‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 65 sur 325 · I. REFUTATION DE PALI. FERRY · texte numérisé non relu

I. REFUTATION DE PALI. FERRY

ses paroles (4) , et Jésus-Christ mis ù {tari ri. exclu : comme si les catholiques donnaient nu Pape une puissante indépendante du Fils cfe Dieu même. Mais il sait bien que nous ne respectons son autorité, que parce que nous somm S persuadés que Jésus-Christ notre mailre la lui adonnée avec une étroite obligation de lui rendre compte de l'administration qui lui est commise. Est-ce ià reconnaître un chef sans égard à Jésus- Christ, comme il nous l'impose' (5) ? Nous croyons certes, plus fortement que nos adversaires , que Jésus n'a pas quitté son Eglise : et c'est pour cette seule raison que nous assurons sans douter qu'elle est infaillible, parce que son prince lui a promis qu'il serait perpétuellement avec elle. Combien donc est-il ridicule de nous reprocher que nous mettons Jésus-Christ à part, comme si nous l'avions oublié ! quelle patience faut-il avoir pour souffrir une calomnie du cette naturel Mais nous prions ce divin Sauveur, que l'on nous accuse d'exclure, qu'il lui plaise nous faire la grâce, que nous surmontions par la charité ceux qui inédiser.l de nous si injustement.

Le ministre s'est imaginé qu'il éblouirait les yeux des lecteurs par ces deux mots du cardinal Rellarmin, qu'il rapporte en marge, secluso Christo (fi) : où certainement il a fait paraître qu'il lit b;en négligemment les auteurs qu'il cite, pour ne pas diie qu'il les tronque frauduleusement. Car pour ce qui regarde le titre d'époux, qu'il dit que le cardinal donne au Pape, il n'y en a pas un mot en ce lieu. Et quant à ces paroles, secluso Christo, \\ n'est rien plus contraire à la vérité, que de les interpréter au sens du ministre, sans éijard à Jésus-Christ, et Jésus-Christ mis à pari et exclus. Qui pourra croire que ce grand cardinal ait eu une pensée si extravagante ; puisque la fin unique qu'il se propose dans tout le chapitre et dans tout le livre, c'est de montrer que l'autorité du Pape vient de Jésus-Christ ? Mais exposons nettement son intention. 11 parle de l'Eglise qui est en terre, qu'il considère comme séparée en quelque manière d'avec Jésus- Chris! son époux; parce qu'encore qu'il soit avec elle par sonSaint-Es^citj il ne l'honore pas de sa vue. Il dit donc que l'Eglise doit avoir un chef, même en considérant Jésus- Chiist comme séparé d'avec elle (c'est ce que signifient ces mois, stcluso Christo ) ; c'està-dire qu'elle doit avoir un chef, en la terre, outre Jésus-Christ qu'elle a dans le ciel. Qu'y a-t-il de sicriminel dans ce sentiment? Si le ministre ne veut pas comprendre quelle différence il y a entre établir un chef outre Jésus-Christ, et en établir un sans égard à lui, il faut nécessairement qu'il soit possédé d'un désir étrange de contredire. Je puis assurer sans difficulté, qu'outre le roi, qui est le chef souverain, il y a un autre chef en l'armée; mais je me rendrais criminel, si je-

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OLl'YKES COMPLF.TES D-. BOSSIET

reconnaissais un chef sans égard au roi ; et afin de prendre un exemple dans la matière dont nous parlons, si quelqu'un osait soutenir que l'Eglise chrétienne n'a point de pasteur, excepté Jésus-Chi isi , souverain pontife, nous nous garderions bien de répondre que l'Eglise a des pasteurs sans égard ii lui ; mais nous repartirons d'un commun accord qu'elle a des pasteurs subalternes, outre le Fils de Dieu, prince des pasteurs. Il y aurait beaucoup de malice à confondre ces deux façons de parler : celle-là donne l'exclusion, celle-ci explique la subordination. C'est en ce dernier sens que le cardinal Bellarmin enseigne que le Pape est chef île l'Eglise. Il n'exclut donc pas Jésus-Christ, Une met pas Jésus-Christ à part pour établir un chef sans égard à lui. Car l'autorité déléguée ne détruit pas l'autorité souveraine : <iu contraire, elle la suppose comme le fondement unique de sa dignité. Ainsi l'interprétation du ministre a fait un blasphème très-exécraUe d'une parole très-innocente.

