CHAPITRE XVI
Maud ne mettait aucun artifice dans sa conduite; elle avait à peine assez d'empire sur elle-même pour dissimuler les émotions de son cœur. Aussi n'aurons-nous pas à raconter une scène dans laquelle une miniature, faite en secret, à l'insu de tous, amène entre les deux amants une explication décisive. A la vérité, Maud avait essayé de faire de mémoire plusieurs portraits de Robert Willoughby, mais elle y avait travaillé ouvertement, à la connaissance de toute la famille, qui les avait trouvés d'une étonnante ressemblance. La jeune fille même n'en avait pas été aussi satisfaite. Pareille à ces artistes dont l'imagination féconde crée des types impossibles à reproduire, iMaud déplorait 1 insuffisance de ses pinceaux quand il fdllait rendre l'image qu'elle avait constamment devant les yeux. Ce portrait manquait d'animation ; cet autre, de douceur; ce troisième avait plus de défauts encore; l'artiste avait recommencé cent fois sans avoir réalisé son idéal. Elle n'avait point cependant caché ses eflforts, et une demi-douzaine de ces portrait» ébauchés se trouvaient dans le portefeuille dont elle étala le contenu aux yeux de l'original.
Jamais Robert ne l'avait trouvée plus belle. L'émotion d'un plaisir pur colorait les traits de la jeune artiste; il y avait dans ses regards un mélange de franchise, d'amour fraternel, de tendresse et de pudeur féminine qui lui donnait un nouveau relief. Les faibles lueurs de la lampe laissaient l'atelier dans une pénombre au milieu de laquelle le jeune homme pouvait voir les sourires de Maud, ses rougeurs passagères et les variations de sa mobile et charmante physionomie.
— Vous reconnaîtrez sans peine, Robert, dit-elle en ouvrant le portefeuille, que je suis loin des vieux maîtres dont vous parlez tant; je suis tout bonnement votre élève indigne, et si vous trouvez des défauts à mes œuvres, vous aurez la bonté de vous rappeler que mon maître m'a abandonnée pour guerroyer. Voici d'abord une caricature de votre image !
— Elle est ressemblante, je vous l'assure. Vous l'avez donc faite de mémoire ?
— Pouvais-je la faire autrement ? Vous n'avez jamais voulu poser, et vous avez eu tort , car ma mère désire depuis longtemps posséder votre portrait. C'est pour répondre à ses vœux que j'ai entrepris ces essais informes.
— Et pourquoi ne les avez-vous pas terminés? En voici six ou huit que vous avez laissés de côté après les avoir achevés à moitié. Pourquoi m'avoir traité si cavalièrement, miss IMaud ?
L'incarnat des joues de Maud devint plus vif.
— Caprice de jeune fille, répliqua-t elle; aucun de ces portraits n'est à mon gré, et, franchement, je pense qu'aucun d'eux n'est digne de vous.
— Comment ! en voici un qui me paraît presque irréprochable.
— Il manque d'expression.
— Et celui-ci est encore mieux. Vous pourriez le finir pendant que je suis ici; je vous donnerais quelques séances.
— Non ! ma mère ne l'aime pas; elle trouve qu'on y voit trop le major d'infanterie. M. Woods dit que c'est un tableau de bataille.
— Eh bien ! est-ce qu'un soldat ne doit pas avoir l'air d'un soldat? Ce n'est pas ce que dé'ire ma mère. Nous ne voulons pas que votre
image nous rappelle Bunker's-Hill. Vos parents désirent vous voir tel que vous leur paraissez à eux-mêmes, mais non pas tel que vous paraissez à vos ennemis.
— Sur ma parole, Maud, vous avez fait d'immenses progrès. Voilà des vues de la Roche, de l'écluse des castors, du moulin, de la chute d'eau, ce sont autant de superbes aquarelles. Qu'est-ce que cela? Vous avez essayé de faire votre propre portrait ? Vous avez dû , pour y arriver, vous regarder bien attentivement au miroir.
