‹ Œuvres compl`etes de Fenimore CooperChapitre 243 sur 280 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Vous êtes de la loi la solide colonne;

En vertu des pouvoirs quo Venise vous donne,

Augustes magistrats, c'est ^ vous de juger.

Mais, j'en fais le serment, rien ne peut me changer,

Vos paroles sur moi n'ont aucune puissance,

Et, non moins qu'à mes Jours , je tiens h ma créance.

Sbyloce.

Il n'est pas facile de décrire l'effet immédiat de cette découverte sur la mère et le fils; madame Wetmore se l'élait présenté comme un petit cnf.int frais et rose, et elle le revoyait avec un visage bronzé, des traits durs et les manières rudes d'un matelot qui avait essuyé bien des tcinpèlcs et penchait déjà vers son déclin.

Ignorant (|ucl était le caractère de Marbre, elle était forcée de l'accepter tel que la Providence le lui envoyait; néanmoins l'amour d'une mère ne s'éteint pas aisément, et avant de quitter la maison, je pus voir les yeux de la vieille femme se fixer sur Marbre avec une expres-

sion de tendresse qu'ils n'avaient pas eue avant la révélation de sa naissance.

Quant au vieux marin , maintenant que le plus ardent désir de sa vie venait d'être satisfait à l'improviste, il était tellement stupéfait qu'il semblait croire qu'il lui manquait quelque chose. Sa mère était d'une condition égale à la sienne; veuve d'un homme honorable, elle avait une propriété de peu d'étendue, mais que l'on pouvait regarder comme patrimoniale. Qui pouvait donc troubler le bonheur de Jlarbre? son caractère même; car il était si peu habitué aux douces émotions qu'il ne savait comment y faire face ; les sentiments tendres lui étaient étrangers, et son humeur le portait à leur résister, plutôt qu'à en suivre l'impulsion. Je remarquai que, s'il était content de sa mère, il n'était pas aussi content de lui-même : aussi, pour lui donner le temps de se remettre, je le priai d'aller jeter un coup d'œil à notre canot. Des que je fus seul avec madame Wetmore, je lui expliquai mes rapports avec Marbre, et lui racontai sommairement la vie de mon vieux compagnon, en faisant ressortir tout ce qui était à son avantage : je la rassurai au sujet de la ferme; — au pis aller, lui dis-je, votre fils a de quoi dégrever votre propriété ; c'est pour lui que la dette a été contractéft^t il s'estimerait heureux de l'acquitter sur-le-champ. Je vous conseille de payer Van Tassel, et dans le cas oii vous retrouveriez la quittance, il sera obligé de vous restituer la somme ; je laisserai ici Moïse Marbre...

— 11 s'appelle Oloff ou Olivier, interrompit la vieille avec précipitation; je lui ai donné le prénom de mon père et je l'ai baptisé avant de le confier à sa nourrice, dans l'espoir d'attendrir son grand-père quand il viendrait à connaître mou mariage ; son véritable nom est Ololl' Van Duzer Wetmore.

Je souris en songeant que Marbre naviguerait sous un semblable nom, et j'allais proposer un compromis quand l'objet de notre entretien reparut. Pendant une absence d'une demi-heure, le marin avait compose son maintien, et il jeta à sa mère un regard d'affection, auquel celle-ci répondit avec plus de naturel que je ne l'aurais espéré. Pour éviter une scène trop sentimentale, je poursuivis la conversation.

— Nous parlions de votre véritable nom, Moïse, il est impossible que vous conserviez ce nom tandis que votre mère vous en donnera un autre ; il faut que vous renonciez à vous appeler Moïse Marbre.

— Moi, j'irais plutôt au diable...

— Silence , silence , vous oubliez en présence de qui vous êtes?

— J'espère, dit la mère d'un ton de reproche, que mon fils apprendra bientôt qu'il est toujours en présence de son Ûicu.

— Oui, oui, vous avez raison, ma mère, je suis disposé à vous obéir en tout , mais si je cessais de m'appelcr Moïse Marbre , je cesserais d'être moi-même. Ce nom tient à moi comme un vêtement, et je ne saurais m'en séparer. Si j'avais eu pour parents un roi et une reine, et que j'eusse été appelé à leur succéder , j'aurais régné sous le nom de Moïse Marbre , ou j'aurais donné ma démission ; cependant pour vous satisfaire je consens à coudre mon ancien nom à ceux que je reprends aujourd'hui.

