' opli. tlorst., episl. i !. I

VVI RTISSEMI Vis AUX PROTESTANTS. I: G

énormes comme les plus délibérés et les plus

réquents, sout pardonnables en celte sorte •

il sagil de irouyor dans le péché des

ru es au péché même, el voila i e qu'i n ont

6 ceux do tous les | rotestants qui se

piquent le i lus il nserver entière la règle

des mœurs. On voit en cet endroit combien ils sonl relâchés; ailleurs ils sont rigoureux iusqu'a l'excès, puisqu'ils s'accordent avec les anabai listes à cou lamner parmi les Chrétiens les serments, la magistrature, la peine de mort et la guerre, quoique entreprise l ar autorité publique, quelque juste qu'elle paraisse d'ailleurs (MOI).

Ceux de qui nous venons de voir d'un côté les relâchements et de l'antre les rigueurs excessives sont constamment ceux des protestants qui ont le plus secoué le j i igde l'autorité; ce sont aussi visiblement ceux qui se sont le plus égarés, non-seulement dans les mystères de la religion, mais encore dans la doctrine des mœurs qu'ils se vantent de mieux observer que tous les autres. Socin, Wolzogue et les autres disent que l'usure n'est pas un péché selon les lois chrétiennes (3402} : en quoi il faut avouer qu'ils ne dégénèrent pas de la doctrine commune des protestants. Sans parler des autres erreurs des sociniens dans la matière des mœurs, on sait la liberté qu'ils se donnent tous les jours sur la dissimulation et sur le mensonge; et cela dans la matière la plus sérieuse qu'on puisse traiter parmi les hommes, qui est celle de la religion. Pour peu que les princes grondent, ils se cachent sous tel manteau que vous voulez, et ne s'embarrassent point de l'hypocrisie. On voit donc plus clair que le jour que, pour soutenir les mœurs comme pour soutenir la loi il y faut ce ferme fondement d'une autorité infaillible qui empêche l'esprit de s'égarer dans les interprétations qu'une vaine subtil, te pourra donner à l'Ecriture sur cette matière comme sur toutes les autres; et vanter les mœurs sans cela, c'est, sous prétexte de les établir, les détruire et en laisser la règle à l'abandon.

C'est aussi pour obvier a tous ces maux qu'on nous avait donné dans le Symbole 1 article de l'Eglise catholique, où nous trouvons tout ce que saint Paul nous avait montré par ces paroles : Un seul corps et un seul esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. {Ephes. îv, 5.) Mais la Réforme a mis les mains sur cette unité qui devait être inviolable; elle a transformé l'Église universelle en un amas de sociétés ennemies, qui ne laissent pas, oit M. Jurieu, '< d'être unies au corps de l'Eglise chrétienne, fussentelles en schisme les unes contre les autres jusqu'aux épées tirées (3V03). » C'est ainsi qu'il nous a formé le royaume de Jésus- Christ sur le modèle de celui de Satan. Les autres ont poussé à bout le principe que ce

p. î.'io; WOLZOG., Comm. in Lut:., c. vi, i r<5; t. |,

(5i03) Prijug., p. .'. • Var., liv. xv, col. 907,908

ministre avait posé : ils ne trouvent ce seul corps ni ce seul esprit de saint Paul, qu'en s'aecordant à compter pour rien par rapport au salut éternel toutes les divisions sur les mystères; ni l'unilédi la foi, qu'en la faisant consister dans les plus vagues généralités, et en s'élevant au-dessus de toutes les décisions et interprétations de l'-Eglise; ni enfin celle du baptême, qu'en sauvant généralement toutes les sectes où on le reçoit, sans remonter à la source d'où est dérivée cette eau salutaire, et d'où tous les hérétiques l'ont emportée.

CXV. — .4 quelle condition nos docteurs indifférents s'offrent à tolérer l'Eglise romaine; confiance et fermeté de cette Eglise.

