‹ Œuvres compl`etes de Fenimore CooperChapitre 93 sur 280 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Un vaisseau qui a ses voiles au vent et ses pavillons déployés offre toujours un beau spectacle , et le Montauk , construit dans les chantiers de New-York, était au premier rang des bâtiments de sept cents tonneaux doulilés et chevillés en cuivre. La scène qui ^e passait devant leurs yeux fit oublier à Eve et à mademoiselle Viefville les présentations du capitaine.

Une foule d'individus décemment vêtus , mais d'une classe moins élevée que celle des précédents voyageurs , se pressaient sur les échelles de bord, sans songer aux souffrances physiques qu'ils allaient supporter avant d'atteindre la terre promise , celte lointaine Amérique oii les pauvres et les opprimés de presque toutes les nations viennent chercher un abri. Eve vit avec étonnement parmi eux des xitillards, qui brisaient des liens de soixante ans afin d échapper aux privations dont ils avaient si longtemps soutenu le fardiau. Qulqucs-uns avaient fait des sacrifices pour obéir aux mystérieux instincts qui entraînent l'homme vers ses enfants ; d'autres avaient toute la vigueur et les illusions de la jeunesse. D'autres encore , victimes de leurs vices, s'embarquaient pour changer d existence et pour réparer leurs torts. Tous avaient des projets qui n auraient pas résisté a l'examen sévère de la raison ; pas un seul ne savait exactement ce qui l'atiendait au bout de son voyage. La plupart devaient être déiappointés , taudis qu'un petit nombre verraient se réaliser les rêves brillants de leur imagination.

Cette foule bigarrée s'occupait activement de recevoir à bord des marchandises, de conférer pour la dernière fois avec dcs amis, dont quelques-uns pleuraient, ou de noyer les réflexions dans la coupe du départ. Çà et là , des enfants étonnés regardaient avec anxiété leurs parents , comme s'ils eusenl craint de les perdre dans une pareille mêlée.

On n'avait pas encore établi à cette époque la discipline sévère qui sépare les passagers de la grande chambre et ceux de la cabine en deux castes parfaitement distinctes ; néanmoins le capitaine Truck avait un sentiment trop profond de ses devoirs pour laisser envahir le gaillarJ d'arrière. Cette partie du vaisseau avait donc échappé à l'encombrement produit par les malles, les boîtes, les caisses et les paniers. Profitant de l'espûce qui lui était laissé, la famille Effingham quitta la remise pour se promener sur le pont. En ce moment , un autre canot accosta le Montauk , et il en soriit un grave jiersonnage qui ne semblait pas disposé à se compromettre par la moindre omission de formalité. C'était un officier civil de PortsmoutU souvent employé à rechercher sur les paquebots américains les délinquants qui cherchaient à se dérober aux poursuites de la justice.

Ah ! monsieur Grab , dit le capitaine en tendant familièrement

la main au magistrat subalterne , je ne croyais pas avoir le plaisir de vous voir ; mais vous autres , qui vous présentez au nom du roi , vous avez la régularité de la marée... Monsieur Grab, voici M. Dodge; monsieur Dodge , voici M. Grab ; et maintenant , à quel cas de bi- • garnie , de faux, d'enlèvement ou de banqueroute fraudtUeuse, dois-je

LE PAQUEBOT

l'honneur de votre visite?. . Sir Georges Templemore, je vous présente M. Gral); monsieur Grab , sir Georjjts Templemore.

Sir Gconjes salun d'un air assez maussade , car il éprouvait i)eu de sympathie pour un homme de la police , et l'officier le contempla avec autant d'attention que de dignité. Toutefois l'affaire qui l'amenait ne regardait personne de la cabine. Une jeune femme s'était mariée contre la volonté de son oncle, qui se trouvait forcé de rendre ses comptes. Il avait jugé prudent de prévenir celte désagréable o|)ération en intentant un procès au fiancé pour avances réelles ou prétendues f.iites à la femme pendant sa minorité. Ce récit, pendant qu'il était communiqué au capitaine , fut avidement écoulé pir une douzaine de curieux, et circula sur le navire avec une incroyable rapidité et quelques enjolivements.

— Je ne connais pas le mari , dit l'officier civil-, mais je sais qu'il est à bord, et il s'appelle Robert Uavi?.

— Mon cher monsieur, je ne présente jamais aucun des passagers de la grande chambre, et je vous donne ma parole qu'il n'y a personne de ce nom dans h cabine. Au reste, faites vos recherches, emmenez votre homme , mais ne retardez pas les manœuvres... lAIousieur Sharp , voici ^\. (irab; monsieur Grab , voici M. Sharp... Allons, monsieur Leach , abraquons le mou de la chaîne.

