VIII. — Extravagances du ministre Jurieu
lorsqu'il dit qu'il est motus permis de prier
et d'honorer les saints dans la gloire, que
lorsqu'ils sont en cette vie.
Qui veut voir combien ce raisonnement
embarrasse les ministres n'a qu'à entendre
les extravagances où il jette M. Jurieu. Il
entreprend de prouver que la glorification
des bienheureux est un obstacle à cette
prière qu'on leur pourrait faire; et la raison
qu'il en apporte, est, dit-il, « qu'il serait
moins criminel d'invoquer un homme sur
la terre, que de l'aller chercher dans les
ci.eux. Sur la terre, un homme est loin de
Dieu; il est ou il paraît être quelque chose
étant seul; mais uni à Dieu, réuni à sa
source, comme un fleuve e;l uni à l'Océan
quand il s'j est jeté, il n'est plus rien, il est englouti et abîmé, pour ainsi dire, dans les r.u ons de la gloire de Dieu. (Quelle vision des'imaginorqu'un bienheureux, uni à Dieu, n*esl plus rien, qu'il n'agit plus et ne vit plus ! C'est du Dieu des Siamois que le mi nistre veut saas doute parler. Que si l'on dit que c'esl une exagération qui fait voir qu'à comparaison de la gloire immense de Dieu, celle de la créature doit être comptée pour rien, il faut donc avouei en même temps que le bienheureux, loin d'être effectivement anéanti et sans action dans ce glorieux étal, est au contraire d'autant plus, vit et agit d'autant plus, qu'il est plus intimement uni à la source de la vie et à la plénitude de l'être. S'imaginer maintenant qu'il n'est plus permis de l'honorer dans cet état, ce serait dire eu même temps qu'on ne le peut plus honorer ni glorifier, à cause qu'il est arrivé au comble de la gloire, ce qui serait la plus grossière de toutes les absurdités
IX. — Vain discours et absurdités du même ministre, lorsqu'il dit qu'il n'est pus permis d'honorer les saints devant Dieu.
Que veut donc dire ce vain discours de votre ministre : « On est obligé de s'abstenir de rendre tout hommage à un sujet en présence de sou souverain, et l'on ne sera pas obligé de s'abstenir de rendre un culte religieux à une créature devant le Créateur?» Quand on tient de pareils discours, où il n'y a qu'un son éclatant et des couleurs spécieuses, on montre bien qu'on ne veut qu'éblouir le monde. Car laissant à part l'équivoque du terme de religieux dont on parlera bientôt, demandez, mes frères, à votre ministre, s'il permet de louer et de glorifier les bienheureux esprits dans l'état de gloire où ils sont. Voilà donc cette espèce d'hommage, puisqu'il veut l'appeler ainsi ; et pour pailer plus correctement, voilà les justes louanges et la glorification rendue aux saints sous les veux de Dieu, sans qu'il s'en offense. Niera-t-on que les louanges soient un culte, et les louanges de Dieu la principale partie du culte divin? Donc les louanges des saints sont un honneur qu'on leur rend. On sait bien, et il ne faut pas se tourmenter à nous l'expliquer, qu'on ne les loue pas comme Dieu; mais entin en les louant on les honore. Le ministre nous dira, quand il lui plaira, si cet honneur qu'on leur rend, pour l'amour de Dieu, est religieux ou profane. En attendant, il est constant qu'on ne les regarde pas devant Dieu comme des riens, puisqu'on les loue à ses veux, et que c'est là proprement que nous les devons glorifier, puisque c'est ià que Dieu les glorifie.