Aux premières paroles du major, le sang était monté au visage de Maud; puis, par une révulsion subite, elle devint d'une pâleur effrayante. Pendant quelque temps elle demeura silencieuse , les yeux fixés sur le plancher, sachant que Robert Willoughby regardait alternativement la miniature et l'original, pour en faire la comparaison; puis elle osa lever timidement les yeux sur lui comme pour le supplier de cesser son examen. Le jeune homme avait trop de plaisir à tenir à la main ce charmant portrait.
— C'est bien vous, Maud! s'écriait-il; mais dans un étrange costume. Mais pourquoi vous êtes-vous défigurée par une pareille mascarade ?
— Ce n'est pas moi; c'est une copie d'une miniature que je possède.
— Une miniature que vous possédez ? Et pourquoi ne m'avoir pas montré une œuvre si remarquable ?
Une faible rougeur illumina la figure de Maud , et le sang remonta à ses joues; elle tendit la main vers le portrait, le prit et le contempla avec une émotion profonde, jusqu'à ce que les larmes lui vinssent aux yeux.
FLEUR DES BOIS
— Maud, TOUS ai je fait de la peine? Je ne vous comprends pas en ce moment; mais je conviens qu'il y a des secrets que je ne dois pas chercher à pénétrer.
— Au fait, liobert, c'est attacher trop d'importance à un sujet qu'il faudra aborder tôt ou tard. C'est la copie d'un portrait de ma mère, de M:(ud Yeardley, la femme de mon père, le major Mérédith.
Ces paroles, qui firent refluer le sang du major vers son cœur, furent prononcées avec une fermeté dont notre héroïne même fut surprise, quand elle réfléchit plus tard à tout ce qui s'était passé.
— Robert, poursuivit-elle, cette miniature se trouvait dans les bijoux que notre père m'a remis il y a un mois. Vous savez que j'ai atteint l'époque de ma majorité; je suis maintenant maîtresse d'une fortune dont je ne saurais que faire si je ne l'employais pour ce cher petit Evert.
— Ce sont bien les traits de votre mère, dit le major en reprenant la miniature.
— Comment le savez-vous, Robert? Moi, je suppose que c'est ma mère, parce qu'elle me ressemble, et que ce serait difficile que ce fût une autre personne. Mais vous, vous ne l'avez jamais vue !
— Vous vous trompez, Maud. Je me rappelle parfaitement vos parents, qui étaient amis intimes des miens. Kappelez-vous que j'ai maintenant vingt-huit ans, et que j'en avais sept au moment de votre naissance. Ne vous a-t-on jamais parlé de ma première campagne?
— Non ; on me l'a cachée, sans doute parce que mes parents y jouaient un rôle.
— Vous avez raison.
— Maintenant je suis en âge de l'apprendre, et je vous prie de ne me rien dissimuler.
— C'était dans un combat contre les Français et les sauvages. Votre père et le mien coururent aux retranchements, et moi, enfant insoucieux, avide de rixes et de spectacles, je m'élançai à leurs côtés. Votre père tomba un des premiers, il était mort sur le coup. Mais Joyce et le capitaine Willoughby défendirent son corps contre les Indiens, et le préservèrent d'être mutilé. La tombe qu'on lui éleva reçut bientôt votre mère; alors vous vîntes avec nous, et vous ne nous avez plus quittés.
Ce récit fit couler les larmes de Maud, et Robert, respectant ces émotions si naturelles, s'interrompit un instant. Puis il reprit :
— Vos parents sont encore présents à mes yeux. J'étais leur favori, et ils me caressaient souvent. Je me souviens de votre naissance, Maud; et vous n'aviez pas encore huit jours, qu'on me laissait vous porter dans mes bras.
— Alors, Robert, vous avez su de suite ma véritable position. Vous devez y avoir songé souvent.
— Certes, j'ai su que vous étiez la fille de Lewellen Mérédith, et non celle de Hugues Willoughby.