Le principe que les savants appellent attraction et répulsion réglait sans doute les mouvements des voyageurs , car IM. Sharp lorgna l'officier avec une froideur dédaigneuse. Voyant cela , M. Grab appela un avocat, qui l'attendait dans le canot, et tint conseil avec lui sur ce qu'il devait faire. Cinquante personnes étaient groupées autour d'eux; des yeux furieux épiaient leurs moindres démarches , et de temps en temps un des auditeurs se détachait de la foule pour aller raconter ce qui se passait.

l>'liomme est né sans doute jiour l'association. C,)uoique la grande chambre contint au moins cent personnes, hommes, femmes et enfants , par une partialité commune , pririnl )iarli contre la loi, en faveur du prévenu, dont ils ne discutèrent point la cause, (juant aux officiers du bâtiment, ils connaissaient assez les droits d'un agent de police pour ne point se compromettre , et ils observèrent la plus stricte neutralité.

Le fonctionnaire public eut recours à la ruse , et usurpa des pouvoirs qui ne lui étaient pas conférés. Appelez Robert Davis, dit-il.

— Robert Davis! liobert Davis! répétèrent une vingtaine de voix, entre lesquelles on remarquait celle du mari , qui faillit se trahir par l'excès de son zèle. Il était facile d'appeler, mais personne ne répondit.

— Hlon petit ami, demanda l'agent à un blondin de dix ans, ditesmoi oii est Robert Davis, et je vous donnerai douze sous.

L'enfant le savait, mais il protesta de son ignorance.

— C'est un esprit de corps admirable ! c'est délicieux ! s'écria mademoisi Ile Viefville en français , je mangerais cet enfant !

Ce qu'il y avait de remarquable et de plaisant, c'était que par une esi cce de tour d'escamotage , tous les assistants sciaient désignés les uns aux autres l'homme que l'on poursuivait. L'avocat et l'agent de police étaient les seuls qui ne l'eussent pas remarqué ; mais par mallieur, le premier connaissait asstz les parents de la femme pour distinguer celle-ci à une ressemblance générale, d'autant plus quelle était pâle et agitée d'un tremblement nerveux pres(]ue insurmontable. 11 la montra il son compagnon, qui lui ordonna d'approcher. La pauvre femme foiidit en larmes, et son époux imprudent allait s'élancer pour la consoler , quand il fut retenu avec force par un des passagers.

Un esprit prévenu remarque Us moindres circonstances ; mais lorsque les idées ont pris une fausse direction, les yeux ristent fermés aux indices les plus visibles. L'avocat et l'oHicier furent les seuls qui ne fissent jias attention à l'indiscrétion du jeune homme. Sa femme le crut per<lu; elle chancela un moment, maii comprimant son agitation , elle s avança vers lollicier avec une assurance que lui donnait sa tendresse.

L'avocat fourra une prise de tabac dans son nez, qui était déjà jauni par l'usage de la poussière narcotique, et il dit avec le plus grand sang-fioid :

— Si le uiari ne veut pas se rendre, je vais être forcé d'emmener la 'eramu à sa place.

Un )irofond silence succéda à cette fâcheuse déclaration, et la foule désespéra de pouvoir sauver l'accusé. La femme accablée se laissa tomber sur un ballot , et inclina la tête sur les genoux. En ce moment, une voix partit du gaillard d'arrière.

— Est-ce une arrestation jiour crime ou pour dette? demanda le jeune homme qui avait été présenté sous le nom de M. Blunt.

Le ton d'autorité du nouvel orateur i-amena lesioir dans les cœurs, et excita la surprise et peut-être même le ressentiment des deux persécuteurs. Une douzaine de passagers s'empressèrent d'expliquer à la fois qu'il ne s'agissait ni de crime, ni même de dette; mais qu'un infâme tuteur avait dressé ses batteries pour se dispenser de rendre ses comptes à une ]mpille indignement lésée. Ces assertions furent émises confusément, m.iis avec une chaleur et un accent de vérité qui redoublèrent les sympathies de la partie intelligente des spectateurs.

L'avocat examina l'habit de voyage de l'interrogateur, qui parais-

sait n'ax'oir pas plus de vingt-cinq ans, et répondit d'un air de supériorité :

— Dette ou crime, peu importe aux yeux de la loi.

— Il importe beaucoup aux yeux d'un honnête homme , répondit i\I. Blunt avec vivacité. On peut hésiter à prendre le parti d'un fripon , mais l'on est toujours disposé ii intervenir en faveur d'un homme qui n'est peut-être coupable que d'infortune.

— ^ ous avez l'air de vouloir dérober le criminel à la justice ! J'espère que nous sommes encore en Angleterre et sous la protection des lois anglaises.

