‹ Œuvres compl`etes de Fenimore CooperChapitre 73 sur 280 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

Le calme soudain et pour ainsi dire magique qui succédait au tumulte enivrant du combat produisit un tel effet sur l'imagination échauffée d'Hejward qu'il crut sortir d'un rêve. Bien que les images et les événements qui avaient passé sous ses yeux restassent profondément gravés dans sa mémoire, il en pouvait à peine admettre la réalité. Ignorant encore le destin de ceux qui s'étaient confiés à la rapidité du torrent, il prêtait l'oreille au moindre bruit, au moindre signal qui put annoncer le bon ou le mauvais succès de leur hasardeuse entreprise. Toute son attention fut vaine ; car avec Uncas toute trace de ces hommes courageux avait disparu, et rien ne lui faisait connaître leur sort ultérieur. Dans un moment de doute au.çsi pénible, Duncan n'hésita pas à se lever et à promener ses regards autour de lui, sans demander aux rochers une protection qui tout à l'heure encore lui avait été si nécessaire. Toutefois les efforts qu'il fit pour découvrir quelque indice de l'approche de l'ennemi, furent aussi inutiles que ceux qu'il avait faits pour connaître le sort de ses compagnons. Pas un être vivant ne se montrait sur les rives boisées du fleuve. Les rugissements que répétaient naguère les voûtes de la forêt, avaient entièrement cessé, et on n'entendait plus que la sauvage harmonie de la cataracte monter et descendre dans les courants de l'air pour se fondre dans l'universel repos de la nature. Un oiseau pêcheur qui, perché sur la branche la plus élevée d'un pin desséché, avait été de loin spectateur du combat, descendit alors de son poste élevé, et se mit à planer sur les eaux et à tracer de grands cercles enquête de sa proie; et un geai, dont la voix bruyante avait été réduite au silence par les hurlements des Indiens, fit de nouveau entendre son cri discordant, comme s'il eût repris possession de ses domaines déserts. Duncan puisa dans ces indices de solitude un rayon d'espérance ; il résolut de remettre toutes ses facultés en action, et sentit renaître dans son cœur une sorte de coufiance. — Les Hurons ont disparu, dit-il à David, qui ne s'était pas encore remis du choc étourdissant qu'il avait reçu ; cachons-nous dans la caverne, et abandonnons le reste à. la Providence. — Je me souviens d'avoir uiiLma voix à celle de deux aimables jeunes filles, pour offrir à Dieu des prières et des actions de grâces, reprit le maître de chant d'un air égaré; depuis lors, le jugement du ciel m'a châtié pour mes péchés. J'ai été plongé dans un semblant de sommeil, tandis qu'autour de moi retentissaient des bruits discordants, comme si la plénitude des temps fût arrivée, et que la nature eût oublié son harmonie. — Pauvre garçon ! la plénitude des temps a été, il est vrai, bien près d'arriver' pour toi : mais il faut te lever et me suivre : je vais te conduire dans un lieu où tu n'entendras d'autre bruit que celui de ta psalmodie. — 11 y a une mélodie dans les sons de la cataracte, et le mugissement des eaux est doux aux sens, dit David en pressant son front avec la main, comme s'il eût cherché à coordonner ses idées confu.ses. L'air n'est-il pas encore rempli de hurlements et de cris, comme si les âmes des damnés... — Non, non, interrompit Heyward avec quelque impatience, les rugissements diaboliques ont cessé, et ceux qui les poussaient sont partis; à l'exception de la cataracte, tout est calme 't silence : retirez-vous dans un lieu où vous pourrez produire ces »ons que vous éprouvez tant de charme à entendre. David sourit douloureusement ; et néanmoins cette allusion à sa

