PE L'IMPÉNITENCE FINALE
Ego rado, et quarellt me, et in peccato vestr9
moriemini, Je m'en vais et voua me cbercherez, et vous
mourrez dans votre péché, Jo^n. 8, 21.
I. La mort et le péché, le péché et la mort, deux grands maux, deux traits perçants bien propres à frap^ per le cœur d'un pécheur obstiné et à le remplir de ter» reur et d'épouvante : la mort par laquelle Dieu punit le péché : le péché par lequel la mort est entrée dans le monde : la mort qui détruit l'homme dans l'ordre de la nature ; le péché qui le ruine dans l'ordre de la grâce ; la mort qui nous dépouille de tous les biens temporels, et réduit notre corps à une poignée de poussière, le péché qui nous prive de toutes les grâces, de tous les biens spirituels, et réduit 1 ame à n'être qu'un réceptacle de misères. Deux grands maux, j'en conviens, mais pour-» tant ce ne sont pas des maux extrêmes ; pris séparément, le péché sans la mort, et la mort sans le péohé peuvent même quelquefois être d'un grand avantage, car la mort sans le péché peut être sainte et précieuse devant Dieu, le péché sans la mort peut devenir matière d'une pénitence qui rende l'homme agréable à Dieu. Le comble de tous les maux, c'est la mort se joignant au péché, ou le péché accompagnant la mort; parce qu'alors la mort
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rend le péché irrémissible^ et le péché rend la mort à jamais criminelle. Avant d'expliquer ma pensée, trouvez bon que je demande à Jérémie ses chaînes, à Ezéehiel ses cendres, aux plus fervents prophètes leurs larmes^ afin d'imiter au moins en partie le zèle qui les dévorait» lorsque, chargés de proclamer les vérités éternelles et d'intimer aux peuples les menaces de Dieu, ils parais^ saient en public, les vêtements déchirés, les cheveux en désordre, le visage négligé et un air si triste, qu'avant .même qu'ils ouvrissent la bouche, tout en eux parlait, excitait la terreur et prêchait la pénitence. Ahi que ne puis-je me couvrir aussi la tête de cendres^ et chargé de chaînes, fondant en larmes, tout entouré des insignes les plus sinistres, les plus propres à vous frapper d'un saint effroi, faire aujourd'hui le prophète au milieu de vous ! Souffrez au moins que je m'approprie les paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ et que je vous crie à haute voix : Pécheurs obstinés, quelle frénésie vous pousse? Vous croyez vivre en impies, pouf mourir ensuite de la mort des justes : eh bienî ministre de Dieu, je viens vous déclarer de sa part qu'il vous abandonnera sans miséricorde : ego vado, et qu'après l'avoir cherché Vainement au moment de la mort : quceritis mey vous mourrez en désespérés : et in 'peccato vestro moriemini : vous mourrez dans le péché, vous mourrez avec le péché, vous mourrez par le péché ; — vous mourrez dans le péché, parce que vous ne voudrez pas vous convertira la mort, voilà le premier point; -^ vous mourrez avec le péché, parce qu'à la mort, quand même vous le voudriez, vous ne pourriez plus vous convertir, voilà le second point ; — vous mourrez par le péché, parce qu'à la mort, quand même vous voudriez et que vous pourriez vous convertir, vous ne le ferez pas, à cause que vous serez déjà abandonnés de Dieu, voilà le troisième point. — Quel sujet formidable 1 II ne s'agit
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pas ici de perdre la liberté, de perdre quelque bien d'icibas, il s'agit de quitter ce monde et de perdre un Dieu ; il s'ag-it de mourir pécheur et d'aller à la damnation ; il s'agit du point le plus terrible de toute la morale chrétienne. Je reconnais cependant que ce que j'ai à dire ce matin s'applique à peu de personnes, et précisément à celles qui n'ont pas coutume de venir au sermon, et qui ont vécu jusqu'ici en pécheurs obstinés. Si paurtant il s'en trouvait quelques-uns dans ce nombreux auditoire, qu'ils tremblent ; et qu'après le sermon, sortant de l'église la tète basse, ils emportent dans leur cœur comme autant de dards ces trois vérités, à savoir, qu'un pécheur endurci ne voudra pas se convertir à la mort ; que s'il le voulait, il ne le pourra pas ; et que s'il le voulait et le pouvait, étant déjà abandonné de Dieu, il ne le fera pas. Commençons.
PREMIER POINT
II. Maudite espérance, que celle sur laquelle s'appuient la plupart des pécheurs, qui se promettent de mourir comme des anges après avoir vécu en démons : espérance injuste, espérance trompeuse, que je me propose de renverser aujourd'hui et par l'autorité des saints Pères, et par la lumiere des divines Ecritures, et par la force des raisons les plus imposantes, pour montrer à chacun de vous la voie qui conduit sûrement au salut. Je vais droit au but. Vous me dites, pécheurs obstinés, qu'il sera temps de vous convertir à l'article de la mort, vous le prétendez, et moi, je dis que vous mourrez dans le péché, ou plutôt c'est Jésus-Christ qui vous le dit par ma bouche. Qui a raison? Si c'était vous, je dirais que tous les saints se sont trompés, eux qui, pour se préparer à la mort, ont maltraité leur corps, employé tant de jeûnes, de larmes et de pénitences, et qui, malgré cela,