CHAPITRE PREMIER
Que selon le sentiment du ministre on pouvait se sauver en la communion et en la croyance de l'Eglise romaine, jusqu'à l'an 15V3.
Knrore que la Providence divine, par des jugements terribles mais très équitables, permette que la doctrine céleste soit en quelque sorte obscurcie par les hérétiques; néanmoins elle se réserve le droit de tirer, quand il lui plaît , de leur bourbe , des témoignages illustres de ses vérités. Les exemples en sont communs dans l'antiquité chrétienne; mais nous devons au grand Dieu vivant de sincères actions de grâces, de celui qu'il fait paraître à nos yeux. Enfin, les ministres de Metz prophétisent et nous donnent des arguments très-certains, par lesquels nous leur prouvons invinciblement, que l'on se peut sauver dans l'Eglise que leurs prédécesseurs ont abandonnée. Je conjure le lecteur chrétien de considérer attentivement de quelle sorte le sieur Ferry enseigne cette doctrine à son peuple.
(7) Paj?. 75.
Après avoir discouru de la réformatior.
de l'Eglise, il propose celte question en la demande xiu de son Catéchisme : Que croyez-vous donc de nos ancêtres qui sont morts dans la communion de l'Eglise romaine? A quoi il répond, en premier lieu, que les Juifs auraient pu faire la même question aux apôtres qui les invitaient à embrasser l'Evangile (T). Il est très-aisé de connaître que cette réponse n'est nullement à propos, parce, qu'il n'y a pas sujet de douter qu'avant la publication du saint Evangile on ait pu se sauver dans le judaïsme; et tout homme de bon sens jugera qu'il est ridicule de comparer le changement de religion qui est arrivé du temps des apôtres, avec celui que nos adversaires ont fait dans ces derniers siècles. Ceux-ci ont changé, comme chacun sait, la religion aue leurs pères avaient professée, parce qu'elle leur semblait corrompue, pleine de sacrilège et d'impiété. Or il est clair que ce n'est point pour cette raison que les saints disciples de Notre-Seigneur se sont retirés de la religion judaïque; mais sachant que la loi de Moiso n'élait qu'une ombre et une figure, ris l'oi.L
quittée de la même sorte que l'on fait laisser la grammaire à ceux que l'on avance aux sciences supérieures; si bien que cet exemple ne conclut rien en faveur île notre adversaire; aussi l'a-t-il touché légèrement, sans s'y être beaucoup arrêté, et après il passe a d'autres réponses qui semblent plus essentielles et plus sérieuses.
Il allègue donc deux raisons pour lesquelles il ne veut pas que l'on fasse le même jugement de ceux qui meurent en la com-
munion de l'Eglise romaine, et de ceux qui 1
sont morts en son unité avant la réforuoation prétendue (8). La première de ces raisons, c'est que l'ignorance, à ce qu'il estime , a rendu nos pères plus excusables; la seconde, c'est que l'Eglise romaine n'est plus la même qu'elle était alors. C'est ce que nous avons à considérer : mais auparavant, posons bien le sens et la doctrine du ministre.
Voyons, en premier lieu, jusqu'à quel temps il dit que l'on pouvait se sauver en la communion de l'Eglise romaine. Et premièrement, il est très-certain qu'il y comprend tout celui qui s'est écoulé avant les auteurs de sa secte : et ainsi Luther n'ayant commencé à fonder ses nouvelles Eglises qu'environ l'an 1521, il s'ensuit que, du consentement de notre adversaire, on pouvait se sauver parmi nous, dans toutes les années précédentes (9). Mais il passe encore plus loin : car décrivant au long la manière avec laquelle les curés de Metz exhortaient les agonisants, en l'an 1543, selon le manuel imprimé sous l'autorité du cardinal de Lorraine, qui régissait alors ce diocèse , il ne fait nulle difficulté d'avouerque l'on pouvait mourir, même en ce lem.j s-ïà, dans la communion de l'Eglise romaine, sans préjudice de son salut (10). Et enfin, voulant expliquer quand les choses ont commencé d'y être tellement renversées, qu'on ne peut plus y espérer la vie éternelle, il rapporte ce changement environ à la session iv du concile de 'trente, qui fut tenue l'an 15i6 (11), et veut faire cioto au peuple ignorant que, depuis cette session, et les Pères de ce concile, et les Papes, en exécutant ses décrets, ont introduit dans l'Eglise romaine une doctrine .^1 pernicieuse, qu'on ne peut plus y obtenir la couronne que Dieu a promise àses serviteurs.
De là il s'ensuit qu'avant ce temps-là, les fidèles se pouva.ent sauver en la créance de l'Eglise romaine : et certes, la question même, comme il la propose , ôte tout le doutequ'on pourrait avoir de son sentiment sur ce sujet- là. Car ce qu'il veut éclaircir principalement, c'est l'estime qu'il faut faire de ceux qui sont morts en la communion de l'Eglise romaine, avant la réformation. Qui dit commuiiio:', dit société de créance, d'autant ne le nccud le (lus ferme qui lie la communioo ecclésiastique, c'est la profession de la même foi. En effet, il n'est pas possible de
(8) |>ag. 7o et 76.