Sans doute, il n'a pas encore assez entendu avec quelle simplicité la doctrine chrétienne doit être traitée. Le théologien sincère ne cherche point, dans les écrits qu'il combat, des paroles qu'il [misse détourner à un mauvais sens. Où il y va du salut des Ames, le moindre artifice lui parait un crime. Bien loin de condamner les expressions innocentes, il est prêt même d'excuser celles qui, pesées dans l'extrême rigueur, pourraient quelquefois sembler rudes : il adoucit les choses autant qu'il le peut; il aime mieux être indulgent qu'injuste; il estime une pareille infidélité de dissimuler sa propre créance et de déguiser celle de son adversaire ; parce que, si par la première on trahit sa religion et sa conscience, par l'autre on se déclare ennemi juré de la charité fraternelle, on aliène et on aigrit les esprits, on rend les dissensions irréconciliables.

Plût à Dieu que le catéchiste eût toujours eu devant les veux celte vérité ! Si nous n'eussions goûte sa doctrine, du moins nous eussions loué sa candeur ; et nous ne serions pas contraints de lui dire que dans la plus grande partie de ses citations, et dans les conclusions qu'il en tire, il semble qu'il ait plutôt lâché d'éblouir les simples que de satisfaire les doctes. Par exemple, voici un irait d'une merveilleuse subtilité. En la page 40 de son Catéchisme, voulant repousser contre nous le reproche que nous faisons à ses Eglises de leur nouveauté : « Quand nous nous disons, dit-il, de la religion réformée, ce n'est pas pour introduire une nouvelle religion, encore qu'il s'en introduit presque d'an en an quelqu'une en l'Eglise romaine. » La suite du discours demandait qu'il rapportât ici quelque nouveau dogme; mais ce n'est pas là son dessein. « Il s'introduit, -> dit-il « presque d'an en an quelque nouvelle religion dans l'Eglise romaine, puisque autant d'ordres y sont autant de nouvelles religions et de nouveaux religieux. » Ridicule imagination ! Toute içu's le ministre appréhende qu'on ne la

prenne pour une raillerie, el il la fait valoir sérieusement par l'autorité du Pape Innocent III et du concile général de Latran. dont il allègue le douzième chapitre. Qui ne croirait que la chose est très-importante? Mais considérons, je vous prie, ce' que dit ce sacré concile. Il appel le les nouveaux ordres monastiques de nouvelles religions; el de là, quelle conséquence ? Ces nouvelles sociétés ne font point des EJises nouvelles; ce n'est pas la singularité de créance, mais la profession d'une piété plus particulière, et un détachement plus entier du monde, qui leur donne le titre de religion ; et ainsi leur institution n'a rien de commun avec cette nouveauté de religion, dont il s'agit entre nous et nos adversaires, qui emporte un changement dans la foi. Cependant le sieur Ferry ne craint pas de confondre hardiment ces deux choses; et le pauvre peuple déçu applaudit à ces savantes observations. Je ne puis certes que je ne l'avertisse en ce lieu, que ces remarques, peu dignes de lui, ne répondent pas à l'opinion de science qu'il s'est acquise parmi les siens, ni à l'estime de modération qu'il avait même parmi les nôtres.

