TRADUCTION DE LA BÉDOLLIÈRE
Vous m'avez suivi en France et en Belgique. Dans la dernière lettre que j'ai adressée à mes correspondants d'Amérique, j'annonçais mon entrée en Prusse, oii nous allons voyager de concert.
Il y a longtemps que Cliarlemagne a été enterré à Aix-la-Chapelle, et que cette ville a perdu l'importance qu'elle avait comme capitale ; cependant elle contient encore 30,000 habitants. Ses rues n'ont rien de remarquable, mais elles s'élargissent de jour en jour. L hôtel-deville est un bâtiment très-ancien, dont une tourelle passe même pour être l'ouvrage des Romains; elle est célèbre par deux congrès européens qui furent tenus en 1748 et de nos jours. On voit encore dans une galerie les portraits des plénipotentiaires, remarquables pour la plupart par leurs perruques volumineuses.
La cathédrale mérite d'être vue ; le choeur est moderne relativement aux autres parties, puisqu'il compte à peine cinq cents ans d'existence. La principale partie de l'édifice est une rotonde qui remonte au règne des Carlovingicns. Elle est entourée d'une galerie circulaire oii l'on plaçait les trônes de l'empereur d'Allemagne et des électeurs pendant la cérémonie du couronnement. Chacun de ces trônes était flanqué de colonnes antiques apportées de Rome, et qui furent transférées à Paris sous le règne de IN'apoléon, dont on ne sjurait trop maudire l'esprit d'accaparement et d'absolutisme. La cathédrale est, dit-on, riche en reliques. On y trouve même un peu de la manne du désert et un morceau de la verge d'Aaron. Elle possède aussi quelques vitraux dont les dessins et les couUurs sont admirables. A midi, j'envoyai demander dis chevaux, et je reçus la visite du maître de poste, qui vint me complimenter en ma qualité de représentant de la république des lettres en Amérique.
En quittant la vallée d'Aix-la-Chapelle, je trouvai un pays plat et monotone, au milieu duquel l'on aperçoit à peine l'ancienne capitale du duché de Juliers, cachée derrière ses remparts de gazon. A Berghem, je reçus encore la visite du maître de poste et de son commis, qui, après m'avoir demandé si j'étais l'auteur du Dernier des Muhicans, m'accablèrent de félicitations. On ne connaît pas en Amérique cet enthousiasme pour les lettres et pour les beaux-arls, qu'on rencontre parmi les nations européennes. 11 y a parmi nous peu de gens disposés à s'éprendre d'un nom, surtout quand il est étranger; mais l'Allemagne est la terre de l'admiration. J'en citerai entre parenthèse une preuve concluante. J'étais logé à Dresde en face la maison qu'occupait Ludwigïieck, auteur dramatique et romancier distingué. Un jour, un jeune homme, avec leaucl je venais de prendre une glace dans la salle commune de luoiel, m'accompaana jusqu'à la porte, et me demanda si je savais où demeurait M. Tieck,
Je lui montrai la maison.
— Esl-il possible, me dit-il, de voir M. Tieck ?
— Non, lui rëpondisje; on m'a assuré qu'il était allé à Spa, pour prendre les eaux.
— Pourriez-vous du moins, reprit le jeune homme, me montrer la fenêtre de sa chambre?
Je la lui indiquai, et l'y laissai en contemplation. Il y était encore une heure après.
Si M. Tieck eût pu se montrer à son jeune admirateur, je doute que ce dernier eût éprouvé les mêmes transports. On a dit avec raison qu'il n'y avait point de héros pour son valet de chambre, et l'effet produit par les ouvrages est presque toujours détruit en partie, quand on voit l'auteur. Ce lut probablement ce qui arriva lorsque mes deux maîtres de poste vinrent me présenter leurs hommages, et ils parurent étonnés de me trouver à peu près semblable à tout autre voyageur.
Le soleil allait se coucher quand nous descendîmes la pente qui conduisait au bord du Rhin, et il était nuit lorsque la chaise de poste traversa les bastions et les demi-lunes qui entourent Cologne.
Nous logeâmes dans un ancien hôtel électoral qui avait des appartements spacieux et un beau jardin. Pour les Américains, qui sacrifient constamment l'agréable à l'utile, il est bon de dire qu'en Europe le mot jardin veut dire une promenade, et n'a rien de commun avec un potager.
