CHAPITRE XVIII
Le c.iiiiliiir.f Diicio sciait relire cIjiis sa cliambre, tt lisait en at- Icndaiit l'Iiciiie ilii r(]i,is, lorsqu'il entendit finppcr légèrement à sa poile. Il ilonna r,iulorisation d'entrer, et il \it ]).iraître Paul Povis.
— J'e^iièrc, dit celui-ci , que vous n'avez pas ouldic le portefeuille que j'avais l.iiisé pirini vos tflcls, cl au sujet duquil je vous ai écrit à Québec.
— Le voici, répondit le capitaine en le prenant au milieu de ses bagages.
— fllerci de vos lions soins, dit Paul en se retirant; il \ a lii-dedans des papiers très-imporlanlspour moi comme pour d'aulics.
« Je soussiijné, Jolin Lundi, déclare et certifie que toutes les lettres et pièces ci-incluses sont originales et authentiques. Jeanne Dowes, qui a écrit ou reçu la plupart de ces lettres, était ma mère. Elle avait épousé en secondes noces Pierre Uowes, qui l'a entrainée ii des actes dont elle a éprouvé plus tard un vif repentir. Ln me transmettant ces papiers, ma mère m'a laissé juge de la conduite que je devais tenir, et je les ai réunis afin qu'on put encore «n tirer parti. Dans le cas oii je serais appelé suliitement de \ie à trépas, l'essentiel est de connaître l'individu qui se faisait appeler Itriglit, et dont ma mère n'a jamais su le nom véritable. Llle savait cependant qu'il était Anijlais, et qu'il avait servi en qualité d'intendant dans une grande maison.
K Jons Lundi. •
La date de cette déclaration, qui remontait à plusieurs années, attestait que \L Luijli avait été longtemps préoccupé de la pensée de réparer une injustice. Tous les papiers avaient été const^rvés avec soin. Ils étaient numérotés, ce qui facilita singulièrement les reclicrclies des deux amis. Jolin LlViDgliam lut k voix basse la lettre n» I , et quand il eut achevé il la passa ii Powis en disant :
— C'est l'oeuvre d'un infâme scélérat.
Paul parcourut des yeux la lettre, qui était signée David lirigkt et adressée à madame Jeanne Dowes. Après de nombreiife< protestations d'amitié, David brighl exprimait le désir d'être utile à la femme dont il avait connu intimement le premier mari. Il avait, disait-il, des moyens de le faire ; il était prêt à les révéler, si sa correspondante voulait être de moitié dans une niyatérieuse entreprise. Cette lettre, qui remonl.iit à une époque assez éloignée, était datée de P.iiladelphie tt avait été reçue à ISew-Yoïk.
— La fourberie se peint dans chaque ligne de cet écrit, dit Paul en remettant le papier sur la table; il a été dicté par l'e-prit qui porta le diable a tenter notre mère commune.
— El à en juger par ce que nous savons déjà , il paraîtrait que la tentative réussit. Dans la lettre ii" 2, qui est transcrite d'après le manuscrit original . se trahit la curiosité féminine ; encouragé à s'expliquer plus claiienient, /•■ correspondtnt donne de nouveaux détails.
to cabinet de toilette d'Eve avait îie sur le lac, Grice s'y trouvait avec sa cousine.
— Arrètfz! Powis, arrêtez ! Avant de vous éloigner, la présence de Templemore vous conlrarie-t-elle ?
— Pas du tout; j'ai une sincère estime pour lui, et je serais fàcbé qu'il vînt à nous quitter.
— Je trouve pourtant singulier qu'avec ses habitudes, il vienne s'installer dans le? inontrignes, au lieu d'inspecter le Canada, pour en décrire l'état actuel dans son rapport au gouvernement.
— E<t-il vraiment chargé de celle mission ? demanda Paul avec intérêt.
— Pas d'une manière positive. Il est riche , et n'a pas besoin de fonctions salariées ; mais il a été invité par le ministère à faire un rapport sur la colonie du Canada. Sa négligence excitera de la surprise, mais elle n'entraînera pour lui aucune fâcheuse conséquence.
— ISonsoir, Ducie ; Templemore préfère un wijywam à l'enceinte fortifiée de (,>uéb?c, et des indigènes à des colons : voilà limi '
Une minute après, Paul frappa h la porte de John Elïmgham , qui lui fut ouverte.
