‹ Œuvres compl`etes (volume 2)Chapitre 5 sur 25 · POUR LE MERCREDI DES CENDRES · texte numérisé non relu

POUR LE MERCREDI DES CENDRES

Memento, homo, quia pulvis es, et »« pulverem

reverteris.

lolite thesaurizare vobù thesaurus in terra. Homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière.

(Paroles de l'église).

Ne vous amassez point des trésors'ici-bas.

(Matth. 6, 19).

I. Que l'Eglise, pour guérir les infirmités de Thomme, lui présente des cendres comme premier antidote, et la mort comme premier remède, je le conçois : mais que l'homme, opposant l'opiniâtreté dans le mal à un traitement si énergique, ose mépriser les cendres en face de la mort, et multiplie les désordres d'une vie criminelle, c'est là ce que je ne puis comprendre. A peine l'homme est-il né, qu'il donne dans miJle erreurs : il prend pour des trésors ce qui n'est qu'une vile poussière, et pour de la poussière un trésor inestimable; il regarde comme un grand bien le comble de ses maux et de ses infortunes, et comme un grand mal son véritable bien : Vœ qui dicitis mahim honum, et bonum

maîiim^. L'Evangile et l'Eglise s'unissent de concert pour dissiper ces illusions. L'Evangile le dépouille do ces prétendus biens qu'il regarde comme des trésors : Nolite thesaurizare vobis^ thesauros in teiera : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre. » L'Eglise répand sur sa tête des cendres qu'il a en horreur comme un véritable mal : Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem rêver ter is : « Homme, souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière. « Mais à les bien considérer, les trésors de l'Evangile et les cendres de l'Eglise, sous des noms différents, expriment les mêmes choses; car les trésors que nous interdit l'Evangile ne sont au fond que des cendres ; et les cendres que l'Eglise nous met sur la tête sont de vrais trésors. Toute la différence, c'est que les trésors apparents condamnés par l'Evangile sont des cendres soulevées en l'air, et que les vrais trésors dont l'Eglise nous enrichit, sont des cendres abattues et couchées à terre. Je comprends maintenant en quoi consiste le remède le plus efficace de l'infirmité humaine : il faut confondre cette maudite hypocrisie qui fait paraître bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien ; qui fait passer pour un trésor précieux ce qui n'est que poussière, et pour de la poussière ce qui est un grand trésor. S'il en est ainsi, réveillez-vous, mondains aveugles, et comprenez cette grande vérité que l'Eglise vous enseigne : Memento, homo, quia pulvis es, et in pulevrera reverteris : « Souviens-toi, ô homme, que tu n'es que poussière et que tu retourneras en poussière. » — Et afin que vous ■sachiez une bonne fois discerner les trésors de la poussière, et la poussière des trésors, et profiter du souvenir de la mort pour réprimer les désordres de votre vie, je vous propose, ce matin, deux grandes vérités, lesquelles

il) Isa. 5. 20.

serviront de base à toutes les autres que j'aurai à vous exposer dans le cours de ce carême : à savoir, — la brièveté d'une vie qui n'est qu'une mort continuelle, et dont nous sommes tous assurés, puisque nous sommes tous mortels : Memento quia pulvis es : ce sera le premier point. — L'immortalité d'une mort qui ne finit jamais, et à laquelle nous sommes tous exposés, puisque nous sommes tous pécheurs : Memento quia in pulverem rêver teris : ce sera le second point. — Voilà deux pincées de poussière bien propres à remédier à toutes les infirmités de l'homme. La première, qui est la pous- .'>ière des vivants, pulnis es, en nous montrant la brièveté d'une vie qui disparaît avec la rapidité du vol ou de l'éclair, nous fera mépriser le présent, et reconnaître que ses trésors ne sont que de la cendre. La seconde, qui est la poussière des morts, et in pulverem reverteris, en nous montrant le danger d'une mort immortelle, uî ne finit jamais, nous fera mettre en sûreté l'avenir, et nous mettra en possession de la bienheureuse éternité où nous posséderons les trésors véritables. Au moins vous finirez tous par apprendre que la mort est un grand trésor, et que tout le reste n'est qu'un peu de cendre et de poussière : Nolite thesaurizare vobis thesauros in terra. Commençons.

Mais non, avant de commencer, arrêtons-nous encore. Je m'adresse à vous, auguste Vierge, Mère de Dieu ! Me voici au début de cette station de carême ; comment pourrai-je achever heureusement une course si difiScile, si je i^e vous ai pour guide? 0 Reine incomparable, si du haut du ciel vous voyez que je cherche autre chose ici-bas qu'à gagner des âmes, qui vous sont si chères à vous et à votre divin Fils, ótez-moi maintenant et la voix et la vie, et accordez à ce peuple béni un ministre fidèle, «« qui parle au cœur de Jérusalem ^ » Que s'il

(1) Isaï. 40. 2.

