‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 82 sur 325 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ce que c est que la justification du pécheur, selon la doctrine de l'Eglise, qui est éclaircie par les Ecritures.

La foi de l'Eglise consiste en trois points. Premièrement, elle ne peut croire que nos péchés demeurent en nous après que nous sommes lavés au sang de l'Agneau. C'est pourquoi, en second lieu, elle estime que Dieu nous justifie par le Saint-Esprit, selon ce que dit l'Apôtre saint Paul, qu'il nous a sauvés parle lavement de. régénération et renouvellement du Saint-Esprit qu'il a répandu sur nous abondamment par Jésus -Christ. (Tit. ui, o, C.) Elle enseigne que cet Esprit lave nos taches comme une eau divine, et consume nos ordures comme un feu céleste; et de plus, qu'étant la sainteté même, non content de nettoyer nos péchés, il répand en nous la justice. D'où elle conclut enfin, en troisième lieu, (pie Dieu justifie les hommes pécheurs, en leur rendant le don de justice, comme dit l'Apôtre : De même que par le péché d'un seul la mort a, régné, beaucoup plus ceux qui reçoivent l'abondance de grâce et du don de justice régneront en tu rie par un seul Jésus-Christ. ( Rom. r, 17. ) Ainsi, la justification, selon nous, n'est pas seulement un acte déjuge par lequel Dieu nous renvoie absous ; c est une action de Créateur et de Tout-Puissant, par laquelle, opérant en nos cœurs, il nous fait agréables à sa majesté, en nous communiquant la justice que son Fils notre Sauveur nous a méritée.

Commençons à faire entendre celte vérité par un principe dont notre adversaire convient avec nous sans s'être aperçu de la conséquence, il reconnaît, au livre de son Désespoir, que la grâce qui nous justifie lave les péchés, et que ce lave/vert, c'est lajusti-

:.. PART. V TIIEOL, l'Ol.l \lloiï.-l. REFUTATION DE PAUL IT.ltltY. 2Hi

fh'iiiun mime (57). Qu'il recherche donc dans tout enlière. Que s'ils les avaient bien exaes Eoritures comme Dieu nous lave, et il rainés, au lieu de quelques, passages de l'Ere na comme il justifie, criture qui disent que nos péchés sont edu-

Ecoutons le divin Psalmisle dans les gé- verts, ils auraient trouvé les livres sacrés

missemenls île sa pénitence : Vous me lave- pleins de textes qui LémQignent qu'ils ne

r,:, dit-il ïl'snl. Lf 9), à Seigneur, et je se- sont plus. Ils auraient entendu David qui

rai blanchi par dessus la neige. Que signilio publie qu'autant que le Levant est loin du

celte blancheur, sinon l'abondance du don île Couchant, mitant bien éloigne de nous nos

justice ( Rom. v, 17 ) qui rend nos Aines iniquités. [Psal. en, 12.) Le prophète Micliéo

tout éclatantes; il 'où il résulte clairement leur aurait appris que Dieu jette nos péchés

que Dieu lave, et ensuite ipi'il justifie par au fond de la mer. ( Mich. vu, t'J.) Ils au-

I infusion de la grâce? raient oui la voix de Dieu même parlant en

Mais expliquons plus amplement*, par les son prophète Isaïe : C'est moi, c'est moi, dil-

Kcriturcs, les trois points que nous avons H ( isai. xlih, 25 ), qui efface les pèches à

proposés, qui renversent toute la doctrine cause de moi. Le Psalmislc les aurait encore

de- nos adversaires; et pour nous acquitter assurés que si Dieu le lave, il sera blanchi

de notre promesse, montrons dans la suite comme neige. (Psal i, 5.) Enfin tout le Nou-

du même discours, et la gloire du Fils de veau Testament leur aurait prêché que nos

Dieu ttès-bien établie dans la créance que péchés sont lavés ait sang de. l'Agneau. [Apoc.

nous professons, et la témérité de nos ad- I, 5. ) Certes, nous ne pouvons pas faire

«ersaires qui l'accusent de nouveauté. celte injure a Dieu, que île croire que ce

Premièrement, nous disons ainsi. L'ac- qu'il éloigne, demeuie ; que ce qu'il ellace. lion par laquelle Dieu nous justifie ne peut soit encore en nous; que les ordures qu'il pas être simplement un acte déjuge; carie lave, ne soient point ôlées. El en elfet, lajuge, agissant seulement en juge, n'ôte pas ver nue ordure ce n'est point latcouvnr, le péché du coupable. Aussi est-ce un des mais la netlover : d'autant plus que Dieu y principes de nos adversaires, que les péchés emploie, non le sang des taureaux et des demeurent en nous lors même que nous houes, mais le sang innocent de son propre sommes justifiés (58). Toutefois nous appre- Fils, lequel étant infiniment pur, ncttotc nous par les Ecritures que Dieu Ole les pé- notre conscience des œuvres de mort, comme chés en justifiant. Donc la justification du l'Apôtre saint Paul l'enseigne aux Hébreux. pécheur n'est pas seulement un acte de juge. (tleb. ix, 14.) Ainsi, qui pèsera bien .ces pas- Toute la force de ce raisonnement consiste en sages, il dira que, selon la sainte Ecriture, ce point, que Dieu en justifiant ôte les péchés, Dieu pardonne les péchés en les détruisant; qui est le premier que nous devons éelaircir. qu'il ne les impute point, parce qu'il les

Pour entendre solidement cette vérité, lave; qu'il les couvre, à cause qu'en les cf-

observons que la rémission des péchés est laçant, il fait qu'ils ne paraissent plus a sa

L'un des premiers articles de l'alliance que vue, c'est-à-dire qu'ils ne sont plus.

