‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 78 sur 325 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Que l'Eglise catholique enseigne très-purement le mystère de la rédemption du yenre humain.

Premièrement, nous confessons tous que

par le péché d'Adam, notre premier père.

toute sa race a été perdue; si bien que tout (48) la me non liabet quidqunm, [Jouit, xiv, Z'> .)

le genre humain était condamné par une juste cl inévitable sentence, à cause du péché d'origine |>ar lequel nous naissons tous ennemis de Dieu.

Nulle créature vivante, ni parmi les hommes, ni parmi les anges, de quelque don naturel, ou surnaturel que nous la figurions embellie, n'était capable de payer pour nous ce que nous devions à la justice de Dieu, ni de réparer l'injure infinie que mous avions faite à sa majesté. Tellement qu'il ne restait autre chose sinon que Dieu réparât lui-même l'injustice de notre crime par la justico de notre peine, et satisfit à sa juste vengeance par notre juste punition.

Toutefois un conseil de miséricorde rétablit nos affaires désespérées : le Eils de Dieu égal à son Père se présenta volontairement pour être la victime du monde, pour satisfaire à la justice implacable, il «e destina dès l'éternité une chair humaine; cl empruntant la passibilïté qu'elle avait, lui donnant la dignité infinie qu'elle n'avait pas, il parut en terre au temps ordonné comme la digne hostie de tous les pécheurs, c'est-à-dire de tous les hommes. Là se vit ce spectacle de charité ; un fils uniquement agréable qui se mettait à la place des ennemis, l'innocent, le juste, la sainteté même qui se chargeait des crimes des malfaiteurs, celui qui était infiniment riche qui se constituait caution pour les insolvables.

Là Satan avant mis la main sur celui qui ne devait rien à la mort, parce qu'il était sans péché, Dieu renditee jugement mémorable, par lequol il fut arrêté que le diable, pour avoir pris l'innocent, sera.t contraint de lâcher les pécheurs. Il perdit les coupables qui étaient à lui, en voulant réduire sous sa puissance Jésus Christ , le juste dans lequel il n'y aveit rien qui lui appartînt (48).

De sorte qu'il n'y a plus de condamnation à ceux qui sont en Notre-Seigneur, d'autant

0E1.YRES COMPLETES DE BOSSl'ET.

i|iie par un seul sacrifice il a payé pour eux au delà de ce que l'on pouvait exiger. Non content d'avoir satisfait pour nous, s'étant ouvert les cieux par son sang, il est monté à la droite du Père pour y faire la fonction de notre pontife; et non-seulement de notre pontife, mais encore de notre avocat.

Je trouve en celte qualité d'avocat une force particulière qui relève merveilleusement notre confiance. Car si l'ambassadeur négocie, si le pontife et le sacrificateur intercèdent, l'avorat presse, sollicite et convainc : le pontife demande miséricorde, et l'avocat demande justice, le pontife prie, et l'avocat prouve.

Voici l'éloquent plaidoyer de notre miséricordieux avocat. O mon Père ! que demandez-vous aux mortels? lis étaient vos débiteurs, je l'avoue; mais moi. qui ne dois rien à votre justice, j'ai rendu toute leur delte mienne, et je l'ai entièrement acquittée. Tous les hommes vous étaient dus pour être immolés à votre juste et rigoureuse vengeance; mais une victime de ma dignité le peut-elle pas remplir justement la place même d'une infinité de pécheurs? Que demande donc votre justice offeniée? Veut-elle voir le juste à ses pieds, pour mériter le pardon des coupables? Je me suis abaissé devant elle jusqu'à la mort de la croix. Là il montre les cicatrices sacrées des bienheureuses blessures qui nous ont guéris; et le Père se ressouvenant de l'obéissance de ce cher Fils s'attendrit sur lui, et pour l'amour •Je lui regarde le genre humain en pitié.

C'est ainsi que plaide notre avocat, concluant par de vives raisons que Dieu ne peut plus condamner les hommes qui rechercheront la grâce en son nom. C'est pourquoi l'apôtre saint Jean parle ainsi : Si quelqu'un pèche, nous avons un avocat près du Père, Jésus-Christ le juste; et c'est lui qui est propitiation pour nos péchés. (I Joan. u, 1, 2.)

Nous convenons donc déjà de ces fondements : que Jésus-Christ s'est donné pour nous; que le Père ne nous gratifie qu'à cause de lui ; que lui seul pouvait satisf ,ire pour nos péchés; et que son oblalion volontaire étant d'une valeur infinie, il a satisfait pour nous sui abondamment. Confesser 'ette sainte doctrine , n'est-ce pas déclarer Hautement que l'on a toute son espérance en Jésus-Christ seul ? Ainsi nous ne disputons pas louchant le bienfait, toute notre controverse consiste à savoir de quelle sorte il nous est appliqué par la grâce de la justification.

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