— Sans doute, monsieur Seal, interrompit le capitaine, qui crut devoir i>3rler dans l'intérêt de ses armateurs : xoilà l'Angleterre, voici l'ile de Wiihe, et le }[otilauk est dans un mouillage anglais. Personne n'a envie de contester les droits que vous pouvez avoir. M. Blunt demande seulement à établir une distinction entre les fripons et les honnêtes gens... Monsieur Seal je vous présente M. Blunt; monsieur Blunt, voici AI. Seal... C est dommage que cette distinction ne soit pas plus généralement comprise.

Le jeune homme s'inclina légèrement, et quoique embarrassé de se voir subitement le point de mire de tous les regards, il comprit qu'il était de sou honneur de ne pas reculer.

— Personne, dit-il , ne révoque en doute la suprématie des lois anglaises dans cette rade ; mais je ne sais si l'on peut se permettre d'arrêter une femme à la place de son mari.

— C'est quelque avocat sans cause ! murmura Seal à Grab : on l'aurait fait taire en lui donnant une guinée. Que devons-nous faire?

— Emmenez la femme, et arrangez l'affaire devant un magistrat compétent.

— Oui, reprit l'avocat poursuivant ; la justice est aveugle en Angleterre comme dans tous les autres pays , et elle est sujette à l'erreur ; cependant elle est impartiale. Si elle se trompe parfois , elle est toujours prête à réparer le mal qu'elle a pu faire.

— Ne pouvcz-vous intervenir? demanda Eve, par un mouvement involontaire, à M. Sharp, qui était auprès d'elle.

M. Sharp tressaillit à ce brusque appel, échangea un regard d'intelligence avec Eve , et s'avança vers le groupe principal.

— En vérité, dit-il à l'avocat, votre conduite me parait complètement irrégulière, et pourrait entraîner de fâcheuses conséquences.

— Comment cela, monsieur? interrompit Seal.

— L'/iafcfYis corpus n'est-il pas la loi du pays ?

— Sans doute, reprit l'avocat; mais cette dame l'invoquera si l'on a eu tort de l'arrêter, et je voudrais bien voir qu'un étranger se permît de s'opposer à l'exécution des lois de la vieille Angleterre !

Ce fut Paul Blunt qui répliqua , encouragé par un regard suppliant des yeux bleus de miss Eftingham.

— Tous ceux qui sont à bord d'un paquebot américain, dit-il d'un ton ferme , ne sont pas nécessairement dts étrangers. Les droits de la liberté individuelle sont compris dans les autres contrées comme dans celle-ci, et puisque vous êtes jurisconsulte, vous savez bien qu'on ne peut légalement arrêter une femme pour son mari. Si elle veut suivre mes conseils, elle refusera de vous accompagner.

— Qu'elle l'ose à ses risques et périls.

— Oserez-vou> essayer de l'enlever de force à vos risques et périls ?

— Messieurs, messieurs, interrompit le capitaine, de grâce, qu'il n'y ait point entre vous de malentendu!... Monsieur Blunt, je vous présente .'M. Grab; monsieur (irai), voici M. Blunt... Pas d'emportement, messieurs , je vous en conjure, la marée commence i» se faire sentir, et vous savez qu'il laut en profiler ; sans cela le Montauk partirait le 3, au lieu de commencer son voyage le f'' comme l'ont annoncé les journaux des deux hémisphères. Je serais fâché, monsieur l'oflicier civil, de vous emmener en mer avec le peu de bagages que vous avez. La cabine est cliargée comme la conscience d'un homme de loi, et il ne vous resterait plus d'autre ressource que le logement des matelots. A l'avant, mes amis, et virez au guindeau ! du monde aux drisses de la hune de misaine ! iNous sommes réguliers comme nos chronomètres; nous partons sans faute le 1"', le 10 et le 20.

Il y avait de la vérité mêlée d'un ))eu de poésie dans la déclaration du capitaine, la marée était en sa faveur, mais le vent souillait à peine dans la rade, et il est plus que probable que s'il n'avait été ému de la douleur d'une jolie femme, le navire se serait déshonoré par un retard dinie journée. Mais, comme il avait pris l'affaire à cœur, il dit toul bas à sir Georges que si l'affaire ne s'arrangeait pas, il était décidé à emmener les deux persécuteurs en Amérique. Ceux-ci ne se décourageaient pas; ils avaient prévu la difficulté qui se présentait, et pendant qu ils étaient ii bord, l'oncle faisait chercher sur le rivage un de ses fils , pour constater l'ideulilé du mari. Ce fils était un g - Imt éconduit, et AI. (irah, à l'aide d'une lunette d'approche, le \it se diriger vers le Montauk, dans un canot à deux rames, avec l'ardeur que donnent la malveillance et la fureur. Cette découverte fut communiquée à l'avocat poursuivant, qui ne put contenir sa joie, car son amour-propre commençait à être intéressé au succès de l'entreprise. Les hommes sont faits de telle sorte qu'ils s'applaudissent des heureux résullats d'un projet ini(iue, comme de ceux d'une conception dont ils peuvent à juste titre être fiers.

