‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 93 sur 325 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Que la doctrine du concile de Trente, touchant

le mérite des bonnet) œuvres, honore la grâce

de Je'sus-Christ , et nous apprend à nous

confier en lui seul.

Je sais bien que nos adversaires pour se défendre de ces autorités anciennes qui accablent leur nouveauté, ne manqueront pas de nous repartir que nous prêchons le mérite en un autre sens que les premiers docleurs orthodoxes. Mais l'explication de notre créance fera voir que le môme esprit qui a si bien éclairé les Pères, a présidé au concile de Trente.

Certes, le mérite que nous enseignons, n'est pas ce mérite superbe, par lequel les pélagiens flattaient l'amour-propre J c'est un mérite soumis et respectueux, qui ne prétend qu'encourager l'homme, et honorer la grâce de Dieu.

Pour établir le mérite des bonnes œuvres, il faut que ces trois choses concourent : la coopération du libre arbitre, la vérité de notre justice par la grâce de Jésus-Christ, la vie éternelle proposée aux œuvres comme leur couronne et leur récompense.

Premièrement, nous croyons ci! l'homme le libre arbitre de la volonté, par lequel il peut choisir le bien et le mal. Notre foi est si clairement fondée sur les Ecritures , qu'il est imj o-sible de la contredire. J'appelle à témoin le ciel et la terre, disait Moïse aux Israélites [Deut. xxx, 19), que je vous ai proposé la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisissez donc la vie, afin que vous viviez. De là vient que l'antiquité chrétienne a cru d'un consentement unanime le libre arbitre de nos volontés, sans que personne s'y soit opposé que les hérétiques : tellement que les sectateurs de Pelage objectant à saint Augusjin que la doctrine catholique détruisait le libre arbitre de l'homme, il défend l'Eglise contre ce reproche, et déclare hautement à ces hérétiques, que « Dieu a révélé par les Ecritures, qu'il y a dans l'homme le libre arbitre de sa volonté (103). » Et, voulant expliquer ailleurs quelle est la fonction de ce libre arbitre : « C'est à la propre volonté, » dit-il (104), « de consentir ou de résistera la vocation divine. » Il a fait des livres entiers sur celle matière.

De cette doctrine du libre arbitre suit notre coopération avec la grâce, suivant cette parole du saint Apôtre : Opérez votre salut avec crainte et tremblement ; car Dieu opère en vous le vouloir et le faire (Philip, n, 12, 13); où saint Paul ordonne que nous fassions ce qu'il dit que Dieu fait en nous ; et c'est pourquoi il parle ainsi de lui-même :

(99-100) Debetur merces bonis operibus, si fiant ; sed gralia, quse non debetur, precedit ut fiant. (Conc. Aruns. H, c. 1S; Labb., loni. IV, col. lu'70.)

(iOô) Revelavit nobis (Deùs) per Script u ras suas

sanclas, esse in bouline liberum volunlalis arbiliium. (Auc, Oc grat. el tib. urb. , c. 2, n. 2, luiii. X.)

(104) Consenlire aulem vocalioni Dei, vel al> ea dissentire propriœ voliiulatis est. [be spir. »t lin., c. 34, n. 60, torh. X.)

ï::> I'aiit. \. niEUL. rou.uioi i;. -

l i pai mai, mais l<i grùee <// Dieu m te moi

l Cor. tv, 10 ; c'est-à-dire, selon l'interpré-

i.iiion de saint Augustin : « Ce o'esl pas la

grâce de Dion toute seule, ce n'est pas aussi

lui tout seul, mais la grâce île Dieu avec

lui (105). »

I.a seconde i-liose qui e~t nécessaire pour les mérites, c'est la sainteté et la justice des bonnes œuvres, que nous avons Irès-solideinenl établie sur cette vérité catholique, qui nous enseigne que nos. bonnes oauvres sont des mivrages du Saint-Esprit, et qu'elles naissent de l'influence continuelle <le Notre-Seigneur Jésus-Christ sur les fidèles, qui sont ses membres.

Je sais que les ministres semblent distinguer ce que nous faisons dans les lionnes œuvres d'avec ce que le Saint-Esprit \ opère; mais c'est parler ouvertement contre l'Ecriture. Car il n'y a rien él;\n< les bonnes œuvres qui soit plus à nous que notre vouloir; et c'est là | roprement ce que nous faisons. Toutefois c'est notre vouloir .pic le Saint- Espril s'attribue : Dieu, dit-il Philip, n, 13), opère en nous le vouloir. Par où nous voyons sans obscurité que Dieu agit tellement en nous, que ce que nous faisons de bien, c'est lui (jui le fait, et que ce qu'il fait de lion en nos œuvres, c'est nous-mêmes qui le faisons par sa grâce; et ainsi se justifie très-parfaitement >e que nous avons cité de l'Apôtre : Aon pas moi, mais la grâce de Dieu avec moi. Ce qui nous montre de quelle justice les bonnes œuvresdes saints doivent être ornées, puisqu'elles tirent leur origine de celui qui est la sainteté môme et la source de toute justice.

Outre la coopération de nos volontés, et la justice de nos bonnes œuvres, le mérite demande encore que la vie éternelle leur soit proposée comme leur couronne et leur récompense ; et c'est ce que toute l'Ecriture nous prêche. Car je n'y vois rien de plus communque cette sentence, que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. Mais parce que c'est ici le point principal, il est absolument nécessaire que nous l'examinions davantage. Nous en trouverons l'éclaircissement au chapitre xxv de saint Matthieu, dans lequel le jugement est dépeint avec de si vives couleurs.

Nous posons comme une maxime certaine.

que non-seulement la punition des péchés, mais encore la distribution des couronnes nous est représentée dans les Ecritures comme une ai lion de justice. C'est pourquoi dans l'une et dans l'autre de ces actions, Jésus-Glirist notre Sauveur paraît connue juge; par conséquent il y fait justice, et ainsi ces deux actions appartiennent à la justice.

De là vient qu'en toutes les deux on produit les pièces; et ces pièces ce sont les œuvres : pour cela les livres sont apportés et les consciences ouvertes par celle lu-

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