Dieu a contractée aveu nous par Notre-Sei- De là vient que saint Augustin, répondant

gneur Jésus-Christ. C'est pourquoi TEcri- aux pélagiens qui lui objectaient que le

lure divine nous exprime cette grâce en baptême, selon sa doctrine, né donnait pus la

plusieurs laçons, afin qu'elle entre en nos remission de tous les pèches, et qu'il ne les

cœurs plus profondément. Elle dit que Dieu ôtait pus, /nuis qu'il les rusait, comme on

oulilie les péchés, qu'il ne les impute point, rase les cheveux, disaient-ils, dont la racine

qu'il les couvre ; elle dit aussi qu'il les lave demeure en la tète, soutient qu'il n'y a «que

et qu'il les ellace, qu'il les éloigne de nous les infidèles qui osent assurer une ,lelle

et qu'il les détruit. lit encore que toutes ces chose, et nier que le baptême ôte les péchés

laçons de parler. nous expriment la remis- (39). » El encore qu'il soit- celui de tous les

sion des péchés ; les unes signifient ce bien- docteurs qui a sans doute le mieux entendu

fait (dus parfaitement que les autres : telle- les langueurs et les maladies de notre na-

mentque, pour en comprendre louie l'éten- ture, ensuite du principe qu'il a posé, que

due, il faut nécessairement le considérer la grâce du baptême ùte les fléchés, il parle

dans tous les passages conférés ensemble, et ainsi de la convoitise, combattant d'une

non pas en chacun d'eux [iris séparément. . même force les hérétiques pélagiens et les

Ce principe si certain, si indubitable, dé- calvinistes : « Bien qu'elle soit nommée pé-

couvre le mauvais procédé de nos adversai- ché, ce n'est pas, dit-il, quelle soit péché:

res. Car d'autant qu'ils voient en quelques mais elle e.-t ainsi appelée, parce qu'elle est

endroits que la rémission nous est piopo- faite par le péché; comme en voyant l'écri-

sée, en ce que nos péchés sont couverts, et ture d'un homme, on l'appelle "souvent sa

ne nous sont pas imputés; ils s'arrêtent à main, parce que c'est la main qui l'a faite

cette seule façon de parler, à laquelle il t'ai- (60). » Et ce grand homme passe si avant,

lait joindre les autres pour avoir la définition qu'il ne veut (tas même que la convoitise

(37) Désesp. de la Trait., c. G. atlïcmei ? Dicimus ergo bapttsma dare omnium

(38) L'Apôtre ilii que nous sommes lavés ilrs iiidiilgenliam percaloruin, et auferre erirnina , non péchés , en lani qu'ils ne sont point imputés; et radere. (Cont. rtva$ Episl. Pelag., lib. i, cap. lô , nous savons que ce qui ne nous est point impiué h. -J.n, l \.

ne. laisse point d'être en nous. (Fkrrv, Désesp. de (60) Etiamsi vocaïur peccatum; non inique quia

lu Trad., cli. 0.) peccaltiin est, sed quia peceato facla esi . se voc:i-

PS9) Ouis hoc adverfcus Pela^ianos nisi hiliilelis tur;?icu( scripjurq cujusqjie inajms dicitur, rjuia

soit au nombre de ces péchés pour lesquels nous disons lous les jours : Remettez-nous nos dettes (Cl). Ce qui montre combien il est convaincu que la grâce justifiante ôte les péchés. Car c'est en conséquence de cette doctrine qu'il enseigne positivement que la convoitise n'est pas un péché dan-; les baptisés; parce que, si elle était un péché en eux, il s'ensuivrait que les péchés ne sont point ôtés, puisque la convoitise demeure. 11 me serait aisé de produire beaucoup d'autres passages de saint Augustin non moins formels ni moins décisifs : mais celui-ci doit suffire aux pieux lecteurs; d'autant plus que le sieur Ferry, au chapitre premier «le son Desespoir, bien qu'il combatte notre créance par l'autorité de saint Augustin, ne laisse, pas néanmoins de dire que, selon la doctrine de ce grand homme, « la convoitise n'est plus après le baptême, quant à la coulpe, quanta la condamnation, à l'imputation ; mais qu'elle est en effet. » D'où il s'ensuit manifestement que la convoitise n'ayant plus de coulpe, elle n'a plus aussi de péché; parce que le péché, comme chacun sait, consiste essentiellement en la coulpe.

CHAP1TKE V.

Que les péchés sont détruits dans (es justes bien qu'il n'y ail point de justes qui ne soient- pécheurs.