VOUS plaît que je parle, je ne me sens point le courage de commencer avant d'avoir obtenu votre maternelle bénédiction. Bénissez donc, ô Vierge sainte, ma pauvre langue, et bénissez aussi le cœur de tous ceux qui m'écoutent, afin que ma langue parle à leurs cœurs, et leur fasse produire des fruits de vie. Bénissez-moi, ô tendre Mère! bénissez-moi. — Maintenant, avec la bénédiction de Marie, ma mère et ma souveraine, je commencerai sans crainte.

PREMIER POINT

II. A peine Thomme est-il né qu'il commence à mourir. C'est bien à tort qu'on se plaint qu'une affaire aussi importante que la mort se fasse en un moment. Hélas! on meurt toute la vie, et en mourant on ne finit pas moins de mourir que de vivre. Chose étrange! nous nous inquiétons tous de vivre longtemps, ce qui n'est pas en notre pouvoir, et pour ce qui est de bien vivre, ce qui dépend de nous, nous n'en avons nul souci. Nous regardons tous comme un grand mal la mort du corps, qui passe bien vite ; et la mort de l'âme qui ne finit jamais, nous l'appréhendons si peu. Quelle est donc celte folie ! La vie du corps, qui est une vie moribonde, une vie qui se meurt continuellement et se résout en un peu de poussière, nous la chérissons comme un trésor inappréciable; et la vie de l'âme qui est le plus grand trésor que nous puissions posséder en cette vie, nous n'en faisons pas plus de cas que d'une vile poussière. C'est donc avec raison, ô sainte Eglise, mère cpmpatissante, que, pour nous faire rentrer en nous-mêmes, vous nous adressez ce matin ces paroles : Memento^ homo, quia piilvis es, « Homme, souviens-toi que tu es poussière. » — Poussière? me dira quelqu'un. Comment l'Eglise peut-elle m'appeler ainsi? Puisqu'elle reconnaît que je suis homme, Memento, homo, comment suis-je

poussière? et si je suis poussière, comment suis-je liomme? Certes, cet œil si brillant avec lequel je regarde maintenant, n'est pas de la poussière; cette langue, avec laquelle je parle, n'est pas de la poussière; ce visage florissant n'est pas de la poussière : la poussière ne parle pas, ne sent pas, ne vit pas ; je parle, je sens et je vis ; je ne suis donc pas poussière. — Illusion ! vous dit très-bien l'Eglise : Pulvis eSy tu es poussière. Le plâtre, quoique revêtu d'un beau vernis, est toujoursdu plâtre. Si vous prenez le dernier des palefreniers pour le faire étudier ou lui mettre l'épée au côté, et que celui-ci se voyant une belle livrée sur le corps, se mette à faire l'insolent : Misérable, lui direz-vous, tu sens encore l'écurie ; oublies-tu quïl est en mon pouvoir de t'y renvoyer ? Et si l'on vous disait qu'il n'est plus palefrenier, ne pourriez-vous pas répondre : S'il ne l'est plus, il l'a été, et il le sera quand je voudrai, puisqu'il dépend de moi, et cela suffit. Voilà précisément ce que Dieu fit entendre à Adam, qui, se voyant orné de science et de grâce, commençait à lever la tête et à se croire plus qu'il n'était, presque un Dieu : Erifis sicut Du. Dieu lui dit : Pulvis es et in pulverem reverteris. Souviens-toi que tu es issu de la boue ; tu es poussière et tu retourneras en poussière; tu vis d'une vie moribonde qui est une mort continuelle, et pas autre chose qu'un vil amas de cendre.

III. Mais pour confondre notre orgueil, et pour appuyer solidement tout ce discours, il importe que nous comprenions bien que Dieu et l'Eglise ne nous trompent pas, en nous déclarant que, non-seulement nous serons poussière : in pulverem reverteris^ mais que nous le sommes présentement : pulvis es. La raison en est claire : en quelque état que l'homme se trouve, en effet, il est certain qu'il a été poussière, et qu'il doit retourner en poussière. Mais s'il a été poussière et s'il