Que si maintenant on veut savoir comment nos indifférents sont disposés envers l'Eglise romaine, qui seule se tient à la tige de son unité primitive, il ne faut qu'entendre Strimésius, que nous avons tant cité, ou plutôt Jean Bergius, un de ses auteurs, qui parle ainsi : « Si les papistes ne voulaient point nous obliger à leurs propres et particulières explications, et qu'ils cessassent de nous juger sur cela, mais qu'ils nous laissassent jouir des paroles et des explications de Jésus-Christ, tout irait bien (3i0i) ; » c'està-dire qu'il les faudrait recevoir, du moins à titre d'infirmes (3i03), comme ont fait les sociniens (car c'est de quoi il s'agissaîl), et les mettre par conséquent au rang des vrais Chrétiens, qui pourraient se sauver dans leur religion. Ainsi l'Eglise romaine pourrait avoir part à celte commune confédération des Chrétiens, que l'on propose aujourd'hui sous le nom de tolérance, si, sans obliger personne aux interprétations qu'elle a. reçues de tout temps, elle voulait se contenter d'une souscription générale aux termes de l'Ecriture, qu'elle pourrait faire avec aussi peu de peine que les autres religions. Car encore qu'elle reconnaisse des traditions non écrites, tout le monde lui rend ce témoignage, qu'elle fait profession de ne rien admettre qui soit contraire à l'Ecriture, son fondement étant celui-ci, qu'il y a une parfaite uniformité dans tout ce qu'ont dit les apôtres, soit de vive voix, soit par écrit. Elle souscrit donc sans tout le reste des Chrétiens à l'Ecriture sainte comme à un livre inspiré de Dieu et immédiatement dicté par le Saint-Esprit; et elle ne se trouve exclue «le cette prétendue société qu'à cause qu'elle est et sera toujours par sa propre constitution opposée à l'indifférence des religions, et en un mot, comme parle M. Jurieu , la plus intolérante de toutes les sectes chrétienne» (3403*).

De cette sorte, on voit clairement que ce qui rend cette Eglise si odieuse aux protestants, c'est principalement, et plus que tous les autres dogmes, sa sainte et inflexible incompatibilité, si on peut parler de cette sorte; c'est qu'elle veut être seule, parce

45104) Strih.. ibid., (Vi'JD) Ibid., 37

qu'elle se croit l'épouse, litre qui ne souffre point de partage; c'est qu'elle ne peut souffrir qu'on révoque en doute aucun de ses dogmes, parce qu'el e croit aux promesses et à l'assistance perpétuelle du Saint-Esprit. Car c'est en effet ce qui la rend si sévère, si insociable, et ensuite si odieuse à toutes les sectes séparées, qui la plupart au commencement ne demandaient autre chose, sinon qu'elle voulût bien les tolérer, ou du moins ne les pas frapper de ses anathèmes. Mais sa sainte sévérité et la sainte délicatesse de ses sentiments ne lui permettaient pas cette indulgence, ou plutôt cette mollesse; et son inflexibilité, qui la fait haïr par les sectes schismatiqnes, la rend chère et vénérable aux enfants de Dieu, puisque c'est par là qu'elle les affermit dans une foi qui ne change pas, et qu'elle leur donne l'assurance de dire en tout temps comme en tout lieu : Je crois l'Eglise catholique ; parole qui ne veut pas dire seulement : Je crois qu'il y a une Eglise catholique et une société où tous les enfants de Dieu sont recueillis, mais encore et expressément : Je crois qu'il y a une Eglise catholique et une société unique, universelle, indivisible, où la vérité de Jésus- Christ, qui est la vie et la nourriture des Chrétiens, est toujours immuablement enseignée, ce qui emporte non-seulement : je crois qu'elle est, mais encore : je crois sa doctrine, sans laquelle elle ne serait pas, et perdrait le nom d'Eglise catholique. Et de même que Jésus-Christ disait hautement et sans craindre d'être repris : Qui de vous me convaincra de péché? (Joan. vin, 48) ce qui était un des caractères de sa divinité; ainsi l'Eglise catholique, sa vraie et unique Epouse, appuyée sur sa protection et sur sa promesse, dit hardiment à toutes les sectes qui ont rompu avec elle : Qui de vous me convaincra d'avoir innové? Et c'est là ce qui rend sensible que Dieu est en elle. Car comme ce qui vérifie cette parole du Sauveur : Qui de vous me convaincra de péché? c'est qu encore qu'on ait pu dire en général : Cet homme est un séducteur, et autres choses semblables; dans le fait particulier on n'a jamais pu ni le convaincre d'aucune erreur dans sa doctrine, ni marquer avec tant soit peu de vraisemblance aucune irrégularité dans sa vie. De même, si on ose en quelque façon lui comparer son Eglise, soutenue de son secours et éclairée de son esprit, on a Mien pu en général lui reprocher des innovations; maison n'a jamais pu ni on ne pourra jamais lui démontrer, par aucun fait positif, ni qu'elle ait changé aucun de ses dogmes, ni qu'elle se soit jamais séparée du tronc où elle avait été insérée, ou de la pierre sur laquelle elle avait été bâtie. Au lieu donc qu'elle n'a jamais vu naître de secte à qui elle n'ait pu dire aussitôt, hardiment et sans qu'on le pût nier : Voilà votre auteur, voilà votre date, et vous n'étiez pas hier; eu sorte qu'elle leur montre à toutes