— Ducie , dit-il, n'a pas oublié ma requête, et je vous apporte les papiers du piuvrc Lundi ; nous avons négligé trop longtemiis l'affaire dont nous nous étions chargés , mais il faut espérer que personne n'en souffrira.
— Est-ce là le paquet? demanda John Fiïingham en tendant la main pour recevoir une liasse de papiers que Paul avait tirée du portefeuille ; brisons les sceaux, et voyons avant de nous coucher ce que nous avons à faire.
— Ces papiers, répondit le jeune homme, me concernent particulièrement , et j'y attache le plus grand prix. \ oici ceux que nous a remis M. Lundi.
John tilinghara prit ces derniers, mit ses lunettes, et invita Paul à s'asseoir en face de lui autour d'une table de toilette. Le plus âgé et le véritable mandataire du défunt rompit les scellés pour commencer l'examen des documents. Il lut d'abord un certificat qui était conçu en ces termes :
N'oujUpz pas de rapporter le gril , ou ne reparaissez pas devant mes yeux.
Paul lut les lettres que John lui présenta, et dit apnfs avoir rêvé un iDStant : '. . .
— Il est probable que ce sera l'histoire d'un amour illégitime cl de ses funestes conséquences. Le monde est plein de malluiireux aventuriers; la jeunesse est l'époque des passions, et bien des hommes, à cet âge d'irréflexion, se préparent des regrets amers pour le reste de leur existence.
John Elïingham crut s'apercevoir qu'en prononçant ces roots son jeune ami rougissait, et il fut saisi d'une impression fâcheuse; car il rattachait au caractère et à la conduite de Paul le bonheur futur d Eve Elïingham. Cette émotion dura peu , seulement elle donna a JoUu
EVE EFFINGIIAM.
l'idëe que Powis pouvait être le fruit d'une de ces déplorables liaisons qu'il blâmait avec tant d'amertume.
Le jeune homme se remit promptement de son trouble, et continua avec le plus grand sang-froid la lecture de la correspondance. Un enfant en était l'objet ; il avait été confié il Pierre IJowes et à sa femme pour être élevé comme leur fils, moyennant une somme considérable une fois payée, et une gratification annuelle ; et l'enfaut semblait avoir été très-négligé par les personnes qui l'avaient remis aux époux Dowes, et ceux-ci avaient été souvent obligés de réclamer instamment la pension convenue.
11 fallut une heure entière pour consulter tous ces papiers, et lorsque John Effingham mit ses lunettes sur la table, l'horloge du village sonna minuit.
— Jusqu'à présent, dit-il à son compagnon, tout ce que nous savons, c'est que l'enfant a été élevé sous un faux nom ; mais nous manquons de détails, et ce David Brighl doit s'être caché sous un pseudonyme. Le piuvre Lundi , qui possédait tous ces renseignements, ne savait pas précisément quelle injustice avait été commise , et quels torts il y avait ii réparer; autrement, il n'aurait pas laissé dans l'ombre une particularité aussi essentielle.
— Ce sera vraisemblablement une affaire compliquée, répondit Paul, et il n'est pas démontré que nous puissions la mener à bonne fin. Comme vous devez être fatigué , nous pouvons , je crois , sans inconvénient , ajourner la suite de celle enquête.
John Ellingham y consentit, et Paul, après avoir place tous les papiers, les remit dans le portefeuille, avec la liasse qui le concernait personnellement,
— Nous n'avons pas besoin, dit-il, d'autant de formalilés que lorsque nous avons reçu ces papiers des mains du pauvre Lundi; il suffira que vous gardiez le portefeuille dans votrecliambre, et que j'en emporte les clefs.
— Qui sait? repartit John Efiingham avec la prévoyance de l'âge mûr; nous n'avons pas encore lu toutes ces lùcces; voici devant nous de la cire , vous avez comme moi un cachet suspendu .i votre montre , et il ne faut pas plus d'une minute pour apposer de nouveau les scellés sur ce paquet. Quand celte opération sera faite , vous pourrez laisser le portefeuille ou l'emporter si bon vous semble.
— Je vous le laisserai, car s'il contient des documents auxquels j'attache du prix, et qui sont réellement d'une grande importance pour moi, je n'en ai pas un besoin immédiat.
— En ce cas, il vaudrait mieux serrer le paquet de M. Lundi dans celte armoire, et emporter chez vous les papiers qui vous concernent.
