CHAPITRE VI
Que nous sommes justifiés par l'infusion du don de justice qui nous régénère en Notn- Seigneur. — Belle doctrine de l'Apôtre, très-bien entendue par saint Augustm.
De là naît une autre raison admirable, qui prouve le troisième point de notre créance ; c'est-à-dire que la justification du pécheur n'est pas seulement un acte de juge qui prononce et renvoie absous, mais une action do Créateur et de Tout-Puissant qui régénère et qui renouvelle : ce qui renversera par les fondements la vaine imagination des minisires, qui distinguent mal à propos la grâce qui nous régénère d'avec celle qui nous justifie.
C'est ici que nous devons expliquer quelle est celte justice que Dieu fait en nous, quand il nous justifie en Notre-Seigneur : et je ne vois rien de plus excellent pour le faire entendre que cette belle comparaison de l'Apôtre aux Romains, chap. v, par laquelle ce grand docteur des gentils nous montre que Jésus-Christ nous est pour le bien, ce qu'Adam nous a été pour le mal.
Si nous savons bien comprendre cette ressemblance, ou plutôt cette opposition merveilleuse entre le Fils de Dieu et Adam, nous trouverons qu'il n'y a rien de plus achevé; En Adam il y a le péché, en Jésus- Christ la justice parfaite; la rébellion en Adam, l'obéissance en Notre-Seigneur ; en Adam la concupiscence, en Jésus 18 plénitude du Saint-Esprit. En naissant d'Adam par la convoitise, nous contractons un péché véritable qui est actuellement en nos âmes; renaissant eu Jésus-Christ par l'Esprit de Dieu, nous recevons une véritable justice, qui n'est pas en nous moins réellement : si bien que la génération nous faisant pécheurs, la régénération nous fait justes. Et de même qu'il serait ridicule de vouloir distinguer l'action par laquelle nous sommes faits pécheurs en Adam, de celle par laquelle nous naissons de lui; il n'est pas moins éloigné de la vérité de croire que ce n'est pas la même action par laquelle Dieu nous régénère et nous justifie en son Fils : et puisque nous contractons le péché par le malheur de notre première naissance, il faut que la seconde nous en délivre. C'est elle, par conséquent, qui remet les crimes, c'est elle qui nous justifie en Notre-Seigneur, et ainsi, par celte doctrine tout apostolique, la vaine distinction des ministres s'en va en fumée.
Aussi l'Apôtre saint Paul montre bien que la justification du pécheur n'est pas seule-
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'fi,. Sci i. ■"•ô, 61 et ailleurs.
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nient un ncle de juge, par loquet Dieu déclare qu'il nous tient pour justes; nais que c'est une action véritable par laquelle Dieu nous fait justes. Car, poursuivant toujours son dessein d'opposer le second Adam au premier, de même, d t-il (Rom. v, 19), que par la désobéissance d'un seul plusieurs onl été constitués pécheurs ; aussi par l'obéissance d'un seul plusieurs seront constitués jus/es. Qu'est-ce à dire constitués pécheurs et constitués justes, sinon faits pécheurs et faits justes ? Où se tourneront ici les ministres avec leurs raffinements inutiles? Certes, c'est de la justification que l'Apôtre parle ; et il dit manifestement qu'elle nous fait justes. Peut-être répondront-ils qu'elle nous fait justes, non point par une justice qui soit en nous, mais par la justice de Jésus-Christ qui nous est niiséricordieusement imputée. Ce n'est pas ainsi, dit l'Apôtre: Plusieurs sont constitués justes, comme plusieurs ont été constitués pécheurs. .Maintenant que nos adversaires nous disent, si nous ne sommes pas pécheurs en Adam, a cause que naissant de lui, nous contractons un péché véritable par la tache originelle inhérente en nous? Donc c'est s'aveugler volontairement et s'obstiner contre la raison évidente, de ne voir pas que l'Apôtre saint Paul veut nous faire entendre en ce lieu, que nous sommes faits justes en Notre- Seigneur, non-seulement parce que sa juslice nous est imputée, mais parce que, par le Saint-Esprit, qui nous est donné, nous recevons une véritable justice inhérente réellement en nos .âmes.
De là vient que saint Augustin, qui a si bien pénétré le sens de l'Apôtre, enseigne constamment la même doctrine que nous avons ici expliquée. « La première nativité,» nous dit-il (6'i).« tient l'homme dans la damnation, et il n'y a que la seconde qui l'en exempte. » Et ailleurs : « Par la régénération, tous les péchés passés sont remis (65). » Si par cette régénération tous nos péchés passés sont remis, si c'est elle qui nous exempte de la damnation, il est clair que c'est elle qui nous justifie. Ce grand homme parle toujours de la même SMrte ; et il me serait aisé de produire une infinité de passages. Sans doute il n'a pas été assez clairvoyant pour voir cette distinction raffinée de nos théologiens réformés, entre la grâce qui nous régénère et celle qui nous justifie de nos crimes.
C'est pourquoi, en son Epître 23, il décrit la régénération par ces belles paroles : '< L'Esprit, opérant intérieurement le bienlait de la grâce, déliant le lien de la coulpe, réconciliant le bien de la nature, régénère
(64) lu damtialione Imminent prima naliviias lenel, imite ni.si seconda non libéral (Arc, lib. il, De pece. or'uj., cap. 40, n. 45, loin. X.
(05) Régénérât ione spiritiis inoilo lit ni peeeala oninia praierita remitlamur. llbid. , cap. 59, n. 44.)
(06) Spit-iiiis operaus inlrinsecus bénéficiant gvaliœ, solvcns vinculum culpx, reconcilians honum
régénérai lioniiiiem. (Ace, opisl. *1~<,