‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 92 sur 325 · ŒUVRES C0MP · texte numérisé non relu

ŒUVRES C0MP

seulement, mais il rend la vie éternelle aux mérites de cette vie; et il ne la rend pas seulement, mais il la rend comme chose due. Que les ministres murmurent tant qu'il leur plaira, qu"ils déclament contre les mérites, qu'ils disent que c'est l'orgueil qui les a produits : a Dieu ne plaise que nous croyions que les seuls calvinistes soient humbles, et que saint Augustin a été superbe ; qu'eux seuls établissent la grâce, cl que ce soit saint Augustin qui l'ait renversée. ; qu'eux seuls mettent leur confiance en notre Sauveur, et que saint Augustin ait perdu cette bienheureuse espérance !

Ce qui me semble ici plus remarquable, c'est que l'Eglise, toujours constante, n'a jamais vu les pélagiens s'élever contre la grâce de Dieu qu'elle ne les ait défaits par Tes mêmes armes. Car il y a près de douze cents ans que les restes de cette hérésie infectant la France , nos Pères assemblés à Orange les condamnèrent par ce beau chapitre (99-100) : « La récompense est due aux bonnes œuvres, si l'on en fait ; mais la grâce qui n'est point due, précède, afin qu'on les lasse. » Tant il est véritable que l'ancienne Eglise ne croyait pas assez honorer la grâce, si elle n'enseignait les mérites. Et, en elfet, on pourra connaître, par la suite de ce discours , qu'il n'y a rien qui relève plus le prix et la dignité de la grâce, que les mérites fidèlement expliqués selon les sentiments de l'Eglise.

Toutes ces choses bien considérées doivent faire comprendre à nos adversaires qu'il est impossible que cette doctrine n,e fût reçue très -constamment par toute l'Eglise*; puisque, ainsi que j'ai déjà observé, dans un temps où les hérétiques abusaient si arrogamment du mérite, elle se croit obligée de le soutenir en termes si clairs et si décisifs, d'où je tire deux conséquences notables contre le Catéchisme du sieur Ferry. Je dis, premièrement, qu'il a tort de rapporter l'établissement du mérite entre ces autres grands changements qu'il prétend avoir été faits a Trente (101). Il y a de l'infidélité ou de l'ignorance de vouloir faire passer pour nouveau ce qui a des fondements si certains dans l'antiquité, par le témoignage d'un si grand docteur, et par l'oracle d'un de nos conciles, approuvé universellement par toute l'Eglise. De là, eu second lieu, je conclus qu'il est ridicule de dire que le mérite des bonnes œuvres ruine cette confiance au Sauveur, sans laquelle il n'y a point de christianisme; puisqu'on ne peut sans une extrême impudence charger l'Eglise ancienne d'un crime si noir, et que le catéchiste confesse lui-même (102) qu'il n'y a rien dans la foi de saint Augustin qui détruise les vérités essentielles, et

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qui donne une juste cause de séparation.

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