‹ Œuvres compl`etes de Fenimore CooperChapitre 141 sur 280 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Grâce van Courtlandt fut la première à reparaître.

Les jeunes filles des Etals-Unis connaissent peu ce qu'on appelle ailleurs une gr.inde toilette ; mais elles ne sont pas astreintes à une simplicité sévère comme dans quelques pays ou l'on réserve aux femmes mariées le privilège des riches ajustements. Le baronnet trouva que Grâce était suibsamment parée, sans avoir abusé de la latitude que lui laissait l'usage , et il commença à se persuader qu'elle avait réellement plus d'atlraits que sa cousine. Elle se distinguait de la plupart de ses compagnes par un certain embonpoint; elle avait un beau teint, des yeux brillants, un doux sourire, des cheveux luxuriants, des mains et des pieds tels que sir Georges, sans savoir pourquoi, ne s'attendait à en voir qu'aux filles de pairs et aux princesses.il y avait aussi dans le naturel sans fard de la jeune Américaine un charme tout particulier pour un homme habitué aux manières froides et guindées des classes supérieures d'Angleterre. A cette simplicité séduisante s'alliait chez Grâce une noble retenue. Les allures affectées et l'exagération à la mode ne lui avaient rien été de sa dignité , rien fait perdre de sa modestie. Elle avait certainement une éducation moins comidète qu'Eve; mais on ne pouvait l'accuser de vulgarité. La nature l'avait mise audessus d'une pareille imputation, et elle n'y aurait pas été exposée qii:ind même elle eût vécu dans un rang beaucoup plus inférieur.

On sait que l'homme éprouve de la sympathie pour ceux auxquels il est opposé de car,.ctère et d'inclination naturelle, lorsque l'éducation a établi entre eux et lui une certaine identité. Ce fut probablement pour cette raison que sir Georges Templemore, certain d'être repoussé par Eve Eflingham , tourna promplement les yeux vers miss van Courtlandt. La délaissée s'était déjà aperçue de ce changement, et quoiqu'elle le vît avec plaisir, elle n'était pas sans inquiétude. Elle savait combien le bonheur d'une Américaine pouvait être compromis dans les cercles de l'ancien monde , et elle redoutait pour sa chère cousine l'inclination naissante du jeune baronnet.

Lorsque Grâce se montra dans la bibliothèque dans l'éclat d'une beauté que rehaussait la toilette, sir Georges s'écria avec enthousiasme :

— Je compte principalement sur vous pour m'excuser auprès des dames chez lesquelles je prends la liberté de me présenter. Il faudrait qu'elles fussent bien insensibles pour résister à votre médiation.

Grâce n'était pas accoutumée à ce genre d'adulation, car, tout en ayant l'air de plaisanter, sir Georges exprimait trop ouvertement sou admiration pour que cette admiration ne fut pas remarquée. La jeune tille routjiljuMpi'aux tempes; mais se remettant instantanément , elle dil ii\ec ime iléliçlewse naïveté ;

— Je ne vois pas pourquoi mi^s Eflingham et moi nous hésiterions à nous introduire chez dis personnes qui nous sr.nt connues depuis longtemps. Madame Hawker est une de mes intimes amies, et madame Jarvis est la fille d'un ancien voisin, qui sera trop charmée de nous voir pour soulever la moindre objection. Je crois d'ailleurs que du moment qu'on est d'un certain...

Grâce hésita et se mit à rire.

— D'un certain quoi? demanda sir Georges.

— Je veux dire, reprit Grâce , que vous serez le bienvenu dans Spreng-Street.

— Pure et naturelle aristocratie ! s'écria le baronnet d'un air de triomphe. Vous voyez, monsieur John ElVingham, que cela vient à l'aide de mes arguments.

— Je suis complètement de votre avis , répliqua John : je vous accorde autant d'aristocratie naturelle qu'il vous plaira , pourvu qu'elle ne devienne pas héréditaire.

L'entrée d'Eve et de mademoiselle Viefville interrompit la discussion , et comme les voitures étaient à la porte , John alla chercher le capitaine Truck.