— Peu importe, à moins que ce portefeuille ne vous gêne. 11 me sufl'it de le savoir en sûreté, mais peut-être suis-je plus heureux lorsqu'il n'est pas devant moi, que lorsque je l'ai constamment sous les yeux.
Powis prononçi ces mots avec un sourire forcé, et sa physionomie exprima une tristesse qui excita la sympathie de son compagnon. Toutefois celui-ci se cofroita de faire un signe d'assentiment, et déposa silencieusement le portefeuille dans une armoire.
Paul allait se retirer, mais John Eflingham lui prit la main, et le força doucement de se rasseoir ; tous deux gardèrent un moment un silence embarrassant.
.. — Nous avons assez souffert ensemble, nous avons passé ensemble par d'assez rudes épreuves pour être amis, dit John Effingham. Je serais mortifié si vous aviez l'idée qu'une inconvenante curiosilé me pousse à solliciter votre confiance; j'espère que vous me l'accorderez, et que vous attribuerez à ses véritables motifs la liberté que je prends en ce moment. L'âge établit quelque différence entre nous, et le vif
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intérêt que j'éprouve pour vous me donne droit à n'être pas traite complètement en étranger. Cet intérêt, que je puis même qualifier d'aiïeclion, m'a rendu observateur à votre égard. Jai découvert que vous n'étiez pas tout à fait dans la position ou vous deviez être, avec votre fortune et voire éducation ; et je suis persuadé que les sympathies, peut être même les conseils d'un homme heaucoup plus âge que \ous, peuvent ne pas vous être inutiles. Les confidences que vous m'avez faites sur voire situation personnelle m'autorisent presque a vous en demander davantage.
Le cousin d'Eve prononça ces paroles du ton le plus doux et le plus séduisant, et peu d'hommes, en pareille circonstance, pourraient mettre autant de force persuasive dans leur voix et dans leur regard. Paul parut ému, mais non méconleiit.
— L'intérêt que vous prenez à mon bonheur, répliqua-t-il, me pénètre de reconnaissance, et si je savais sur quelles particularités vous désirez des renseignements, je n'essayerais pas de vous rien cacher.
Veuillez donc m'adresserdes questions, monsieur Eflingham, afin que je uie dispense de vous entretenir de choses qui ne vous intéresseraient pas.
— Tout ce qui importe réellement à votre bonheur aura de l'inlérêt pour moi.
Vous m'avez sauvé d'un ].i'ril imminent, vous avez arraché ceux que j'aime ii u; e destinée pire que la mort.
Célibataire et sans enfant< , je me suis fouvent proposé d'essayer de vous tenir lieu des amis naturels que vo;.s avez piobablcnient perdus.
Votre père et votre mère...
— Tous deux sont morts ; je ne les ai jamais connus , répondit Paul avec un sourire mélancolique , et j'accepterai avec joie votre oft'r^ généreuse ; mais à une seule condition.
— Ceux qui demandent une faveur ne doivent pas êlre difl'iciles, dit John Effingham. J'en passerai pai tout ce que vous voudrez , pourvu que vous m'accordiez une partie de la confiance d'un fils pour son père. Quelle est votre condition ?
— Que le mot argent sera rayé de notre vocabulaire , et que vous ne changerez rien à votre teslaraenl. Vous auriez beau chercher, vous ne trouveriez nulle part au monde d'héritière plus digne et plus aimable que celle que vous avez déjà choisie, et que la Providence elle-même a désignée. Je ne suis pas
riche compar.ativemenl à vous, mais je jouis d'une honnête aisance; et comme je ne me marierai probablement jamais ma fortune suffira a tous mes besoins. , . , , , .
John Effinpham fut charmé de cette franchise et de la sympathie secrète qui existait entra eux. Il sourit de la recommandation de Powis car à la connaissance d'Eve , et avec l'entière approbation de son père, il avait déjà ajouté un codicille à son testament pour laisser ■ leur jeune protecteur la moitié de sa grande fortune.