Je sais que nos adversaires seront étonnés de ce que l'Eglise catholique enseigne que Dieu ôte nos péchés quand il justilie, puisqu'elle confesse d'ailleurs qu'il n'y a aucun homme vivant qui ne soit pécheur, lis trouvent de la contrariété dans cette doctrine ; mais c'est ici qu'il faut leur faire paraître l'admirable économie de la grâce par laquelle nous sommes justifiés.

11 y a dans les saintes lettres une distinction de péchés très-considérable, qu'il est nécessaire que nous remarquions.

Le disciple bien-aimé prêche : Si quelqu'un dit qu'il ne pèche pas, il se trompe, et la vérité n'est pas eu lui. (/ Juan, i, S.) l'ai- conséquent il y a tles péchés dans lesquels peuvent tomber les plus justes, ut qui ne nous séparent pas d'avec Dieu.

Mais, d'autre part, l'Apôtre saint Paul parle de certains péchés capitaux donlil prononce la condamnation en ces termes : Ceux qui les feront, nous dit-il (/ Cor. vi, 9), ne posséderont pas le royaume de Dieu. Il y a donc de certains péchés qui rompent notre union avec Dieu, et nous ferment l'entrée du ciel.

Que les péchés de ce dernier genre soient entièrement effacés dans l'âme des justes, l'Apôtre le décide sans aucun doute. Car après avoir l'ait le dénombrement de ceux

îiiaims eam fecerit. (Coui. duos Epist. Pelag., lit», i, « a;>. 15, n. 27, etc.)

((il) Nec propler ipsani dicunl in oralione bapiizali : D'un. tle nobis, etc. (Ibid.)

((il) Qui uusericoi'dia Dei adjutus et graiia.se ab ris peccalis abslinuerit . qua? ciiain crimiiia vocantur, aique illa peccata, sine qnibus non hic vi-

qui n'ont point de part avec Dieu, des voleurs, des injustes, des impudiques, des ivrognes, des médisants et des autres, il ajoute incontinent ces paroles qu'il adresse aux fidèles Corinthiens : Quelques-uns de vous, dit-il (Ibid., 11), ont été cjs choses ; muis vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l'esprit de notre Dieu. Certes, lorsque saint Paul parle de la sorte, c'est de même que s'il disait : lous avez été ces choses, mais maintenant vous n'êtes plus tels. Ou, je demande à nos adversaires, est-ce que Dieu ne les réputé pas tels, ou bien qu'effectivement ils ne sont pas tels ? .Mais l'Apôtre en disant : Vous l'avez été, fait entendre assez clairement qu'ils ne le sont plus ? Vous avez été lavés, poursuit-il, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés. Donc, laver, sanctifier et justifier, ce n'est pas déclarer seulement que Dieu ne nous impute plus ce que nous éiions ; c'est faire que nous ne sommes plus ce que nous étions. Ce n'est pas prononcer seulement que nous ne seron? pas condamnés pour les crimes dont notre conscience est souillée ; c'est faire que notre conscience n'en soit plus souillée. Ce n'est pas seulement nous réputer nets, nous réputer saints, nous réputer justes; c'est nous faire nets, nous faire saints et nous faire justes.

Il est donc vrai, ce que dit l'Apôtre, que les injustes, les homicides et les adultères n'entrent pas au royaume de Dieu. Ce n'est pas que nous ne sachions que plusieurs y entrent qui avaient été homicides ; mais ils n'y entrent pas homicides. Ils ont été lavés, dit l'Apôtre, ils ont été sanctifiés et justifiés. Leur injustice ne se trouve plus, parce qu'elle a été effacée par un esprit infiniment saint, et par un sang infiniment pur.

Voilà ce que nous croyons de ces grands péchés qui ne peuvent être commis par les justes, sans leur faire perdre cette qualité. Pour les autres péchés, dont il est écrit (I Joan. t, H): Si quelqu'un dit qu'il ne pèche pas, il se trompe, (lui sont ceux que nous appelons véniels ; il est vrai que l'homme juste eu fait tous les jours, mais il n'est pas moins véritable qu'il peut en être purgé lous les jours, il y a de ces péchés, je ne le nie pas; mais il y a aussi le sang du Sauveur, il y a les sacrements de l'Eglise, cl le Saint-Esprit qui les lave. Il y a Tes gémissements de la pénitence, et le sacrificed'un cœur contrit, et le remède des aumônes, et la foi vivante, par laquelle Dieu purifie les cœurs, comme dit l'Apôtre saint Paul. (Aet. xv, 9.) C'est ce qu'enseigne admirablement le grand saint Augustin, dans cette savanlc é pître à Hilaire : « Celui, >< dit-il (61*), «qui, étant aidé par la divine miséricorde, s'abs-

viitir, mundare operibus misericordia; et piis oralionibus non neglexeril, merebitur bine nsire sinn peccato, quamvis cutn hic vivercl , liaboerK non nul la peccata : quia sicut isla non dcfueruiU , l'a eliam leniedia , cinibus purgarentur, allueruu . (\ic. epist. 89, mine IS7, u. 3, loin. H-

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