— J'ai laissé , dit-il à son retour, Edouard occupé à conférer de baux et de procès avec son intendant , et je suis sûr qu'avant dix heures ils auront réglé une belle note de frais.

Oa se mit en route ; les trois dames montèrent dans l'équipage de miss van Courtlandt, et les messieurs dans celui d'Edouard.

Les Effingham et les Jarvis avaient fait connaissance à la campagne; mais ils fréquentaient à la ville des sociétés aussi différentes que s'ils n'eussent pas habité le même hémisphère. Ils se voyaient rarement, sans cérémonie , et leurs relations , intcrromimes par le voyage de la famille d'Eve , allaient recommencer sur le même pied qu autrefois.

M. Jarvis était un homme simple, laborieux, occupé da ses affaires, et qui reconnaissait sans envie la supériorité sociale d'Edouard Efliiigham. Madame Jarvis, au contraire, avait la prétention de faire figure dans le inonde. Elle s'indignait qu'on pût se croire au-dessus délie, et elle en fit l'observation à son mari le matin même du jour oii elle donnait la soirée à laquelle nos lecteurs vont assister.

— 11 est étonnant , dit-elle, qu'il y ait des gens qui se dispensent de nous rendre visite !

— Pourquoi n'allez-vous pas vous-même chez tout le monde? dit M. Jarvis. Nous serions bien embarrassés s'il nous fallait seulement visiter tous les habitants de celte rue.

— Vous ne voudriez pas sans doute que je fréquentasse la femme de l'épicier ; mais je prétends que dans la même ville, les gens d'un certain genre doivent nécessairement fréquenter ceux du même genre.

— 11 faut pourtant admettre des exceptions à cette régie. J'ai vu ce matin sur une charrette le numéro 3,1)50 , et si les femmes de tous ces charretiers se visitaient les unes les autres, chacune aurait dix visites il faire par jour pour achever sa tournée en douze mois.

— Il y a des choses que je ne parviendrai jamais à vous faire compremlre, monsieur Jarvis.

— C'est sans doute parce que vous ne les comprenez pas vousmême , madame Jarvis. Vous admettez d'abord en principe qu'on doit voir tout le monde , et puis vous ne voulez recevoir que ceux qui ont une brillante position dans le monde. Moi, je suis plus sans façon et plus ami de la liberté. Je vais voir les gens quand ils me conviennent, et s'il ne leur plaît pas de venir chez moi, tout est fini par là.

— C'est en vertu de ces idées, dit madame Jarvis, que vous avez plusieurs fois dîné chez M. Etïingham avant son dépirt pour l'Europe , et que vous n'avez jamais voulu me permettre de l'inviter à mon tour.

— Je ne m'en repens aucunement : j'ai dîné chez Al. Lllingham, parce que j'aime sa table et sa société ; je ne l'invite pas , parce que je suis sûr qu'il préfère cette reconnaissance tacite de sa supériorité aux efforts maladroits que nous pourrions faire pour le bien traiter. Edouard Ellingham est trop accablé d'invitations pour tenir un compte (le doit et avoir avec ses convives.

— (,)ue me dites-vous d'efforts maladroits? s'écria malame Jarvis, ne hous est-il pas permis d'aller de pair avec M. LHiiigham. surtout dans un pays oii la loi u'établit aucune différence entre les c. oyens ?

— Il y a des choses qui existent indépt^ndaunnent de la loi, repartit .M. Jarvis. Aucune loi n'ordonnait de construire celte maison, et pourtant tlle a été construite. Aucune loi n'enjoint au docteur Versa de pièehcr mieux que le docteur Prolixe , et pourtant il (iiêche beaucoup mieux. Aucune loi n'a donné à M. Edouard plus d'instruction qu'a moi , et cependant je ne suis pas assez fou pour contester la supériorité de ses connaissances.

— Cela n'empêche pas, reprit madame Jarvis, que si lis Eflingliam ne viennent pas me voir ce soir, je ne mettrai pas le pied chez eux pendant tout l'hiver. Ils ont beau se croire au-dessus de nous, je ne suis pus dis|:osée à céder à leurs prétentions.