(5405' ) Ji'B., Leit. past. aux fid de Pwn's, etc.

ISA!) PART. X. THEOL. POI<EMIQUE. IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. Jl'JO

sur le fronl le .caractère ineffaçab'e de leur nouveauté; personne n'a jamais pu, et par conséquent ne pourra jamais lui montrer la même chose par aucun fait positif : car elle a fait en tout temps et fait encore une si hauto profession de ne jamais rien changer iJans sa doctrine, que pour peu qu'elle y eût change ou qu'elle y changeât, elle ne pourrait soutenir son caractère et perdrait tous si s entants. C'est donc là le fondement inébranlable et la pierre sur laquelle est appuyée la foi des humbles Chrétiens; c'est que, par la constitution <le l'Eglise où ils ont à vivre, la nouveauté dans la doctrine leur y est toujours sensible; et, comme nous Pavons dit, toujours réduite à ce fait constant : on croyait hier ainsi, et on varie dans la foi si aujourd'hui on ne croit de même. Sur ce fondement il est clair que ne point vouloir varier et demeurer dans l'Eglise, c'est la môme chose. C'est ce qui l'ait que l'Eglise ne varie jamais; et la maxime contraire fait que les fausses Eglises, et en particulier la réformée, est exposée à varier toujours, puisque dès qu'elle a trouvé un seul moment où elle est forcée d'avouer qu'il fallait changer la foi de ceux par qui 00 avait été instruit, baptisé, communié, ordonné, c'est-à-dire la foi d'hier : elle n'a pius de raison de ne pas changer celle qu'elle embrasse aujourd'hui.

CXVI. — Conclusion de ce discours : aveu de M. Burnet et des autres sur l'instabilité des Eglisr:: protestantes.

Aussi lorsqu'on lui objecte des variations, on peut voir ce qu'elle répond. « Quand tout ce que dit M. de Meaux serait vrai, » quand il aurait bien prouvé les variations de nos Eglises,« il n'aurait gagné «dit M. Burnet (3406), » que ce que nous lui accordons, sans qu'il se donne la peine de le prouver ; c'est que nous ne sommes ni inspirés ni infaillibles : nous n'y aspirâmes jamais. » Sur ce fondement il conclut « que les réformés, après que leurs confessions de loi ont été formées , s'y sont peut-être attachés avec trop de roideur, et qu'il sera plus facile de montrer qu'ils devaient avoir varié, que de prouver qu'ils l'ont fait, et qu'ils sont blâmables en cela. » Voilà ce qu'a écrit M. Burnet, eteelaqu'est-ce autre chose, à parler franchement, que d'avouer qu'on n'a rien de fixe, et que, loin de s'étonner d'avoir varié, on s'étonne plutôt de n'avoir pas varié beaucoup davantage? Mais de là où tombe-t-on, si ce n'est dans l'inconvénient marqué par saint Paul, de flotter comme des enfants et de tourner à tout vent de doctrine (Ephes. iv, 14): qui est la marque la plus sensible d'une âme égarée? Telle est pourtant la réponse, nonseulement de M. Burnet, ce grand historien de la Béforme, mais encore celle de M. Jurieu (3400*), qui en est le principal défenseur; et afin que rien n'y manque, c'est encore celle de M. Basnaae '3407>; c'est en un

