CHAPITRE DERNIER
Conclusion et sommaire de ce discours.
Eveillez-vous donc, nos chers frères, reconnaissez enfui que l'on vous abuse, et q«e l'on vous déguise notre doctrine, afin de vous la rendre Odieuse. Mais admirez que votro ministre, dans le temps qu'il déclame le plus contre nous, est tellement pressé en sa conscience, par la l'orée toute-puissante de la vérité, qu'il vous montre lui-même dans notre Eglise la sûreté infaillible de votre salut Vous en êtes bien peu soigneux, si vous ne considérez attentivement une vérité de cette importance. Elle vous paraîtra évidente si vous pesez sérieusement en vousmêmes les raisons que je vous ai proposées, et que je vous représenterai en peu de paroles pour vous en rafraîchir la mémoire.
Souffrez premièrement que je vous demande quel obstacle vous trouvez à notre salut. Vous direz que c'est la doctrine que nous professons ; mais ce n'est pas le sentiment de votre ministre. Car il vous a enseigné en ternies formels que nos ancêtres se pouvaient, sauver jusqu'à l'an loi3, en la communion tic l'Eglise romaine ; toutefois il n'ignore pas., et nous lui avuns prouvé assez clairement que la créance qu'ils professaient était entièrement conforme à la nôtre dans les points principaux de nos controverses.
La présence réelle du corps du Sauveur dans le sacrement de l'Eucharistie, la transsubstantiation et la Messe, la communion des laïques sous la seu'e espèce du pain, la vénération (tes images, la primauté du Pape elles indulgences, et les autres articles dont j'ai parlé, sont ceux que vous combattez avec plus d'ardeur : et néanmoins on ne peut nier, api es les raisons que j'en ai données, que nos pères ne les reçussent dans le temps auquel on vous a prêché qu'ils pouvaient obtenir la vie éternelle en l'unité de l'Eglise romaine.
Ils étaient si certainement établis, que tous ceux qui s'y opposaient étaient condamnés par l'autorité de l'Eglise, et que l'on exigeait d'eux sur tous ces articles une profession de foi spéciale, sans laquelle on les séparait de la communion ecclésiastique.
J'aurais pu produire en ce lieu plusieurs témoignages irréprochables ; mais le seul concile u"e Constance, achevé il y a plus de deux cents ans (45) , sulht pour confirmer cette vérité.
Les décisions de la foi, qui avaient été faites en ce saint concile, avaient la même autorité dans toute l'Eglise que celles du
concile de Trente y ont maintenant ; rt'oà il s'ensuit qu'il était impossible de vivre en In communion de l'Eglise romaine, sans noire ce qui avait été prononcé.
Aussi ceux qui ne voulaient pas s'y soumettre élevèrent dès ce temps-là aulel contre autel; ils se firent des Eglises nouvelles et séparées, comme les hussites, les picards et les autres sectes de la Rohfime.
En ell'et, il n'est pas concevable qu'on demeure en la communion d'une Eglise, sans tenir la doctrine qu'elle professe, sans participer ;i ses sacrements et au service par lequel elle adore Dieu.
Il faudrait être bien téméraire j>our nier que le service public «le l'Eglise, en l'an 15W, fût le sacrifice de nos autels, et que les sacrements s'y administrassent en la forme dont nous usons. Pour ce qui regarde la foi, l'Eglise ne pouvait nous la décimer d'une manière plus authentique et [dus solennelle, que par ses conciles universels.
Toutes ces choses n'empêchent pas que votre ministre n'ait enseigné, dans son Catéchisme, que nos ancêtres se pouvaient sauver en la communion de l'Eglise romaine : nous disons que nous avons même droit, et nous attendons de tous les bons juges une sentence aussi favorable.
Je sais que votre catéchiste répond que l'ignorance de nos ancêtres a pu excuser leurs erreurs ; mais cela ne s'accorde pas avec les principes qu'on vous enseigne.
Vous ditesque nous sommes inexcusables, parce que nous résistons à la vérité, après que vous nous l'avez si bien enseignée. Voilà une grande accusation ; mais si vous la voulez soutenir, par quelle adresse défendrez-vous vos nouveaux frères les luthériens, à qui vous prêchez depuis plus d'un siècle la créance de vos Eglises touchant le sacrement de l'Eucharistie ?llsl'entendent, ils la rejettent, ils la condamnent, ils refusent la communion que vous leur offrez ; toutefois vous les avouez pour vos frères, et vous les admettez à la table, à laquelle vous ne devez recevoir que ceux que vous estimez vrais fidèles.
Vous serez contraints de répondre que la doctrine des luthériens ne détruit pas les fondements de la foi ; et c'est en effet pour cette raison que vous êtes unis avec eux, ainsi que nous l'avons montré clairement. Mais c'est par là que vous appuyez noire cause, et que vous la rendez infaillible.
Je demande si ce que nos pères croyaient de la sainte Messe, de l'administration do l'Eucharistie, de la transsubstantiation et des autres points, renversait les fondements de la foi.
Certes, si la doctrine de nos ancêtres eût détruit les fondements de la foi, il n'y aurait point eu de salut pour eux, et l'ignorance ne les aurait point excusés, comme votre catéchiste l'enseigne. Car nous convenons les uns les autres, que l'ignorance
(45) An. UI7.
ÛEdyhes COUPL. DE RoSSLi.T.