— Puisque vous le désirez, répondit-il évasivement, mon teslamenl restera intact , et votre condilion est acceptée. Vos paroles me confirment ce que votre genre de vie m'avait déjà fait soupçonner c est que vous avez une fortune indépendante; j'en suis bien aise. Cette position mettra plus d'égalité entre nous, et consolidera par conséquent une liaison à laquelle rien ne s'oppose, je 1 espère... Vous avez vu beaucoup le monde, Powis , pour un homme de votre âge et de votre profession. . -n ■ i
On croit généralement que les marins ont mille occasions de
voir le monde,"mais je conviens avec vous qu'il ne se montre à eux que par échappées. 11 y a plusieurs années, les circonstances, et je dois le dire , l'ordre formel d'une personne à laquelle j'étais force
I d'obéir, m'obligèrent à quitter le service. Depuis ce temps, j'ai presque toujours voyagé. Grâce à diverses conjonctures favorables, j'ai été
1 admis dans des sociétés euroj^écnnes oii mes compatriotes pénètrent
Trères, rue dfl Vaugiràrd , :if^.
Le capitaine Truck donnait la main à madame Hawker.
EVE EFFINGHAM
rarement, et je puis dire sans vanité, que j'ai profilé de cet avantage. Je voyageais en Europe, quand j'eus le plaisir d'y rencontrer M. Éfiinfîli.im et sa fille. J'ai couru de tous côtés, même pendant mon enfance, et c'est à celte vie errante que je dois la connaissance de plusieurs langues étrangères.
— Mon cousin m'avait instruit de ces détails. Il avait des doutes sur votre nationalité, et vous avez tranché la question en déclarant que vous étiez Américain. Il paraît toutefois que vous avez des parents anglais, entre autres le capitaine Ducie.
— Nous sommes fils des deux sœurs, mais notre amitié n'a pas toujours été aussi intime que les liens du sang l'exigeaient. Quand il m'a rencontré en mer, l'embarras que j'ai témoigné, la résolution subite que j'ai prise de retourner en Angleterre, ont dû surprendre les témoins oculaires de notre entrevue.
— Nous connaissons vos principes, reprit John avec franchise, et les soupçons fâcheux, que nous avons conçus malgré nous, ont été promptement dissipés.
— Ducie est plein de loyauté, et il honore son noble métier. La dernière fois que nous nous étions vus, c'était comme ennemis, et notre rencontre inattendue nous embarrassa tous deux également.
— Il a fallu de graves motifs pour armer l'un contre l'autre les enfants des deux sœurs, dit John Ellingliam d'un Ion sévère.
— J'en conviens; mais ;i celle époque le capitaine Ducie émettait sur ma naissance des doutes injurieux, et comme nous étions tous deux militaires, un duel était devenu inévitable. Ducie m'envoya un cartel que je n'étais pas d'humeur à refuser. Nous en fûmes quilles pour de légères blessures, et pendant un intervalle de trois ans mon adversaire eut le temps de reconnaître qu'il ne m'avait pas rendu justice, et qu'il m'avait provoqué sans raison. Le généreux désir d'expier ses torts envers moi lui inspira le projet de venir me chercher en Amérique ;i la première occasion. 11 tenait à me voir, et il attendait avec impatience l'ordre devenir croiser dans nos mers, quand une dépêche télégraphique lui enjoignit de se mettre a la poursuite du Montauk. Vous jugez de la joie qu'il éprouva en me trouvant à l'improviste sur ie bâtiment qu'il chassait. C'était faire d'iuie pierre deux coups.
— Et vous enlevait-il encore avec des inlentions hostiles?
— Nullement : après avoir passé quelques heures dans la même cabine, nous devînmes excellenls amis. Quand deux hommes ont élé séparés par une antipathie violente et des préjugés déraisonnables , il leur suffit souvent de se mieux connaître, pour que tout nuage disparaisse entre eux. Ce fut ce qui arriva , et le capitaine Ducie fit exception dans celte foule de cousins anglais qui traitent de haut en bas leurs parents d'outre-mer.
— Il n'y en a que trop , dit John avec émotion ; c'est la suite de cette servitude morale que subissent encore les Etats-Unis, après soixante ans de prétendue indépendance.
— Je partage voire opinion, monsieur; toutefois, en ce qui me concerne , je n'ai pas eu à me plaindre, car les parents qui m'avaicnl d'abord éconduit se sont crus obligés de me faire un accueil d'autanl plus gracieux. Je ne leur demandais rien, et je ne me souciais pas de disputer aux Ducie la pairie.
— La pairie! Votre père et votre mère étaient donc Anglais ?