doit retourner en poussière, il est donc présentement poussière. La conséquence ne vous parait-elle pas légitime? Attention à ceci. Dieu apparaît à Moïse dans le désert de Madian, et lui dit : Porte à ton peuple la nouvelle de sa prochaine délivrance, et s'il refuse de te croire, dis- lui : Celui qui est, m'a envoyé vers vous : Qui est, misit me ad vos^. Celui qui est! quel est donc ce nom? Moïse n est-il pas aussi celui qui est, ainsi que Pharaon, ainsi que le peuple vers lequel Moïse est envoyé ? Non, répond saint Jérôme ; Dieu seul s'appelle Qui est, parce qu'il est seul celui qui est ; et le saint docteur en trouve la raison dans ces paroles de l'Apocalypse : Qui est y qui erat, et qui venturus es^. Ce qui est, ce qu'il a été et ce qu'il sera, celui-là est vraiment Celui qui est ; et c'est là ce qu'est Dieu. Dieu a été Dieu et sera Dieu, c'est pourquoi on dit que Dieu est celui qui est : Qui est, qui erat, et qui venturus est. Mais celui qui n'est pas tout à la fois ce qu'il a été et ce qu'il sera, n'est pas celui qui est; il est seulement ce qu'il a été et ce qu'il sera, et c'est ce que nous sommes. Regardez le passé; qu'étions-nous? Poussière. Regardez l'avenir; que serons-nous? Poussière encore. Si donc nous avons été poussière et si nous devons être poussière, nous sommes poussière encore maintenant. « Qu'est-ce qui a été? dit Salomon. Ce qui sera. Et qu'est-ce qui sera? Ce qui a été. « Quid est quod fuit? Ipsum quod futurum est. Quid est quod factum est? Ipsum quod faciendum est^. On voit donc le futur dans le passé, et le passé dans le futur. Et le présent où le voit-on? Salomon ne le dit pas ; je vous le dirai, moi : Le présent se voit et dans le passé et dans le futur. Qu'est-ce, en effet, que le présent si ce n'est le passé du futur, et le futur du passé. Si donc nous avons été poussière dans le passé et si nous serons poussière

(1) Exod. 3. i4. (2) Apoc. i, 8. (3) Eccle. 1, 9.

dans le futur, nous sommes poussière dans le présent. Mais cette raison spéculative et trop métaphysique ne peut être bien comprise de tous. Nous allons donc 1 eclaircir et la mettre à la portée des esprits les plus simples. Prenez en main un sablier et regardez-le attentivement; qu'y vovez-vous ? En bas, de la poussière qui est déjà tombée; en haut, de la poussière qui ne l'est pas encore, et au milieu, un mince filet de poussière qui tombe d'un cône dans l'autre. Or, ce mince filet c'est notre vie, qui est poussière, puisqu'elle est cette même poussière qui tantôt était en haut et tout à l'heure sera en bas. Elle était et elle sera poussière ; par conséquent elle est présentement poussière. Et en effet, , Isaïe parle de notre misérable \'ie comme d'un sablier où la poussière est déjà tombée : Finitus est pulvis, consummatus est miser^ defecit qui conculcabat terram^. Venez tous ici maintenant, et touchez du doigt cette vérité, que notre vie est une vie moribonde, une vie qui ne cesse de mourir et disparait comme l'éclair, ou plutôt une vie qui est déjà morte en grande partie. Secouez la poussière de votre sablier, et voyez combien il en est déjà tombé. Jeune homme, où est ton enfance Ì Elle est passée : c'est donc de la poussière déjà tombée. Adulte, où est ta jeunesse ? Elle est passée ; c'est donc de la poussière déjà tombée. Vieillard, où est ta virilité? Elle est passée ; c'est donc de la poussière déjà tombée. Ainsi donc l'enfance est déjà morte en toi, jeune homme; et la jeunesse chez toi, ô homme ; et la virilité chez toi, vieillard : donc votre vie n'est pas seulement une vie moribonde, toujours en décadence, mais une vie déjà morte en grande partie. Et vous vivez aussi insouciants que si vous étiez immortels et que vous ne dussiez jamais mourir! Oh ! quelle funeste erreur! Bénie soit la

(1, hoi. ic, i.

sainte Eglise qui nous réveille et nous détrompe aujourd'hui par ces paroles : Memento^ homo, quia piilvis es. Souviens-toi, homme misérable, que tu es poussière. Entendez-le tous : Vous êtes poussière, Pulvis es. Homme léger qui, pour quelques louanges en Tair, vous enorgueillissez tant, vous êtes poussière. Femme vaine, qui, pour un peu de fard ou de fraîches couleurs sur le visage, vous pavanez et dressez la tête avec fierté, recueillant les hommages de vos adorateurs jusque dans l'église, comme si vous étiez une grande déesse, vous êtes poussière. Ambitieux, qu'un peu de fumée aveugle au point de vous faire perdre de vue et Dieu, et votre âme, et votre éternité, vous n'êtes que poussière. Homme sensuel, qui adorez votre misérable corps, qui ne. vous étudiez qu'à le rassasier des plaisirs les plus sales et les plus honteux, ah ! ouvrez les veux et étudiez cette courte leçon que vous donne saint Bernard : Quid fuistiì quid es? quid erisì Qu'avez-vous été? poussière. Qu'êtes-vous? poussière. Que serez-vous ? poussière : Pulvis es. Vous êtes poussière, et de la poussière tombée en grande partie ; vous êtes un cadavre, vous êtes un peu de terre pourrie. Et c'est précisément ce que signifie le langage mystérieux du prophète Jérémie : Terra, terra, terra, audi sermonem Domiyii^. « Terre, terre, terre, écoute la voix du Seigneur. » Saint prophète, à qui parlez-vous? Je parle à l'homme. Et pourquoi l'appeler trois fois terre? Parce que l'homme est vraiment trois fois terre : terre dans son origine, terre dans son être, et terre dans sa fin. Il est terre, si vous considérez lo passé ; terre, si vous réfléchissez au présent ; terre, si vous regardez l'avenir. Et avec tant de terre devant les yeux et tant de mort sur le corps, vous ne vous réveillerez pas aujourd'hui ? Et vous continuerez votre vie de

(l; Jérém. 22, 29.