— Robert ! s'écria Maud dont le cœur battit violemment. Un torrent de sentiments divers se précipitait dans son esprit; une alarme soudaine, la crainte de mal faire, un vague pressentiment de la vérité, la bouleversèrent à tel point qu'elle faillit perdre l'usage de ses sens.
11 n'est pas facile de dire ce qui aurait suivi ce commencement d'explication , si elle n'avait été interrompue par des cris d'alarme partis de la pelouse. Après avoir adressé à Maud quelques paroles rassurantes, Robert descendit rapidement l'escalier, et fut bientôt à son poste. Il n'y avait pas un instant à perdre; tous les habitants étaient dehors et s'attendaient à un assaut.
Le belliqueux Robert éprouva le supplice de Tantale. Il ne voyait pas d'ennemi sur le derrière, et était condamné à une inaction que lui rendaient odieuse sa jeunesse, son état et sa qualité de fils de la maison.
Il est probable qu'il aurait oublié l'injonction qu'on lui avait faite de ne pas se montrer, si Maud n'était venue le conjurer de rester en repos jusqu'à ce que sa présence fût absolument nécessaire.
Resté seul, le major écouta attentivement; mais, à son grand étonnement, les clameurs avaient cessé. Malgré les recommandations de Maud, il se pencha par la fenêtre, mais il ne remarqua aucun changement. Il se décida à envoyer Michel O'Hearn à la découverte, ne gardant auprès de lui que les deux Pline. Au bout de trois minutes il entendit des coups de fusil, auxquels on répondit par une décharge. Un instant après, un coup de fusil isolé partit de la maison, et [Vliclicl se précipita dans la bibliothèque, le fusil à la main, et les yeux rayonnants d'une espèce de joie sauvage.
— Quelles nouvelles? demanda le major; que veulent dire ces décharges de mousquelerie ?
— On se bat , répondit Michel. Si les coquins n'ont pas fait sur la Roche un feu de iieloton régulier, comme dit le sergent Joyce, je ne m'appelle pas Michel O'ilearn.
— Mais pourquoi mon père a-t-il pris l'initiative? Pourquoi avfzvous eng.igé l'action?
— Parce ([u'on a tiré sins l'ordre du capitaine. Oh ! comme il a froncé le sourcil en entendant siffler les balles! Et dire que ces sauvages ont riposté à une décharge qu'on avait fiite contre les ordres du maître! Son Honneur avait recommandé de ne pas tirer, et ces misérables sauvages, loin de lui savoir gré de ses bonnes intentions, ont canardé la maison comme si elle n'eût pas été habitée par des créatures raisonnables.
— Expliquez-vous mieux, de grâce, ou vous me ferez perdre la tète. Il m'est impossible de vous comprendre.
— Il vous serait bien plus impossible encore de comprendre M.Joël Strides; il se prétend descendant des puritains; s'il dit vrai , les puritains ont produit une bien mauvaise race. Les ordres avaient été exprimés de la manière la plus intelligible. « Vous attendrez que je commande le feu, » avait dit le sergent Joyce. Cependant les sauvages sont revenus sur les rochers dont ils avaient pris possession hier au soir. Ils avaient l'air de vouloir déjeuner oii ils avaient soupe. Ils ne nous disaient rien, quand Joël et ceux qui l'entouraient se sont avisés de tirer sur eux.
— Ils ont riposté?
— Vous avez deviné juste. On voit que vous êtes le fils de votre père.
— Et quel est ce coup de fusil parti isolément?
— C'est moi qui l'ai tiré, répondit Michel. Dès que j'ai vu qu'on avait enfreint les ordres, et que le mal était sans remède , je n"ai pas voulu laisser aux autres l'honneur du combat, et j'ai tiré par-dessus les palissades. Malheureusement les sauvages étaient trop loin pour qu'on pût les atteindre.
Pour obtenir de plus amples renseignements, Robert Willoughby envoya Pline le Jeune chercher son père, qui parut accompagué de M.Woods.