— Je ne le crois pas; mais il y a eu des rela lions si étroites enire les deux pays , qu'il n'est pas étonnant qu'un titre de pair eût passé à une famille coloniale. Ma grand'mère hérita d'une de ces anciennes baronnics qui se transmellent même aux femmes, et ses droils échurent en parlage à ma tante et à ma mère. On prétendait que celle-ci n'avait pas laissé d'enfants...
— Et vous , vous comptez-vous pour rien ?
— Pas d'enfant légitime, reprit l'owis en rougissant.
Madame Ducie, qui avait épousé le fils cadet d'un noble anglais, réclama et obtint pour sa descendance le titre auquel j'aurais pu prétendre. C'est parce qu'on redoutait en moi un concurrent qu'on me vit d'abord de mauvais œil ; mais après avoir reconnu la fénérosilé de Ducie, je fus le premier à soutenir ses réclamations, et lady Dunluce est maintenant confirmée légalement dans la possession de la pairie.
— Beaucoup de jeunes Américains de ma connaissance n'auraient pas si.facilemtnl renoncé à cet excès d'honneur.
— Je le crois comme vous; mais, en somme , mon sacrifice n'est pas grand ; les ministres anglais auraient difficilement consenti à conférer une aussi haute diijnilé à un élranger, qui ne craignait pas d'avouer ses idées cl ses prédib'ctions nationales. Ma tante est heureuse de s'entendre appeler lady Dunluce ; quand Ducie lui succédera , un excellent garçon se trouvera pair d'Angleterre, et je n'éprouverai aucuns regrets, fier de vivre et de mourir Américain. Nous êtes, monsieur, le premier compatriote auquel j'ai jamais parlé de celte circonstance, et j'espère que vous la tiendrez secrète.
— Faudra-t-il la laire même ii ma famille? Je ne suis pas, Powis , le seul ami sincère et dévoué que vous ayez au wigwain.
— Yous agirez comme vous l'entendrez, mon cher monsieur; si mes aventures inléiessent assez M. Edouard pour qu'il désire savoir ce que je viens de vous dire, ne faites point de mystère inulile; si II ême... si mademoiselle Viefville...
— Ou Anne Sidley , ou Annette, interrompit John Effingham en souriant; vous pouvez vous fier il moi ; mais avant de nous retirer , je
voudrais m'assurer bien positivement d'un fait que vous avez déjà malheureusement affirmé.
— Je vous comprends, monsieur, et je n'ai pas l'intention de vous laisser dans le doute sur ce point important. Il est pénible pour un homme qui a quelque fierté de douter de la pureté de sa mère; la mienne ne méritait aucun reproche. Dieu merci! C'est ce qui a élé clairement établi : sans cela , je n'aurais eu aucun droit légal à la pairie.
— Et même à votre héritage, ajouta John Effingham en poussant un long soupir comme un homme soulagé d'une douloureuse inquiétude.
— Ma fortune ne me vient pas de mes parents , je la dois à la générosité ou, si vous voulez, au caprice d'un tuteur qui m'adopta, m'emmena dans ses voyages, me fit entrer jeune encore dans la marine, et finit par me laisser tout ce qu'il possédait. Comme il était garçon et qu'il n'avait que des parents très-éloignés, j'acceptai ses dons sans scrupule : il y mil pour condition que je quitterais le service, que je voyagerais pendant cinq ans, et que je viendrais me marier au\ Elals-Unis. Il ne m'imposa pas absolument cette condition; mais ce fut le conseil solennel d'un homme qui m'avait témoigné l'amilié la plus désintéressée.
— Je lui envie l'occasion qu'il a eue de vous être utile, et je suis convaincu qu'il avait de précieuses qualités, puisqu'il a su apprécier les vôtres, i'ermetlez-moi maintenant de vous remercier de la confiance que vous m'avez montrée, je ne l'ai point sollicitée en vain , et je n'en abuserai pas. Nous continuerons prochainement nos recherches dans les papiers du malheureux Lundi , qui jusqu'à présent ne nous annoncent pas de curieuses révélations.
Les deux amis se serrèrent cordialement la main , et Paul sortit , éclairé par son compagnon. Quand le jeune homme fut à la porte de sa chambre, il se retourna et s'aperçut que John Effingham le suivait des yeux. Celui-ci lui souhaita une seconde fois le bonsoir avec un de C( s séduisants sourires qui donnaient tant de charme à sa physionomie.