'"oéché et de scandale? Vous garderez vos haines, vos rancunes, vos biens mal acquis? et avec la mort rivée dans les os, vous poursuivrez une vie pareille? Pécheurs, avez-vous le sens commun? Est-il possible que vous soyez insensibles à ce point? Tout cela ne suffit-il pas pour vous secouer et vous faire baisser pavillon ?

IV. Que signifient donc ces coups de tonnerre qui retentissent dans cette église et se font entendre pour la première fois du haut de cette chaire? Terre et cendre, morts et cadavres ! Ne dirait-on pas que le monde est un vrai cimetière? et qu'entre nous et les trépassés, il n'y a aucune différence? Ils sont poussière, nous le sommes aussi, il n'y a donc partout que poussière. — Non; il y a une différence, et je vais vous l'expliquer. Avez-vous jamais observé, par un jour d'été, le vent soulevant la poussière des routes et semblant se jouer avec elle dans les plaines de l'air ? Voyez comme cette poussière, animée, pour ainsi dire, par ce soufflé impétueux, tantôt s'élève comme une tour, tantôt se déploie comme un pavillon, tantôt s'amoncelle comme un épais nuage, tantôt vient frapper contre le visage des passants ; comme elle va de çà, de là, aux portes, aux fenêtres, pénétrant dans la cabane du pauvre et dans le palais du riche, montant jusqu'au faîte des tours les plus hautes, descendant dans les plus humbles vallons, ne s'arrêtant jamais tant que dure le vent qui la soulève, la rabat, la fait tourbillonner ou la répand au large, selon ses caprices. Mais que le vent vienne à tomber, et la poussière lombe aussitôt dans l'endroit oii il l'a laissée, dans l'intérieur des maisons où sur le faite des toits, ou par terre au milieu de la campagne. Qu'est-ce'que cette poussière et qu'est-ce que ce vent? La poussière c'est nous : Pulvis es, terra es. Le vent c'est notre vie. Le prophète

Job l'a dit: Ventus est, vita mea^. Le vent se lève, voiU la poussière qui s'élève aussi ; le vent s'arrête, voilà la poussière qui tombe . La poussière emportée par le vent ce sont les vivants qui vont, qui viennent, qui entrent, qui sortent. La poussière tombée, ce sont les morts enfouis dans leurs tombes, sur lesquelles vous lisez : « Hicjacet. Ci-git. ^ Ce qui signifie : « Cette poignée de poussière qui est sous cette pierre s'est levée il j a tant d'années, est restée en l'air durant tant de temps, est arrivée à tel et tel poste, telle et telle dignité ; maintenant elle gît ici : » Hicjacet. Ainsi vivants et morts, nous ne sommes tous que poussière :les vivants sont de la poussière soulevée par le. vent, les morts de la poussière abandonnée par lui. Les vents qui agitent cette poussière sont de deux sortes : le premier est le vent de la vie : Ventus est vita mea. Le second est le vent de la fortune qui élève plus haut les uns que les autres. Un beau jour ces d'eux vents tombent à la fois , et la poussière s'abat aussitôt. Auferes spiritum eorum, « Vous leur ôterez le souffle ; " voilà le vent : Et déficient et in pidverem suum revertentur^ ; « ils tomberont et retourneront dans leur poussière. » Voilà ce qui reste de nous. Oh ! pauvres mondains! vous êtes bien en effet le jouet des vents. Voyez cet homme parvenu au faîte des grandeurs ; regardez comme tout le monde le respecte, l'applaudit, lui fait la cour : combien de temps cela durera-t-il ? Tant que durera le vent. Et après? Et après, il ne sera plus qu*une poussière foulée aux pieds par ses plus vils valets. Voyez cet autre qui est à la fleur de l'âge, regardez comme il se dilate, comme il déploie toutes ses affections , comme il court à travers les prairies émaillées de fleurs à la recherche de tous les divertissements et s'enivrant des plus impures délices : combien cela

(1] Job. 7. 7. (2) Psal. S03. i9.

