PAR DFA>\ VÉRITÉS CATHOLIQUES TIRÉES DE SLS PROPRES PRINCIPES
De toutes les vertus chrétiennes, celle que Jésus-Christ a recommandée aux fidèles avec des paroles plus efficaces, c'est la paix et la charité fraternelle. C'est pourquoi étant prêt de sortir du monde, et disant, à ses disciples le dernier adieu: C'est ici, leur dit -il (Jo(in. xv, 12), mon commandement, quevous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Tout 1 Evangile de notre Sauveur est plein d'enseignements salutaires, que la sagesse éternelle du Père nous a bien voulu rapporter du ciel pour la sanctification de nos âmes. Toutefois cette même sagesse incréée, dont toutes les paroles sont esprit et vie, nous donnant le précepte de la charité : C'est ici, dit-elle (Joan. xiv, 3k, 35), mon commandement. En cela un reconnaîtra que vous êtes vraiment mes disciples, si vous avez une charité' sincère les uns pour les autres. Et pour nous exciter davantage, Jésus- Christ nous propose l'exemple admirable de cet amour intini qu'il a eu pour nous. Je veux, dit-il, que vous vous aimiez mutuellement, comme je vous ai aimés. Où il nous prescrit dan* les mêmes mots le principe et l'étendue tout ensemble de noire affection réciproque. Car de même qu'il nous a aimés en son Père, il veut que chacun aime son prochain en Dieu ; et de même qu'il nous a aimés jusqu'à donner volontairement tout sou sang pour nous, il veut que notre charité soit si forte, que nous ne craignions pas même d'exposer nos -vies pour le bieu et pour le salut de nos frères.
Cette vérité étant reçue par tous les fidèles, de quels supplices ne sont pas dignes ceux qui sèment la division dans l'Eglise, qui rompent ce divin nœud de la charité, par lequel nous sommes unis en Notre-Seigueur, et qui cherchent de faux prétextes pour animer les amis contre les amis, et les frères contre les frères ? Néanmoins il est lise de justifier que c'a été principalement par ce moyen-là que les sectes de ces derniers siècles ont séduit les âmes, et que Jeur maxime la plus commune a été de n'oublier aucun artifice qui pût rendre notre doctrine odieuse aux peuples.
Je me suis étonné plusieurs fois de celte orière que Luther fil publier contre les Turcs en l'an 15'+2. « Nous avons, » dit-il (1), « ô mon Dieu 1 péché contre vous. Mais vous savez,
ô Père céleste, que le diable, le Pape et le Turc n'ont aucun droit ni aucune rais n de nous tourmenter : car^nous n'avons rien commis contre eux; mais parce que nous professons hautement que vous, ô Père 1 et voire Fils Jésus-Christ Notre-Seigneur, et le Saint-Esprit êtes un Dieu éternel : c'est là notre péché, c'est tout notre crime, c'est pour cela qu'ils nous haïssent et nous persécutent; et si nous rejetions cette loi, nous n'aurions pas à craindre qu'ils nous affligeassent. »
Un esprit plus contentieux se rirait ici de la fol le déférence de ce grand prophète, qui, ce semble, ne dédaigne pas d'excuser les siens même auprès du diable, et de prendre Dieu à témoin que son capital ennemi n'a aucun sujet d'être offensé contre eux, ni de leur mal l'aire. A quoi on pourrait ajouter que ce n'était pas sans quelque raison qui 1 se plaignait de l'injustice du diable, .s'il persécutait ses disciples, pendant qu'ils travaillaient si soigneusement à étendre de plus en plus son empire, en divisant tous les jours, autant qu'ils pouvaient, le royaume de Jésus-Christ. Mais je ne m'arrête point à ces choses: ce qui me surprend le plus eu celte prière, c'est la fureur de cet hérésiarque, qui non content de mettre dans un même rang le diable, le Pape et le Turc, comme les trois plus grands ennemis du nom chiétien, ose dire qu'ils haïssent sa secte tous trois, parce qu'elle fait profession d'adorer le Père, et le Fils, et le saint-Esprit. Ainsi, quoique nous fassions résonner par toute la terre ce pieux cantique : Gloire suit au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, cet homme a l'assurance de publier à la face de tout le monde, que nous persécutons ses Eglises, parce que la Trinité y esthonorée ; et, dans cette injuste entreprise, il nous donne pour compagnons le diable et le Turc. Oui vit jamais une pareille impudence ?