— Peu m'importe comment vous vous appellerez, mon fils, tant que vous porterez votre nom honorablement; votre ami me dit que vous avez un bon cceur et une probité à toute épreuve , et je ne cesserai jamais d'en remercier Dieu.

— Miles a donc chanté mes louanges? vous saurez, ma mère, que personne n'a la langue mieux pendue ; la nature l'avait prédestiné au métier d'avocat, et c'est par le seul ctTet du hasard qu'il est marin ; mais dites-moi, je vous prie, comment est-ce que je m'appelle légitimement ?

— Oloff Van Duzer Wetmore Moïse Marbre, répondis-je ; vous pouvez intervertir l'ordre si vous voulez et vous appeler Moïse Oloff Marbre Van Duzer Wetmore.

Moïse se mit à rire, et voyant la mère et le fils dans des dispositions favorables, je me levai pour prendre congé d'eux.

— Vous resterez ce soir avec votre mère, dis-je à Marbre, j'appareillerai demain matin, et avant mon départ nous prendrons des arrangements ultérieurs.

— Je ne voudrais pas perdre mon fils sitôt après l'avoir retrouvé; dit la vieille femme avec inquiétude.

— JNe craignez rien , ma mère , répliqua Marbre , je coucherai ce soir sous votre toit, et j'y resterai si longtemps que vous serez charmée à la fin de vous débarrasser de moi.

Je quittai la maison et Marbre me suivit; au moment d'atteindre la plage j'entendis mon second étouffer un sanglot, et en me retournant, je fus surpris de voir des pleurs couler sur ses joues hilées par le soleil; il donnait un libre cours à ses sentiments comprimés. Je lui pris la main, je la serrai avec ail'ection sans prononcer un seul mot; puis je m'arrêtai en attendant que mon compagnon se fût remis avant de rejoindre Kabuchodonosor.

— C'est un songe! murmura Marbre dès qu'il fut en état de parler. C'est un cas aussi extraordinaire que mon installation dans mon ermitage.

— Vous vous accoutumerez bientôt au changement, Marbre, et tout cela vous semblera naturel.

— Quel plaisir d'être fils et d'avoir une mère encore vivante ; une

LUCIE HARDINGE.

mère dont ne rougiraient pas le président des Etats-Unis ou le premier Commodore de la marine !

— Assurément , c'est un grand bonheur pour vous.

— C'est que, par-dessus le marché, c'est une vieille qui a très-bonne façon ; je veuï la faire babiller à neuf des pieds à la tète, et l'emmener à Philadelphie ou peut-être à Baltimore ; elle y verra les théâtres, les jardins publics, les musées et autres choses dont je parierais qu'elle n'a point la moindre idée.

— Je présume que votre mère préférerait une église à tout autre édifice.

— Eh bien, il y a des églises dans toutes les villes; elle n'en a vu qu'une seule pendant toute sa vie, je la mettrai à raème de choisir entre plusieurs. La variété est aussi agréable en fait de religion qu'en toute autre chose.

— Nous reparlerons de cela demain matin, Mo'ise; le sommeil calmera l'effervescence de vos idées; au lieu de penser à faire voyager votre mère , il est probable que vous resterez auprès d'elle , monsieur VVelmore.

— Au diable le Wetmore !... Pouvez-vous croire, Miles, que je renonce à mon état, à la mer, à vous-même?

— Vous avez voulu jadis être ermite, et vous auriez persisté dans ce projet si vous aviez pu de temps en temps vous procurer quelque société; eb bien ! vos vœux sont comblés aujourd hui, vous avez une mère, une nièce, une ferme, des granges, un jardin, un verger; assis sur votre seuil vous pouvez fumer des cigares, prendre votre grog, et regarder les sloops qui naviguent sur l'Hudsou ; en outre, vos ditférends avec M. Van Tasscl peuvent faire l'objet d'un procès que vous ferez durer dix ans si cela vous amuse.

— Je prétends m'en débarrasser tout de suite ; ma mère dit qu'il demeure près d'ici, et je compte lui rendre visite ce soir même.