Notre première visite fut pour la cathédrale, qui serait peut-être la plus belle du monde entier si elle était achevée. La première pierre en fut posée le 14 août 1248, par l'archevêque Conrad. I es travaux étaient assez avancés en i320, pour qu'on pût célébrer l'office divin dans le chœur. L'immense construction fut continuée lentement jusqu'en 1499, puis interrompue subitement pour n'être reprise que de nos jours. L'une des tours de la façade, qui doit avoir cinq cents pieds de haut, atteint à peine aujourd'hui le tiers de son élévation. Elle est surmontée d'une giue qu'on renouvelle de temps en temps. La nef demeure également inachevée, et recouverte jusqu'à présent d'une voûte en planches. Le chœur seul est complet. Ses voûtes hardies, supportées par quatorze piliers élancés, s'élèvent à une hauteur de cent-un pieds. De longues fenêtres, enrichies de magnifiques vitraux; jettent sur le pavé leurs reflets multicolores.
Nous ne pouvions nous dispenser de visiter le trésor de l'église,' quoiqu'on exige des voyageurs qui désirent le contempler une rétribution passablement exorbitante. On y remarque les crânes des rois mages enfermés dans une châsse précieuse, qui, malheureusement, a été détériorée pendant la révolution, et qui, malgré d'habiles restaurations, n'a pu reconquérir sa splendeur primitive- Cologne abonde en églises et en reliques. En sortant de la cathédrale, notre but était de les visiter; mais nous nous arrêtâmes d'abord au musée Wallraf , ainsi nommé du nom de son fondateur. 11 posséda
un beau tableau de Rubens, représentant saint François qui reçoit les Stiqmates; une allégorie d'Otto Veenius, quelques portraits d'Holbein, et diverses compositions d'Israël de Meckenbeim, et autres peintres
.contemporains de Van-Eyck.
( Du musée Wallraf nous allâmes à la curieuse église des Apôtres, dont le chœur rappelle Sainte-Sophie de Constantinople. Non loin de là se trouve une grande maison ajjpelée le l'apagey, qui fut jadis témoin d'un miracle. Elle était occupée en 1357 par le chevalier Mengis d'Adocht et par sa femme Richmotlis Lisolphokirchcn, Cette dame, attaquée de la peste qui ravageait Colonne, tomba en catalepsie et fut enterrée comme morte. Pendant la nuit le fossoyeur vint pour lui enlever son anneau d'or; mais Richmodis se réveilla tout à coup; elle eut assez de force pour briser son cercueil , saisir la lanterne du fossoyeur éperdu, et reprendre le chemin de lOlivengassé, où elle demeurait.
Mengis d'Adocht veillait absorbé par la douleur.
— Qui va là ? dit il en entendant frapper.
— C'est votre femme que l'on avait crue morte et que la Providence a tirée du tombeau.
— Est-il possible ? reprit le chevalier.
— Ouvrez , dit la femme, et vous en jugerez par vos propres yeux.
— Plutôt de croire que ma femme revient, dit Mengis, je croirais que mes chevaux sont montés de l'écurie au grenier.
A peine avait-il prononcé ces mots qu'il entendit monter les chevaux. 11 s'empressa d'ouvrir la porte et de faire entrer sa femme, qui, en mémoire de ce fait prodigieux , donna à l'église des Apôtres une superbe tenture dont il reste encore un morceau. Le grenier du Papagey est toujours orné de deux chevaux en bois peint.
Je n'en finirais pas si je voulais énumcrer tous les monuments religieux de Cologne; mais je ne dois pas oublier Saint-Géréon , dont l'architecture est tout à fait exceptionnelle. La façade est précédée d'un narthex ou vestibule couvert. On entre de là dans une nef décagonale dont la coupole est soutenue par d'élégantes colonnes de granit. Le sol de l'église s'élève successivement ; il faut monter sept degrés pour arriver au maître-autel , derrière lequel treize autres degrés conduisent au chœur. Sous ce chœur, dans une église souterraine, sont les reliques des martyrs de la Thébaïde et de la Mauritanie, qui, au nombre de quatre cent huit, moururent pour la foi chrétienne l'an 28C de notre ère. Comment ces ossements ont été transportés là , c'est ce que je ne me charge pas d'expliquer.