Mais écoulons encore un reproche, lequel s'il se trouvait véritable, nous serions justement réputés indignes de nous glorifier du nom de Chrétien. Le ministre rapporte que parmi nous, lorsque l'on console les agonisants, on leur demande s'ils ne croient pas que Noire-Seigneur Jésus-Christ a voulu mourir pour eux; et qu'autrement que par sa mort et passion, ils ne peuvent être sauvés. Et parce qu'il ne peut rien trouvera reprendre dans cette salutaire interrogation, il tâche du moins de persuader que nous ne le faisons pas rie bon cœur, tant il est véritable qu'une haine aveugle lui fait interpréter en un mauvais sens les pratiques les plus pieuses de la sainte Eglise. « Il semble, dit-il, que ceci ne soil ajouté que par manière d'acquit, ou comme par mégarde. »

Je demande ici à nos adversaires, qui sont si tendres et si délicats, et qui ne cessent presque jamais de se plaindre, que pouvaiton inventer contre nous, ni de plus faible, ni de plus faux, ni de plus injurieux à des Chrétiens? Car après avoir prêché en pleine audience, que si nous rendons grâces de notre salut à la passion de notre Sauveur, c'est par manière d'acquit, ou bien par mégarde; que reste t-il enfin à nous (lire, sinon que nous ne sommes pas Chrétiens, et que Jésus-Christ ne nous est plus rien? Mais laissons à part nos ressentiments, et sacrifions-les à notre grand Dieu. Avec quelles larmes déplorerons-nous la misère de tant de pauvres âmes séduites, qui sont aliénées, parcetartifice, de l'Eglise où leurs pères ont servi Dieu, et du vrai chemin de la vie? C'est ce qui me louche le cœuF jusqu'au vif; c'est ce qui me l'ait oublier ma propre faiblesse, pour exposer en toute simplicité à nos frères malheureusement abusés la véritable doctrine de la sainte Eglise, que

PART. X.TUEOL POLEMIQUE. - REFUTAI ION ML PAl'L FLIUlY.

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leuri ministres tâchent de leur rendre horrible.

Ainsi ce n'est pas mon dessein de réfuter ici, page à page, toutes les faussetés manifestes du Catéchisme du sieur Ferry ; premièrement, parce quo je vois qu'il avance beaucoup de choses sans preuve : il parcourt toute la controverse; il n'y a aucun point qu'il no touche, et n'allègue aucune raison que de deux ou trois; encore sontellos si peu pressantes que je ne juge pas nécessaire de les examiner si fort en détail, lit enfin, j'ai considéré que celle manière d'écrire contentieuse ne laisse pas toujours beaucoup d'édification aux pieux lecteurs, ni beaucoup d'éclaircissement à ceux qui recherchent la vérité. C'est pourquoi j'ai choisi seulement les deux propositions principales auxquelles tout ce Catéchisme rboutit, et avec l'assistance divine, je ferai connaître combien ellts sont éloignées do la vérité.

Ces deux propositions sont ; Que la réformation a été nécessaire, et : Qu'encore qu'avant la ri formation, on se pût sauver en la

communion de l'EglUt romaine, maintenant, après la réformation, on ne le peut plus. J'opposerai deux vérités catholiques a ces deux propositions du ministre, et je montrerai manifestement: Que la réformation, comme nos adversaires l'ont entreprise, est pernicieuse; et : Que si l'on s'est pu sauver en la communion de l'Eglise romaine avant leur information prétendue, il s'ensuit qu'on y peut encore faire son salut.

La première de ces vérités renverse leur religion par les fondements ; la seconde nous met à couvert contre leurs attaques. Nous les éclaircirons l'une et l'autre par les principes du ministre même : mais l'ordre et la suite du discours demande que jo commence par la dernière, et que j'établisse la sûreté de notre salut, avant que de laire voir à nos adversaires le péril certain dans lequel ils sont. Prouvons donc, par des raisons évidentes, que le Catéchisme nous a enseigné que nous pouvons obtenir la vie éternelle en la communion de l'Eglise romaine.

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