vocation chérie fit luire sur son visage un rayon passager de satisfaction. 11 n'hésita pas à se laisser conduire dans un lieu qui promettait des plaisirs si purs à ses sens fatigués; et, appuyé sur le bras de sou compagnon, il franchit l'ouverture étroite de la caverne. Duncan saisit des branches de sassafras, avec lesquelles il boucha le passage de manière qu'on ne put l'apercevoir en dehors. Derrière ce fragile rempart, il arrangea les couvertures abandonntis par les Indiens: par ce moyen, l'intérieur de la caverne était plongé dans les ténèbres, sauf un faible jour pénétrant par la seconde issue qui était fort étroite et qui donnait, comme nous l'avons dit, sur un autre bras de la rivière. — Je n'aime pas, se dit-il en achevant ces préparatifs, le princiiie des Indiens qui se résignent passivement et sans résistance dans les cas désespérés; notre maxime: a L'espérance dure autant que la vie, » me paraît plus consolante et mieux appropriée au caractère d'un soldat. Vous, Cora, je ne vous adresserai pas d'inutiles paroles d'encouragement; vous puiserez dans votre propre fermeté, dans votre raison imperturbable, tout ce qui peut convenir à votre sexe; mais ne trouverons-nous pas moyen de sécher les larmes de cette tremblante enfant qui pleure dans vos bras? — Je suis plus calme, Duncan, dit Alice en se relevant d'entre les bras de sa sœur, et en essayant de montrer une sorte de tranquillité au milieu de ses larmes; je suis beaucoup plus calme maintenant. Sans doute dans cette retraite cachée on ne peut nous découvrir ; nous sommes en sûreté, à l'abri de tout mal; nous avons tout à espérer de ces hommes généreux, qui se sont déjà exposés pour nous à des périls si grands. — Maintenant notre charmante Alice parle en véritable lille de Munro, dit Heyward en s'arrètant pour lui serrer la main, au moment où il se dirigeait vers la seconde issue de la caverne. Avec deux pareils exemples de courage devant lui, un homme doit rougir de ne pas se montrer un héros.

Alors il s'asbit au centre de la grotte, serrant d'une main convulsive le pistolet qui lui restait, tandis que ses sourcils froncés et sa paupière abattue annonçaient une résolution sombre et désespérée. — Les Hurons, s'ils viennent, ne s'empareront pas de la place aussi facilement qu'ils se l'imaginent, murmura-t-il à voix basse; et, appuyant sa lète contre le rocher, il parut attendre l'événement avec patience, quoique son regard se dirigeai sans cesse sur l'issue de la caverne par où arrivait le jour. Les derniers sons de sa voix furent suivis d'un silence profond et prolongé. L'air frais du matin avait pénétré dans la grotte, et son influence se faisait graduellement sentira ceux que ce lieu abritait. A chaque minute qui s'écoulait, sans que rien vînt troubler leur sécurité, une nouvelle lueur de confiance rentrait dans les esprits, bien que chacun craignit d'exprimer tout haut des espérances que le moment d'après pourrait détruire. David seul semblait étranger à ces émotions successives. Un rayon de lumière, parti de l'ouverture de la grotte, éclairait son visage blême, et tombait sur les pages du petit volume dont il s'occupait à tournerlcs feuillets, comme s'il y eût cherché quelque cantique approprié à la situation. Il est probable que, dans ce moment, il agissait d'après un souvenir confus de la promesse consolante de Duncan. Enfin, il trouva sans doute ce qu'il cherchait avec tant de peine; car, sans ex[ilication ni préambule, il prononça à haute voix ces mots : « L'île de Wight! » tira de son instrument un son doux et prolongé, et fit euteudre, avec l'accent le plus doux de sa voix harmonieuse, le prélude de l'air qu'il venait d'annoncer.

— Ne peut-il pas y avoir du danger à chanter ainsi, demanda Cora en fixant ses yeux noirs sur le major. — Le pauvre homme! sa voix est trop faible pour qu'on l'entende au milieu du bruit de la cataracte, répondit-il; d'ailleurs la caverne étouffe encore la voix. Laissons-le donc se livrer à son goût favori, puisqu'il peut le faire sans danger. — L'île de Wight ! repéta David en jetant les yeux autour de lui, de ce ton de dignité avec lequel autrefois il imposait silence aux chuchotements de sa classe. C'est un très bel air auquel on a adapté des paroles solennelles ; chantons-le donc avec tout le respect convenable!