D'autres reliques non moins merveilleuses et non moins considérables sont déposées dans l'église de Sainte-Ursule. Elles proviennent, dit-on, de onze mille vierges compagnes du martyre de sainte Ursule. Ces ossements tapissent les murailles de l'église, divisée en compartiments comme un pigeonnier. On les aperçoit à travers des vitrages ; mais ils sont presque tous enchâssés dans des bustes de bois ou d'argent , ce qui en rend l'aspect moins formidable.
Il a semblé étonnant à quelques docteurs de Sorbonne qu'on ait massacré onze mille vierges à la fois, en l'année 453, dans un pays où l'on n'en trouverait pas ce nombre aujourd'hui. La découverte de quelques vieux manuscrits semble établir qu'Ursule n'avait qu'une seule compagne appelée Undecimille , et que l'erreur d'un copiste ultérieur a fait de ce dernier nom undecim mille. Cette opinion est fort admissible ; mais alors comment deux femmes ont-elles pu fournir l'innombrable quantité d'os et de crânes que l'on montre à Cologne? Dans la même église est un vase en albâtre , de forme orientale , qui parait avoir contenu jadis de l'eau ou du vin. Le gardien nous a assuré avec beaucoup de sang-froid que c'était la cruche dont l'eau avait été convertie en vin par le Sauveur, aux noces de Cana.
Il ne faut point quitter Cologne sans faire un pèlerinage à la maison où est né Rubens, et où mourut Marie de Médicis, veuve de Henri IV. On voit dans une église voisine les fonts où l'illustre artiste a reçu le baptême. Le chœur de la même église est surmonté d'un admirable tableau de Rubens représentant le crucifiement de saint Pierre. Il avait été enlevé par les Français au mois d'octobre 1794 , et placé au musée du Louvre, où il resta jusqu'en 1815. Dans l'intervalle, les habitants de Cologne en avaient fait faire une copie dont ils tirent aujourd'hui parti pour assouvir leur avididlté mercantile. La copie du tableau est exposée seule au public , et le voyageur qui veut connaître l'original doit préalablement donner la pièce à un bedeau. Il empoche l'argent, fait tourner sur un pivot le dessus de l'autel, et à la place de la froide imitation, vous apercevez l'énergique et large peinture, reléguée derrière par une hideuse cupidité.
Quand on sort de France, où l'on prodigue si libéralement toutes les richesses des sciences et des arts, on ne peut s'empêcher d'être frappé de la mesquinerie des habitudes belges ou allemandes. Les tableaux qui décorent les temples sur les bords de l'Escaut ou du Rhin sont voilés avec soin, et il faut payer pour les voir. Les églises mêmes sont souvent fermées immédiatement après les ollices, et il faut payer pour y entrer. Il y a même plusieurs villes dont les autorités avertissent franchement l'étrauprer de la spoliation organisée contre lui. Des affiches indiquent le prix de chaque curiosité : tant pour le tableau de
EXCURSION
Rubens , tant pour le volet d'Albert Durer, et tant pour la châsse de sainte Evregisile. Cette rapacité gâte en grande partie le plaisir qu'on aurait à voir de belles choses.
J'ignore s'il y a quelque connexité entre les mauvaises odeurs et l'eau de Cologne de Jean-Marie Farina; mais il est certain-que sa ville natale est une des plus sales et des moins odoriférantes de l'Europe. On dirait que les indigènes ont voulu forcer les voyageurs à acbeter le grand antidote. Malgré les émanations désagréables , nous continuâmes à battre le pavé jusqu'au soir , et nous allâmes avant diner nous reposer sur le pont flottant, pour contempler la nappe bleue et limpide du Rhin.
En véritables flâneurs, nous montâmes le lendemain dans notre chaise de poste , et , abandonnant au hasard le soin de nous diriger , nous traversâmes les vastes plaines qui s'étendent à l'est du côté de Bonn. Le soir nous mangions du canard aux pommes et du mouton aux confitures dans la vaste salle de l'Etoile-d'Or , pendant que des musiciens, placés sur une galerie supérieure , nous jouaient par fragments les ravissantes symphonies de leur compatriote Beethoven.