— Les Indiens, dit il, ont repris leur position d'hier. J'ignore quels sont leurs desseins; mais il y a des moments oii je suis tenté de croire qu'il y a des blancs parmi eux. J'en ai parlé à Strides, chapeldin. J'ai cru m'apercevoir qu'il partageait mes idées.
— Joël est une énigme pour moi, répliqua M. Woods. Soumettezlui une idée, il la saisira avidement; puis il jouera avec elle comme un chat qui joue avec une souris quand il n'a pas d'appétit.
— C'est un fameux puritain, grommela Michel dans un coin de la chambre.
— S'il y a des blancs parmi les Indiens, demanda Robert Willoughby, pourquoi ne se font-ils pas connaître?
— Je veux savoir plus complètement l'avis de Strides, répondit le capitaine après un moment de réflexion. Retirez-vous, Robert; en laissant votre porte entre -baillée, vous pouvez entendre notre conversation.
L'inspecteur était constamment préoccupé de la rencontre de la nuit précédente. Il ne soupçonnait pas la présence du major Willoughby, mais il s'imaginait que quelque agent secret de la couronne était venu à la Roche, et qu'il pouvait tirer parti de cette circonstance pour détruire la popularité du capitaine. 11 ne fut donc pas fàrhé d'être invité à une conférence, espérant qu'il parviendrait à connaître la vérité.
— Asseyez-vous, Strides, dit le capitaine en lui indiquant une chaise éloignée de la porte restée entrouverte. Je vais vous consulter sur ce qui se passe du côté des moulins. Il me semble qu'il y a parmi les assaillants plus de visages pâles que de peaux rouges.
— Ce n'est pas invraisemblable, capitaine, dit Joël; il y a beaucoup d'Américains qui se déguisent et se peignent le corps depuis qu'on a déterré la hache de guerre. Les premiers qui se sont soulevés contre l'impôt du thé parcouraient la campagne en costume indien.
— En efifet; mais pourquoi les blancs prendraient-ils un pareil déguisement pour venir à la Roche? Je ne crois pas avoir d'ennemi sur la terre.
Le capitaine Willoughby était en droit de croire que sa probité , sa franchise, sa générosité reconnues lui avaient concilié la bienveillance universelle ; mais c'était supposer que le génie du mal avait cessé d'exercer sa puissance parmi les hommes. Joël savait mieux à quoi s'en tenir à cet égard , quoiqu'il ne jugeât pas à propos d'éclairer son interlocuteur.
— Les gens qui se déguisent en Indiens, reprit Joël, ne connaissent ni amis ni ennemis. Puis-je demander au capitaine pourquoi il pense que ces sauvages ne sont pas des sauvages? Ils me semblent avoir l'air de véritables Peaux Rouges.
— Ils mettent trop d'hésitation dans leurs mouvements. Les guerriers des tribus agissent plus ouvertement, et l'on sait de suite s'ils aiiportent la paix ou la guerre.
Joël sembla frappé de cette observation ; et sa physionomie, qui avait d'abord un air de méfiance, de ruse et de curiosité inquisitoriale, prit tout d'un coup l'expression d'une méditation profonde.
— Cependant, reprit-il , le messager qu'ils vous ont envoyé hier m'a paru appartenir k la tribu des iMohawks.
— C'était certainement un Indien, mais il ne parlait pas anglais. Nous avons conversé en bas hollandais, et dans la crainte d'une trahison , je me suis hâté de couper court à l'entretien.
— On ne saurait prendre trop de précaution contre la trahison. Le capitaine se propose-t-il de défendre réellement la maison , si l'on tente un assaut dans la journée ?
— Voili une question bien extraordinaire, monsieur Strides. Pourquoi donc aurais-jc établi des retranchements? Pourquoi aurais -je armé la garnison ?
— Je supposais que c'était uniquement pour empêcher une surprise, mais non dans l'intention de soutenir un siège. Je serais f.àché de \oir nos femmes et nos enfants sous un toit contre lequel l'ennemi dirigerait une attaque sérieuse.