Après un moment de silence pour mieux commander l'attention, la voix du chanteur se fit entendre, d'abord en notes basses et murmurantes qui montèrent graduellement à un ton plus élevé, jusqu'à ce qu'enfin l'étroite enceinte de la caverne fut remplie de sons harmonieux rendus plus pénétrants encore par les intonations tremblantes d'un organe souffrant. La mélodie, dont la faiblesse des sons ne pouvait détruire le charme, étendit peu à peu son influence sur ceux qui l'écoutaient. Elle triompha même des misérables paroles, travestissement de la poésie du psalmiste, que La Gamme avait choisies avec tant de soin parmi un grand nombre de cantiques semblables : les beautés musicales firent oublier la pauvreté des vers. Alice malgré elle sécha ses larmes et fixa ses regards attendris sur les traits pâles de La Gamme avec une expression de chaste délice qui n'était point affectée et qu'elle ne cherchait point à déguiser. Cora donna un sourire d'ap[)robation aux pieux efforts de l'homonyme du roi-prophète, et Heyward ne tarda pas à détourner son œil inquiet et sévère de l'issue de la caverne pour jeter un regard [ilus doux sur le visage de iJavid, ou pour saisir au passage les rayons égarés qui par moments s'écha[ipaient des paupières d'Alice. La sympathie évidente de ses auditeurs excita bientôt la verve du mélomane,

CES VEILLÉES LIÏTÉRAIIŒS ILLUSTREES.

dont la voix retrouva toute sa richesse et tout son volume sans rien pordi-e de cette douceur toucliaulc qui faisait son charme secret. IJcplovant son talent musical dans tout son éclat, il faisait résonner les vtiùtes de la grotte de ses accents pleins et mélodieux, quand un cri liûirible retentissant hors de la caverne fit taire aussitôt sa voix, coiimie si d'un bond son cœur se fût porté tout-à-coup à son j^osier et y eût arrêté le passage des sons. — Nous sommes perdus! s'écria la pauvre Alice en se précipitant dans les bras de Cura. — l'as encore, pas encore, reprit Hcyward agité mais toujours intrépide; les cris viennent du centre de l'île; ils les ont poussés en découvrant les cadavres de leurs compagnons morts; nous ne sommes pas encore découverts ; il y a de l'espoir.

Quelque faible que fût cet encouragement^ quelque horrible que d«vint leur position, les paroles de Duncan produisirent leur eflét; elles relevèrent l'énergie des deux sœurs, qui attendirent l'evénenient en silence. Un second hurlement suivit bientôt le premier, et Ton entendit les voix d'une foule de sauvages qui parcouraient l'Ile dans toute son étendue; enfin ils atteignireiit'le rocher nu situé audessus des cavernes; là, après un grand cri de triomphe, ils continuèrent à remi)lir l'air de clameurs telles que l'homme smil et l'homme plongé dans l'état le plus complet de barbarie, peut les articuler. Los sons s'étendirent rapidement autour d'eux dans toutes les directions. Les uns appelaient leurs camarades du bord de l'eau, et on leur répondait des rochers du centre de file. On entendait des cris à une effrayante proximité du pa.ssage communiquant de l'une à l'autre caverne, et ces cris se mêlaient à d'autres hurlements qui s'élevaient du fond du ravin. Enfin ces bruits sauvages s'étaient disséminés si rapidement sur toute la surface nue du rocher que les malheureux réfugiés en vinrent à concluie qu'on pourrait facilement entendre leursvoix comme ils entendaient les paroles de ceux qui étaient autour d'eux et au-dessus de leur tète. Au milieu de ce tuniuU(ï, un h'.irlemcnt de triomphe s'éleva soudain à quelques pas de l'issue de la grotte couverte par les branches de sassafras. Hcyward alors abandonna toute espérance, convaincu qu'ils étaient découverts. Cependant les cris s'éloignèrent et la terreur se dissipa encore : il entenriitlcs mêmes voix se réunir à l'endroit où avec tant de regret l'cclaireur avait abandonné sa carabine. Dans le mélange dotons les dialectes indiens, qu'il entendait alors distinctement, il lui fut facile de comprendre non-seulement des mots, mais des phrases entières empruntées au jargon à demi français du Canada. «La Longue-Carabine! » s'écrièrent une foule de voix; et les forêts de la rive opposée répétèrent : « La Longue-Carabine! » nom qu'Hcyward se rappelait avoir fréquemment entendu et par lequel les ennemis désignaient un chasseur renommé qui servait quelquefois de batteur d'estrade aux troupes anglaises ; c'est alors qu'Heyward connut pour la première fois quel avait été son compagnon dans celte île. « La Longue-Carabine ! La Longup-C;irabiiie! » ce mot passa de bouche en bouche, jusqu'à ce qu'enfin la foule parut se réunir autour d'un trophée où elle voyait une preuve de la mort de son formidable propriétaire. Après une bruyante consultation plus d'une fois couverte par les éclats d'une cruelle joie, les sauvages se séparèrent encore, faisant retentir l'air du nom de leur ennemi, et, comme Heyward crut le reconnaître à leurs expressions, espérant trouver son corps caché dans quelque crevasse de l'île, — Maintenant, dit-il à voix basse aux sœurs trenddantes, voici le moment de la crise! Si notre retraite échappe à cette recherche, nous sonmics sauvés! En tout cas nous sommes sûrs, d'après ce que viennent de dire les Indiens, que nos amis leur ont échappé, et dans deux heures nous pouvons espérer queWebb nous aura secourus.