(5S06) Burn., Ciit. des Var.\ p. 7. S; ibid. 15406 ! .kf>.. fît. '•, 6, 7 cl 8 (te l'an. 1(189.

mot celle de tous les protestants que nous connaissons, qui en elfel , ne peuvent rien dire de plus spécieux selon leurs principes; quelle merveille que nos Eglises aient varié, puisque nous ne les reconnaissons pas pour infaillibles? Comme s'ils disaient : Nous sommes une secte humaine, qui ne fonde sa stabilité sur aucune promesse de Dieu : quelle merveille que nous changions, et que nos propres confessions de foi n'aient rien de fixe? Mais la conséquence va bien plus loin. On voit l'état présent de la Bétonne, e' la pente de ces Eglises prétendues, qui ont pour fondement qu'il n'y a rien de vivant ni de parlant sur la terre, à quoi ou doive s'assujettir en matière de religion. Le socinianisme s'y déborde comme un torrent, sous le nom de tolérance; les mystères s'en vont les uns après les autres; la foi s'éteint, la raison humaine en prend la place, et on y tombe à grands flots dans l'indifférence des religions. Il n'y a qu'à écouter sur cela M. Jurieu, et le synode de Roterdani : on en a vu les actes et les témoignages, on en voudrait revenir à tenir les esprits par l'autorité, et on ne trouve que celle des princes qu'on puisse opposer a ce torrent; ce qui n'est bon qu'à tenir peut-être les langues un peu plus captives, et à faire couver sous la cendre un feu qui éclatera en son temps avec plus de force. Si ce parti d'indifférents, prévaut parmi vous, et que ce torrent vous emporte, vous n'aurez qu'à nous dire encore : Quelle merveille, que l'on varie parmi nous! nous n'étions pas infaillibles. Ceux-là même qui tâchent de vous redresser, varient d'une manière pitoyable. Dès que M. Jurieu entreprend de justitier les variations, et d'en montrer dans l'Eglise, le voilà visiblement emporté lui-même de l'esprit de variation et de vertige : l'immutabilité de Dieu, l'égalité des personnes ne tient plus ; la foi de Nicée vacille, les fondements de la religion sont écroulés; l'antiquité la plus pure ne les a pas connus : le ministre ne laisse rien en son entier, et tout fourmille d'erreurs dans ses écrits. 11 trouve des exceptions à l'Evangile : la Réforme n'a plus de ressource que dans l'autorité des princes, et M. Jurieu veut la contraindre à les reconnaître pour chefs, également maîtres de la religion et de l'Etat. Malgré ces nouveautés et ces erreurs, tous les synodes se taisent de van I lui. Qui sait si ses sentiments ne prévaudront pas, ou si les tolérants, mal attaqués par un homme qui n'a ni principes ni saule dans ses discours, ne prendront pas le de*sus? N'importe, et quoi qu'il en arrive , il n'y aura qu'à nous dire : Nous n'étions pas infaillibles. Mais cela même, c'est avouer en d'autres termes, que si on ne connaît point d'Eglise infaillible, on est exposé à changer sans lin, sans pouvoir trouver d'autre repos que celui de l'indifférence îles religion*. C'est ce qu'on avait prévu qui arriverait à la Réforme : cent preuves invincibles le dé-

i5407) Oas.v , liép. aut \'ui\, Piéf.cic.

montraient; et nous avons maintenant pour nous la plus claire comme la plus forte de toutes les preuves, c'est-à-dire l'expérience. Que si ces variations et cette légèreté vous paraissent la suite inévitable de la doctrine qui ne connaît point l'Eglise pour infaillible, et qu'il n'.v ail point de milieu entre tourner à tout vent , et s'appuyer sur l'autorité des décisions ecclésiastiques , connue sur une pierre inébranlable, on voit où est le salut du christianisme. Je n'ai donc plus rien à dire. Que M. Jurieu réplique ou setahe, je garderai également le silence. Assez de gens le réfuteront dans son parti,

si on y laisse la liberté de le faire; et il ne sera pas longtemps sans se réfuter lui-même. Que dirais -je donc à un homme à qui la faiblesse de sa cause, autant que son ardente imagination, ne fournit que des idées qui s'effacent les unes les autres? Qu'il dogmatise donc, à la bonne heure, et qu'il prophétise tant qu'il lui plaira; je laisserai réfuter ses prophéties au temps , et sa doctrine à lui-même, et il ne me restera qu'à pr. es- Dieu qu'il ouvre les yeux aux protestants, pourvoir ce signe d'erreur quil élève au milieu d'eux, dans l'instabilité de leur doctrine.

