‹ Œuvres compl`etes de Fenimore CooperChapitre 154 sur 280 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Le jour qui suivit cette conversation, mesdames Ilawker et Bloom* field étaient attendues; et la matinée s'écoula rapidement dans les douces et vives émotions qu'inspirent habituellement de semblables espérances aux habitants d'une maison de campagne américaine. Vers midi, on entendit rouler sur le pont du village la voiture de louage qui amenait les voyageuses; mais elles n'étaient pas seules. Au moment oii Eve se jetait dans les bras de madame lîloomfield, on vit paraître à la portière du véhicule le capitaine Truck, qui aida madame Hawker à descendre avec tant de politesse, qu'il ne lit pas tout d'abord attention à notre héroïne. M. liioomfied parut ensuite, et Paul et sir George poussèrent un cri de plaisir qiand ils aperçurent le dernier des arrivants.

EVE EFFINGHAM

— Ducie! s'écria sir George, nous étions loin de nous attendre à vous voir.

— Diicit! répéta Paul, vous ventz plusieurs jours avant le terme fixé, et in evci'llente comp.fi;ni('.

L'explication de ce mystère était très-simple; le capitaine Ducie avait trouvé des facilités de transport sur lesquelles il ne comptait pas, il était arrivé à t^ort-Pl.iin par les diligences de l'est, au moment oii le reste de la société venait d'y débarquer à l'occident. Le capitaine Truok l'avait présenté, et Ducie avait élc conlialement admis dans la voilure de louiige qui allait s'acheminer vers Teuipleton.

Edouard Eliingham reçut ses hôtes avec une hienveillance tout américaine.

Nous n'approuvons guère les prétentions des peuples à posséder des vertus nationales esceptionnelles, et nos observations nous ont démnntré (|u'il n y avait pas en somme de Irès-grandis dilïérences morales entre les hommes; mais nous pouvons dire sans vanité que les citoyens des Ela's-Unis se distinguent par une hospitalité sincère, contiante et simplement exercée.

Le propriétaire du wigwam témoigna les plus grands égards à madame Ilawker et niême à madame liloomhelJ, dont son intelligence moins active que celle de sa tille ne pouvait cependant apprécier tout le mérite.

M. Kloomfield était un homme de bon sens et de bornes manières, que sa femme aimait avec ardeur, sans faire parade de son attachement, et qui savait se rendre agréable parlout ou il se présentait.

Le capitaine Ducie avait l.éaité à se montrer au wigwam avant l'heure imliquée dans sa leltie et avait eu d'abord l'intention de vivre plusieurs jours à l'auberge, pour ne pas se compromettre par une apparition piématiirée; mais il n'en fut pas moins bien n eu.

• — Capitaine, lui dit Eilouard après l'échange des premiers compliments, vous ne trouverez guère dans ces monlagnes de quoi intéresser un voyageur et un homme ilu monde, mais nos . ventiires passées seront pour nous des sujets de conversalion intaris-ables. Quand vous nous avez rencontrés sur l'Océan, quand vous nous avez privés si brusquement de notre ami l'owis, nous étions loin de nous douter que vous le réclamiiz au nom de la parenté.

Les traits du capitaine se couvrirent dune légère rougeur, mais il répondit poliment :

— Il est vrai que je suis parent de Powis, et c'est ce qui m'autorise à vous demander l'Iiospilalité. Sans cela, je n'aurais pas osé me montrer à vos yeux après vous avoir exposés involoutjireiuent à de terribles catastrophes.

Elles ne peuvent nous laisser que d'agréables souvenirs, repartit Edouard , daulant plus qu'elles ont quelque chose de dramatique et de romanesque. On m'a dit que le luailieureux jeune homme que vous poursuiviez, a prévenu sa condamnation par un suicide.

— Il s'e.st f.iil justice à lui-même : victime de sa folle vanité, et de cette manie de briller qui cause la perte de tant de jeunes gens ; pardonnons-lui ses torts, (jui ont eu du moins pour résultat de me mettre en rapport avec vous.

Ce langage provoqua de nouvelles civilités; puis Edouard alla serrer la main rugueuse du capitaine Truck, qu'il avait néglige jusqu'à ce moment.

— Je me félicite de vous voir sous mon toit, lui dit-il; les maisons de ville sont plus ouvertes, et ce n'est qu'à la campagne qu'on est véritablement chez soi. .l'espère que vous passerez ici la plupart de vos jours de congé; et qumd nous serons plus vieux de quelques années, nous nous amuserons à ja»er des merveilles que nous avons vues ensemble.