D'uu autre côté, les passagers et l'équipage du paquebot devinèrent

LE PAQUEBOT

la vërité avec cette espèce de perspicacité instinctive que possèdent les agiégiilions d hommes dans les moments d'agitation. Tous furent convaincus, quoique sans preuves, que l'embaiCition solitaire qui limait vers eux au milieu des brouillards du soir devait contenir du renfort pour les ennemis du jeune couple. Il y a une vieille antipathie entre les marins et les ministres de la loi, on en put juger bientôt par l'activité avec laquelle l'équipage du Montauk travaillait à lever l'ancre. L'opération se poursuivait sans bruit, sans confusion, mais chacun y employait toutes ses facultés ; le tic tac des traverses du guindeau ressemblait à celui d'une horloge, et à chaque tour la chaîne montait d'une demi-brasse.

— Tenez cette manœuvre, s'écria M. Leach; et il plaça le bout des drisses du grand hunier entre les mains d'une demi-douzaine de passagers athlétiques qui étaient remplis de bonne volonté.

Le lieutenant fit la même chose à l'avant, et les larges plis des voiles se déployèrent pendant que l'on continuait à lever l'ancre. Le mouvement échauffa le sang de ceux mêmes qui n'y prenaient point part, et les passagers du gaillard d'arrière éprouvèrent l'excitation d'une lutte. Le capitaine Truck s'élança à la roue, et en fit jouer les rayons jusqu'à ce qu'il eût mis la barre tout au vent. Alors il chargea sans cérémonie John Effingham de la tenir. Il courut ensuite au pied du mât d'artimon , et après quelques efforts infructueux , il appela à son aide sir Georges Templemore.

— Sir Georges! s'écria-t-il , veillez aux drisses du hunier de misaine. Monsieur Dodge , secondez-nous.

Enfin, tout le monde se mit à l'œuvre; et grâce au concours des officiers, des maîtres d'hôtel, des coqs, des aide-coqs et des matelots qui ne viraient pas au cabestan, on parvint à déployer les voiles presque en aussi peu de temps qu'à bord d'un vaisseau de guerre. On entendait grincer les palans, les moufles et les bredindins. Vingt gaillards vigoureux changeaient l'amure de la grande voile , et on halait les vergues , comme pour annoncer que le navire avait levé l'ancre. La direction du courant le dispensait de faire son abatée; mais la brise prit les voiles par le travers, aussitôt que l'ancre fut à son poste, et l'on vit s'élever à l'arrière du Montauk des bulles d'eau qui décelaient sa marche.

— Pilote! s'écria M. Grab d'un ton menaçant, vous serez responsable de l'évasion des prévenus. Vous savez que je suis chargé de les arrêter, et votre devoir est de prêter main-forte aux ministres de la loi.

— Ecoutez, monsieur Grab, interrompit le capitaine, qui s'était animé en prenant de l'exercice, on connaît son devoir à bord de ce paquebot. Le vôtre est de conduire Robert Davis à terre , si vous pouvez le découvrir; le mien est de mener le Montauk en Amérique. Maintenant, si vous voulez suivre un bon conseil, vous prendrez des mesures pour ne pas faire la traversée. Personne ne vous empêche de remplir vos fonctions, et je vous prierai de ne pas vous opposer à l'accomplissement des miennes... Dressez les vergues à l'avant, mes amis, et laissez arriver le navire au vent.

Comme le Montauk avait fait assez de chemin pour n'être pas aisément abordé par une barque à deux rames, l'avocat poursuivant manifesta quelque inquiétude. La soirée touchait à sa fin, et les rayons de la lune commençaient à se refléter sur la crête des lames, quand on vit d'un autre côté une chaloupe à six rames se diriger vers le paquebot.

— Elle doit appartenir à un vaisseau de guerre, dit sir Georges Templemore en la faisant remarquer au capitaine.

— Je le crois, dit le pilote, et si elle fait im signal, il faudra mettre le navire en panne.

— Marchons donc, reprit le capitaine; l'heure est arrivée, mes passagers sont à bord , nous sommes prêts à partir, et ma destination est l'Amérique. Que ceux qui auront besoin de moi cherchent à me rattraper.

Le pilote et le capitaine étaient deux amis qui se comprenaient parfaitement. Le premier donna quelques indications nécessaires sur les écueils et les courants, recommanda de virer de bord à propos, et s'embarqua dans son canot pour regagner la terre.

L'officier civil et l'avocat persistèrent à rester à bord , car voyant approcher la chaloupe, ils espéraient du secours de ce côté. Ce nouvel incident augmenta les émotions qui accompagnent ordinairement le début d'un long voyage. Les passagers oublièrent de pénibles adieux, pour savourer une agitation toujours agréable quand elle ne provient pas de nos propres malheurs.

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