SUR LE REPROCHE DE L'IDOLATRIE ET SUR L'ERREUR DES PAÏENS, OU LA CALOMNIE DES MINISTRES EST RÉFUTÉE PAR EUX-MÊMES.

1. — La calomnie desministres^jui nous accusent d'idolâtrie, détruite par elle-même, est détruite dans ce discours par les principes des ministres mêmes.

Mes chers frères, Le reproche d'idolâtrie est celui qu'on a toujours le plus employé pour allumer votre haine et donner quelque prétexte au schisme de vos Eglises prétendues. « Si l'Eglise romaine est idolâtre, notre séparation ne peut être un schisme. « C'est ce que dit M. Jurieu, dans le livre De l'unité (3408); mais il ne le dit pas [il us dans ce livre que dans tous les autres; surtout dans tontes les lettres de la dernière année [1G88]; et sans cette accusation d'idolâtrie, ce ministre serait muet. Il la pousse à un tel excès , que dans des esprits moins prévenus elle se détruirait par elle-même ; puisqu'il veut, et qu'il le reflète cent fois, que nous sommes des idolâtres aussi grossiers et aussi charnels que les païens, qui ne soupçonnaient seulement pas qu'il y eût une création; et qu'il prétend que nous égalons avec Dieu connu comme Créateur, sa créature, qu'il a tirée et qu'il tire continuellement du néant, à laquelle il ne cesse de donner tout ce qu'elle a, et dans l'ordre de la nature, et dans l'ordre de la grâce, et dans celui de la gloire. 11 n'en faudrait pas davantage pour vous convaincre qu'il n'y eut jamais de calomnie plus grossière-. Car qui jamais s'avisa d'égaler, par .>on culte, des choses où il reconnaît une différence infinie par leur nature; ou de rendre les honneurs divins à ce qu'il ne croit pas Dieu? Nous serions 'les seuls dans l'univers et dans toute l'étendue des siècles, capables d'une semblable extra-

vagance, de ne croire qu'un seul Dieu, et d'en adorer plusieurs, comme Dieu même, et du même honneur que lui. Et néanmoins sans cela, il n'y aurait rien, ou presque rien à nous dire. Sans cela premièrement, il n'y aurai' plus pour M. Jurieu d'Eglise antichiétienne, comme on a vu dans les précédents discours; on aurait ôlé le plus grand, ou pour mieux dire, le seul obstacle que ce ministre tâche de mettre à notre salut. C'est l'endroit où il triomphe le i.lus. Car ayant bientôt laissé là les variations, trop ennuyantes pour lui, après les avoir lâtées par cinq ou six lettres, de peur qu'on ne croie qu'il n'a plus rien à me reprocher, ii s avise après trois ans d'interruption, de retomber tout de nouveau sur ma Lettre pastorale (3409), et s'attache presque uniquement à cette accusation d'idolâtrie. Je veux donc bien aussi interrompre un peu la matière des variations , pour entrer dans celle-ci; et quoique j'aie t'ait voir dans le dernier Avertissement (3410) qu'assûrement il n'y eut jamais d'idolâtrie plus innocente, et plus pieuse que la nôtre, puisque, de l'aveu de M. Jurieu, loin de damner ceux qui la pratiquent, elle leur est commune avec les saints; de peur qu'on ne s'imagine que nous ne pouvons nous sauver que par des exemples, je démontrerai , par des principes avoués des ministres mêmes, que l'accusation d'idolâtrie formée contre nous ne peut subsister.

IL — Définition de l'idolâtrie; définition de l'invocation des saints. Démonstration, par ces définitions , quelle ne peut pas être lin honneur divin, ni un acte d'idolâtrie.