Les yeux du capitaine Truck s'animèrent, et il serra comme dans un étau les mains d'Edouard tfiingham.

— Le plus heureux jour de ma vie, dit- il, fut celui oii je pris le commandement d'un navire. Le second fut celui où je me retrouvai sur le ]iont du Monlauk après avoir fait entendre aux Arabes que j'aimais mieux les voir au diable qu'auprès de moi. Mon troisième jour de bonheur est certainement celui-ci. C est depuis que j'ai perdu de vue votre charmante fille, que je comprends combien elle m'est chère.

— Entendez-vous cette déclaration? dit M. EtVingham à sa fille.

— Je suis peu faite à de semblables propos, répondit Eve avec simplicité, mais je dois avouer qu'ici rattachement est réciproque.

— Comment va maJemoiielle \iefville? demanda le capitaine: elle doit se trouver un peu dépaysée dans ces contrées barbares?

— Elle vous le dira à dîner. Je suppose qu'elle ne regrette pas trop la belle France ; et comme je regrette moi-même ce pays sous certains rapport», on aurait tort d'exiger qu'elle l'oublie complètement.

— Je vois dans cette salle une figure étrangère. E,l-ce un de vos parents, ma chère jeune dame?

— ^on , c'est un ancien ami; voulez-vous que je vous le présente?

— J'osais îi peine vous le demander, sachant que vous ne tenez guère à ces forni.<lilés; mais vous connaissez mes idées là-dessus. J'ai été sevré de présentations depuis mon départ de ^ew-Yolk, et j'ai eu seulement l'occasion de présenter le capitaine Ducie à ces dames.

— Mais n'avez-vous pas été présenté vous-même à monsieur et madame liluouificKl?

— Mon Dieu non! j ignore comment cela s'est fait; mais j'ai fait leur connaissance presque à mon insu et d'une man ère dont il me serait dilhcile de rendre comjile. iN'oublitz pas. ma chère jeune dame, de me mettre en rapport avec cet ancien ami de votre f. mille.

— Capiiaine Truck, je vous présente Al. Ilowil. Voici le capitaine Truck, dit Eve en se conformant au cérémonial avec une admirable gravité.

— Est-ce monsieur qui commandait {eJ/onfauA? demanda M.llowel.

— Oui, c'est le brave marin auquel nous devons notre silul.

— \ous êtes digne d'envie, capitaine Truck; de tous les hommes de votre profession, vous êtes c. lui que je désirerais le plus remplacer. J'ai appris que vous alliez en Aiigii terre deux fois |iar au.

— Trois fois, monsieur, quand le vent le permet.

— Quel bonheur! la traversée de lAïuérique en Angleterre doit être le îipc plus ultra de la navigation.

— Elle n'est pas désagréable d'avril en novembre; mais pendant le reste de l'année, les gros temps et les grands vents nous ôteiit beaucoup de satisfaction.

— Sans doute : mais comme on est dédommagé de ses peines quand . on arrive en Angleterre !

— L'Angleterre est une assez bonne côte, dont les phares sont bien entretenus; mais à quoi servent les phares et les eûtes, quand le brouillard est assez épais pour vous empêcher de voir le bout de votre cliii-fnc ?

— 1\L HoweLdit Eve, ne s'occupe que de l'intérieur du pays, de la civilisation et du gouvernement.

— A mon avis, monsieur, le gouvernement est trop rigoureux en ce qui concerne le tabac et autres marchandises que je pourrais désigner. Ensuite il restreint l'usage du pavillon aux vaisseaux du roi , t.indis que, selon moi, un p.iquebot américain est aussi digne que tout autre navire d arborer un pavillon.

— Slais ce ne sont que des taches au soleil, repartit M. Howel; en mettant ces bagatelles en dehors de la question, ne convenez-vous pas que l'Angleterre est le plus délicieux pajs du monde?

— Franchement, monsieur Howel , il j fait un diable de temps en octobre, novembre et décembre. Mars est loin d'y être agré.<l)le, et avril ressemble à une jeune fille qui sourit et sanglote tour a tour en lisant des romans.

— Mais le caractère moral de la nation, mon cher monsieur, doit être une source d'ineffables plaisirs pour le philanthrope!

— Pour être traiic avtc vous, monsieur Howel, Londres ne brille point sous le rapport de la moralité; et si vous passiez vingt-quatre heures dans le voisinage du dock de Sainte-Catherine, vous y verriez des choses qui vous feraient dresser les theveux.

