CHAPITRE PREMIER
Que , selon les principes du ministre, les premiers auteurs de la reformation prétendue sont des schismatiques ; qu'il se contredit lui-même quand il enseigne que du temps de ses pères l'Eglise romaine était la Babylone de l'Apocalypse.
Jusqu'ici notre innocence s'est défendue contre les accusations du ministre; nous devions cette juste défense à la sainteté de l'Eglise, qui était ailaquée par ses calomnies. Maintenant la charité nous oblige de faire connaître à nos adversaires le péril évident de leurs âmes; et combien leur perte est inévitable, s'ils ne retournent en la communion de l'Eglise en laquelle leurs Itères ont été sauvés, et qui est toujours prête à les recevoir avec des entrailles de mère.
Pour expliquer mon raisonnement avec ordre, je pose ces trois maximes fondamentales. Premièrement, je dis qu'il est impossible de faire son salut dans le schisme; car nous entendons par le mot de schisme une injuste séparation. Or cette injuste séparation est incompatible avec la charité fra-
ternelle : par conséquent tous ceux qui sont dans le schisme tombent en cette juste malédiction que l'apôtre saint Jean prononce: Celui qui n'aime pas son frère demeure en la mort. Tout homme qui hait son frère est homicide. (1 Joan. ni, 14, 16.)
Secondement, il est assuré que jamais il ne peut être permis de se séparer de la vraie Eglise, et bien moins quand elle sera reconnue pour telle; parce que l'Eglise étant le lieu d'unité, tous ceux qui se retirent de la vraie Eglise, violent visiblement le sacré lien de la fraternité chrétienne.
Je pose pour troisième maxime, qu'une Eglise demeure toujours véritable Eglise, tant qu'elle peut engendrer des enfants au ciel ; car il n'appartient ou'à la vraie Eglise de donner des frères à Jésus-Christ, et des héritiers au Père céleste. L'Eglise ne eonr-oit que de son Epoux, qui la rend féconde par son Esprit-Saint ; et ainsi tant qu'elle engendre des enfants à Dieu, elle est pleine du Saint-Esprit, Jésus-Christ la traite toujours en Epouse : elle est donc par conséquent véritable Eglise.
Ces vérités étant supposées, je soutiens.
ŒUVRES COMPLL
.ne nos adversaires ne peuvent excuser leur séparation, et que les principes qu ils nous accordent montrent que les premiers auteurs de leur secte n'ont pas été des réformateurs, mais de très-dangereux schismaliques, qui se sont séparés de la vraie Eglise. C'est ce qu'il m'est aisé de prouver par ce raisonnement invincible.
Le ministre est convenu avec nous que jusqu'à l'an 15i3 on pouvait obtenir la vie éternelle en la communion de l Eglise romaine (123); elle était donc encore véritable Eglise selon les maximes que j'ai posées : et toutefois il est assuré que longtemps avant cette année nos adversaires s'étaient séparés" et avaient abandonné sa communion. Par conséquent, ces réformateurs prétendus étaient des rebelles et des schismatiques, qui fuyaient la communion d'une Eglise, laquelle conduisant ses enfants au ciel, montrait bien par sa sainte fécondité qu'elle était encore l'Eglise de Dieu. En effet, le catéchiste remarque lui-même que les fondements de la foi y étaient entiers (126; ; et que les fidèles y pouvaient faire leur salut à cause de là sincère confiance que l'Eglise, cette bonne Mère, les obligeait d'avoir en Jésus-Clirist seul.