On peut juger par cette déclaration de l'importance que madame Jarvis attachait à la visite des Elfinglum ; aussi fut-elle transportée d'aise quand elle vit entrer Eve et ses deux compagnes, suivies du baronnet , de John et du capitaine Truck. Elle les combla de jiolitesses, et ht l'accueil le plus cordial aux deux étrangers qu'on lui présenta. \), Jui'visen personne, après avoir salué \t^ autres hôtes, prit le pa-

fcVE EFFINGIIAM.

Iron du Monlauk à pari, el lui adressa des questions sur son dernier voï:ige. 4^

Sjiis se rendre coniple du rang que sir Georges occupait dans sa pairie, madame Jarvis le reçut avec la plus giMiidc aménité.

— Nous avons en ce moment à iNt:\v-York très-peu de gens distingues, dit-elle ensuite à John Eflingham. Je n'ai pu uie procurer ce soir qu'un seul homme intéressant, un grand voyageur, et j'aurai le plus sensible plaisir à vous le présenter. Il est là , au milieu de cette foule, car il est assailli!... il a tant vu !... Madame Snovv , avec votre permission... En vérité, les dames se pressent autour de lui comme si c'était un sauvage... Ayez la complaisance d'approcher, monsieur John, et vous aussi, miss Effingliam.... Madame Snow, veuillez lui toucher le bras, et lui faire savoir que je désire lui présenter quelques amis. >Ionsieur Dodge, je vous présente M. John Ellingham , miss Eflingliam , miss van Courtlandt. Eh bien ! me.sdaoïes , j'espère que vous jouvez l'accaparer. Tant mieux pour vous I II a vu le roi de France partir pour Neuilly, et il connaît à fond toute l'Europe.

Eve eut besoin de toute sa iirésenee d'esprit pour réprimer un sourire; mais elle eut assez de tact pour accueillir M. Slfadfast Dodge comme un étranger. John Effingham le salua avec une hauteur que les assistants expliquèrent en se disant à l'oreille que Dodge et lui étaient dcu'i voyageurs rivaux. On se prononça généralement en faveur du premier, qui passait pour être allé jusqu'il Tumbuctou en Afrique. La clientèle de M. Do.lge grossit rapidement, et ceux qui n'avaient pas lu les délicieuses lettres publiées par le Furet ac^/ envièrent le bonheur de ses abonnés.

— C'est 31. Dodge, le grand voyageur, dit une jeune personne qui s'était dégagée du groupe au milieu duquel il trônait, pour se rapprocher d'Eve et de Grâce; ses descriptions, aussi magnifiques qu'exactes, cnt attiré l'attention de l'Angleterre, et il doit en paraître bientôt une nouvelle édition.

— Les avez-vous lues , miss Brackett ?

— Pas précisément . mais je connais le compte rendu qu'on en a fait dans la Revue Uehiomadaire , oii l'on assure que les lettres de M. Dodge sont quelque chose de prodigieux.

— J'aime à croire , madame , dit gravement John Efl'ingham , que ce M. Dodge n'aura pas commis la faute de prendre des faits réels pour sujet de ses observations. Les peuples trouvent géuérdlemeiit injustes et mal digérés les commentaires qu'on se permet sur leur Jiays ; et le meilleur moyen de réussir, c'est de disserter autant que ]iossihle sur des détails imaginaires.

Miss Brackett n'avait rien à répondre, la Revue Hebdomadaire n'ayant pas approfondi la question ; mais elle continua à vanter les fameuses lettres qu'elle n'avait jamais lues, et qu'elle ne se souciait pas de lire. C'était une jeune per.onneqiii avait acquis dans sa co/f rie une grande réputation de bon goût en effleurant .«uperlieiellemcnt les analyses bibliographiques de certains critiques superticiels.

Eve ne s'était jamais trouvée en contact avec tant d'ignorants. Elle était surprise au dernier point qu'on admirât M. Dodge en dédaignant Jolin Efliugham. Dès qu'elle crut qu'elle pouvait partir sans blesser les convenances, elle se retira, et entraîna sa société chez madame Hawker, sur laquelle chemin faisant le cousin d'Eve donna quelques explications.