Il y eut alors quelques minutes d'un silence effrayant pendant lesquelles Heyward dut comprendre que les sauvages mettaient dans leurs recherches plus de vigilance et de méthode. Plus d'une fois il put distinguer le bruit que faisaient leurs pieds en foulant le sassafras; on entendait le froissement des feuilles sèches et le craquement des branches. A la fin, la frêle barrière céda un peu, un coin de la couverture tomba, et un faible rayon de lumière péniHra dans l'intérieur de la grotte. Cora effrayée pressa la pauvre Alice contre son sein, et Duncan se leva tout-à-coup. On entendit en ce moment un grand cri qui semblait partir du centre du rocher, et tout annonçait que les sauvages avaient enfin pénétré dans la grotte voisine. Èienlôt le nombre et le bruit des voix indiquèrent que toute la troupe y était rassemblée ou se trouvait à l'entour. Les deux grottes étaient si rapprochées, que Duncan, dans la conviction qu'il H'élait l>lus possible d'échapper, alla se placer entre les deux sœurs et l'issue par où les sauvages devaient arriver. Réduit au désespoir par le péril de la situation, il se rapprocha de la barrière fragile qui le séparait à peine d'un ennemi infatigable, et regardant à travers la petite ouverture qui venait d'être pratiquée, il examina dans un calme effrayant tous les mouvements des sauvages. A portée de son bras était le dos basané d'un Indien de taille gigantesque, dont la voix grave et impérieuse semblait diriger les mouvements de toute la troupe. Plus loin, dans riulérieur delà première caverne, Duncan vit un grand noudnede sauviiges pillant et retournant dans tous les sens l'humble mobilier de l'cchurcur. Le sang sorti de la blessure de David avait rougi les feuilles du sassafra», avant la saison où elles

prennent celte couleur. En apercevant celte preuve de leurs succès, ils jetèrent un hurlement semblable à celui que poussent des limiers qui ont retrouvé la voie de la bête qu'ils poursuivent. Apres ce en de victoire, ils dérangèrent le lit odorant, et portèrent les branchages dans le passage de communication, ayant soin de les séparer et de les secouer, comme s'ils eussent soupçonné qu'elles recelaient la personne de l'homme qu'ils avaient si longtemps haï et redouté. Un guerrier au regard farouche s'approcha du chef, tenant une brassée de feuillage, et lui fit remarquer d'un air de triomphe les taches de sang qui y étaient empreintes; témoignant en même temps sa joie féroce par des exclamations en indien, dont Heyward devina facilement le sens parce que l'orateur y mêlait fréquemment le nom de « La Longue-Carabine. » Quand il cul terminé l'expression de son insultant triomphe, il jeta les branches qu'il tenait sur la pile qu'avait élevée Duncan à l'entrée de la seconde caverne, ce qui boucha de nouveau le jour pratiqué dans cette cloison Son exemple fut suivi par les autres : enlevant tout le feuillage qui se trouvait dans la grotte de léclaireur, ils le mirent en un tas, ajoutant ainsi sans le savoir à la sécurité de ceux qu'ils cherchaient; tout l'avanlage de cette barrière était dairs sa faiblesse même, car au milieu de cette confusion générale, il ne pouvait venir à l'idée de personne de remuer un tas de broussailles que les sauvages pensaient avoir été formé par les mains de leurs camarades eux-mêmes. Les couvertures ayant cédé à la pression extérieure, et les branches s'étant affaissées par leur propre poids dans la crevasse du rocher, où elles formaient ua corps compacte, Duncan put respirer plus librement. D'un pas léger et le cœur plus léger encore, il retourna au centre de la grotte, et reprit la place qu'il occupait auparavant, et d'où ses regards pouvaient se fixer sur l'ouverture du côté de la rivière. Pendant qu'il effectuait ce mouvement, les Indiens, comme s'ils se fussent ravisés, d'un commun accord sortirent tous du passage, et on les entendit parcourir l'île et retourner vers le point du débarquement. Un hurlenuMit de deuil annonça qu'ils étaient de nouveau rassemblés autour des cadavres de leurs camarades morts.