durera-t-il? Tant que durera le vent. Et après? Et après, il tombera et retournera dans sa poussière : Deficiet et in pulverem revertetiir. Remarquez ce négociant tout engouffré dans les affaires, qui ne songe qu'à amasser des richesses, à gagner de l'argent dont la vie est absorbée par le trafic, les correspondances, les voyages, sans qu'il ait un moment de répit, ni pour l'âme, ni pour l'éternité ; oh! quelle poussière agitée! Et combien cela durera-t-il ? Tant que durera le vent. Et après? Et après, on le mettra dans une tombe sur laquelle on lira ces mots : Hic jacet. « Ci-gît. » 0 vie mortelle, souffle fugitif, poussière violente, qui tourbillonne dans l'air en formant ces vastes et frivoles desseins de goûts trompeurs, de richesses accumulées, de dignités ambitionnées, de puissance, de renommée, de gloire, de nom immortel après la mort, combien de temps dureras-tu? Combien de temps? Je vais te le dire : autant qu'un souffle de vent qui ne suit ni ordre ni règle : Ubi vult spirai, et nescis und.e veniate aut quo voAat ^ Orgueil humain, comprends-tu maintenant que ta vie est une vie mourante, une vie qui se meurt sans cesse, un vain souffle. Baisse, baisse la tête, et confesse qu'en réalité tu n'es que poussière : Memento quia pulvis es^ que ta vie n'est qu'un souffle de vent : Memento quia ventus est vita tua, et que le Dieu vengeur viendra tout à l'heure t'enlever ce souffle et que tu retourneras en poussière : Auferes sxjiritum eorum et in pulverem revertentiir.

V. Or, maintenant, mes pauvres pécheurs, raisonnons un peu. Si nous ne sommes qu'une poignée do poussière, et si notre vie n'est qu'un souffle de vent, serons-nous jamais assez téméraires pour mépriser la sainte loi de Dieu? de ce Dieu « qui peut tuer le cor} s

(1; Joan. 3, S.

et perdre l'âme : » Qui potest corpus occidere et ani' mam perdere ^ ? de ce Dieu qui peut, en un instant, dissiper en l'air notre poussière, et calmer tout à coup le vent si impétueux qui l'agite? de ce Dieu qui peut faire de la cendre de notre corps, et précipiter éternellement en enfer notre pauvre âme?0 mes bien-aimés, comment oserez-vous pécher, si vous réfléchissez qu'en péchant vous offensez ce Dieu " qui peut vous tuer? » Il peut vous faire mourir en tout temps, et le matin quand vous vous levez, et le soir quand vous vous couchez et que vous allez vous reposer. Potest occidere : il peut vous tuer en tous lieux ! Il peut vous faire mourir tandis que vous vous promenez au jardin, pendant que vous jouez à cette soirée, pendant que vous dansez à ce bal, pendant que vous êtes au lit, pendant que vous vous livrez à cette conversation. Potest occidere; il peut vous faire mourir de toutes les manières. Il peut tuer avec une goutte d'eau : c'est ainsi qu'il fit mourir Alexandre dans un banquet. Il peut tuer avec un grain de raisin; c'est ainsi qu'il fit mourir un Fabius en jouant. Il peut tuer avec la piqûre d'un petit animal ; c'est ainsi qu'il fit mourir un Baldus en plaisantant. Il peut tuer avec une bouchée de champignons ; c'est ainsi qu'il fit mourir un Claude en mangeant. Il peut tuer d'un coup d'apoplexie, avec une petite goutte de sang qui s'épanche dans le cerveau , et qui s'élabore peut-être depuis longtemps dans votre corps. Que savez-vous de ce qui se passe au-dedans de vous-même? Ne pourrait-il pas vous arriver comme à ce célèbre capitaine appelé le Caldoro, qui , par un rare bonheur, étant parvenu au milieu des batailles à l'âge de soixante-quinze ans, se promenait fièrement et se félicitait d'être aussi vif et aussi bien portant qu'à vingt-cinq ans; mais il finit bientôt de se

(1) Matlh. 10, i?5.

vanter et de vivre, car frappé d'un accident subit, il tonaba mort par terre. Ne pourrait-il pas vous en arriver autant, pécheur? Imitez le saint roi David, qui, considérant la brièveté de la vie, les accidents et les périls sans nombre auxquels elle est exposée, se nourrissait de cendre tous les jours : Cinerem tamquam pcmem manducaham^. — Il mangeait la cendrccomme le pain. — Oui, parce que de même que le pain est l'aliment le plus commun, qui convient à toutes les complexions; ainsi la cendre, c'est-à-dire, le souvenir de la mort est l'aliment le plus substantiel de l'àme pour la conserver dans la grâce de Dieu : Cinerem tamquam panem manducabam.