— Cette dame, dit-il, est veuve et appartient à une famille établie depuis longtemps à JXew-York; elle est riche, sans enfants, et universellement respectée pour sa bonne éducation , son bon sens et son bon cœur. 11 y a toutefois beaucoup de cercles oii elle est presque inconnue, le pèle-mèle d'une population nomade tenant dans l'ombre les femmes de sa condition. On vous parlera {tendant des heures entières des soirées de madame Pond, de madame Jonas, ou de toute autre femme arrivée à INtxv-York depuis cinq ou six ans, et subitement lancée dans le monde. Peu de gens, au contraire, connaissent madame Hawker, qui fuit l'éclat, et dont le nom historique est éclipsé par la gloire locale de quelques nouveaux débarqués.

— D après ce que vous m'apprenez, dit le capitaine Truck , celte dame Hawker est de ce qu'on appelle la vieille école.

— D'une très-vieille école, et qui doit encore durer, quoiqu'on la dédaigne, puisqu'elle est basée sur les lois de la nature.

— J'ai peur, monsieur John, d'être dans une pareille maison comme le poisson hors de l'eau. Je m'entends à merveille avec madame Jarvis et avec la cLère jeune dame qui est dans l'autre voiture; mais lespèce de femme dont vous parlez est propre à dérouter un pauvre marin comme tnoi. Que ferais-je, si elle m'invitait à danser le menuet.?

— Vous le danseriez tout naturellement , répondit John Effingham au moment oii la voiture s'arrêtait.

Un vieux domestique noir reçut la compagnie , et l'introduisit au salon sans annoncer. Madame Hawker se leva, embrassa tendrement les deux cousines, et fit à madeu.oiselle N iefville un accueil affectueux. John Eflingham, qui avait dix ou douze ans de moins que la dame, lui baisa galamment la main en lui présentant ses compagnons. Après avoir accordé l'attention convenable au baronnet, madame Haxvker se tourna du côté du capitaine Truck.

— Voilà donc, dit-elle, le commandant du Montauk, cet homme auquel nous avons tant d'obligations à cause de vous ?

— Et» effet, madame, dit le capitaine un peu interdit par la dignité

simple et naturelle delà niaUresse du logis, j'ai l'honneur de commander ce bàlimtnt, et je puis dire qu'il méritait un meilleur guide avec des passagers comme ceux qu'il a récemment porlés.

— Vos passagers ne pensent pas ainsi: mais pour que je puisse juger ia question avec impartialité, faites-moi le plaisir de me donner des détails.

Remarquant que sir Georges Templemore avait suivi Eve de l'autre côté du salon, madame Hawker reprit sa place et s'entretint avec le capitaine Truck, qu'elle mit promptement à son aise : elle eut soin néanmoins de ne pas négliger le reste de ses hôtes et de ne pas se rendre importune à celui qu'elle honorait de son attention.

Cependant Eve avait traversé la salle pour rejoindre une dame qui l'avait appelée par un sourire. C'était une jeune femme de forme délicate et d'une physionomie piquante. Eve lui présenta sir Georges en la nommant madame Bloomfield.

— Vous avez l'intention d'aller ailleurs ce soir, dit-elle, en regardant la toilette de bal des deux cousines. Etes-vous pour la faction Houston ou pour la faction Peabodie ?

— Entre les partis qui aspirent à diriger la mode, répondit Eve en riant, nous n'avons pas encore fait notre choix, et vous voyez que nous sommes tout bonnement en blanc.

— Il y a donc des factions à IXew-York en matière de mode? demanda sir Geoi^es.

— Le mot propre serait plutôt fractions. Au reste, on compte parmi nous des parlis en fait de pol tique, de religion, de tempérance, de spéculation de littérat(irc. Pourquoi n'y en aurait-il pas en fait de mode ?... Vous êles tout réceninieirit arrivé, sir Georges "Templemore,?

— Au commencement de ce mois j'ai eu l'honneur de faire la traversée avec la famille Effingham.

— Et dans ce voyage, s'il faut en croire ce que l'on rapporte, vous avez éprouvé les liOjrréurs du naufrage, de la famine et de la captivité ?