Je pose pour fondement la définition do l'idolâtrie. Idolâtrer, c'est rendre les non^

(ôii 8) Traité de l'unité de r Eglise contre M. Ni- 1G8(Î. «o'e.eii 1681. ,;,i|;i) /;/. .tm7.

(5109) .lu.r nouveaux Catholiques, imprimée dès

I S PART. X. THEOL. POLEMIQUE. — IV. AVERTISSEMENTS AUX PROI iANTS. U3t

rieurs divins à l.i créature : c'est, dis je, transporter à la créature le culte qu'on doit ;i Dieu. Or est-il qu'il est manifeste que nous ne le raisons pas, et ne le pouvons pas faire selon nos principes; ce que je prouve premièrement dans l'invocation des saints, pour de là successivement passer aux autres matières. La chose est aisée a faire, puisqu'il n'\ ,ï qu'è définir celle invocation pour la justifier.

Qu'on ne chicane point sur le mot. L'invii ation dont il s'agit, aux termes du concile de Trente, est inviter les saints à prier pour nous, afin d'obtenir la grâce dr Dieu, par Noire-Seigneur Jésus-Christ (3411). Or estil que c'est là si peu un honneur divin, qu'au contraire il n'est pas possible de l'attribuer à autre qu'à la créature, n'y avant visiblement que la créature qui puisse prier, demander, obtenir les grâces, et encore par un autre; c'est - àr- dire par Jésus-Christ, comme ou vient de voir que t'ont les saints. C'est donc si peu un honneur divin, que c'est chose dans les propres termes, absolument répugnante à la nature divine, d'où se forme ce raisonnement : Tout honneur qui renferme dans s;i notion la condition essentielle a la créature, ne peut par sa nature être un honneur divin; or la prière par laquelle on demande aux saints qu'ils nous aillent auprès de Dieu, par leurs prières, pour nous obtenir ses grâces, enferme dans sa notion la condition de la créature, c'està-dire sa dépendance; ce ne peut donc pas être un honneur divin

111. — Pourquoi on dit que les saints font et une les saints donnent. — Que ces façons de parler font de l'Ecriture.

Cette preuve est si convaincante que pour ta détruire, il faut nier que nous nous bornions à demander aux saints le secours de leurs | rières. Car, dit-on, l'Eglise les prie non-seulement de prier, mais de donner, mais de faire, mais de protéger, niais de défendre; donc on les regarde non-seulement comme intercesseurs, mais comme auteurs de la grâce. Mais cela visiblement est moins que rien.

Car celui qui prie et qui obtient, protège, défend, assiste, donne et fait à sa manière. Lorsqu'on attribue aux saints des pffels qu'on sait très-bien dans le fond qu'il faut attribuera Dieu, on ne fait qu'exprimer par là l'efficace de la prière; qu'elle peut tout, qu'elle pénètre le ciel, qu'elle y va forcer Dieu jusque dans son trône; il ne lui peut résister, elle emporte tout sur sa bonté; il fait la volonté de ceux qui le craignent (Vsul. cxi.iv, 19) ; il obéit à la vois de l'homme. (Jos. \, 14.) Pressé et comme forcé par Moïse, il lui dit -.Laissez-moi, que je punisse ce peuple ; mais'Moïse Remporté contre lui, et lui arrache, pour ainsi dire, des mains la grâce qu'il lui demande (Exod. h\ii, 9 scq-.); en un mol, la foi peut tout, jusqu'à transporter les " ntagn.es (I Cor. sut, 2) ; et si ■■ éla est vrai

de la prière qui se fait parmi loi ténèbres de la foi, combien plus le sera-t-il de

celle qui c>t tonnée au milieu des lumières îles saints, et qui, partant de la sainte ardeur de la charité consommée) porte en elle-même le caractère de Dieu dont elle .;ouit. Ainsi les saints | cuvent tout : assit sur le trône de J<:stis-('lirist [Apoc, ii, 20; m, '21), selon sa promesse^ revêtus de sa puissance par l'union où ils sont avec lui; comme lui, ils gouvernent /<»• gentils, ri lis brisent arec un sceptre de fer. (Apoe. \i\, 15.) lin un uvA, il u'j a rien qu ils ne puissent, et l'Ecriture n'hésite point à leur attribuer en ce sons ihj qu'ailleurs elle attribuée Jésus-Christ même.