Les bâtiments de l'université de Bonn n'ofifrent rien de remarquable. La cathédrale a cinq beaux clochers lombards, qui se dressent orgueillcusenifiit au-dessus des maisons basses de la cité. Ou peut apprendre à Bonn à peu près toutes les sciences humaines. On y compte cinq facultés : la faculté de théologie catholique, la faculté de théologie évangéliqiie , la faculté de jurisprudence, la faculté de médecine et la faculté des lettres. Indépendamment des sciences qu'embrassent ces grandes divisions , on y enseigne l'architecture , le dessin, la peinture, l'équitation, la danse, l'escrime et les langues étrangères. Les étudiants qui suivent les cours sont au nombre de douze cents. Ce sont des jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans, disséminés dans la ville , où ils trouvent à se loger moyennant dix ou vingt francs par mois. Chaque repas leur coûte trois à cinq silbergrosse (quarante à soixante-cinq centimes).
Pour embrasser d'un seul coup d'reil Bonn et ses environs, on monte sur le Kreuzberg , montagne d'oii l'on aperçoit toute la ville , le cours du Rhin, et dans le fond les sept montagnes, masses immenses dont les sommets touchent les nues et dont les flancs sont couverts de ruines gothiques. Les tours de Cologne se dessinent distinctement à la gauche du voyageur.
L'ancien couvent des Servîtes, construit sur le Kreuzberg, renferme un escalier de marbre, dans lequel sont incrustées une foule de reliques, et qu'en conséquence il n'est permis de monter qu'à genoux. Il y a deux escaliers collatéraux pour ceux qui dédaignent de se soumettre à cette humiliante cérémonie. Au centre de l'église du monastère est un caveau ou l'on descend par une dizaine de marches. Des deux côtés, le long des murailles sombres de ce lieu funèbre , sont rangés une vingtaine de cadavres, anciens habitants de l'abbaye. Une propriété particulière du sol , probablement saturé de sulfate d'alumine , les a conservés dans leur intégrité. Leur peau s'est parcheminée, mais aucune parcelle n'en est détruite; leurs vêtements mêmes sont intacts. L'individu qui me montra ces étranges momies était un vieillard centenaire, qui reconnaissait parmi elles des amis d'autrefois, et qui avait plutôt l'air d'un squelette que les morts rangés autour de nous. Tout le pays d'alentour est admirable : tantôt on rencontre un village caché dans un vallon, et dont les cabanes sont tapissées de lierre; tantôt on passe entre des bruyères ou sous les voûtes d'une forêt. Le Siebcngebirge est presque toujours visible au loin avec ses cimes majestueuses. Laissant de côté les bains de Godesberg , nous allâmes passer la nuit dans un misérable hameau situé au bord du r\hin. Nous avions en face de nous le vieux château du Drachenfels, bâti sur un plateau de la chaîne des sept montagnes. Un peu plus loin, sur la rive ou nous étions, s'élevaient les débris du Rolandseck. Une île qui coupait le Rhin en deux parties égales contenait des bâtiments considérables.
Mes compagnons de voyage et moi, nous avions entendu parler des manoirs du Drachenfels et du Rolandseck; mais nous ignorions quel était l'édifice contruit dans l'île.
— Qu'est-ce que cela ? demandai-je à mon postillon.
— C'est une auberge, répondit-il, mein herr, es tut ein gasthaus.
— Une auberge! mécriai-je; mais il n'en a pas toujours été ainsi?
— Non, monsieur, me dit un individu qui nous écoutait en fumant sa pipe; c'était, il y a une vingtaine d'années, un couvent de Bénédictines. Ce fut là, dit-on, qu'Hildeptarde , fiancée du paladin Roland, dont vous voyez le château sur la rive droite, se renferma sur le faux bruit de sa mort, (luand il revint, elle était enchaînée par un vœu indissoluble ; et ce fut alors que le chevalier désespéré partit pour la guerre d'Espagne où il succomba.
— Vous paraissez connaître les antiquités du pays? dis-je à mon interlocuteur.
— Ma seule distraction est de m'en occuper. Aussi puis-je vous donner quelques détails sur le monastère Nonnenwerth. 11 fut fondé en 1117, ])ar l'.irchevêque Ferdinand I'''; mais les constructions actuilUs ne datent que de 1779. Vous ferez bien d'aller les visiter.