Tel a été l'esprit de louie la nouvelle Réforme, qui a suivi les mouvements et les passions de celui qui l'a commencée. Tous ceux qui s'y sontattachés, éblouis de ce titiû superbe de réformateurs qu'ils avaient injustement usurpé, ont altéré par mille sortes de déguisements la doctrine de la sainte Eglise, pour donner lieu à leurs inveciives. Ils nous ont malicieusement imposé que
(1) Sceiban, l.b. I1V //is(.
nous ruinions l'adoration du seul Dieu, et cède salutaire confiance au soûl Jésus-Christ; ils nous ont t. ai tùs d'idolâtres et d'ennemis
jurés do l;i < roi\ ; ils ont dit que nous avions renversé les mérites du Fils de Dieu, pour substituer en leur place le mérite Itumain; ils ont tâché de persuader à tout l'univers que
la foi que nous professons ne tendait qu'à ravir à notre Sauveur la gloire de nous avoir rai helés; enfin, ils ont parlé et écrit de nous, comme si nous étions des infidèles.
Il y avait, ce semble, sujet d'espérer que iciie première chaleur, se modérant un peu par lu temps, ils jugeraient plus équitableinent de notre doctrine. Mais nous en perdons l'espérance, à moins que la main de Dieu n'agisse en leurs cœurs avec une efficace extraordinaire ; et, ce qui me confirme dans celte pensée, c'est la lecture d'un Catécbisme que le principal ministre de Metz a l'ait imprimer. J'avoue que je me suis étonné qu'un homme qui parait assez retenu, ait traité des matières de i ette importance avec si peu de sincérité, ou si pende connaissance de la doctrine qu'il entreprend de combattre. Quiconque sera un peu instruit de nos sentiments, verra d'abord qu'il nous attribue beaucoup d'erreurs que nous détestons : et si une personne que nos adversaires estiment si sage et si avisée, s'emporte à de telles extrémités, qu'ils nous pardonnent, si nous croyons que tel est sans doute l'esprit de la secte, qui ne pourrait subsister sans cet artifice.
Je veux qu'ils en soient eux-ruôines les juges. Où est-ce que le sieur Ferry a ouï dire que l'Eglise catholique donnât des adjoints à Jésus-Christ en la rédemption (2), et que ce fût là une des doctrines qu'il est ordonné de crohepour être sauvé (3) ? El néanmoins il assure ainsi en la réponse que fait l'enfant è la demande neuvième desou Catéchisme ; par où il veut persuader au peuple ignorant, que, selon la créance que nous embrassons, le sang de Jésus-Christ ne nous suffit pas. Mais ne sait-il pas bien en sa conscience que nous le reconnaissons pour Je seul Sauveur et l'unique Rédempteur de nos âmes; que nous croyons qu'il a payé surabondamment tout ce que nous devions à son Père justement irrité contre nous ; et que, bien loin de dire que sa mort ne nous est pas suffi-ante, nous confessons et nous enseignons, à la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu une seule goutte de son divin sang, voire même une seule larme, et uu seul soupir suffisait à racheter mille et mille mondes ?Je suis certain qu'il n'ignore pas que telle est la foi de toute l'Eglise; et, toutefois, il ose nous objecter que nous donnons des adjoints à notre Sauveur en la rédemption de notre nature.
11 dit avec une pareille infidélité que le Pape est reconnu parmi nous ekef et époux de l'Eglise sans c'ijard à Jesus-Ciiriit , ce sont