‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 95 sur 325 · I REFUTATION UK PAUL FERRY · texte numérisé non relu

I REFUTATION UK PAUL FERRY

entre le fondement et l'édifice, entre lo commencement et la perfection.

Nos adversaires ne nieront pas que l'ouvrage de notre régénération ne comprenne tous ces merveilleux changements qui se doivent faire en nous par l'Esprit de Dieu, depuis la grâce du saint baptême jusqu'à la glorieuse résurrection; car la fin de tout cet ouvrage, c'est de nous rendre semblables à notre Sauveur. C'est pourquoi le Saint-Esprit, répandu sur nous, opère continuellement en l'homme fidèle, y formant peu à peu Jésus-Christ. Il commence sur la terre, et il n'achève que dans le ciel; tellement que nous pouvons dire que la grâce qui agit en nous c'est la gloire commencée, et que la gloire, c'est la grâce consommée. De là vient que le Fils de Dieu nous promet une eau qui jaillit à la vie éternelle (Joan. iv, 14); c'est l'a grâce qui tend à la gloire, et qui venant du ciel va chercher sa perfection clans le ciel.

Davantage : les vertus divines que lo Saint-Esprit fait en nous, comme lafoi, l'espérance et la chanté, s'attachent à Dieu d'une telle ardeur qu'elles ne peuvent goûter que lui seul; il les a faites d'une nature si noblo et d'une si vaste capacité, qu'il ne lui est pas possible de les satisfaire, à moins qu'il ne se donne lui-même.

Ces vérités étant supposées, dire que Dieu doit la vie éternelle aux œuvres qu'il produit en nous par la grâce , c'est dire qu'il se doit cela à lui-même, d'accomplir l'ouvrage qu'il a commencé, d'achever le merveilleux édifice dont il a posé les fondements, de contenter les désirs qu'il a inspirés, et de rassasier une avidité qu'il a faite; est-il rien de plus digne de sa sagesse?

Enfin, il y a grande différence de considérer l'homme en qualité d'homme, et l'homme comme membre de Jésus-Christ. Car lorsque les fidèles agissent comme membres de Jésus-Christ, leurs actions appartiennent à Jésus-Chrisl même (109), parce qu'elles viennent de la vertu qu'il répand en eux, c'est-à-dire de son Esprit, qui les prévient, qui les suit, qui les accompagne, qui fait qu'elles sont actions divines et desquelles, par conséquent, la dignité ne peut être assez exprimée.

On peut comprendre par ces principes tout ce que nous croyons du mérite. Il faut premièrement poser l'action, c'est-à-dire l'opération libre de nos volontés après que la grâce les a délivrées: secondement, la dignité de l'action qui vient toute de Jésus- Christ, comme nous l'avons assez expliqué; et enfin la promesse divine sur laquelle est appuyée notre confiance : parce que le véritable'fidèle ayant persévéré jusqu'à la fin dans la foi qui agit par la charité, et ayant parce moyeu accompli la loi selon la mesure de celte vie, à la manière que nous avons

(10S) Bene operanliuiis usque aj linem , el in Dei promissione bonis ipsnrum opeiUius, el meril'.s

Du speranlibus , propouenda est vila aeicrna , et fideiiter reddencla, »§».'ss. G, cap. lii.) lanquaiii gratis liliis bei per Jusuiu Clnislum mi- iln'.it Conc. Tiid., sess. t>, •■. tti»

sericordil«i' promissa, et t.miin.iiii inertes ex ipsius

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posée, peut «lire qu'en vertu de celte KiOmesse il a droit sur l'héritage céleste. C'est ce que nos théologiens appellent mérite de cohdignilé. Je ne pense pas que nos adversaires trouvent rien à reprendre en la chose : et il n'est pas bienséant à des Chrétiens de se débattre pour des paroles, et moins encore pour celle -ci, dont le concile de Trente ne se sert pas, et qui n'est usitée en l'Ecole que pour exprimer avec plus de force la valeur et la dignité que le mérite de Jésus-Christ donne aux bonnes œuvres.

Cette doctrine fait bien entendre ce que saint Augustin nous a enseigné par l'autorité des lettres sacrées, que la vie éternelle est donnée aux œuvres, et néanmoins qu'elle ne laisse pas d'être grâce. Elle est donnée aux œuvres, parce que Dieu rendra h chacun selon ses œuvres. (Apoc.xwi, 12.) Et cependant il est certain que. c'est une grâce, parce qu elle nous est promise par grâce; elle nous e>t préparée dès l'éternité par la grâce de celui qui nous a choisis en Jésus-Christ, afin que nous fussions saints. (Ephes. i, 4.) Les lionnes œuvres qui nous l'acquièrent ne sont point en nous comme par nous-mêmes, mais nous y sommes créés par la grâce [Ephes. il. 10), qui opère en nous le vouloir et le faire (Philip, ii, 13) ; et si nous persistons jusqu'à la fin, c'est par ce don spécial de persévérance, qui est le plus grand bienfait de la grâce: si bien qu'il ne reste plus autre chose h l'homme sinon de se glorifier en Noire- Seigneur, qui donne la vie éternelle aux mérites ; mais qui donne gratuitement les mérites, selon ce que dit le concile de Trente : que les mérites sont des dons de Dieu.

Ainsi, comme remarque saint Augustin, qui finira cette question après l'avoir si bien commencée, tous les desseins de la Providence -:c rapportent à ces trois choses : Car, ou Dieu rend le mal pour le ma!, ou il rend le bien pour le mal, ou il rend le bien pour le bien. Il rend le mal pour le mal, le supplice pour le péché, parce qu'il est juste; il rend le bien pour le mal, la grâce pour l'injustice, parce qu'il est bon; enfin, il rend le bien pour le bien, la gloire éternelle pour la bonne vie, parce qu'il est jusle et bon tout ensemble (110. C'est pourquoi nous disons avec le Psalmiste : O Seigneur ! je vous chanterai miséricorde et jugement (Psal. c, 1), parce que tous les ouvrages de Dieu sont compris sous la miséricorde et sous la justice. La condamnation des méchants est une action de. pure justice; la justification des pécheurs est une pure miséricorde; le couronnement des saints est une miséricorde mêlée de justice, avec un si jusle tempérament que l'une ne diminue point la gloire de l'autre, la justice nous étant proposée pour nous relever le courage, et la

sainte miséricorde pour fonder solidement notre humilité.

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