— As.^eyons-nous, monsieur; il paraît que nous ne nous entendons pas. Quand on se mettra à table, je solliciterai la permission d être aupiès de vous pour continuer la conversation.

Tous deux s'assirent, et reprirent un entretien hérissé de quiproquos et de malentendus. L'un, cédant à son anglomanie, ne voyait rien qu à travers le voile de son imagination ; l'autre jugeait oe la nation entière par les tableaux d'un genre tout particulier qu'il avait observés près du port.

— INous avons eu dans le capitaine Truck un compagnon de voy3ge inattendu et très-agréable, dit madame llawker à miss Elfingham. Si je devais faire naufrage, ou courir les hasards de la captivité, je voudrais vraiment l'avoir pour chevalier.

— Madame llawker fait tant de conquêtes, dit madame Bloomfield, que je ne suis nullement éionnée qu'elle ait séduit ce digne marin; mais croiriez-vous, miss Elïingham, que je suis moi-même en faveur auprès de lui ? j'aurai désormais meilleure opinion des patrons et des bosmans que je ne jugeais que d'après ceux de la Temprte.

— Jl ne leur ressemble guère, car à t'exceptiun prés des samedis soir, c'est en tout temps un homme exemplaire que notre ami le capitaine Truck. H a trop de moralité et de religion pour s'adonner à un défaut aussi repoussant que l'ivrognerie.

— Il a de la religion! s'écria madame bloomfield surprise, je ne m'y serais guère attendue. On peut se figurer que les marins sont superstitieux, et qu'ils se repentent de temps en temps ; mais je ne me serais jamais imaginé qu'ils étaient capables d'obéir à l'impulsion régulière du vent alizé de la foi.

— Vous ne les connaissez pas, reprit Eve; s'il faut en juger par Je capitaine, ils sont dévots à leur façon.

— Il est en outre d'une exquise politesse, reprit madame Hloomfield, et il montre aux dames une déférence qui fl..tlc singulièrement notre l'ctile vanité. Je vous ai dit que j'étais dans ses bonnes grâces, mais vous êtes sa favorite, miss Eve. Madame Hawker seule vous dispute ce cœur d'or, hi je ne savais que vous avez résolu de ne jamais épouser un républicain d'Amérique, j'appréhenderais excessivement les suites de la visite du capitaine. J'espère que vous me pardonnerez de plaisanter sur un sujet aus^i délicat, dont vous n'avez pasl'h biliidedc vous entretenir autant que nos autres jeunes filles; mais l'affaire est tellement grave, et le capitaine a tant de supériorité sur 1rs prétendants vulgaies, que j'espère que vous excuserez mon indiscrétion.

— (loiisullons d'abord madinie llawker, dit Eve en riant.

— Je ne puis qu'exprimer ma reconnaissance, répondit la vieille

EVE EFFIJNGHAM.

dame, et annoncer que, -vu mon extrême jeunesse, je n'ai pas envie de cbanijer de condition. .

Eve aurait voulu détourner la conversation , car elle voyait P;iul s'approcher du groupe; niiiis elle fut forcée de répondre. l'our moi, dit-tlle, ce que j'ai de mieux à faire, c'est d'ajourner ma réiolulion, et de régler ma conduite sur les cirronslances.

— Ce serait une impardonnable coquetterie, reprit madame Bloomfid.l : confidente du capitaine, je dois soutenir sa cause, et ma respons:il)ilité est ici vl'is grande que crlle d'un témoin dans un duel. Jufjezen, monsieur Powis. Le capitaine Truck est un admirateur déclaré de miss tRingham; doit-il vivre, doit-il mourir de désespoir? Voilà ce qu'il importe d'éclaircir, et je vais faire subir à cette jeune per- j sonne un interrogatoire en règle. Miss Eve, préparez-vous à vous défi nd'e. Avtz-vous des objections à faire contre le prétendant, à cause , de s m pays?

E^e était intérieurement contrariée de la tournure que ce badinage ivait prisf, mais elle conserva sa présence d'esprit. Elle savait que i madame Blooiuhtld avait trop le sentiment des convenances pour la \ mettre dans l'embarras par quelque proyios inconsidéré. !

— Jaunis grand tort de repousser les hommages d'un chevalier, parce que son pays est le mien, et même celui d'un grand nombre de mes ancêtres. I

— Je suis charmée de vous entendre parler ainsi, repartit madame ; Bloomtield. Cette déclaration doit vous apprendre Ibumililé. à vous, monsieur Poxvis, qui êtes je crois Euroj éeu. Maintenant, miss Eve, la prof' ssion de marin est-tlle un olistacle?