Cette déclaration suspendit l'entretien ; je connaissais assez bien Marbre pouf prévoir qu'il était dangereux de l'abandonner à lui-même dans une affaire de ce genre, et je résolus de m'en mêler. Je retournai à la maison , demandai à madame Wetmore l'adresse exacte de l'usurier et me préparai à partir avec Marbre ; l'unique valet de ferme venait d'atteler un vieux cheval à la vieille voilure pour aller chercher Kelty ; nous profitâmes de l'occasion, et nous arrivâmes en peu de temps à la maison de Van Tassel. Pendant le voyage, je parvins à persuader à mon compagnon qu'il nuirait à sa cause en rossant l'avocat, comme il en avait l'intention ; il fut convenu qu'il se contenterait de lui demander des explications en qualité de fils de madame Wetmore.

— Je connais ces usuriers , Miles , me dit mon second , ce sont des espèces de prêteurs sur gages ; que le Seigneur ait pitié d'eux , quant à moi , ils ne m'en inspirent aucune. J'ai mis quelquefois en gage ma montre ou mon quart de cercle, et j'ai eu grand'peine à obtenir de misérables sommes ; pourtant je saurai me contraindre, j'apprendrai à cet avocat que je suis Oloff Marbre Wetmore Moïse, et je soutiendrai la bonne cause de manière à le confondre ; mais que ferez-vous pendant ce temps-là?...

J'eus l'idée qu'en décidant Marbre à pratiquer une espèce de ruse, je l'empêcherais d'avoir recours à la loi du plus fort, pour laquelle il se sentait une vive inclination.

— Vous me présenterez, répondis-je, sous le nom de Miles Wallingford, mais avec une certaine formalité, pour faire croire à ce Van Tassel que je suis homme de loi; nous parviendrons ainsi à le terrifier. Ne dites pas que je suis homme de loi , car ce serait un mensonge et nous perdrions du terrain lorsque l'on viendrait à savoir la vérité.

Marbre approuva cette idée; je lui communiquais ses dernières instructions quand nous arrivâmes à la porte.

Rien dans la demeure de Van Tassel ne dénotait la vie d'usurier, sauf une certaine négligence que ses partisans attribuaient aux mépris des apparences, mais que ses amis imputaient avec plus de raison à la parcimonie. Quand l'âme tout entière est occupée des moyens d'accaparer l'argent, elle repousse tout ce qui peut la détourner de son unique but: voilà pourquoi les avares affichent du dédain pour les apparences. Au reste , à part son extérieur inculte , l'habitation de Van Tassel était semblable .i c!-'\e des gens aisés du pays ; nous fûmes admis sans difficulté et introdui-. dans le cabinet de l'avocat.

iM. Van Tasscl nous rcg.rda d'un œil perçant, comme pour chercher à deviner si nous venions pour emprunter ; j'aurais pu passer pour un homme qui aurait besoin d'argent, car j'essayais de paraître sérieux et rêveur, mais j'aur.iis défié de prendre Moïse pour un nouveau client de l'usurier ; il avait plutôt l'air d'un messager envoyé par l'esprit du mal, afin de demander l'exécution d'un pacte signé avec du sanc, et dont la fatale échéance était arrivée. 11 me fallut le tirer par le pan de son habit pour lui rappeler nos conventions, autrement il ne s'en serait pas tenu aux paroles, et aurait débuté par une viioureusc bordée.

M. Van Tassel avait un extérieur très-misérable ; il était maigre et décharné comme un homme qui n'avait qu'une nourriture insuffisante; il portait des lunettes à monture noire , et avait l'habitude de regardtr par-dessus les objets éloignés, ce qui augmentait la tournure inquisitoriale de sa physionomie. Il était de petite taille et avait environ soixante ans; âge oii l'avarice commence à donner autaut de peine

que de plaisir, car à cette époque de la vie l'homme ne peut manquer de voir le terme de ses projets terrestres. Toutefois, de toutes les passions, la soif de l'or est la dernière à perdre son empire sur le cœur humain.

— Votre serviteur, messieurs, dit poliment l'avocat, asseyez- vous donc s'il vous plaît; voici une belle soirée et un temps favorable aux grains; si la guerre continue en Europe, nous épuiserons nos terres pour vendre nos blés aux armées belligérantes. Nos propriétés me semblent avoir aujourd'hui moins de valeur qu'en 1793, où les hostilités ont commencé.

— Oui, répondit Marbre' d'un ton bourru, ce que vous dites est vrai, surtout si vous parlez des fermes des veuves et des orphelins.