Le lendemain nous suivîmes ce conseil, et, tra^^rsant le Rhin en ba-
SUR LES DORUS bu raiiN.
teau, nous abordâmes à la pointe supérieure de l'ile. L'aubergiste y était seul avec sa femme , son cuisinier , une vieille servante et trois soldats prussiens, qui avaient des billets de logement. Il parut étonné de voir des étrangers, et nous ne fûmes pas moins agréablement surpris de l'agréable solitude dont l'existence nous était révélée. IVous avions à notre disposition des appartements spacieux, de riantes prairies, des bois qui semblaient avoir été plantés avec art, en manière de jardin anglais. J'avais dans ma société deux jeunes Parisiennes qui furent ravies de cette bonne occasion.
Malheureusement l'excessive clialeur du jour amena un orage; vers le soir, des éclairs illuminèrent les sommets des sept montagnes, et la pluie tomba en abondance. Je me réfugiai dans la cuisine du monastère, où les trois Prussiens mangeaient du pain et du fromage à la lueur d'une chandelle de suif. Cherchant un spectacle plus poétique, je parcourus les longs corridors du couvent, et j'arrivai dans une galerie qui communiquait des cellules à la chapelle. Je distinguai au-dessous de moi , dans le chœur, une vieille femme qui tenait une lanterne à la main, et qui semblait environnée de figures étranges, les unes agenouillées, les autres debout. J'avoue que je fus un moment effrayé, et que, pour dissimuler mon trouble , je me mis à fredonner un air. Aussitôt j'entendis le bruit d'une porte qui se fermait précipitamment , et tout rentra dans l'obscurité.
J'appris le lendemain matin que la femme qui m'était apparue dans la chapelle était la vieille servante que la peur du tonnerre y avait attirée. Les personnages fantasques dont je l'avais crue environnée étaient peints sur les murs ou sur les vitraux.
Le son du cor nous annonça que notre chaise de poste était prête, et nous quittâmes l'ile pour remonter en voiture les bords du Rhin. Toutes les hauteurs étaient couronnées de châteaux, dont nous fîmes, en passant, l'inspection. On voit à Andernach les ruines du palais des rois d'Austrasie, si solidement construit qu'il serait peut-être encore susceptible de restauration. Entre cette ville et Coblentz , les eaux du fleuve étaient si basses, qu'en approchant de Neuwied, nous nous demandions si cette ville étaient située sur la rive gauche ou de l'autre côté de l'eau. Bientôt, après avoir traversé la Moselle, nous entrâmes dans la ville fortifiée de Coblentz , si importante au point de vue militaire.
La veille nous avions couché dans un vaste couvent de six cents pieds de long, dont nous étions les maîtres absolus. Ce soir-là nous n'eûmes d'asile que dans une auberge encombrée de voyageurs. Coblentz a de charmantes promenades et des places spacieuses; on y traverse le Rhin sur un pont de bateaux. Comme ce fleuve sert de frontière à un grand nombre de pays , on a évité généralement d'établir dessus des ponts fixes. On les remplace par des plates-formes posées sur des bateaux , qui sont amarrés les uns aux autres , et qu'on peut disjoindre en quelques heures.
Le territoire situé en face de la ville dépend du duché de Nassau ; mais le roi de Prusse y possède la célèbre forteresse d'Ehrenbreitstein. Le général Marceau assiégea inutilement cette redoutable citadelle, que les Français démantelèrent et firent sauter après la trêve signée à Léoben, au mois d'avril 17 97. Marceau est enterré non loin de là, dans un monument dont Byron donne une description fidèle, et sur lequel il y a écrit des stances qu'on se plait à répéter :
« Près de Coblentz , une simple pyramide couronne un tertre de gazon; elle recouvre les cendres d'un héros. Ce fut l'uu de nos ennemis; mais n'en rendons pas moins hommage à la mémoire de Marceau. Les fiers soldats versèrent des pleurs sur la tombe du jeune guerrier en le plaignant et l'enviant à la fois, car il avait vécu pour la France et combattu pour défendre ses droits.
• Hélas! sa carrière fut courte et glorieuse; ses amis et ses adversaires s'unirent pour suivre ses funérailles! Que l'étranger s'arrête auprès de son monument et y prie pour le repos de cette âme valeureuse. Marceau fut un défenseur de la liberté; il fit partie du petit nombre d'hommes qui n'abusent pas du pouvoir terrible qu'elle donne à ceux qui combattent en son nom. Marceau avait conservé la pureté de son âme, et U fut pleuré. »
Le général Hoche est inhumé auprès de son ami ; mais on lui a élevé un monument séparé auprès d'Andernacb avec cette inscription :
l'armée ce sambre-et-meuse
a son general en chef,