IV. — Que l'Ecriture parle comme, nous cf.; l'efficace de la prière, et que selon notre croyance, toute la force des saints est dans leurs prières.

Quand on attribue à la prière les effets do

la toute-puissance de Dieu, ce n'est pas la seulement un langage humain; c'est le langage du Saint-Esprit de l'Ecriture. Raconte» moi les miracles qu'a faits Elisée, disait un roi d'Israël à Ciezi (3412). En protestant lui dirait ici : Vous parlez mal. Ce n'est pas lui qui les a faits, c'est Dieu par lui et à sa prière.

Mais le leste sacré poursuit : et (iiezi lui raconta comment il arait ressuscité un mort. Dites toujours : ce n'était pas lui , c'était Dieu ; mais le Saint-Esprit continue : et. comme Giezi racontait ces choses, la femme dont il arait ressuscité le fils, vint tout à coup devant le roi, et Giezi s'écria : Seigneur , voilà la femme, et voilà le fds qu'Elisée a ressuscité. Tout le peuple de Dieu parlait ainsi, et l'on appelait cetle femme, la femme dont Elisée avait fait vivre le fils. (IV Reg. vin, 6.* Il ne l'avait pourtant fait que parses prières, et je ne crois pas qu'il fût plus puissant que. le Fils île Dieu, qui voulant ressusciter Lazare : Mon père, dit-il [Juan, xi, 41), je vou s rends grâces de ce que vous m'avez exaucé.

Il y a donc toujours une prière secièl" dans tous les miracles, et quoiqu'elle i.e soit lias toujours exprimée, il la faut sous-entendre, môme dans tous ceux qui se font par une espèce de commandement; puisque c'est toujours la foi et l'invocation du nom de Dieu qui fait tout. C'est pourquoi le roi de Svrie écrivait au roi d'Israël : Je vous ai envoyé Naaman,afin que vous le guérissiez de sa lèpre (IV Reg. v, 6); il voulait dire qu'il le fil guérir par Elisée. Ils entendaient pourtant bien qu'il ne le ferait que par sa prière, puisque Naaman dit ces paroles : Je pensais qu'il viendrait à moi, et que s'approilw-nt, il invoquerait le nom de s;n Dieu, et me toucherail de sa main, et me guérirait. (If Reg. v, 11.) Ainsi l'effet est attribué à celui qui prie et qui obtient; et si l'on n'exprime |as toujours la prière, c'est que !a chuse est si claire, qu'on la regarde comme toujours sous-entendue. L'Eglise dit tant de fois, dans ses. orai-ons, que ce qu'elle espère des saints, elle l'e-père par leur intercession 1 1 par leurs

(3iil) Decr, de invoc. sanciorum, etc., sess ■' '. loram IV Reg. \iu, i seq.

M95 ŒUVRES COMPLETES DE BOSSLE'i

prières, (ju'elle sait qu'il n'est pas possible

qu'on l'entende jamais autrement, ni qu'on

attende autre chose du secours des saints,

qu'unepuissanteintercessionauprèsdeDieu,

par Jésus-Christ. Il n'est pas toujours nécessaire d'exprimer dans les prières ce qu'on

sait déjà. Je vous prie, disait Elisée au prophète Elie (IV Reg. n, 9), que votre double

esprit soit en moi, ou que votre esprit soit en

moi avec abondance ; et Elie lui répondit :

Vous demandez une chose difficile, toutefois

si vous me voyez lorsque je serai élevé, cela sera; et il avait dit auparavant à Elisée :

