EXCURSION EN BF.LGIQCE
de s'en servir pour honorer Dieu, c'est une justice et une utilité auxquelles nous ne fommes pas encore parvenus. Les plus hautes maisons d'une ville américaine sont invariablement ses tavernes ; nous ne bâtissons de pyramides qu'en l'honneur des boissons alcooliques. Lorsqu'il s'agit du culte, on se contente d'une coquille de noix; mais quand il est question de manger et de boire, la tente de Pari-Kanou ne serait plus assez vaste pour nous contenir : j'aimerais mieux de grandes églises et de petites tavernes.
Il y a dans l'Eglise romaine deux usages qui me paraissent utiles et salutaires; le premier consiste à laisser l'église ouverte à toute heure: rarement je suis entré dans ces nefs immenses, si parf.iitemenl appropriées au service divin, sans trouver des fidi-les agenouillés devant les différents autels ; un autre usage est celui delà prière périodique, dans les champs ou partout oli les campagnards sont réunis. Je me rappelle avec plaisir l'effet produit par la cloche du village, lorsqu'à l'heure de l'Angelus elle faisait entendre sa voix dans les plaines ou sur les collines : l'Amérique et je pourrais dire aussi le protestantisme sont dépourvus de ces charmes touchants, et je crois qu'on n'avait aucune raison suffisante pour les proscrire.
La population de Liège est encore catholique, quoiqu'elle ne soit plus sous l'empire des pri^tres; elle parle un mauvais français qui est la langue de tout le pays jusqu'aux frontières de la Prusse. Walter Scott, dont les vives peintures ont un cachet de vérité qui abuse ses lecteurs, s'est souvent trompé sur les détails étrangers à ses connaissances spéciales, c'est-à-dire aux traditions écossaises. Ainsi dans Quentin Durirard il a représenté les Liégeois comme parlant flamand ; c'est une erreur dont ils se plaignent et qui leur est très-sensible. Un poëte peut se permettre de grandes licences, et la critique vétilleuse peut seule relever ces légères taches dans un ouvrage de pure imagination; mais Walter Scott aurait pu éviter cette faute s'il s'était donné la peine de prendre des renseignements.
Les femmes de Liège sont très-laborieuses : elles sont employées aux travaux des champs, des forges et des mines; on les voit souvent occupées à transporter sur le quai les marchandises qui arrivent par des bateaux, cependant elles sont loin d'être laides et grossières.
La ville a été illuminée pendant deux nuits en l'honneur du roi ; tout le monde s'occupe de son prochain mariage avec la princesse Louise de France, ou , comme on dit aujourd'hui , Louise d'Orléans : car depuis la révolution de 1830 il n'y a plus ni rois ni enfants de France; j'aurais mieux aimé qu'on respectât les anciennes dénominations et qu'on s'attachât à des points plus essentiels.
Nous quittâmes Liège le quatrième jour de notre quarantaine; la route suit les sinuosités de la Meuse; tout le pays est admirable; une riche verdure , des coteaux couverts d'arbres à fruit et de fleurs odoriférantes, de riantes maisons de campagne, des terrains couverts d'une
végétation florissante, tels sont les principaux traits du paysage. La journée était magnifi([ue, une pluie récente avait rafraîchi le feuillage , et nous éprouvâmes en voyant cette contrée enchanteresse une partie de l'enthousiasme qui nous a saisis en traversant la Suisse et lllalie.
Bientôt nous perdîmes de vue la Meuse pour l'une de ses tributaires, et au bout de quelques heures le paysage changea complètement. Nous montions par une pente presque imperceptible, les forêts s'épaississaient, la verdure prenait des teintes plus pâles, les habitations ne bordaient plus la route. INous arrivâmes ainsi sous une avenue d'arbres bornée par de vastes prairies. A l'eilrémilé se trouvait un village proprement bàli d'environ cent cinquante maisons : c'était Spa , ville d'eaux autrefois célèbres qui a perdu maintenant une partie de sa renommée. Au lieu d'y loger à l'auberge, j'y louai pour vingt francs par jour un appartement composé d'iuie salle à manger, de deux salons, de plusieurs chambres à coucher et de dépendances , le tout propre et bien meublé. Je mentionne cette particularité afin d'indiquer au voyageur les avantages dont il peut jouir dans cette partie du monde. Presque toutes les maisons de Spa sont à louer à des conditions aussi favorables : le propriétaire occupe un petit bâtiment adjacent et tient d'ordinaire une boutique oii il vend du vin et des èpices; on peut également trouver des domestiques disponibles et se monter un ménage en un clin d'oeil.
Spa , comme toutes les villes qui possèdent des eaux ferrugineuse», est au centre d'un pays peu fertile. Ce n'est qu'à l'aide du temps et de la culture qu'on a pu faire pousser cette pâle verdure dont j'ai parlé : les pentes des collines sont couvertes de bois, mais, quoique la contrée dépende des Ardenncs, on n'y trouve point de véritables montagnes; l'on y chercherait en vain ces forêts fréquentées par le fameux Sanglier. La gloire de Spa s'est évanouie :^adis tous les oisifs s'y donnaient rendez vous sous prétexte d'y prendre les eaux; l'intrigue, le jeu, les fêtes, les amours y attiraient des nobles, des princes et même des monarques. Les habitants industrieux s'eflbrcent encore de rendre leur séjour agréable, mais le goût capricieux du siècle emporte le voyageur vers les eaux de l'Allemagne.
Le Wauihall et la Redoute de Spa sont presque déserts; leur dimension donne l'idée d'une magnificence qui n'existe plus, et c'est à peine si quelques habitants de Yerviers viennent parfois jeter un peu d'animation dans ce village. Au bout d'une semaine de séjour à Spa , nous partîmes pour la Prusse. Après avoir traversé les étroits vallons qui s'étendent entre Spa et Verviers, nous parvînmes à une hauteur d'oii l'on apercevait à l'est une vaste étendue de pays: c'était la contrée qui s'étend autour de l'ancienne capitale de Charlemagne, et nous allions sortir de Belgique pour entrer dans ce royaume dont M. de Pradt a dit que c'était une façade jetée devant l'Europe.
Pîris. — Typographie Pion frères, rue de Yaugirard, ."ÎC.
TRADUCTION DE LA Be'dOLUÈBE.
L'auteur a publié tant de récits vériilif[ues que l'on a regardés comme des fables, et tant de fables qui ont passé pour des vérités, qu'il a pris la résolution de garder le silence dans la présente occasion. Chaque lecteur a donc le droit de croire ou de rejeter les détails de ce récit suivant ses idées , ses préjugés , sa connaissance ou son ignorance du monde. Permis à tous de venir affirmer qu'ils savent oii est situé Clawbonuy, qu'ils connaissent le vieux M. Hardiuge, et qu'ils ont même assisté à ses prédications. Si ces témoignages s'écartent de la vérité, ce ne sont pas les premiers qui soient entachés d'erreur.
11 est possible que des gens difficiles soient disposés à nier l'utilité d'un pareil ouvrage. ISotre réponse est toute prête : il n'est jamais hors de proposde transmettre à l'esprit humain des notions claires et précises sur des événements de la vie sociale, des particularités relatives à une profession ou à l'histoire du passé, quelle que soit d'ailleurs la condition des personnages. 11 faut seulement que les tableaux soient tracés sur nature, s'ils ne sont pas cognes d'arircs de»