FLEUR DES BOIS
— Et moi je le serais de les voir ailleurs. Mais nous perdons notre temps. Je vous ai envoyé chercher, Joël, pour savoir votre opinion sur nos visiteurs; qu'en pensez-vous?
Joël appuya son coude sur son genou, et son menton sur la paume de sa m;iin ; puis il réfléchit avec toutes les apparences de la bonne foi.
— 11 faudrait, dit-il enfin, qu'un homme fût assez audacieux pour sortir avec un pavillon.
— Et qui pourrais-je employer comme parlementaire? Si je n'étais nécessiire en Cfs lieux, je tenterais volontiers celte démarche.
— Je suis prêt à vous servir, interrompit Michel avec précipitation. Je n'ai pas besoin de vous dire que je vous appartiens corps et âme.
— Je ne m'attendais pas à cette proposition , dit Joël d'un ton railleur. Michel sait à peine distinguer un Indien d'un homme blanc, et les peintures dont les assaillants sont couverts le jetteraient dans un terrible embarras.
— Vous me jugez mal, monsieur Strides; le capitaine n'a qu'à dire un mot, et je me mettrai en route.
— Je n'en doute pas, Michel, dit le capitaine avec bonté; mais il est inutile de vous eiposer dans la circonstance actuelle. Je trouverai d'autres messagers.
— Le capitaine semble avoir quelqu'un en vue, dit Joël en fiiant un œil perçant sur son maître. C'est peut-être celui que j'ai vu avec lui hier au soir. Ce doit être un homme de confiance.
— Vous avez deviné juste. J'ai en vue l'homme qui était dehors hier en même temps que moi , et qui s'appelle Joël Strides.
— Moi ? Mais je ne saurais seul tenter l'entreprise. Vous étiez deux hier au soir. Je crois qu'on peut se fier à votre compagnon ; et s'il veut marcher, je marcherai.
— Convenu ! dit Robert Willoughby en sortant subitement de sa chambre. Je vous prends au mot, monsieur Strides; nous nous exposerons tous les deux pour contribuer à dissiper les alarmes de la famille.
Le capitaine fut stupéfait ; il se demanda s'il avait sujet de se féliciter ou de s'affliger de cette brusque apparition. Michel parut mécontent que le major eût été découvert. Strides examina attentivement l'étranger, le reconnut au premier coup d'oeil, et eut assez d'empire sur lui même pour dissimuler ses impressions. Il n'eut plus d'ailleurs d'objections à opposer à l'expédition projetée. Il était sûr d'être favorablement accueilli si les assaillants étaient des Américains , et dans le cas contraire, il serait sous la protection d'un officier du roi.
— J'ai vu monsieur quelque part, reprit Joël d'un ton hypocrite, mais je ne sais plus oii. Cependant, comme le capitaine a confiance en lui, je suis prêt à l'accompagner.
— Marchons, capitaine Willoughby, interrompit le major afin de prévenir les observations de son père; il importe de vous tirer d'inquiétude le plus tôt possible. Je désire me mettre en route immédiatement, et j'espère que c'est aussi l'intention de ce brave homme, que vous appelez, je crois, Joël Strides.
Joël fit un signe d'assentiment. Le capitaine ne put s'opposer à la démarche en question. Il passa avec le major dans la petite chambre, l'entretint pendant quelques minutes, et donna l'ordre du départ.
— Votre compagnon a reçu mes instructions, Joël, dit le capitaine, et vous suivrez ses conseils. Déployez le pavillon blanc aussitôt que vous serez dehors; ils le respecteront si ce sont de véritables guerriers.
Robert Willoughby craignait trop les reproches de Maud pour différer son départ. Il traversa rapidement la cour avant qu'aucun des hommes de la garnison pût s'apercevoir de sa présence. Le capitaine se sentit le cœur plein d'angoisse ; mais elle fut étouflëe par son orgueil militaire. Il serra la main de son fils et le laissa partir. Joël le suivit avec une fermeté apparente, quoiqu'il ne fût pas rassuré sur les conséquences que pouvait avoir pour la famille et lui une entreprise aussi témércùre.