Malgré ses efforts pour paraître calme, Eve rougit, et fut pour la première fois mécontente de son amie. Elle hésita, tt cette hésitation même donna plus de force à sa réponse, qui tut négative. [

— L'heureux mortel peut donc être Américain et marin '. Voilà les affaires du capitaine en bon train ; mais lui reprochez-vous ses 'oixante ans?

— Cet âge serait sans doute un grand inconvénient chez tout autre, puisque mon père n'a que cinquante ans.

Madame Blooi field fut frappée du tremblement de la voix d'Eve et de l'air d'embarras d'une jeune fille dont les manières étaient ordinairement si simples et si aisées. Avec une délicatesse toute féminine, elle cessa immédiatement la plaisatiteiie; mais dans le cours de la journée elle rêva plusieurs fois a cette émotion contenue, et à partir de ce moment elle observa en silence la conduite d'Eve à l'égard des Lôles de son père.

— C'est assez d'espérance pour un jour, dit-elle en se levant; il faudra que la patrie et la profession rachètent le désavantage de l'âge. Mcdame Havker , si nous ne levons pas la séance, nous ne serons pas prêtes pour dîner.

Les dames se retirèrent dans leurs chambres respectives. Eve, qui était déjà habillée , resta au salon à côté de Powis , qui ne semblait pas moins embarrassé qu'elle.

— Il y a, dit-il, des hommes qui seraient enchantes d'avoir entendu le peii de mots qui viennent de vous échapper. Etre Américain et marib ne sont donc pas des défauts à vos yeux.

— Allez-vous me rendre responsable de toutes lés idées fantasques de madame Bloomfield?

— En aucune façon; mais je crois que vous voils regardez comme responsable de la irdnchise et de la sincérité de miss Etliiigbam. Je puis cotnprendre votre silence, quand on vous inlericge indiscrètement; iilais je suis convaincu que toutes vos assenions positives sont ' empreintes des dcu\ qualités que j'ai mcntibhnées. j

Eve le regarda avec reconnaissance, car elle voyait qu'tth profond i respect pour sdh iclractère avait dicté celte betnarque. Elle se leva, et dit en faisant un effort pour ne pas se trahir :

— C'est transfoi-toer en sérieuse affaire un léger badinage qui re- 1 garde notre Vieux capitaine au cœur de lion. Maintenant, pour vous prouver que je suis sincèrement reconnaissante de votre compliment, je voUs mettrai en ce lieu sur le choix d'un vieil ami , et je conherai j spécialement à vos soins le capitaine ïruck pendant son séjour au wigwam. Mon père et mon cousin l'estiment sincèrement, mais leurs habitudes s'éloignent des siennes beaucoup plus que les vôtres. Je le remets donc entre vos mains, en vous priant de faire en sorte qu'il ne regrette ni sou navire ni l'Océan.

— Je voudrais pouvoir m'acquitter de la tâche que vous me confiez, miss EHingham. Etre marin n'est pas toujours une recommandation auprès des personnes po.ies, intelligentes et d'un esprit cultivé.

— Mais quand on est poli, intelligent et d'un esprit cultivé , être marin c'est avoir un titre de plus; c'e»t posséder une utile branche de connaissances spéciales. Je suis certaine que le capitaine Truck sera entre bonnes mains; remplissez vos devoiis envers lui, je vais remplir les miens envers les dames.

Eve s'inclina en passant devant le jeune homme , et sortit de la chambre aussi rapidement qu'elle le pouvait sans se compromettre. Paul demeura immobile , et plongé dans une rêverie d oii le tira seulement la voix du capitaine Tmek , qui invoquait son témoignage contre les assertions erronées de M. Hnwel.

— tju'est-ce que c est que ce monsieur Powis? demanda madame

Bloomfield à Eve aussitôt que celle-ci l'eut retrouvée dans le cabinet de toilette.

— Vous savez qu'il était notre compagnon à bord du Monlaulc , et qu'il a contribué plus que tout autre à nous tirer des mains des Arabes.

— Je le sais , reprit madame Bloomfield avec une impatience et une brusquerie inusitées; mais est-il ou ii'est-il pas Européen?

Eve éprouva le plus grand embarras pour répondre à celte simple question.

— Je crois que non. Quand nous avons fait sa connaissance, nous avons cru d'abord qu'il était Anglais; mais depuis son arrivée à Templeton il nous a avoué qu'il était notre compatriote.

— Est-il ici depuis longtemps?