Duncan alors osa jeter les yeux sur ses compagnes; car dans le moment le plus critique, il avait craint que l'inquiétude peinte dans ses traits ne donnât de nouvelles alarmes à des êtres si peu capables de soutenir un pareil choc. — Us sont partis, Cora! dit-il à voix basse; Alice, ils sont retournés au point d'où ils étaient venus et nous sommes sauvés! remercions le ciel qui nous a soustraits à nos impitoyables ennemis! — Je vais donc rendre grâces à Dieu, répondit .\lice en quittant les bras de <.'ora, et en s'agenouillant sur le rocher nu avec un sentiment de gratitude fervente; à ce Dieu qui épargne des larmes à un père en cheveux blancs, qui conserve les jours (1 êtres si cliers...

Heyward, et Cora plus maîtresse d'elle-même, ne purent voir sans une sympathie puissante cet élan religieux, elle premier pensa que la piété n'avait jamais revêtu des formes au.<si attrayantes; les yeux de la jeune fille rayonnaient de reconnaissance; l'incarnat avait reparu sur ses joues, et .ses traits éloquents annonçaient que son àme tout entière s'épanchait dans sa douce prière. Mais au moment où ses lèvres s'ouvrirent, .ses paroles semblèrent s'y glacer. Elle reprit tout-à-i(iup la pâleur de la mort; ses yeux humides semblèrent toutà-coup peli'ifies d'horreur, elles mains qu'elle levait vers le ciel s'abais^erciU hoiizoutalement, montrant quelque cho.-ie du doigt avec une agitation convulsive. Heyward porta ses regards dans la direction qu'elle indiquait, et do l'autre côté de la rivière, il aperçut la figure cruelle, farouche et sauvage du Renard-Subiil. Dans cet instant d'horrible surprise, la présence d'esprit do Duncan ne l'aflandonna pas. 11 vit à l'expression incertaine des traits de l'iiiclien que SCS yeux, accoutumés au grand jour, n'avaient pu encore distinguer les objets à la lueur sombre qui régnait dans les profondeurs de m caverne : déjà même il pensait à se retirer avec ses compignesdans un enfoncement du rocher lorsqu'à l'éclair d'intelligence qui brilla tout-à-coup dans les traits de l'Indien, il vil qu'il était trop lard.

L'air de triomphe brutal ipii annonça cette vérité terrible était trop irritant pour que la fierté de Duncan le support.àl : n'écoulant que sa fureur, il dirigea son pistolet contre l'Indien et lit feu. L'explosion retentit dans la caverne comme l'éruption d'un volcan, et lorsque le courant d'air qui venait du ravin eut dissiiié la fumée, le traître avait disparu. Courant à l'ouverture, Heyward aperçut l'Indien s'cnfuyant comme une ombre le long du rocher par un sentier bas cl étroit qui bientôt l'eut dérobé à sa vue. Un silence effrayant succéda parmi les sauvagesàcettedétonnationqui leur sembla sortir des entrailles du rocher; mais dès que le Henard, élevant la voix, eut poussé un cri significatif et prolongi>, tous les Indiens y rcpon dirent |iar un hurlement spontané. L'île retentit encore de leurs pas, et avant ipie Duncan se l'ùt remis de sou agitation, la faible barrière de feuillage fut renversée, la grotte envahie par ses doux issues, et les quatre Européens qui s'y trouvaient furent traînés hors de leur asile, au grand jour, où ils se virent entourés de toute la troupe des Hurons triomphants.

LE DERNIER DES MOHICANS

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