Ce raisonnement jette l'hérésie ave- ses ministres dans une confusion nécessaire:
et je pense qu'elle n'a jamais paru plus visible que dans le Catéchisme que nous réfutons. Le sieur Ferry ne peut se résoudre sur cette importante difficulté, savoir, si les premiers qui ont embrassé la réformation prétendue, en sortant de la communion de l'Eglise romaine, l'ont quittée volontairement, ou s'ils en ont été chassés par la force. Mais qu'il résolve d'eux ce qu'il lui plaira, nous avons toujours de quoi les convaincre. S'ils se sont retirés volontairement de la communion d'une vraie Eglise en laquelle on pouvait se sauver, il parait manifestement qu'ils sont schismatiques selon les maximes que j'ai posées; et quand môme nous accorderons qu'on les a chassés, ils n'éviteront pas leur condamnation, car la communion de l'Eglise est si nécessaire, qu'ils devaient toujours demeurer unis, encore qu'on tâchât de les éloigner; et je ne dis pas ici à nos adversaires une chose qui doive leur être inconnue. L'Eglise luthérienne les excommunie; toutefois pane qu'ils la croient une vraie Eglise, ils pensent £tre obligés de s'unir à elle ; ils lui tendent Jes bras quoiqu'elle les chasse, et ils entrent en son unité autant qu'ils le peuvent. Si donc l'Eglise romaine était vraie Eglise, puisque, selon la confession du ministre, elle portait en son sein les enfants .le Dieu ; quelque violence qu'on fit aux réformateurs prétendus, jamais ils ne devaient rompre de leur part le lien de la communion ecclésiastique.
(125) Ci -dessus, sect. 1, oi. I.
(126) Ibid , ch. 4, :- et 6.
(127) Page 1-27.
(12*) Page 10 et 47.
Mais au contraire ils ont ému toute !a querelle; ils se sont séparés les premiers; ils ont fait de nouvelles Eglises; ils ont établi un nouveau service, et pour montrer que non-seulement ils fuyaient, mais encore qu'ils avaient en horreur la communion de l'Kglise romaine, ils ont publié par toute l'Europe que sa doctrine était sacrilège, et que son service était une idolâtrie, qu'elle était le royaume de l'Antéchrist et la Bain loue de ^Apocalypse, en laquelle on ne pouvait demeurer sans résister à ce commandement de Dieu : Sortez de Babylonc, mon peuple. [Apoc. xvm, i.) Certes, on ne les contraignait pas de parler ainsi : donc ils n'ont pas été chassés par la force, mais ils se sont retirés volontairement. Cependant l'Eglise romaine était encore la vraie Eglise, puisque, selon les principes du catéchiste, les tidèles de Jésus-Christ y pouvaient mourir sans préjudice de leur salut.
C'est ce qui jette le sieur Ferry dans une étrange contradiction ; car d'un côté il dit nettement : « qu'il faut extirper le membre pourri, comme l'Eglise a toujours pratiqué, excommuniant les hérétiques, ou se soustrayant de leur communion (127),» et que l'on ne pouvait abandonner l'ouvrage de la réformation « sans désobéir au commandement : Sortez de Baliylone, mon peuple 1 198); » ce qui. prouve la nécessité de se séparer. Mais reconnaissant en sa conscience que jamais il ne peut ôtre permis de se retirer de la vraie Eglise, telle qu'était l'Eglise romaine, puisqu'il avoue que les fidèles s'y pouvaient sauver, il est obligé de répondre que ses pères voulaient demeurer en son unité, si on ne les eût retranchés. « Chassés et poursuivis, » dit-il, « nous avons été contraints de nous séparer (12'J) ; » et encore plus clairement: «Ils ont plutôt été chassés, qu'ils ne sont soi ti s. Car ils entendaient avec saint Augustin ce commandement. Retirezvous, sortez de lu, ne touchez point à choses souillées, d'un départ spiritcel et d'un détachement de coEcn. C'est aussi l'exposition qu'on donnait d'ancienneté à Metz à cet autre commandement de sortir de Babylonc, à savoir, non en corps, mais en esprit (130). »
Il est digne d'observation que le catéchiste confesse que ses prédécesseurs entendaient ces paroles. Retirez-vous, sortez de lu, dans le même sens qu'un donnait, avant la réformation prétendue, à ce commandement de l' Apocalypse : Sorte: de Babylone, mon peuple. Or il remarque eu un autre lieu que nos pères, qui vivaient alors en la communion de l'Eglise romaine, croyaient satisfaire à ce précepte, « s'ils ne participaient pas aux péchés de ceux parmi lesquels ils vivaient, sans qu'il leur fût besoin de s'en séparer autrement (131), i- c'està-dire de se séparer de communion. En elfe t, le ministre avoue qu'ils mouraient en la
Passe 15s.
H30) Page 131.
131) Poge 88.