VI. Mais qui ne sait que la plus grande partie des hommes se trompent en ce point? Non-seulement ils no veulent pas manger la cendre comme le pain, mais la seule pensée leur en fait horreur. Ils se figurent bien éloigné ce terme qui pourtant est si proche. Aussi, je vous en demande pardon, ô Sage, dans la distribution du temps que vous avez faite pour tous les hommes, vous vous êtes trompé : Vous avez oublié le meilleur, vous avez mentionné le temps de naître, et le temps de mourir, sans faire mention du temps de vivre : Tempus nascendi, tempus moriendi^. Et le temps de vivre, où est-il ? Mettez-le donc aussi, car il faut en tenir compte. Tempus... Mais si pendant qu'il écrit, il fuit de sa plume ? C'est égal, on le veut absolument : dites donc : Tempus vivendi. Mais quel est le temps de la vie, demande saint Augustin, si le temps où l'on vit est celuilà même que l'on retranche de la vie? Quel âge avezvous? demande le saint. Vingt, trente, quarante ans. Ah ! les insensés ! ne dites pas que vous les avez ; dites que vous les avez perdus. Quidquid tempioris vivitur,

(i; Ps 101, 10. (2; Eccle. 3, 2.

de spatio vivendi demiiiir. Voyez donc comme vous vous trompez lorsque vous écrivez à cet ami : Nous nous reverrons au printemps prochain, nous nous promènerons ensemble dans ce jardin, dans cette campagne, nous y aurons la comédie et de joveuses fêtes ; une telle s'y trouvera, la réunion sera des plus charmantes. Malheureux ! il vous arrivera ce qui est arrivò à ce riche de FEvangile qui, faisant ses calculs en luimême, se disait : Habeo multa hona reposita Ì7i annodi plurimos^ « J'ai de grands biens en réserve pour do longues années. » Oui, lui répond saint Cyrille, « tu as de grands biens; mais de longues années, où pourras-tu les acheter? »> Habes midta bona, sed annos plurimos linde poteris obtinere? Vous avez des biens, des jardins, des maisons de campagne, des réunions, des parties de plaisir ; mais les années pour jouir de tous ces biens, où les avez-vous ? Je remarque que l'Esprit-Sainî» par la bouche du Sage, vous serre de près avec ce tempus nascendi^ tempus moriendi, et que par cette énigme il vous donne à entendre que la vie n'est autre chose qu'un commencement de mort : Vitœ principium^ mortis exordium. Ou plutôt, en ne faisant pas même mention de la vie, il veut vous faire comprendre que l'homme qui vit est un défunt animé, un mort qui respire, un cadavre qui sent ; que la vie tout entière en un mot n'est qu'une course, une fuite, un vol, un éclair, une chute précipitée vers la mort. 0 vie humaine, vie mortelle, \ie moribonde, vie trompeuse et fugitive! Souviens-toi donc que tu es poussière : Memetito qidj. pulvis es. Je vous le dis à vous, ivrognes; à vous, orgueilleux ; vous n'êtes que de la poussière soulevée par le vent, et tourbillonnant dans Tair; mais bientôt vous serez do la poussière abattue : In pulvcrem recerteris.

(1) Luc, 12. 19.

SECOND POINT

VIL Le memento que j'ai adressé jusqu'ici aux vivants avec les paroles mêmes de l'Eglise : Memento, homo, quia pidvis es, n'est pas ce qui m'épouvante ; j'ai réservé toute ma crainte pour le memento que j'ai à adresser aux morts, et qui est renfermé dans ces paroles : Et in pulverem rêver teris. La première poussière est celle des vivants : pulvis es. La seconde est celle des morts : et in pulverem rêver to'is , Aux vivants j'ai rappelé qu'ils sont de la poussière soulevée par le vent et que bientôt ils seront de la poussière abattue. Aux morts je dois rappeler qu'ils sont de la poussière abattue, et que bientôt ils seront de la poussière soulevée. J'ai dit aux vivants : Memento, homo, quia pulvis es, et ùi pulverem reverteris : « Homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. « Pour les morts, je renverse les mots sans renverser la pensée : « Poussière, souviens-toi que tu es homme, et que tu redeviendras homme. « J'ai dit à l'homme : Souvienstoi, ô homme, que tu es poussière, parce que tu as été poussière et que tu dois retourner en poussière; maintenant je dis à la poussière : Souviens-toi, poussière, que tu es homme, parce que tu J'as été et que tu dois le redevenir. En effet, raisonnons ici familièrement : ou nous croyons que notre poussière redeviendra homme, ou nous ne le croyons pas. Si tout notre Otre s'évanouit en se réduisant à un peu de cendre, Je n'ai plus rien à dire : à quoi bon les sermo&s, les carêmes? Sortons de l'église, car nous ne faisons qu'y perdre le temps. Mais si notre poussière doit ressusciter un jour et redevenir homme, je suis accablé par les choses que j'ai à vous dire. Ah! mes bien-aimés, ce qui me fait peur, ce n'est pas la poussière du tombeau à laquelle je dois être réduit un jour, mais bien ce que