— IVous l'avons trouvé au village en descendant de voiture; il venait du Canada, et attendait son cousin, le capitaine Ducie , qui est arrivé avec vous.

— Son cousin !... Il a donc des cousins anglais? M. Ducie, avec la véritable réserve britaiiiii]ue , ne nous en a pas dit un seul mot. Le capitaine Truck nous avait raconié vaguement que M Powis, le héros des rochers, avait élé enlevé de son bord, et je ne savais pas qu'il eût retrouvé le chunin de notre... de son pays.. Eat-il aussi aimable que sir George 'fthiplemore?

— Je vous en laisse juge : je pense qu'ils le sont tous deux; mais les goûts d'une femme sont si capricieiix, que je ne puis répoudre que des miens.

— Il est marin, je crois: il doit l'être, pour avoir dirigé le paquebot avec tant d'habileté. Powi*. Powis, ce n'est pas là un nom américain , il doit être né dans les Etats du sud.

— Aous ne connaissons pas sa famille, répondit Eve avec simplicité; nous voyons q< e c'est un homme bien lié, mais il ne parle jamais ni de son origine ni de ses relations.

— J'ai beau chercher, je ne connais point de Powis a Philadelphie, à Baltimore, à Uichmond, à Charlesloun. Il doit être de l'intérieur.

Eve ne pouvait blâmer son amie d'une curiosité qui l'avait tourmentée elle-même ; mais elle aurait volontiers changé de eonversalion.

— M. Powis, dil-elle en souriant, serait flatte de savoir qu'il inspire tant d'intérêt à madame BluonifirlJ.

— Je n'en disconviens pas; a vrai dire, c'est le jeilBe Ii^mme le plus distingué que j'aie jamais vu, sous le rapport des manières, de l'extérieur et de la physionomie. Ajoutez à cela que l'on ma souvent parlé de sa bravoure et de son sang froid, et vous conviendrez, ma chère, qu'ii faudrait n'être pas ft nnue pour rester insensible a tant de qualités. S'il est réellemtni Américain, je douherais tout au monde pour savoir dans quel Etat il a pris naissance.

— Je l'ignore comme vous; mais il nous a déclaré bien positivement qu'il était notre compatriote , et qu'il avait débuté dans notre marine.

— Cependant, d'après le peu de mots qui lui sont échappés pendant notre ]iremière entrevue, je suppose qu'il a reçu une éducation supérieure à celle d'un marin vulgaire.

— M. Powis a beaucoup profité de ses voyages, et quand je l'ai rencontré eu Europe, c'était dans des cercles d'élite, propres à lui former le co-ur et l'esprit.

— \ otre connaissance n'a donc pas commencé à bord du paquebot?

— JNullemenl. .Mon père avait eu occasion de voir plusieurs fiis M. Powis et sir George ïtmplemore pendant notre séjour en différentes parties de l'Europe.

— Et la fille de votre père?

— La fille de mon père aussi , répondit Eve avec un sourire. M. Powis en particulier se fit connaître a nous dans des circonstances qui nous ont laissé un vif souvenir de son adresse et de sa résolution. 11 nous a rendu presque autant de services sur un des lacs de Suisse que sur lOcéau.

Ces détails étaient inédits pour madame Bloomfield, et elle eut l'air de les considérer comme trè^-imporlant3.

En ce moment la cloche du dîner retentit, et toutes les dames descendirent au salon. M. Ellingbam conduisit madame Hawker à table, et madame Bloonjfteld prit gaiement le bras d'Eve en disant qu'elle croyait avoir le droit, pour le premier jour, de s'asseoir auprès de la jeune maîtresse du wigwam.

— M. Powis et sir Georges Templemore n'auront pas à se disputer cet honneur, murmura-t-elle avant de prendre place.

— Ils n'en ont aucune envie. Sir George est enchanté de pouvoir se meilre à côté de ma cousine Grâce.

— En vérité? répondit madame Bloomfield en regardant fixement sa jeune amie.

— Je puis vous le garantir, et nous saurons plus tard jusqu'à quel point miss van Courtlandt est charmée de ses assiduités, yuant au baronnet, il laisse voir tous les jours, et a toutes les h«ures, qu'il n'est jamais plus heureux qu'en compagnie de ma cousine.

— Il a donc moins de goût et d intelligence que je ne lui en supposais ?

— Cela n'est pas nécessairement vrai, ma chère dame, et si c'était vrai, il ne faudrait pas le dire aussi ouvertement,

— Se non é vera, é Len truvato ; / /

EVE EFFJNGIIAM.

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