— On a beaucoup exîgéré , madame; nous avions couru de graves danger.?, mais en réalité nous avons peu souffert.

— Une ville comnie celle-ci, sir Georges, doit vous sembler une sorte de paradoxe?

— En quoi, s'il vous plaît? depjapda le baronnet.

— Parce qu'elle n'a point de caractère particulier. Ce n'est ni une capitale, ni une ville de province : elle renferme dans son sein quelque chose de plus que le commerce, mais ce quelque chose est caché sous le boisseau. Elle l'emporte sur Liyerpool, et elle vaut beaucoup moins que Londres; elle est au-dessus 4'Edimbourg , sous quelques rapports, et au-dessous de Waping, sous certains autres.

— Avez-vous voyagé, madame?

— Je n'ai pus mis le pied hors de mon pays, et même hors de l'Etat de iNew-Y'ork. Je suis allée seulement au lac George, aux cataractes, et comme on ne voyage pas en ballon, j'ai vu quelques localités intermédiaires. Pour le reste du monde je ne le connais que par on'i-dire.

— C'est dommage, dit Eve en riant, que madame Bloomfield ne se soit pas trouvée avec nous ce soir , elle aurait profité des leçons de M. Dodge.

— J'ai essayé de lire cet auteur, répondit madame Bloomfield, et je n'ai pas tardé à m'apercevoir qu'on désapprenait en le consultant. Il y a une règle infaillible avec laquelle il est facile d'explorer le mérite d'un voyageur, du mains quand il n'en a pas.

— Celte règle est bonne à connaître, dit le baronnet, elle peut éviter à nos yeux bien des fatigues inutiles.

— Quand un écrivain se montre profondément ignorant de ce qui se passe dans un pays , il est à présumer qu'il n'a pas observé les étrangers avec beaucoup de perspicacité : cet axiome s'applique à M. Dodge.

La jeune femme qui appréciait si judicieusement l'éditeur du Furet actif, ne déploya pas moins de sagacité dans la suite de l'entretien. Ses discours, aussi solides que piquants, ses observations sur la société américaine, dont elle ne voyait pas l'esprit général en harmonie avec les institutions, n'auraient pas été déplacés dans la bouche de l'homme le plus instruit; elle n'avait pourtant rien de pédantesque, et ne perdait jamais cette délicatesse de sentiment qui est l'apanage du beau sexe.

Quand vint le moment de se retirer, sir Georges dit à Eve et à Grâce en les aidant à mettre leurs manteaux :

— Si Nexs'-Y'ork possède seulement une demi-douzaine de maisons semblables à celle-ci, on ne peut lui reprocher de manquer de socié(é.

— Malheureusement, répliqua Grâce, il n'y a qu'une madame Hawker à New-York, et il y a peu de dames Bloonfield dans le monde.

— K'avez-vous pas été frappé du ton admirable de ce salon ? dit Eve : il n'y règne pas cette aisance et cette dignité que l'on remarque chez vos princesses et duchesses de la vieille roche, race, hélas ! prête à s'éteindre ! mais on y trouve, en place, du naturel , une vraie noblesse et une franchise qui inspirent de ia confiance.

— Sur ma parole , s'écria sir Georges , madame Hawker mérite d'être duchesse.

— C'est une dame, répondit Eve, et il n'y a point de titre supérieur.

EVE EFFINGHAM

— C'est une cliarmanlc vieille, dit John EfTingham, et si elle avait viiir;! ans ilc nio'n<. je ii'( iilrerais pas tans craiiile dans son logis.

— Mon cher monsieur, interrompit le capitaine, j'en ferais madame Jruck di's diinain, sans lui demander son àjre , si elle acceptait mon homm.ige. Ce n'est pas une femme, c'est une sainte en jupons ! Pendant tout le temps qu'elle a parlé, il m'a seriiblé entendre ma mère, et elle se connaît en navigation plus que moi, et même que HI. Powis, qui est un prodige sous ce rapport.

Tout le monde rit de l'entliousiasme du capitaine, et la compagnie, montant en voiture, se dirigea vers sa dernière station.

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