IG

redeviendra cette poussière. Je ne redoute pas la mort, je redoute l'immortalité; je redoute le danger d'une mort éternelle, qui ne finira jamais. Oh ! combien cette vérité est plus importante que la première ! Je ne crains pas le jour des cendres, je crains le jour de Pâques, qui me rappelle ma résurrection à une vie ou à une mort éternelle : Scio guocl Redemptor meus vivit^ et in novissimo die de terra surrecturus sum^. « Je sais que mon Rédempteur vit et qu'au dernier jour je ressusciterai de la terre. >» Je sais, dit Job, et non pas : Je crois; parce que la vérité et la certitude de l'immortalité de l'homme n'appartient pas seulement à la foi, mais aussi à la science : Platon, Aristote et tant d'autres philosophes païens l'ont connue par la science et par la raison naturelle. Et cependant, à parler franchement, si je considère la manière dont nous vivons, je trouve que nous ne vivons ni comme des mortels, ni comme des immortels. Nous ne vivons pas comme des mortels ; car nous traitons les choses de cette vie, comme si elle était immortelle : nous ne vivons pas comme des hommes immortels, car nous ne pensons pas plus à la vie éternelle que s'il n'y en avait point. Oh! c'est ici que je me sens enflammé d'un saint zèle, à ne pouvoir m'empécher de m'écrier de toutes mes forces : Misérables mortels, à quoi pensez-vous? Quelle est donc votre folie? Savezvous qu'il vous faudra mourir? Savez-vous qu'après la mort vous ressusciterez? Savez-vous qu'une éternité sans fin vous attend? Comment donc ne craignez-vous pas une mort éternelle? une mort qui ne finira jamais? Qui vous a donc ôté le sens commun, mes bien-aimés? A quoi consacrez-vous vos pensée^, vos sollicitudes? De quoi s'agit-il ici? Réfléchissez; de quoi s'agit-il? N'estce pas de l'âme ? et d'une âme qui est à vous ou plutôt

(1) Job. 19. 25.

fjui est vous-même? et d'une âme qui est uni(|ue et immortelle? et d'une âme, dont la perte une fois consommée, est irréparable ? Et c'est de cette âme immortelle que vous prenez si peu de soin? - Ah ! souvenezvous, vous dirai-je avec saint Jean Chrjsostôme, qu'il s'agit de l'âme; » Memento quod de anima loqueris. Exposez votre fortune, votre santé, votre vie, votre honneur et tout le reste, je vous le pardonne; mais l'âme, mais l'âme qui est immortelle, comment l'exposer au péril d'une mort éternelle, d'une mort qui ne finira jamais ? Ouvrez les yeux , mes bien-aimés , et que l'exemple récent que je vais vous- citer vous serve do frein pour vous retenir sur le bord du précipice.

VIII. Une princesse très-estimable avait un page d'un excellent caractère, et qu'elle aimait à tel point que plusieurs fois elle l'avait honoré du titre de fils. Ce page avait servi à table un matin qu'il y avait un grand nombre d'invités au palais. Son service fini, au lieu d'aller prendre son repas, il se retira dans sa chambre, et se jeta tout habillé sur son lit. Les maîtres étaient occupés à causer après le repas, et les domestiques à manger les restes de ce splendide festin; le pauvre page seul se tordait sur son lit, tourmenté par d'horribles crampes d'estomac. Comme le mal provenait d'humeurs malignes, ainsi qu'on le constata ensuite, ses contorsions ne firent qu'accélérer sa marche, et le malheureux étouffa sans que personne vînt à son secours. Quelques heures s'écoulèrent, et comme le page ne paraissait point, un de ses camarades monta à sa chambre ; et le voyant étendu sur son lit, les bras pendants, il le secoua, croyant qu'il dormait, mais c'était le sommeil de la mort. Hélas! il est mort, il est mort! crie-t-on dans le palais. La princesse court à la chambre de son page, et voit le pauvre jeune homme âgé de quinze ans, qui, trois heures auparavant, la servait à table; elle le voit