L'usurier fut interdit de cette réponse inattendue; il nous lança de nouveaux regards par-dessus ses lunettes , et reprit avec un mélange de courtoisie et d'autorité :

— Oserai-je vous demander vos noms et l'objet de votre visite?

— Vous en avez le dioil, répliqua Marbre; nous n'avons à rougir ni de nos noms, ni de la commission dont nous sommes chargés. Vous en saurez le but, monsieur Van Tasscl, plutôt que vous ne le voudriez, mais pour commencer parle commencement, celui qui m'accompagne est M. Miles Wallingford, ami intime de la vieille madame Wetmore, qui occupe une ferme appelée dans le pays le bosquet des saules pleureurs. M. Wallingford est l'ami de cette femme elle mien, et j'éprouve un vif plaisir à vous le faire connaître.

M. Van Tassel jeta un coup d'oeil sur une liste alphabétique d'avocats pour voir la place que j'occupais parmi eux. — Je suis enchanté, dit-il, de faire la connaissance de monsieur, et si j'en juge par son âge, il n'y a pas longtemps qu'il exerce.

— Il y a commencement à tout, monsieur Van Tassel, répondis-je avec un calme qui déplut au vieil usurier.

— C'est vrai, monsieur; j'espère que vos succès vous mettront bientôt au niveau de vos collègues , votre ami a phïtéft'air d'un marin que d'un avocat; je présume qu'M n'est pas altaBbé au barreau?

— C'est ce que nous vcri-ons, monsieur, répondit Marbre; je vous ai dit le nom de mon ami , je vais maintenant vous dire le mien. On m'appelle iMoïse Marbre Wetmore Van Duzer Oloff. Vous pouvez choisir entre ces noms celui qui vous conviendra; je suis le fils unique de madame Wetmore.

— Le fils de madame Wetmore ! s'écria Van Tassel surpris et embarrassé; je savais qu'elle avait un fils, mais j'avais toujours entendu dire qu'il était impossible de le retrouver; vous ne ressemblez, monsieur, ni à Georges Wetmore ni à Kitty Van Duzer.

Cette assertion n'était pas complètement vraie, ceux qui avaient connu Georges Wetmore^llans son âge mûr déclarèrent par la suite que Aloïse était tout son portrait ! moi-même je reconnaissais de l'analogie entre les traits du vieux marin et ceux de sa mère, qui était cependant altérés par l'âge ; il eût été difficile de constater celte analogie sans être instruit de la parenté qui existait entre eux; mais, pour quiconque la connaissait, la ressemblance était frappante.

— Vous trouvez que je n'ai p.is de rapport avec mon père? s'écria Marbre du ton d'un homme disposé à profiter de la moindre provocation pour entamer une querelle. Comment lui ressemblerais-je après la vie que j'ai menée? On m'a enlevé à ma mère dix jours après ma naissance. Exposé sur un tombeau , j'ai été recueilli à l'hospice. Je l'ai quitté à l'âge de dix ans. J'ai été tour à tour matelot sur un vaisseou de guerre, corsaire, contrebandier, premier lieutenant, patron de navire , et même ermite. Pour conserver quelque ressemblance avec un être humain, après une semblable existence, il faudrait avoir la face aussi inaltérable qu'une monnaie d'or.

— Je n'y comprends rien, monsieur Wallingford, et vous prierai d'expliquer ce que monsieur veut dire.

— Je puis vous garantir la vérité de ses paroles; il est effeo!/ :u .; Oloff Van Duzer Wetmore, fils de Georges Wetmore et de Caiheiine Van Duzer. Il vient vous entretenir des prétentions que vous avez sur la ferme dont sa mère est propriétaire.

— Elles sont justifiées par une obligation de Georges Wetmore, garantie par une hypothèque que sa femme a consentie , et je vais procéder à la vente , conformément à la loi. J'ai différé jusqu'à ce jour par compassion pour une pauvre veuve, quoique l'argent soit prêté ' depuis longtemps. Vous concevez, monsieur , qu'en tardant à faire rentrer les fonds qui me sont dus, j'.d laissé échapper majate occasion de les placer avaulagcusemcnt; l'activité commerciale est grande dans ce pays, et il y a des hommes qui vendraient leur âme pour de l'argent.

— Je n'ai pas de peine à le croire, monsieur, mais on m'a affirmé que le billet de Georges Wetmore avait été payé.

