‹ Œuvres compl`etes (volume 2)Chapitre 6 sur 25 · LES SERMONS · texte numérisé non relu

LES SERMONS

X. Thesaurizate vobis thesauros in cœlo. « Amassezvous des trésors dans le ciel. « Les trésors réprouvés par l'Evangile ne sont que cendre ; voulez-vous les convertir

en de véritables trésors, déposez-les dans les mains des pauvres, selon la réponse de saint Laurent à Valérien.

Au reste, peuple bien-aimé, je suis venu vers vous malgré le vent, les neiges, les glaces ei mille autres incommodités. Qu'est-ce qui m'amène ici? Le savezvous? C'est un désir ardent de sauver vos âmes; et je vous proteste que je cherche, non ce qui est à vous, mais vous-mêmes; non mes mérites, mais ceux de Jésus- Christ; n Non ego quœro vestra, secl vos, non quœmea simt, sed quœ Jesu Christi^. C'est une grande entreprise que la mienne, et une grande affaire que la vôtre. Mon devoir à moi c'est de vous indiquer la voie du salut; le vôtre sera d'y marcher. Et quelle affaire pour vous que celle du salut! Mes bien-aimés, il s'agit de sauver une âme, une âme unique, une âme immortelle, une âme dont la perte une fois consommée, est irréparable. Et pour sauver cette âme, quel est le moyen le plus essentiel, le plus ordinaire dont Dieu se serve? C'est la prédication de l'Evangile. Cela suffit pour vous faire comprendre l'obligation stricte, impérieuse qu'il y a pour vous d'assister à tous les sermons. Je dis, à tous, parce que, comme le remarquent de graves auteurs, le salut de l'âme dépend quelquefois d'une lumière, d'une touche intérieure, d'une bonne inspiration reçue; et vous ne pouvez savoir auquel des sermons est attachée cette inspiration 'efficace qui doit triompher de votre cœur, si c'est aux sermons des jours de fêtes, ou à ceux des autres jours. Par conséquent ceux qui ont un véritable zèle de leur salut comprennent très-bien qu'ils ne peuvent en négliger un seul, sans courir risque de se perdre.

Mais il ne suffit pas de venir au sermon, il faut <î.»core être attentif à ce qui s'y dit. Et remarquez ici f{ue pendant qu'on prêche, il y en a deux qui parlent,

(1) 21 Cor. 12, 14.

22 SERMON r.

Dieu et rhomme, Dieu comme chef et prédicateur principal, l'homme comme son intermédiaire et son ministre ; de sorte que toute prédication est un composé d'humain et de divin ; deux choses v concourent : la voix de Dieu et la voix de l'homme. La voix de Dieu est la même dans tous les prédicateurs, et pour l'entendre vous devez venir au sermon, parce que c'est elle qui amollit le cœur, qui porte au bien, et qui a la vertu efficace de triompher de l'âme, conformément à cette parole du Psalmiste : Dàbit voci suœ vocem virtutisK Quant à la voix de l'homme, elle varie selon les prédicateurs; plus élégante, plus riche, plus fleurie chez l'un, elle estrude et sans ornement chez l'autre. Qu'elle soit ce qu'elle voudra, ce n'est toujours, dit saint Paul, qu'un airain sonnant et une cj'mbale retentissante : ^^s sonans et cymbalum tinniens^. Or voici pourquoi la plupart ne profitent pas de la prédication; c'est qu'ils j viennent pour entendre la voix de l'homme et non la voix de Dieu, pour faire attention au stvle, aux raisonnements, aux fio-ures... Que ceux qui viendront à mes sermons ne s'attendent pas à des fleurs : un tronc rude et grossier tel que vous me voyez est incapable d'une belle verdure. Venez donc pour entendre intérieurement la voix de Dieu qui, dans tous les sermons, frappera à la porte de votre cœur, et j'espère de cette maniere que vous en tirerez grand profit.

Nous viendrons, mon père, mais à une condition. — Une condition ? Quelle est-elle? — C'est que vous ne soyez pas trop long, et que vous laissiez de côté certaines invectives, certaines exagérations... — J'entends; eh bien ! je ne compte pas vous tenir plus d'une petite heure à chaque sermon; cependant comme je ne m'en tiens pas exactement à ce que j'ai écrit, si quelquefois l'Esprit do

(l)Ps. C7.5/. [l, ICor. 13. i.

Dieu anime la langue de l'homme, voulez-vous que je lui coupe la parole ? Cela ne tournerait ni à votre avantage ni au mien, d'autant plus que Texpérience m'a appris que les choses que Dieu inspire dans la ferveur du discours sont celles qui remportent la victoire. Bref, je veux dire que si parfois je dépasse le terme que je me suis prescrit, ce ne sera que par condescendance à l'Esprit de Dieu qui en disposera de la sorte. Quant aux invectives, sachez que le prophète Isaïe m'ordonne de crier sans cesse; il veut que la langue du prédicateur résonne comme une trompette et non comme la lyre : Clatna, ne cesses, quasi tuba exalta vccem tuam^. Saint Paul, d'un autre côté, me dit : Argue, ohsecra, increpa^; il veut que je sois, non un flatteur, mais un prédicateur, et un prédicateur apostolique, c'est-à-dire qu'il faudra bien que je tonne contre le vice, mais toujours en respectant le coupable. Je dénoncerai, je reprendrai la malice des pécheurs, mais avec ce respect profond qui est dû à un auditoire aussi bienveillant. Ce que vous pouvez attendre de bien de moi, c'est que tout ce que je votis dirai, je le dirai par affection pour vous et avec bonne intention. Vous pourrez dire franchement : Cette année-ci il nous est arrivé un prédicateur qui nous parle en apôtre, simplement, mais avec cour et du fond du cœur; et vous direz vrai. Je ne suis qu'un pauvre religieux, mais je suis homme de parole, et ce que je vous promets, je le tiendrai : Je parlerai avec le cœur sur les lèvres, venez donc, car j'espère que mon Jésus dirigera par sa grâce vers vos cœurs ce qui sortira du mien.

(1) Jsu. 58. i, (C) Il Tira. 4. 2.

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