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revêtu encore de sa livrée, sans parole et sans vie. A cette vue, la douleur, la compassion, l'épouvante, la crainte de la mort agitent et bouleversent son âme. Dès le lendemain matin, après avoir ordonné beaucoup de prières pour l'âme du défunt, elle fit venir un confesseur des plus accrédités et lui fit sa confession. Le confesseur reconnut à la manière dont elle se confessa, aux sentiments qu'elle exprima, l'émotion extraordinaire que cet accident avait faite sur elle. Il lui dit donc : Je voudrais qu'après avoir communié, vous demandassiez à Dieu ce matin ce qu'il a voulu de vous en vous faisant assister à un pareil spectacle. Je le ferai, répondit-elle. En eff'et, après avoir communié, elle rentra en elle-même, fit un acte de foi bien vive, et dit à Dieu : Seigneur, que voulez-vous de moi en me donnant un avertissement si terrible? Parlez, Seigneur, car si j'ai été sourde par lo passé, il n'en sera plus de même à l'avenir. Elle resta ainsi quelque temps en silence; puis elle entendit une voix intérieure lui dire très-distinctement : je voudrais te voir mieux préparée à la mort que tu ne l'es; quand renonceras-tu à tous ces caprices de ton esprit? Quand réformeras-tu une mise si immodeste? Quand se fera la paix entre toi et moi, qui suis ton Dieu? A quoi te fiestu? A ta jeunesse? Ton page était plus jeune que toi. A ta santé? Il était plus sain et plus robuste que toi. Aitends-tu que quelque longue maladie t'avertisse? Il est mort sans maladie! Si la mort t'avait enlevée comme lui, où serais-tu maintenant avec cette conscience encore chargée de péchés, avec tant de dettes envers Dieu, avec tant de fautes personnelles, et tant d'autres qui sont à ta charge, parce que tu en as été l'occasion? Est- il possible que tu ne craignes point une mort éternelle ? Une mort qui ne finira jamais? La princesse saisie de frayeur à cette pensée et pleurant à chaudes larmes, retourna aux pieds de son confesseur, et lui dit : Mou

Père, je ne me relèverai pas que nous ne soyons convenus de ces deux points : le premier est une confession o-énérale bien exacte de toute ma vie ; le second est une règle de vie pour l'avenir. Elle fit l'un et l'autre, 'et avec tant d'exactitude, que quelques années après, étant avertie qu'elle allait mourir, elle répondit en souriant : Dieu soit loué, il y a déjà tant d'années que j'attends cette nouvelle tous les jours.

IX. Réveillez-vous, mes bien-aimés, et suivez tous l'exemple de cette sage princesse, qui réforma si bien sa vie, que cela lui valut un contentement merveilleux à l'article de la mort ; et permettez que je répète de nouveau : « Poussière, souviens-toi que tu es homme, et que tu redeviendras homme. >^ Tu as été homme autrefois ; aujourd'hui tombée à terre, tu n'y resteras pas toujours; la résurrection de la chair te fera encore une fois redevenir homme. Il y a pour toi une autre naissance, une autre vie, un autre monde. CrecUs hoc^Î Le croyez-vous, chrétiens? Et si vous le croyez, pourquoi ne mettez-vous pas en regard l'homme d'un instant que vous êtes avec l'homme éternel que vous serez? La vie si rapide que vous menez, avec la vie éternelle qui vous attend? La mort qui passe avec la mort qui ne finit point? Oh! je vous en conjure par les entrailles de Jésus- Christ, ne prolongez point votre funeste illusion; secouez-vous, rentrez en vous-mêmes, ayez pitié, je vous en supplie les mains jointes, ayez pitié de vos pauvres âmes; et pour commencer ce carême avec fruit, imitez cette princesse, qui, obéissant aux conseils de son confesseur, se recueillit en elle-même, écouta la voix de Dieu, apprit le danger d'une mort éternelle, et fit une couver- Sion exemplaire qui lui adoucit les amertumes de la mort. Pour en venir à la pratique, voici la creiaiere grâce

(1) Jean. 2, 2G.

que je vous demande. Tous les jours du carême assistez avec dévotion à la sainte messe ; ne me refusez pas cela. Pendant la messe, recueillez-vous un peu, et que chacun de voifs, seul à seul avec Dieu, médite pendant cette demi-heure sur la mort qui est proche, et sur sa vie passée. Laissez, pendant ce temps, toute autre pratique de piété, et employez ces deux quarts d'heure à bien réfléchir sur ces deux points. Dans le premier, vous vous demanderez : combien et comment ai-je vécu jusqu'ici? Oh! que de sujets de regrets et de larmes vous trouverez là ! — Dans le second quart d'heure : combien me reste-t-il à vivre, et comment dois-je vivre à l'avenir? Oh! quelles salutaires résolutions naitront dans votre cœur! — Je répète : combien et comment ai-je vécu par le passé; voilà pour le premier quart d'heure. Combien de temps rue reste-t-il à vivre et comment doisje vivre désormais, voilà pour le second. Que le carême vous sera profitable si vous vous entretenez tous les jours pendant une demi-heure dans ces grandes pensées! Alors vous comprendrez avec quelle rapidité s'évanouit l'éclair de cette vie trompeuse, en entendant retentir ces paroles : Homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière, et vous mépriserez le présent. Alors aussi vous comprendrez le péril d'une mort qui ne finit point, et vous assurerez l'avenir, frappés par la foudre de cette autre sentence : Poussière, souviens-toi que tu es homme et que tu redeviendras homme. Reposons-nous un peu.

MOTIF DE FAIRE l'aUMONE. AVIS CONCERNANT

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