— C'est impossiblgNjuonsieur, puisqu'il est encore entre mes mains. En votre qualité d'homnlfe d'affaires, vous devez attacher peu d'importance à des bavardages de femme. Georges Wetmore avait j^ftlque connaissance des affaires, et il n'aurait pas payé sans retirer soB obligation , ou du moins sans obtenir une quittance.

— On m'a dit qu'ill'avait en effet obtenue, et qu'il avait eu le mal*

LUCIE HARDINGE/

heur de la perdre avec son portefeuille le jour même où il avait effectué le payement entre vos mains.

C'est un conte pui'ril; vous gavez (jue la vente ne peut être

arrêtée que par une injonction delà cour de la chancellerie, et certes le chancelier n'ajoutera pas foi aux ouï-dire de la partie intéressée à conserver la propriété.

— Sans doute, répliquai-je, aucun jufîe ne rendra un arrêt sur l'affirmation de madame Wetmore; mais vous vous rappellerez que son adversaire est obligé d'affirmer sa créance par serment. Ainsi tout ce se terminerait à l'amiable si vous consentiez à jurer que la somme ne vous a jamais été payée.

Ces mots produisirent sur Van Tassel une impression qui me parut convaincante. Il eliinifea de visage et détourna les yeux; et, désormais persuadé qu'il avait lorl, je me sentis plus d'ardeur à l'attaque.

— Nous sommes heureux de vous revoir, monsieur Miles, dit la grosse cuisiuiére Didoo eu faisant la révérence.

— J'ai été élevé avec Catherine Wetmore , répondit-il , et cette "1!5îS'0lhè<pie m'a doiuié plus de peine que tout le reste de mes aflairi^;

mais comme au bnut de vingt ans il y aurait présomption de payement, il me ser^iit iuipossible de différer plus longtemps à faire valoir mes droits. Toute-rois, par égard pour une ancienne amie, je consentirai ."i enUer en arrangements. Elle'rcconnaîlra que la somme n'a pas clé p.iyée, et je lui laisserai la ferme sa vie durant.

L'iniquilé d'une pareille offre faillit mettre Marbre hors de lui; mais je l'arrêlai d'un signe, et continuai la discusiion.

— S'il coasciilait à ce que vous demandez, monsieur, mon ami vendrait son droit d'aînesse pour un plat de lentilles.

— En ce cas, monsieur Wallingford , je ferai vendre d'ici à huit jours, et une fois que la propriété aura changé de mains il ne sera pas facile de la ravoir; monsieur Wetmore, que voici, n'a pas l'air disposé à payer mille dollars.

— Eli bien, ce sera moi qui achèterai la propriété, et si nous découvrons plus tard que ic défunt a réellement payé, nous aurons recours contre vous.

— Vous êtes jeune dans le métier, monsieur WaUingford, mais vous ne tarderez p.is à connaître combien il est imprudent d'avancer de l'argent à ses clients.

— Je ne suis pas du métier, monsieur, comme vous vous l'êtes imaginé; je suis patron de navire, et M. Marbre Wetmore est mon second.

— Vous n'êtes pas avocat? s'écria Van Tassel en souriant avec amertume ; ce sont des marins qui se mêlent de luUer avec moi dans vae qucsiiou d'hypoiUgque!... Bien, biçn, je vois ce que c'est, vous

n'avez entrepris cette démarche que pour exciter ma commisération en faveur d'une femme qui vit à mes dépens depuis vingt années.

Blarbre n'en put entendre davantage, il se leva et accabla Van Tassel d'un torrent d'injures que je me garderai bien de répéter. Je le laissai décharger sa bile, mais voyant qu'il s'échauffait, je me hâtai de l'entraîner, et nous sortîmes en disant à l'usurier qu'il aurait bientôt de nos nouvelles.

IS'ous devions prendre sur notre route Kitty Huguenin , petite-fille de madame Wetmore.

— Tâchez d'avoir un air plus aimable, dis-je à mon second, sans cela vous feriez peur à votre nièce que vous allez voir pour la première fois.

— Le misérable! s'écria Marbre, il ose profiter de la position d'une pauvre vieille dont le mari est dans la tombe et dont le fils unique court les mers !

Les exelamalious de Marbre furent répétées à plusieurs reprises, puis elles se raleutirent insensiblement comme les murmures lointains du tonnerre dans les deux lorsque l'orage a passé.

Page 1