Que voulez-vous que je vous fasse? comme tout éiant en sa main, parce qu'il est en celle do Dieu, qui ne refuse rien à ses amis. Ils ne

parlent (le Dieu ni l'un ni l'autre. En savaientils moins que c'était Dieu seul qui pouvait donner son esprit? A D eu ne plaise! il ne faut point abuser de ces façons de parler; mais aussi ne faut-il pas tomber dans la petitesse de croire qu'on déplaise à Dieu en sousentendant une chose claire, comme s'il ne voyait pas 1. s intentions ou qu'à l'exemple des ministres, il fut toujours attentif à épiloguersurles paroles. L'Eg'ise ne manque point de bien instruire le peuple que la puissance des saints est dans leurs prières. Ecoutez le concile (3413) : « Il faut enseigner avec soin que les saints prient, qu'il est bon de les appeler à son secours, pour nous obtenir les grâces de Dieu par Jésus-Christ ; qu'il est bon d'avoir recoui 'S à leurs prières, qu'il ne faut point assurer qu'ils ne prient | as pour nous, ni que ce soit une idolâtrie de leur demander qu'ils prient en particulier pour chacun de nous. » Voilà leur prière répétée cinq ou nxfois en dix lignes, afin que nous entendions que les saints, encore un coup, ne sont puissants qu'en priant pour nous.

Il n'y a aucun de nos catéchismes où il ne soit exprimé soigneusement que Dieu donne, et que les saints demandent. Si nous leur attribuons du pouvoir auprès de Dieu, c'est que Dieu qui leur inspire tout ce qu'ils demandent, ne leur peut rien refuser. Nous imputer une autre pensée et nous chicaner sur les mots, c'est faire le procès à l'Ecriture, où il est écrit tant de fois : Que l'aumône éteint le péché (Tob. xu, 9 et alibi passi ni) ; que la prière de la foi sauve le malade (Jac.x, 15), et cent autres choses semb'ables, et reprocher à Jésus-Christ môme qu'il n'a pas parlé correctement, quand il a dit : Guérissez les malades, purifiez les lépreux, ressuscitez les morts, chassez les démons; vous avez reçu gratuitement , donnez de même. (Matth. x, 8.)

V. — Prières de saint Augustin, de saint Basile et des autres saints aux saints martyrs. C'est en cette confiance que saint Augustin, un si sublime docteur, un théologien si exact, loue la prière d'une mère qui disait à ■vaint Etienne : « Saint martyr, rendex-moi

(5413) Decr. de im<oc. SS.. sess. 25.

(5414) Aie, serin, oïl, in ni!, mari De divers., t. V.

(ôil'6) Oral, in 40 mai .

mon fils, vous savez rourquoi je le pleure, et vous voyez qu'il ne me reste aueuue consolation (3414). » C'est qu'il était mort sans baptême. Saint Augustin toi s'avisa pas de chicaner cette femme sur ce qu'elle disait au martyr : Rendez-moi mon fils. 11 savait bien qu'elle n'ignorait pas à qui c'étaità le rendre, et à donner l'efficacité aux prières du saint martyr.' Saint Basile, demandant les prières des saints quarante martyrs, « notre défense et notre lefuge, teurs et les gardiens de tout le

lain (34-15). » Saint Grégoire.

es appelle les protecgenre huévêque de Nysse, son frère, prie saint Théodore « de regarder d'en haut la fête qui se célébrait en son honneur (3416). Nous croyons, » lui disait-il, « vous devoir le repos dont nous jouissons à présent; mais nous demandons la tranquillité de l'avenir. » Saint Aslère, évêque d'Amase, contemporain et digne disciple de saint Chrysostome, introduit dans son discours un fidèle qui prieainsi saint Phocas : «Vous qui avez souffert pour Jésus-Christ, priez pour nos souffrances et nos maladies; vous avez vous-même prié les martyrs avant que de l'être, alors vous avez trouvé en cherchant; maintenant qmï vous possédez, donnez-nous (3417). » Saint Grégoire de Nazianze a prié saint Cyprien et saint Athauase « de le regarder d'en haut, de gouverner ses discours et sa vie, de pallie avec lui son troupeau, de lui donner une connaissance plus parfaite de la Trinité, et enfui de le t:rer où ils étaient, de le mettre avec eux et avec leurs semblables (3418). » Les autres Pères ont parlé de même. Si ces grands saints ignoraient que Dieu donnait toutes choses, et croyaient les recevoir des saintes âmes autrement que par leurs prières, ils ne sont pas seulement, comme le veut le ministre, des Antechrists commencés, mais des Antechrists consommés, ou quelque chose de pire.

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