‹ Œuvres compl`etes (volume 3)Chapitre 63 sur 154 · II · texte numérisé non relu

II

AL' FRÈRE ETIENNE d'dRRIN , QUÊTEUR DB COUVENT I>E &AINT- BONAVENTURE, A ROME.

Ses motifs de ne pas aller à Rome.

Saint-Ange, le ì mars [1732] ? 2

Cher frère en Jésus-Christ ,

Que la paix de notre bon Jésus soit avec vous. Me voici arrivé à Saint-Ange, mais non sans quelque difficulté pour la pauvre monture ; car à Palombaro j'eus

(1 ) 1 3e de Tédit. ital.

(2) L'année seule manque à la date de cette lettre dans le manuscrit. L'auteur de la Vie du Bienheureux (ci-dessus , p. I , ch. M, page 1 09 ), suppose, en la citant, qu'elle a été écrite en 1 735. C'est une erreur; car le Bienheureux fait mention, en finissant, d'une

i'ì'ì CORRESPONDANCE DU BIENHEUREUX

une bonne fièvre qui m'a fort abattu ; mais comme elle n'a pas reparu , le voyage s'est terminé , et j'espère pouvoir achever cette retraite après laquelle j'ai tant soupiré.

Mon cher Frère, à. vous parler franchement, j'ai bien des motifs de ne pas aller a Rome ; voici les deux principaux : d'abord , l'illusion du monde a mon sujet ; il me regarde comme un religieux de quelque mérite , tandis que je suis très-misérable, or cette illusion me fait beaucoup de peine ; ensuite la perte de temps et la dissipation d'esprit, a laquelle je suis infailliblement exposé si je vais à Rome. Grâce à Dieu, je ne demande rien au monde : à quoi bon par conséquent perdre mon temps avec lui ? De même que je suis crucifié au monde et que je lui tourne le dos, ainsi voudrais-je que le monde fût crucifié pour' moi , et que me tournant le dos a son tour, il ne pensât point a moi. Ma vocation, pour autant que je puis en juger, c'est la mission et la solitude : la mission, afin d'être toujours occupé pour Dieu, et la solitude afin d'être toujours occupé en Dieu. Tout le reste n'est que vanité.

Je sens l'étourderie commise par frère Diego. — Priez pour nous , car demain nous commencerons les saints exercices. A ceux qui vous demandent si je viendrai 'a Rome, répondez que, sauf l'obéissance, ce ne sera pas avant Pâques , et une fois a Pâques on ne sait ce que Dieu jugera bon de disposer.

lettre adressée à la Reine, Marie-Clémentine, (Voyez l'Appendice V.) Or, la Reine mourut le 18 janvier 1735, et le Bienheureux en fut informé aussitôt , par conséquent bien avant le 2 mars, comme on peut en juger par les lettres \ S et 1 6. — Nous supposons donc qu'il écrivit celle-ci en 1732, époque à laquelle il fit réellement une retraite à Saint-Ange, comme on peut le voir dans sa Vie , Part. I , ch. 11 . page 100.

LÉONAKli DE PORT-MAURICE. 423

Remettez l'incluse à la Reine . et en saluant de ma part tous les bienfaiteurs accoutumés, dites-leur que je ne manquerai pas de prier pour eux. Vive Jésus.

Votre très-affectionné ,

Fr. Léonard.

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